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         Sommaire / Editorial

         

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DANS LA JUNGLE DES VILLES

***

     

Théâtre

GERARD PHILIPPE

Dans la jungle des villes

  

SAINT DENIS

de Bertolt Brecht

  

  

  

 

   

 

 

     

Mise en scène:

  

avec:

Nicolas Bouchaud

Eric Caravacca

Dorothée Casilas-Gil

Agathe Dronne

Jany Gastaldi

David Gouhier

Jean-Louis Grinfeld

Vincent Guédon

Daniel Martin

Nathalie Nambot

Nicolas Pirson

Antoine Régent

  

Philippe Duclos

   

 

Le ver

George Garga

La damnée

Marie Garga

Mae Garga

Pat Manky

John Garga / Maynes

Le Babouin

Shlink

Jane Larry

Skinny

Le jeune-homme

     

Voici comment Philippe Duclos, le metteur en scène présente et analyse la pièce de Bertolt Brecht dans son dossier de presse:

        

L'HISTOIRE

  

"Dans la jungle des villes" est l'histoire très métaphysique de deux hommes liés par un pacte, de femmes et d'hommes perdus dans la misère et la solitude d'une grande ville. Une légende d'aujourd'hui où l'on verrait deux hommes (l'un jeune et l'autre plus vieux) s'affronter comme Faust et le Diable, dans un quartier misérable.

"Dans la jungle des villes" est l'histoire très archaïque de deux hommes qui se livrent un combat sans limite, et qui sacrifieront d'autres hommes, d'autres femmes pour la finalité de leur lutte.

Nous sommes dans un lieu désolant, désolé , où l'hostilité règne. En un temps moyenâgeux de l'histoire du monde, c'est à dire aujourd'hui. Nous sommes dans un arrière-monde.

Brecht donne à sa pièce une dimension tragique, une force cruelle, en faisant d'une famille vivant dans la misère, la cible d'une machination. Par là, il renouvelle le thème de "l'étranger" dans la ville.

  

L'ENJEU N'EST PAS LA LUTTE DES CLASSES 

  

L'émigration, l'inhospitalité, la pauvreté, la disparition, la solitude, le provisoire, la séparation, la prostitution, la tentation du meurtre et le néant, ces thèmes sont la matière même de Dans la jungle des villes.

Sont-ils pour autant les femmes d'une démonstration politique? (celle de la violence du capitalisme s'abattant sur les habitants de la ville).

On est obligé de constater que l'opposition entre Shlink et Garga dans la pièce n'est pas à proprement parler celle d'un bourgeois et d'un prolétaire. Brecht fait jouer dans son texte des forces obscures liées à l'inconscient des personnages.

La pièce ne montre pas un processus d'exploitation de l'homme par l'homme dans les villes. L'enjeu n'est pas la lutte des classes.

Si la force du capital se fait sentir, ce n'est pas non plus par le pouvoir de la bourgeoisie, mais par celui de la pègre, ce "gouvernement de l'ombre" comme dit Jérôme Charyn.

Un jeu de retournement de situations, d'inversion des rôles se produit constamment.

On pourrait certes voir dans ce jeu la précarité d'un monde social instable voué à l'anarchie du capitalisme.

L'opposition riche / pauvre fait plutôt penser à un paradigme dont Brecht s'amuserait sans cesse à faire bouger les termes.

Elle est surtout un principe dramaturgique.

La cascade d'événements, de coups portés qui constitue le combat, ce rituel organisé peu à peu trace les limites d'un ring (imaginaire), d'un cercle autour duquel se présentent des témoins craintifs.

Tous ces thèmes: L'émigration, l'étranger, le provisoire, la prostitution, arrivent moins comme les termes d'une démonstration politique, que comme des points aigus de souffrance. Ils se déclarent comme des maladies ravageant le corps de la pièce. Mais à la différence des expressionnistes, Brecht n'auréole pas ses personnages d'un état de misère. Il nous en fait sentir la douleur vive, par des  descriptions crues, des déclarations obscènes. Il montre bien comme la ville est responsable de ses actes.

Après l'expressionnisme, Brecht fabrique avec "La Jungle" une nouvelle mythologie de la ville, qui fonctionne comme une tragédie.

Plus tard, en 1954, Brecht dira qu'en montrant ce "combat", il était passé à côté du combat réel, celui de la lutte des classes.

"Je passais, sans le savoir, très près du combat réel qui se déroulait et que je ne faisais qu'idéaliser: La lutte des classes.....Obscurément se dessine une prise de conscience: Que dans le Capitalisme décadent, le plaisir du combat n'est plus qu'une sauvage caricature du plaisir de la compétition. La dialectique de la pièce est de nature purement idéaliste."

Ce que Brecht nous fait sentir, c'est la violence exercée par la ville sur la pauvreté qui abat les corps aussi sûrement qu'un coup de fusil, tant le pauvre y est pris pour cible.

                                           

                      selon Philippe Duclos (extraits du Dossier de presse)

   

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