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30ème
Saison
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LE CERCLE DES POETES
DISPARUS
Philippe Torreton adoubé par « Le Cercle des
Poètes disparus » au Théâtre Antoine
de Tom
Schulman
mise en scène Olivier
Solivérès
avec
Philippe
Torreton, Nicolas Bauwens, Noé Besin, Olivier Bouana, Louis Djabali,
Ivan Du Pontavice, Yvan Garouel, Baptiste Gonthier, Joseph Hartmann,
Clément Mariage et Arthur Toullet
|
****
Théâtre Antoine |
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© Louis Josse - Jmdprod
Selon son niveau de compétence artistique et de conscience citoyenne,
la légitimité du rôle de « John Keating »
apparaît comme une évidence assumée dans le parcours
professionnel de Philippe Torreton.
Incarnant, à la suite de
Stéphane Freiss puis
de Xavier Gallais pour cette troisième saison en retour au
Théâtre Antoine,
la personnalité du charismatique professeur rebelle à toute
pédagogie conformiste, précisément en se fondant sur
la volonté de convaincre ses élèves du bien-fondé
à trouver leur propre voie identitaire grâce à
lapprentissage du penser par soi-même, lensemble des
planètes paraissait ainsi pleinement aligné pour que le
comédien Philippe Torreton fort engagé par ailleurs dans ses
choix éthiques et politiques, tire la quintessence de ce spectacle
à taille humaine et néanmoins tellement ambitieux.
Adepte résolu du « Carpe diem » dans son propre comportement
social, celui-là souhaite progresser dans son Art sans cultiver la
notion de regret au profit dun certain pragmatisme le forçant
à apprécier la vie telle quelle se présente sans
chercher à entretenir les chimères dune notoriété
vouée à grandir.
Ainsi quimporte si sa propre carrière cinématographique
aura été quelque peu freinée par ses prises de position
dérangeantes pour daucuns !
Et tant mieux au contraire, si à 60 ans, sa destinée de
comédien lui fait ainsi rencontrer sur les planches une sorte
dapothéose aux vertus idéelles autant que libertaires
dont lenjeu de transmission aux jeunes générations vaudrait
bien, à coup sûr, tout lor dune reconnaissance
académique par ailleurs convenue.
Cependant noublions point que si lengouement
générationnel pour « Le cercle des poètes disparus
» naura cessé de se réitérer dune
époque après lautre aussi bien à travers sa version
originelle cinématographique que par ses adaptations
théâtrales ultérieures, il nen demeure pas moins
quen toile de fond, cest aussi lhistoire « live »
dun double échec sociétal, celle du suicide dun
adolescent en impasse conflictuelle ainsi que celle de la répudiation
institutionnelle dun enseignant intègre... se heurtant tous
les deux de front à lautoritarisme et aux normes
édictées en principes irrévocables à travers
les personnages redoutables du père et du directeur à nouveau
excellemment interprétés par Olivier Bouana & Yvan Garouel.
La liberté acquise aurait donc un prix celui de ceux qui la
défendent sans compromission... pour léventuel bien de
tous ceux qui seraient en mesure ensuite de lapprécier à
sa juste valeur.
Nul doute que Philippe Torreton puisse être en accord avec cette
perspective idéaliste dun combat existentiel jamais gagné
davance mais toujours en devenir.
Dailleurs à lécoute de sa propre mémoire
d ex-collégien alors désorienté, lacteur
est encore actuellement très sensibilisé à la
métaphore de la préface que le professeur « Keating »
propose à ses étudiants darracher de leur manuel censé
les initier à la Poésie car sa formalité dogmatique
ne pourrait que figer définitivement limaginaire de jeunes esprits
créatifs en pleine découverte.
« Ô Capitaine, mon Capitaine ! » A linstar de ce
signe de ralliement dédié, comptons donc sur
lexpérience humaine de Philippe Torreton pour être constamment
à la hauteur du défi qui laccompagnera sur les planches
tout au long de son incarnation enthousiaste de « John Keating »
ressentie par ses jeunes et talentueux partenaires au sein de cette nouvelle
distribution tels des disciples ô combien admiratifs et surtout plein
de reconnaissance.
Theothea le 28/02/26
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SAND CHOPIN
« SAND CHOPIN » en empathie avec Macha Méril
& Erik Berchot au Poche Montparnasse
de
George Sand textes réunis par Bruno Villien
mise en scène Macha Méril
avec
Macha Méril & Erik Berchot
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***.
Théâtre de Poche Montparnasse
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© Sébastien
Toubon
George Sand aura le vent en poupe en cette Année 2026. Dans le
cadre de la commémoration des 150 ans de sa disparition (elle est
décédée le 8 juin 1876), une programmation éclectique
célébrera une Oeuvre et un Esprit qui résonnent toujours
avec autant de force aujourd'hui. Des expositions, conférences, lectures,
rencontres se dérouleront particulièrement dans son Berry natal
mais pas seulement tant s'en faut !
Figure majeure de cette région rurale profondément aimée,
George Sand, née Aurore Dupin de Francueil en 1804, grandit et vit
l'essentiel de son existence à Nohant, lieu d'écriture et de
salons animés par les nombreux artistes de son temps, littéraires
comme Balzac, Flaubert, Alfred de Musset, peintres comme Delacroix, ou
célèbres musiciens tels Franz Liszt et le romantique
Frédéric Chopin.
La relation passionnée de Sand avec ce dernier a singulièrement
inspiré Macha Méril qui interprète, trois jours par
semaine au Théâtre de Poche Montparnasse, des textes
autobiographiques de la romancière d' '' Histoire de ma vie '' et
des lettres contenues dans les vingt volumes de sa correspondance, réunis
par Bruno Villien, journaliste et auteur lui-même de trois pièces
consacrées à G. Sand.
Bien entendu, la musique est convoquée à part entière
dans ce spectacle et la fougue de Chopin ressuscite sous les doigts d'Erik
Berchot pianiste concertiste dont Michel Legrand était devenu en quelque
sorte le mentor alors qu'Erik a enregistré plusieurs de ses oeuvres
tout en collaborant par ailleurs avec Claude Lelouch.
Macha Méril, smoking noir et chemise blanche à jabot, qui
s'est bruni et coupé les cheveux à la garçonne pour
mieux s'identifier à son héroïne laquelle s'habillait
en homme et pris un pseudonyme masculin pour publier ses récits, trouve
en cette dernière l'écho miroir d'une femme libre et engagée,
cédant sans réserve à ses passions.
Tempérament bien affirmé, elle ne résistera pas
au jeune pianiste polonais qui, pendant sept étés, séjournera
à Nohant et créera de nombreuses partitions dans une chambre
aux portes capitonnées, bien protégé de tout bruit
extérieur « Au moment de ma vie où je me croyais à
tout jamais calme et fixée, j'ai été envahie tout à
coup, et il n'est pas dans ma nature de gouverner mon être par la raison
quand l'amour s'en empare. » (correspondance)
Ponctué de préludes, mazurkas, valses et sonates qui
virevoltent tout au long du spectacle, le récit de Macha se fait
pointilliste, distillant dans l'exquise langue du 19ème, un portrait
romanesque de ce Chopin qui l'envoûte « un ange, sa bonté,
sa tendresse et sa patience m'inquiètent quelquefois : je m'imagine
que c'est une organisation trop fine, trop exquise pour vivre longtemps de
notre grosse et lourde vie terrestre. »
Parfois assise à une table d'écrivain, plume à la
main, souvent debout déambulant sur la scène, proche du public,
la comédienne nous raconte par petite touches la mauvaise santé
du compositeur, leur décision d'aller passer un hiver à Majorque
sous un ciel plus clément où, fâcheusement, l'extrême
humidité - pluie torrentielle ininterrompue - n'a fait qu'empirer
sa maladie, leur idylle tumultueuse de 9 ans fort éprouvée
par sa fille Solange qui s'était rapprochée de Chopin, enfin
la mort prématurée due à la tuberculose du virtose à
39 ans.
Elle se permet de longues pauses, silencieuse, l'air rêveur, toute
à l'écoute des notes égrenées par le pianiste
Erik Berchot. C'est un régal, ce duo complice qui se répond
et ce musicien qui nous livre avec superbe une interprétation vibrante,
pleine de subtilités.
Macha Méril a beaucoup d'affinités avec l'autrice berrichonne.
Dotée, elle aussi, d'un pseudo, son vrai nom étant Maria-Magdalena
Vladimirovna Gagarine, actrice et également écrivaine, follement
amoureuse du compositeur Michel Legrand « J'avais l'impression qu'il
était mon moi bis », n'est-elle pas aussi comme un ''double''
de George Sand ? Dans les deux cas, une liaison nourrie d'admiration
réciproque, un amour ardent entre deux créateurs, l'une avec
les mots, l'autre par la musique.
Macha vénère George Sand qui, outre les élans
enflammés de son cur, a utilisé la littérature
comme arme pour faire avancer la condition féminine. Elle est fière
de la célébrer avec beaucoup de tact et de délicatesse
dans l'intimité du Théâtre de Philippe Tesson.
A l'aube donc des 150 ans de sa disparition, un projet national propose
de l'honorer au Panthéon sous forme de cénotaphe en déposant
symboliquement la terre de Nohant. En attendant, elle repose dans le
cimetière familial tout près de sa belle demeure du Berry à
laquelle elle a attaché ses plus beaux succès littéraires.
CatS / Theothea.com le 04/03/26
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LE CHANT DES LIONS
« Le chant des Lions » Genèse
éclairée du Chant des Partisans au Tristan
Bernard
de
Julien Delpech & Alexandre Foulon
mise en scène Charlotte Matzneff
avec
Marina Pangos, Eric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson, Elodie
Colin & Mehdi Bourayou
|
***.
Théâtre Tristan Bernard |
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© Fabienne Rappeneau
En entrée de jeu sur les planches, voici la séquence
théâtrale fondatrice se soldant spectaculairement par le suicide
en direct de Lazare Kessel frère cadet de Joseph, le célèbre
journaliste aventurier.
« Vous prétendez maimer et vous ne maimez pas.
Vous ne mavez jamais compris. Je pars parce que je suis seul...
»
Cette phrase laissée dans une lettre posthume destinée aux
proches mais apparemment volatilisée depuis, marquera définitivement
le frangin romancier jusquà en susciter son devoir de mémoire
familiale et de responsabilité fraternelle durable dont lune
des preuves tangibles sera son rôle de mentor puis de fidèle
partenaire auprès de Maurice Druon le fils non reconnu à la
naissance par cet autre Kessel géniteur désormais disparu.
Par la suite, la destinée duelle doncle et neveu ainsi
tracée les conduira dailleurs étonnamment jusquà
être élus tous les deux membres de lAcadémie
française à seulement quatre années dintervalle
en 62 & 66.
Dautant plus que cette reconnaissance nationale aura été
précédée dune notoriété inégalable
car Emmanuel dAstier de La Vigerie, lun des fondateurs et principaux
chefs de la Résistance, leur avait commandé en 1943 la
création dun chant dédié aux valeureux soldats
de lombre en sappuyant sur une mélodie russe venant
dêtre composée par Anna Marly.
Les paroles françaises, quils concoctèrent alors dans
la fébrilité de lOutre-Manche selon une inspiration quasi
spontanée, faisaient appel à la solidarité collective,
forgée en métaphore défensive, débutant comme
elle clôturait ce chant de mobilisation des consciences:
« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ? »
sous une mélopée lancinante et bien souvent exclusivement
sifflée.... signe effectif de reconnaissance discrète entre
combattants du maquis.
Cest donc ainsi que les auteurs Julien Delpech & Alexandre Foulon,
après avoir exploré avec grand succès Laffaire
Dreyfus dans « Les Téméraires », eurent le pressentiment
quausculter le contexte précédant la naissance de cet
hymne devenu patrimonial aurait un impact émotionnel puissant sur
le public (re)découvrant les affres héroïques de cette
mélancolie à jamais inscrite dans notre mémoire
patriotique.
Ils sont six sur scène à interpréter, pour certains
selon plusieurs rôles, composant un tableau à la fois communautaire
et intimiste quelque peu alambiqué dune saga menant de zone
occupée à libre puis vers lAngleterre via le Portugal
afin de participer à construire les forces de libération
prometteuse de sauvegarde nationale et au-delà garantie de paix
universelle à ressourcer.
Voici donc Germaine Sablon (Marina Pangos) légérie
de cette histoire romancée, chanteuse dun cabaret Parisien
dirigé par Darrier (Thierry Pietra), dont lami Joseph Kessel
(Éric Chantelauze) tombera amoureux, en préambule fort heureux
à ce que celle-ci devienne première future interprète
historique du « Chant des Partisans ».
Voici donc également Maurice Druon (Thibault Pinson) partenaire
de Joseph devenu son protecteur attitré dès ses 2 ans ainsi
que katia (Elodie Colin) lépouse légitime
particulièrement tolérante et compréhensive à
légard de son mari... Les uns et les autres devenant, au fil
de la guerre, tous engagés volontaires dans les réseaux de
résistance active ô combien ingénieuse !
Et voilà enfin mais vraiment pas le moindre, le rôle
multi-fonctionnel le plus original qui soit dans cette scénographie
en prise avec les artefacts du réalisme, lhomme orchestre (Mehdi
Bourayou) ou plus exactement le bruiteur live, à linstar
dautres « trucages » artisanaux, créant sur scène
en temps réel lensemble de lunivers sonore et visuel là
où habituellement tous les éléments sont formatés
et pré-enregistrés.
Ce spectacle à la fois burlesque, fougueux et paradoxalement proche
des intuitions du cinéma muet, possède la vertu de virtualiser
lessentiel dune humanité en lutte pour sa survie tout
en sappuyant sur la distanciation dun humour existentiel quasi
viscéral.
Dune certaine façon, cette création aurait toutes
les qualités requises pour attirer à elle ce quon est
en droit dattendre de lattribution des Molières... De
lexcellence, du signifiant, de lexaltation ainsi que du
divertissement !
Ce ne serait dailleurs pas spoiler la pertinence de la mise en
scène rythmée par Charlotte Matzneff, de préciser
quau-delà des premiers saluts le public rencontre, au final,
limmense satisfaction et surtout éprouve le grand frisson
dentonner avec les artistes, prolongeant ainsi dautant la
représentation, « le Chant des partisans » à
lunisson.
Theothea le 14 mars 2026
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ON NE SE MENTIRA
JAMAIS
« On ne se mentira jamais » Bouix & Briançon
Le couple en tangage au Théâtre de Paris
de Eric
Assous
mise en scène Jean-Luc Moreau
avec
Evelyne Bouix & Nicolas Briançon
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***.
Théâtre de Paris
Salle Réjane |
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© Emilie Brouchon
Cest en 2015 que Marianne & Serge débarquaient au La
Bruyère sous la plume dEric Assous pour lesquels celui-ci allait
décrocher le Molière du meilleur Auteur alors que Jean-Luc
Moreau y mettrait en scène
cette nouvelle pièce
où il serait, de surcroît, le partenaire de Fanny Cottençon.
Onze ans plus tard, Evelyne Bouix & Nicolas Briançon reprennent
ces mêmes rôles toujours sous la vigilance de Jean-Luc Moreau
alors que leur prochain anniversaire de mariage annonce 25 ans dunion
amoureuse assumée.
Mais voici que sinfiltre insidieusement le grain de sable malencontreux
quun léger accident de voiture va transformer en opportunité
dramaturgique.
Telle une enquêtrice patentée mais apparemment zélée,
Marianne décide soudain de stopper son récit amusé de
laccrochage automobile pour nen retenir que le nom obsédant
de son conducteur « Clébart ».
En effet, le hasard voudrait quil sagit du même patronyme
porté par la très belle ex-voisine de Serge juste avant que
celui-ci ne fasse la connaissance de Marianne sur coup de foudre.
De fait depuis leur rencontre initiale, tout allait au mieux pour les
tourtereaux mais soudain, 25 ans plus tard, une justification mal formulée
: « Après cet événement, ça a été
fini ! ». Et Marianne de rétorquer « ça a
été fini ? ça a été fini ?
Cest que ça a commencé ! ». Voici donc
une gaffe ambivalente qui ne peut plus passer la rampe de secours !
Ainsi samorcera sous de multiples cascades, la descente toboggan
des faux-semblants que rien ne paraîtrait pouvoir freiner au
point quà peine la problématique de la voisine aurait
été analysée sous toutes ses composantes suspectes,
cest la prof de sport de Serge qui serait immédiatement dans
le collimateur des soupçons récurrents; ce qui aurait pu a
priori sapparenter à du harcèlement débridé
mais, cependant, la force du doute était alors déjà
suffisamment ancrée pour que Serge avoue et signe cette
réalité, peut-être virtuelle, quil aurait
délibérément cachée.
Ce qui est néanmoins étonnant lors de cette reprise
théâtrale, cest que le ressenti pourrait subjectivement
être décalé:
Ainsi à lépoque de la première mise en scène
de J-L Moreau, limpression dun combat de boxe ou dune partie
de ping-pong entraînait le spectateur à prendre parti
alternativement pour lun des deux protagonistes jusquà
un potentiel match nul ou pour le moins en impasse.
Pour cette seconde réalisation aujourdhui, il semblerait
que linstruction soit davantage menée à charge de Serge
qui au fur et à mesure, rendant de moins en moins coup pour coup,
laisse sa dulcinée en titre déconstruire le mâle
dissimulateur et toxique jusquà en percevoir par transparence
la carapace protectrice et cloisonnante... en autant de double ou triple
vie.
Et pourtant rien nest moins avérée sur les planches
du Théâtre de Paris que la preuve tangible de culpabilité
masculine au détriment dune hypothétique cabale
féminine orchestrée ! A chacun dapprécier et de
se faire son jugement, sachant que le ton de la comédie vaudevillesque
est constamment en toile de fond de cette excellente pièce ainsi ouverte
à de multiples interprétations nécessairement stimulantes
voire contradictoires.
Dans cette perspective, la présence charnelle et charismatique
dEvelyne Bouix est exceptionnelle et la volonté de mettre en
valeur sa partenaire apparaît en permanence dans le jeu fort
maîtrisé de Nicolas Briançon. Un superbe duo de
comédiens pleinement en phase.
Theothea le 26/03/26
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KATTE
de
Jean-Marie Besset
mise en scène Frédérique
Lazarini
avec
Tom Mercier, Philippe Girard, Nemo Schiffman, Odile Cohen, Marion Lahmer,
Stéphane Valensi & Thomas Paulos
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***.
Théâtre
de l'Epée de bois |
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© Theothea.com
Dans le cadre champêtre du bois de Vincennes, niché au fond
du domaine de la Cartoucherie, le sublime et chaleureux théâtre
l'Épée de Bois a accueilli du 5 février au 8 mars 2026
une création étrangement insolite '' Katte, la tragédie
de l'amant du Prince de Prusse'' dont le titre évoque d'entrée
de jeu une relation sulfureuse et le désir interdit.
Avec cette nouvelle pièce, le prolifique auteur Jean-Marie Besset
aborde frontalement lhomosexualité masculine réprimée
par lordre patriarcal et la confrontation idéologique entre
deux visions du monde totalement divergentes et irréconciliables,
l'une tournée vers les armes, les batailles, la chasse, l'autre, toute
en sensibilité, vers les arts et la musique.
De « Villa Luco » (1989) qui mettait en scène
laffrontement posthume entre Pétain et de Gaulle sur
lîle dYeu jusqu'à sa fresque monumentale «
Jean Moulin, évangile » (2016) qui explorait les raisons profondes
de l'engagement du héros, Jean-Marie Besset sest imposé
comme un dramaturge des dissensions intimes mêlées au contexte
historique d'une époque.
Avec « Katte », Jean-Marie Besset sempare dun
événement qui se déroule au sein du Royaume de Prusse
en 1730 interrogeant à la fois les arcanes du pouvoir et de lamour
qui transgresse les limites imposées par le monarque autoritaire et
despotique Frédéric-Guillaume 1er, surnommé le
Roi-sergent.
Pour projeter plus d'éclat aux tensions extrêmes entre ce
roi tyrannique et son fils de 17 ans qui, aux antipodes de l'âme
guerrière paternelle, n'aspire qu'à la poésie et jouer
de la flûte dans cette étrange atmosphère 18ème
siècle du palais de Postdam, Jean-Marie Besset a ressuscité
la tragédie en cinq actes écrite en vers.
En choisissant lalexandrin, cette rime abandonnée au
théâtre depuis « Cyrano de Bergerac » en 1897, Jean-Marie
Besset raconte avoir connu une expérience décriture quasi
mystique, comparable à celle dAndré Gide composant ''
Paludes '' : « En 2023, jai eu un déclic, tout dun
coup cest venu tout seul, si jose dire. Jai eu
limpression décrire sous la dictée dune main
invisible, cétait un phénomène extrêmement
curieux, les vers surgissaient avec une facilité déconcertante
».
En prenant le risque de s'approprier le mystère poétique
du monde, se rapprocher de la langue française, la langue noble de
Racine et de Molière, le jeune prince héritier s'attirait les
foudres de Frédéric-Guillaume, ne parlant qu'allemand et
obsédé par la vie militaire. Lorsque celui-là manifestera
des penchants amoureux ravageurs pour le fringant officier de 26 ans Hans
Hermann von Katte, lieutenant de la garde du roi, la notoire complicité
des amants déchaînera la fureur démentielle du souverain.
La sentence royale sera implacable et irréversible. Malgré
les supplications de la Reine, de la princesse Mine, la soeur et confidente
du prince jusqu'au grand dam des tribunaux, il fera décapiter Katte
sous les yeux horrifiés de l'adolescent contraint d'assister à
l'exécution.
Le futur Frédéric II, véritablement traumatisé
par la violence récurrente du tyran, ne donnera pas d'héritier
à la dynastie. Féru de culture et de philosophie française,
admiratif de Voltaire, figure emblématique des Lumières, il
régnera en despote éclairé.
La talentueuse Frédérique Lazarini qui fut une flamboyante
Lucrèce Borgia au Théâtre 14 en 2015, qui a créé
et joué Médée d'Euripide avec le centre culturel de
Sarajevo, mis en scène le Cid de Corneille ou la Mégère
Apprivoisée de Shakespeare a un vrai goût pour la tragédie.
Elle sert, ici, avec une brûlante justesse et une énergie
fiévreuse l'ampleur d'un texte au lyrisme d'une rare violence affective
créée par les sentiments exacerbés et antagonistes des
protagonistes.
La metteuse en scène choisit une esthétique onirique
plutôt minimaliste et dépouillée par l'absence de décor
imposant et, dans la sobriété d'un plateau presque vide
ciselé par les lumières souvent nocturnes de Didier Brun,
l'Alexandrin fait son travail dincantation, le Vers sonne, impose un
rythme, des vibratos qui caressent ou qui tranchent.
Elle dirige les sept comédiens avec une précision
d'équilibriste.
Tom Mercier incarne un Katte délicat et félin et Nemo Schiffman
le rebelle prince Frédéric, formant un fervent duo à
la sensualité animale. Tous les deux sont de jeunes
révélations du cinéma français et font leur premier
pas au théâtre. Nemo, fils d'Emmanuelle Bercot, plein d'ardeur
juvénile, a des envolées particulièrement puissantes
quand il se sent acculé par le joug monarcal et électrise la
salle dans ses accès de colère.
Face à eux, Philippe Girard, comédien fétiche
dOlivier Py et de Stéphane Braunschweig, campe de manière
impériale un Roi sanguinaire dont la brutalité, qui aurait
pu être encore plus glaçante de la part d'un tel artiste, fait
planer le châtiment et de la mort.
Odile Cohen la Reine et Marion Lahmer la princesse Mine, parées
d'élégantes robes signées Emmanuel Courau,
interprètent avec fougue ces femmes humiliées et
méprisées par le pouvoir martial et castrateur. Stéphane
Valensi, sulfureux à souhait incarne le félin et ambigu ministre
Seckendorff à la solde du Roi et Thomas Paulos le Pasteur Mülher,
homme de foi candide, complète une distribution impeccable qui magnifie
la langue de Jean-Marie Besset, cette langue qui élève la passion
ravageuse au rang de celle des grandes tragédies telle Phèdre
avouant son amour dévorant et coupable pour Hippolyte.
La mise en scène baroque de Frédérique Lazarini
déploie une tension désespérée face à
ce drame au romantisme noir où on réprime une jeunesse
empêchée de vivre ses inclinations amoureuses, ses goûts
artistiques, ses sensibilités personnelles, une jeunesse qu'on veut
dompter et qui est finalement punie et sacrifiée pour avoir enfreint
l'ordre établi.
Des élans transis brisés en plein vol avec ces derniers
mots échangés entre les deux amants : « Pardonne-moi,
mon cher Katte ! » implore le prince en français. « Il ny
a rien à pardonner, je meurs pour vous la joie dans le cur »
répond lofficier.
Ce sera l'ultime parole d'un être condamné qui sourit à
la mort comme une bravade à l'homophobie d'Etat et à la
cruauté du réel.
CatS / Theothea.com le 24/03/26
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