En précédant Emmanuelle Béart & Sarah Suco, Isabelle
Carré & Sophie Guillemin ainsi que dautres duos féminins
devant se produire jusque début mars au Théâtre de
lAtelier, lessai de Cynthia Fleury publié en 2010 chez
Fayard trouve actuellement, suite à une lecture au Palais de Tokyo
et à La Scala en 2019 par déjà Isabelle Adjani et Laure
Calamy, un nouvel aboutissement dans le spectacle vivant pour lequel ces
deux comédiennes auront donné le brillant coup denvoi
des premières représentations 2026 devant laisser place ensuite
aux prestations de leurs consurs dans ce projet théâtral
toujours en gestation.
Se voulant accessible à tous, cette nouvelle lecture spectacle
adaptée par lauteure, à la fois psychanalyste et philosophe,
aurait pour ambition de rendre tangible lobservation conceptuelle et
sans doute visionnaire que lépoque contemporaine secréterait
autour dun humanisme comportemental aux valeurs menacées et
pour le moins déclinantes.
Le « Courage » savérant être, pour la chercheuse
interdisciplinaire, lautre facette portée à bras tendus
par la « Dignité » alors que la complémentarité
existentielle de ces deux instances révèle une défection
concomitante à combler au plus vite, cest donc par souhait de
transmission que la dramaturge néophyte voulant agir en thérapeute
des âmes, sapplique à façonner un dialogue
maïeutique où son propre clone virtuel radicalisé serait
médiatisé par lanimation caricaturale dune journaliste
branchée grand public.
Leur dualité sappuyant sur une pédagogie
délibérément anticonformiste où la peur du ridicule
saffranchirait des garde-fous du politiquement correct, deux actrices
référentielles, en loccurrence Adjani et Calamy à
linstar de leurs prochaines homologues poursuivant la même
scénographie, ont joué à fond la carte distanciée
davec le bon ton.
Ostensiblement embarrassée dans son expression relationnelle pour
lune, extravertie et exaltée pour lautre, cest en
assumant une telle outrance comportementale que les deux artistes tentent
de mettre les rieurs de leur côté pour mieux en apprivoiser
lempathie.
Ainsi, comme à la télévision où laudience
primerait sur tout autre considération, la présente mise en
scène de Jacques Vincey va chercher lattention du public par
des mimiques, des postures et des intonations drolatiques que les thèmes
abordés ne justifient pas en soi mais que lenjeu de rédemption
souhaitée salvatrice plébiscite délibérément.
Ce soir-là pourtant, lors de la représentation du mercredi
21 janvier, dune manière systématique pour ne pas dire
systémique, une jeune femme placée à larrière
des rangées dorchestre côté jardin, réussissait
à dessein lexploit de rire bruyamment sur chaque réplique
quelque peu « surjouée » des protagonistes durant toute
la représentation sans jamais provoquer la moindre réprobation
des spectateurs. Un peu comme sil pouvait être admis que la
performance soit a parité à la fois sur scène et dans
la salle !...
Où devait alors se positionner la notion conceptuelle du « courage
» dans cette configuration opportune ? Cela resterait-il dailleurs
une question légitime ?
De fait, cette incidence aura fait partie intégrante du spectacle
et cest donc à laune dune désinvolture
opiniâtre que devaient être appréciées in situ
lintention et la réalité du choix créatif voulu
par lensemble de léquipe artistique.
De surcroît, au dernier acte de cette pièce alors que serait
déclenché le fou-rire programmé de lassistance,
lemprise cérébrale doit changer de camp en transmettant
ses influx au domaine « physiologique » de façon à
illustrer la force de concentration nécessaire à lenjeu
vital lorsque celui-ci prend le relais des tourments tournant en boucle sur
eux-mêmes:
De fait lapprentissage de lescalade en montagne nécessiterait
de mobiliser des forces morales et psychiques à 100% de leurs
capacités potentielles.
Un esprit sain dans un corps sain: Voici donc ce qui devrait pouvoir
résoudre lattrait du découragement chronique empruntant
les voies impénétrables de lhumour feint... partagé
ou non par autrui.
A suivre donc ce même lâcher-prise « en rappel » à
la fois libérateur et truculent... accompagné de l'ensemble
des comédiennes alternatives programmées sur les planches de
lAtelier... se jouant ainsi malicieusement de lantithèse
ironique « Courage Fuyons ».
Theothea le 21/01/26