Présentation par
C.S.
Une maison de campagne, un salon, un
couple...
Lui dans sa verticalité
hiératique (domination masculine,
pouvoir!)
Elle, recroquevillée dans un
fauteuil (dominée!)
Il interroge sèchement (fait
subir un interrogatoire!) sa compagne (Bourreau-Victime) au sujet d’un ancien
amant.
Crise de jalousie ou tentative de la
sortir d’un état apparent de torpeur.... Un regard absent,
décalé avec le réel. Réponses de sa part,
monosyllabiques, répétitives comme pour marteler l’esprit du
spectateur. Style court, haché, cet amant est si
lointain...
Mais au fur et à mesure que
le soir tombe, les questions engendrent des propos inquiétants, surgis
de réminiscences lointaines réelles ou fantasmées (quai
d’une gare, neige veinée de rouge-sang, usine, sirène et
l’homme (l’ancien amant ? qui arrache les bébés des bras de
leur mère) l’homme qui serait tortionnaire, ashes to ashes....cendres
... fours crématoires, camps d’extermination !
L’Histoire prend à la gorge
et prend pas le pas sur l’individu.
Les mots provoquent le délire,
le mot « bébé » se fait obsédant jusqu’au
cri primal... elle devient la Mère à qui on arrache son enfant,
elle devient la Mère coupable face à l’innocence de l’enfant
(ou à l’absence réelle d’enfant), elle même victime de
l’homme façonneur de fascisme.
Dans le couple, le pouvoir apparent
de l’homme est déstabilisé par le verbe féminin auquel
il ne peut répondre. Les mots sont assénés lentement,
articulés, répétés, renvoyés par un écho
comme pour mieux les faire pénétrer dans notre esprit et
s’assurer qu’on ne les oubliera pas.
Histoires de mémoire, Mémoire
de l’Histoire!
Donc, oeuvre de mémoire, cette
pièce d’Harold Pinter est mise en scène par l’auteur lui-même
et interprétée de manière dépouillée par
Christine Boisson, pleine d’intensité intériorisée et
Lambert Wilson. |