de Gotthold Ephraïm Lessing
Comédie Française
Mise en scène: Alexander Lang
avec Catherine Ferran, Michel Favory, Thierry Hancisse, Igor Tyczka, Jean-François Rémi, Eric Frey, Céline Samie, Vincent de Boüard.
Voici en quels termes est présentée cette pièce de Lessing dans le programme officiel de la Comédie Française:
« La scène est à Jérusalem, vers la fin du douzième siècle, pendant la troisième croisade. Le Juif Nathan a adopté et élevé une jeune-fille qu’un templier chrétien a sauvée des flammes.
Ce templier avait été condamné à mort et gracié par le sultan Saladin: quelque chose de familier dans le visage de cet étranger avait retenu sa main.
La sagesse de Nathan est mise à l’épreuve, et par l’aventure des jeunes gens, et par l’impécunieux sultan qui le somme de dire laquelle est vraie des trois religions monothéistes, la Juive, la Chrétienne et la musulmane..... »
Cette pièce montée pour le festival d’Avignon 97 et mise en scène de manière austère par Denis Marleau dans la cour d’honneur autour de Sami Frey est alors ainsi proposée dans le programme du Festival:
«... La tolérance religieuse et l’Amour du prochain traversent cette pièce qui s’achève sur une photo de famille à dominante fraternelle..... »
mais aussi: «....Lessing n’apporte aucune solution et n’entre dans aucun débat théologique. Il fournit simplement les éléments d’un débat citoyen.... ».
Curieusement les commentateurs ont souvent voulu retenir que le thème de la Tolérance était le socle de cette pièce alors que le texte n’est en fait que l’exposé d’une situation ô combien complexe où chacun se prend les pieds dans les méandres de ses propres contradictions!
Evidemment le dialogue, la concertation, la négociation sont présentés comme les gages d’une possible cohabitation surtout si chacun est capable d’apprécier l’humour d’une situation fût-elle à ses dépens!
Et c’est exact que la parabole des trois anneaux (tirée du Décaméron de Boccace) induit qu’aucune des trois Religions ne peut prétendre à la suprématie et qu’en conséquence il est nécessaire pour chacune d’assumer cette relativité!....
de là sans doute devrait naître une attitude pragmatique mais loin de toute crédulité!...
Alexander Lang qui par sa mise en scène en la salle Richelieu fait entrer cette pièce au répertoire de la Comédie Française a pris lui, le parti de la distanciation décalée mâtinée de pirouettes malicieuses et d’espiègleries de façon à décrire une situation grave sans se prendre au sérieux!
Si une dominante traverse le ton de la pièce, c’est sans doute celle de l’humour juif, celle qui brave toute tentation de désespoir!....
Ce qui permet au metteur en scène de terminer la pièce non par une photo de famille réjouie, mais bel et bien par une assemblée plurielle mais perplexe!
La problématique a donc été convenablement exposée et cependant les spectateurs ont été distraits agréablement d’un enjeu qu’ils ne peuvent en aucun cas résoudre eux-mêmes!
A chacun de se faire son opinion face à cet écheveau de liens de parenté qui semblent se fondre en une origine commune mais une telle acception est presque superfétatoire car la question latente de Lessing est sans doute:
« Est-il rationnellement possible d’assumer l’Athéisme? » et là pourrait se trouver la clé pour un prochain modus vivendi.....
Ce spectacle est un réel travail d’équipe où chacun disparaît, se substitue au profit de l’autre devant une tour....de passe-passe!
Recha étant le sujet des attentions convergentes, Céline Samie se révèle en digne fille de doyenne!....Les jeunes sont nombreux à la Comédie Française sur scène et dans la salle!....
Theothea le 29/10/97
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