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Présentation de Claude Pichois
/ Jean Guillaume
Oeuvres complètes - La Pléiade - (tome
3)
Aurélia est l’un des rares textes français
que l’on puisse qualifier de romantique et rapprocher d’oeuvres allemandes
datant du début du même siècle. Si le mot
«romantisme» a un sens, il désigne la recherche de
l’unité perdue depuis l’instauration de la science moderne, et toujours
fragile, toujours menacée lorsqu’elle est retrouvée.
C’est ce que signifie à la fin de la première
partie: «J’avais troublé l’harmonie de l’Univers magique où
mon âme puisait la certitude d’une existence immortelle». Et dans
la «seconde partie», après avoir vu les feuilles des arbres
«former des images de cavaliers et de dames»:
«C’étaient pour moi les figures triomphantes
des aïeux. Cette pensée me conduisit à celle qu’il y avait
une vaste conspiration de tous les êtres animés pour rétablir
le monde dans son harmonie première, et que les communications avaient
lieu par le magnétisme des astres, qu’une chaîne non interrompue
liait autour de la terre les intelligences dévouées à
cette communication générale, et que les chants, les danses,
les regards, aimantés de proche en proche, traduisaient la même
aspiration.» Unité, harmonie, correspondance: «Tout vit,
tout agit, tout se correspond», lit-on peu après.
Ce qu’on appelle le syncrétisme de Nerval est, au
vrai, le profond romantisme auquel le délire lui permet
d’accéder. L’homme raisonnable accepte la distinction, la division,
par voie de conséquence la mutilation; il dit: Le rêve ou la
vie. Nerval: Le rêve et la Vie. Il dit Vénus ou Isis ou la Vierge;
Nerval les confond.
Cette recherche de l’unité abolit les frontières.
Il n’y a plus de genre littéraire. Aurélia est une forme, comme
les poèmes en prose de Baudelaire. A ce titre, tournée vers
un univers ancien, primitif, en tout cas précartésien, elle
ouvre pourtant sur la poésie la plus moderne, qui tient sa
cohérence, non plus de codes mais de sa propre
exigence.

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