Magazine du Spectacle vivant ...

   

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Les    Chroniques    dLe

  

13ème  Saison     Chroniques   13.81   à   13.85    Page  222

 

               

  Les  MOLIERES  2009 

Le Palmarès      Points de vue

   

SAMEDI DE FETE EN 2008 AVEC BASHUNG

        

61ème Festival de Cannes

Palme d'or, juste " Entre les murs " de mai 08

       

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THEA BLOGS                    Recherche   par mots-clé                    THEA BLOGS      

LE SOULIER DE SATIN

de  Paul Claudel

mise en scène  Olivier Py

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Théâtre de l'Odéon

Tel:  01 44 85 40 40

 

         photo ©  Alain Fonteray   

   

Incité par le public à cette fameuse reprise Claudélienne, Olivier Py, le directeur de l'Odéon nous convie à l'expérience extraordinaire de onze heures de spectacle entrecoupées de trois entractes.

En effet, sa réalisation du " Soulier de satin " créée en 2003 est, de nouveau, proposée en intégrale, les samedi et dimanche du mois de mars 2009, à partir de 13H00 jusqu'à minuit.

En arrivant sur place à la mi-journée, l'intuition envisagerait aisément une déperdition notable de spectateurs au fur et à mesure des trois pauses à venir.

Que nenni !... L'engouement initial va donner suite à une exaltation euphorique s'emparant de la quasi totalité des troupes en présence, unissant en un même marathon de transcendance, la performance des interprètes à celle de l'assistance.

Tous regroupés autour de l'épreuve mystique sublimée par Dona Prouhèze (Jeanne Balibar) et Don Rodrigue (Philippe Girard), l'assemblée des comédiens, des musiciens et des techniciens de plateau va mettre en branle un tel processus joyeux, festif et onirique qu'il semblera, dès lors, impossible d'enrayer la fuite du temps vers son apothéose nocturne.

A travers la vision politique d'un univers global, l'époque des Constitadores va s'imposer, rapidement, comme une métaphore du monde d'aujourd'hui s'imbriquant dans un foisonnement de luttes et d'objectifs apparemment contradictoires mais possédant, en commun, la volonté impérieuse de donner un véritable sens métaphysique à la vie humaine.

Ainsi, l'amour de Prouhèze et de Rodrigue devra-t-il renoncer à la relation charnelle en s'éprouvant dans le sacrifice ultime de la perte de l'autre alors que la conviction de plénitude saurait remplir les deux amants, d'une Rédemption salvatrice.

En Don Quichotte de l'équité, Rodrigue, tenté quelque peu par la velléité d'un destin épique, ne trouvera son salut qu'en répondant aux hauteurs de vue et de considération, inspirées par la muse regrettée et sa fille, Dona Sept-Epées (Céline Chéenne).

Les polyvalences trublionesques de John Arnold (Le Chinois, La Maître drapier, Le Chapelain, Ruis Peraldo, Don Lépold Auguste & le pêcheur Alcochete), de Sissi Duparc (La Négresse Jobarbara, La Logeuse & la Bouchère) et de Michel Fau (L'Annoncier, L'Ange Gardien, L'Irrépressible, L'Actrice), sauront, à juste titre, cadencer et transgresser le temps et l'espace dévolus à la méditation, en faisant virevolter, sous des dominantes kaléidoscopiques, les facettes scénographiques, intensément mobiles, de Pierre-André Witez.

De manière plus conventionnelle, il est également possible d'apprécier ce spectacle en assistant aux deux parties constituées par les représentations du mercredi (1ère & 2ème journées en 4 h15) et du jeudi (3ème & 4ème journées en 4h45)... sous le même impact d'une thématique commune: " Dieu écrit droit avec des lignes courbes ".

Theothea, le 19 mars 2009

LA CERISAIE

de  Anton Tchekhov

mise en scène  Alain Françon

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Théâtre de la Colline

Tel:  01 44 62 52 52

 

    photo ©  Pascal Victor   

     

Viscontienne jusqu'au dernier éveil du temps perdu, cette Cerisaie peut s'apprécier Tchekhovienne jusqu'au moindre souffle du temps retrouvé !...

Aboutissement d'une première approche en 1998 à la Comédie Française, Alain Françon signe, aujourd'hui, une mise en scène d'apothéose délibérément inspirée de celle de Stanislavski, lors de la création en 1904 au Théâtre d'Art à Moscou.

En ultime réalisation à la tête du Théâtre de la Colline, le directeur offre à Jean-Paul Roussillon le rôle de Firs, laquais de 87 ans, comme point d'orgue à sa carrière.

Marmonnant le ressentiment d'une époque disparue mettant en jeu la destinée, la mémoire du vieillard hante le domaine, comme une âme en peine, s'apprêtant à subir le couperet des temps nouveaux.

Le Gaev de Didier Sandre y traverse le miroir de la nostalgie en aristocrate déchu de ses prérogatives financières mais fort soucieux de la dignité familiale.

Sa soeur Lioubov (Dominique Valadié) y est sujette aux élans maniaco-dépressifs d'une fortune chancelante la faisant hésiter entre fuite en avant et mélancolie indicible.

Lopakhine, fils de moujik, trouve en Jérôme Kircher, la clef d'un personnage écartelé entre la mauvaise conscience du nouveau riche mais surtout, l'avidité inextinguible de l'arriviste.

Ainsi de suite, vont se présenter tour à tour, chacun des protagonistes au massacre du temps des cerises que tous adoraient mais dont il faudra désormais, faire le deuil.

Telle l'ultime danse sur le volcan des souvenirs, la mise aux enchères du passéisme va se fêter en un retour du refoulé exacerbé que la musique des confidences à demi-voilées emportera à jamais sur le train d'un humour virevoltant.

L'ensemble de la critique dramatique parisienne s'est mise au diapason dithyrambique de l'émotion, à peine contenue dans les frémissements de ces adieux qu'annonceraient, à l'identique de nos jours, des temps incertains !...

Toutefois, à ce concert élogieux du " Tchekhov Proustien ", ajoutons la note d'espérance à l'égard d'un passage de relais, en janvier 2010, dont Stéphane Braunschweig devrait tirer, tout feu tout flamme, les marrons directoriaux.

Theothea le 25/03/09

L'HABILLEUR

de  Ronald Harwood

mise en scène  Laurent Terzieff

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Théâtre Rive-Gauche

Tel: 01 43 35 32 31  

 

    photo de répétition ©  Lot   

   

Sous un jeu de miroirs infini, Laurent Terzieff et Claude Aufaure, se jouant de Don Quichotte et Sancho Pança, subliment le vertige en abîme du Roi Lear au point d'en incarner le fantôme et d'en projeter la cour des feux-follets.

Le chef d'une troupe théâtrale anglaise et Norman, son habilleur côtoient au plus près les affres de la représentation impossible, voire de l'annulation alors que le syndrome d'une mémoire défaillante, les bombardements sur Londres en 1942 et la panique intérieure du vide absolu menacent la complémentarité secrète les reliant au reste de vie.

Bien que la vulnérabilité de leurs partenaires (Michèle Simonnet, Nicole Vassel, Philippe Laudenbach, Jacques Marchand et Emilie Chevrillon) gravite avec souffrance autour des tréteaux shakespeariens en incitant le tandem aux compromissions quotidiennes avec la déchéance humaine, cependant le maître et l'esclave prolongent au-delà de la raison pure, la dialectique exclusive qui, de la scène aux coulisses, transcende le reflet indicible du geste théâtral.

Au-delà des apparences du vivant, Laurent Terzieff et son double donnent à contempler la mise en scène du corps décharné triomphant de tous les moulins à vent que tenterait de distiller la résignation en butte à la vanité.

Métaphysique en diable, le comédien abolit les frontières du crépuscule pour atteindre la grâce surnaturelle avec une légèreté d'esprit se libérant de toute pesanteur terrestre.

Cet habilleur de Ronald Harwood couronne Laurent Terzieff d'une lumière sépulcrale avec laquelle celui-ci se plaît à jouer sur toute la gamme du spectre et de son malin génie.

Theothea le 24/03/09

AMEDEE

de  Eugène Ionesco

mise en scène  Roger Planchon

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Théâtre Silvia Monfort

Tel: 01 56 08 33 88 

 

       photo ©  Philippe Guérillot   

   

Cloîtré depuis quinze années dans l’appartement de leurs noces d’antan, le couple Buccionioni a laissé s’infiltrer, à son insu, un processus de décomposition délétère qui, sous le simulacre de la survie affective, a fait place sans cesse grandissante à un tiers non identifié livrant Amédée (Roger Planchon) et Madeleine (Colette Dompiétrini) aux émois d’une anxiété surréaliste.

Que faire en effet contre la force maléfique d’un cadavre bien décidé à vous pourrir la vie, en occupant, un peu plus chaque jour, votre espace vital, au point d’en enfoncer les portes et d’en défoncer les murs ?

L’écriture d’Eugène Ionesco distille un suspense oppressant que la mise en scène fantasmagorique de Roger Planchon reprend à son compte en apportant aux rouages ambivalents, le mécanisme d’une machinerie infernale dont les ressorts comiques fusent par tous les interstices de l’irrationnel.

L’univers ludique de Jaques Tati n’est pas très loin de la perspective et de l’ambition de Roger qui, ainsi, enfonce le clou du tragique à coups d’incompatibilités avec l’illusion du réalisme en rose bonbon.

La farce de la destinée qui désagrège les protections et les barrages que Madeleine et Amédée dressent à l’encontre du monde extérieur ressenti de plus en plus menaçant, les rongent de l’intérieur en focalisant leur agressivité l’un contre l’autre.

Mais parvenus là où l’inconscient freudien pourrait se constituer en rempart pur et dur de la libido, Ionesco invite ses protégés à faire imploser les codes de bonne conduite.

Les échappatoires au dilemme du vivant deviennent fantasques et hallucinogènes, tels des champignons alors que l’au-delà prend des formes éthérées et des couleurs oniriques qu’un archange (Patrick Séguillon) évanescent et séducteur sera en charge de chanter et de célébrer en faisant appel aux bluettes de la mémoire collective.

En transformant ainsi l’angoisse existentielle du couple désorienté en livret désuet pour comédie musicale, la baguette du magicien relève la défiance sournoise du Surmoi afin d’en faire jaillir des utopies kaléidoscopiques d’amour éternel.

Theothea le 30/03/09

BRITANNICUS

de  Jean Racine

mise en scène  Jean-Louis Martin-Barbaz

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Théâtre  14 

Tel: 01 45 45 49 77  

 

        photo ©  Lot   

   

Il est des réalisations théâtrales où l’excellence est, d’évidence au rendez-vous, dans toutes les composantes de la mise en scène.

Celle du Britannicus de Jean-Louis Martin Barbaz, créée en 2007 au Studio-Théâtre d’Asnières et en reprise 2009 au théâtre 14, y apparaît dans un schéma mental du pouvoir politique dont les influences contradictoires feraient tergiverser une structure en pleine formation pour en faire basculer le socle dans la fascination du crime d’état.

Un décor japonisant constitué de panneaux coulissants à mi-chemin entre grillage et moucharabieh renvoie sur fond de tain, l’image inversée d’une incarcération à géométrie variable que les lumières de Cyril Hamès feraient vaciller dans le secret du confessionnal pour l’Histoire entre Néron (Jean-Christophe Laurier) et sa mère Agrippine (Yveline Hamon).

Celui-ci, à peine sorti des tourments de l’adolescence est en proie aux velléités amoureuses portant résolument son inclination vers Junie (Vanessa Krycève), l’élue de Britannicus (Antoine Rosenfeld) son demi-frère.

Tiraillé entre deux conseillers, Burrhus(Patrick Simon) et Narcisse (Hervé Van der Meulen), le jeune Néron n’aura de cesse d’arbitrer dans la volte-face, sans pouvoir, à tort ou à raison, se départir du sentiment d’être abusé.

En effet, l’alliance objective d’Agrippine et de Junie le fera douter de l’assise de sa propre autorité, jusqu’au choix ultime d’assassiner Britannicus.

Si cette décision fondatrice de la chaîne du crime va, ensuite, emporter Rome dans la folie meurtrière, lui, Néron, jean blanc et torse nu en butte au kimono maternel, se débat dans le lit impérial avec l’ombre tutélaire des figures mythiques torturées qu’un Louis II de Bavière pourrait, ultérieurement, revendiquer.

Avec la grâce inspirée d’un Helmut Berger et la fureur visionnaire d’un Denis Lavant, l’incarnation de Jean-Christophe Laurier atteint ces sommets de maîtrise où l’acteur est seul, avec sa superbe, contre tous.

Et cependant face à lui, le charisme d’Yveline Hamon, la fougue intérieure de Vanessa Krycève, le charme désinvolte d’Antoine Rosenfeld portent autant de coups de boutoirs que la compagnie de Jean-Louis-Martin Barbaz contient de fruits du talent formé à perfection.

Ainsi, par une présence intensive, Rachel André (Albine), Valentin Johner (garde), Florient Jousse (garde) viennent, à leur tour, confirmer que chacun des rôles de cette mise en scène, au sein du rapport de forces psychiques, diplomatiques et sensuelles, est au diapason de son enjeu éminemment tragique.

Sur le plan de la symbolique, ce « Britannicus » de Jean-Louis Martin Barbaz pourrait mériter toutes les nominations aux Molières.

Theothea le 02/04/09

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