Présentation de Marion
Berry
Horace reste certainement la tragédie la plus
contemporaine et la moins contournable: Celle de toutes les époques
et de tous les peuples, celle de nos aïeux, de nos filles et fils
présents et à venir.
Elle raconte la guerre, la guerre civile qui déchire
nos foyers, fait s’armer le frère contre son beau-frère, le
frère contre sa soeur, les foyers meurtris d’une lointaine antiquité
sans doute, antiquité du XVII ème bien sûr, mais dont
l’écho amplifié par ces trois siècles de distance nous
parvient, tel une avalanche alourdie de toutes les barbaries qui
précipitèrent sa chute, qui continuent de l’entraîner,
roulant toujours plus vite.
On y trouve pêle-mêle nos
guerres de religions, nos guerres mondiales si intestines pour certaines
familles d’Alsace, de Poméranie, de la frontière des anciens
empires.
On y lit aujourd’hui le drame du Liban,
de Sarajevo, le drame des israéliens et des palestiniens et l’enfer
quotidien des familles d’Algèrie.
Horace raconte l’irruption exceptionnelle
du malheur le plus grand dans la petite joie sans pareil de
l’ordinaire.
Mais si cette pièce ne décrivait que
l’horreur, elle ne serait qu’un constat - courageux certes pour son siècle
- mais rien qu’un constat sensible venant s’ajouter à tous ceux, par
exemple, de la littérature du XXème siècle si fertile
en ce sens.
Horace va plus loin, elle nous interroge et force notre
réflexion si d’aventure le destin frappait un jour à notre
porte et demandait à notre amant et notre frère, chacun soldat
ou partisan d’un camp adverse, de s’armer l’un contre l’autre pour défendre
la souveraineté de sa patrie ou de sa cause.
Horace raconte deux guerres: La guerre
aveugle et fratricide de deux peuples voisins - les albains et les romains
- qui se livrent bataille depuis deux ans et la guerre « juste »
qui soudain désigne trois champions de chaque camp pour éviter
le carnage et décider de la paix.
On pense à la résistance
bien sûr comme à d’autres combats où l’on procède
au terrible calcul du moindre sang, où l’on sacrifie le plus petit
nombre au plus grand, l’individu à
l’humanité.
Mais ce sont les femmes de cette tragédie, celles
que l’on n’écoute pas, pas plus hier qu’aujourd’hui, celles qui
n’ont pour tout droit que le devoir de se taire, ce sont elles les
véritables héroïnes qui du fond des temps continuent de
hurler cette question pour ébranler nos consciences: « Le sacrifice
exprime-t-il la vertu la plus noble ou bien n’est-il que la caution morale
la plus révoltante de la folie meurtrière des
hommes?

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