Forum Théâtre Magazine

   

     

 74ème Festival de Cannes 

     

FESTIVAL  INTERNATIONAL  du  FILM  de  CANNES

     

   

Cannes, d'un   Festival   l'autre

           

   

Cannes 2021

74ème édition

      

     

         

         

     ©  Theothea.com

     

     ©  Theothea.com

     

     

Cannes 2021

Le Festival  Estival

   

Présidé

par  Spike  Lee 

       

Work in progress

     

Le Festival de Cannes 2021

en mode " cinéphile estival "

       

     

Le 74ème Festival de Cannes était en vacances studieuses sur La Croisette en ce mois de juillet 2021 sans qu'il soit aisément facile de distinguer qui des touristes ou des festivaliers en shorts et bermudas avaient la légitimité pour arpenter son parcours piétonnier. Comme à l'accoutumée, bien entendu, les badges arborés pouvaient faire preuve de sésame sine qua non, mais il y avait néanmoins dans l'air ambiant comme un relâchement des priorités hiérarchiques traditionnelles, tant l'été venu avec son déconfinement relatif, les organisateurs avaient misé sur un quiétisme des esprits à l'aune d'une billetterie 2.0 pleinement impliquée dans l'expression numérique écartant d'emblée toutes les formes privilégiées de débrouillardise opportuniste.

L'organisation pragmatique des réservations, essentiellement par smartphones, pour l'ensemble des projections au travers des différentes sélections officielles et parallèles, réunies en l'occurrence sous une même cause sanitaire, eut la double vertu de rendre beaucoup plus fluides toutes les entrées mais surtout de remplir les jauges au mieux de leurs capacités tout en garantissant à chaque festivalier, détenteur d'une réservation, l'entrée systématique en salle et non comme précédemment "dans la limite des places disponibles".

Mine de rien, cela changeait totalement l'atmosphère de ce festival dont désormais le stress des files d'attente de plus en plus précoces disparaissait de fait comme par enchantement dans la décontraction apaisée de chacun.

Si donc le Covid aura eu l'avantage de susciter pour ce 74ème festival du film, de la part de son organisation bien conçue, un tel bien-être comportemental, il serait vraiment stupide et contre- performant d'y renoncer pour les éditions à venir.

C'est donc avec trois nouvelles salles supplémentaires que le planning de chaque festivalier allait pouvoir composer un choix modifiable jusqu'à une heure avant chaque projection. En effet, s'il était possible de réserver pour des séances se chevauchant, il fallait supprimer les options inutiles à moins de 60 minutes avant leur actualisation de façon à ce qu'elles puissent être de nouveau proposées à d'autres postulants.

C'est ainsi qu'à Cannes Mandelieu à hauteur du terrain d'aviation venait d'être inauguré le "Cineum" permettant au festival du film de compléter son offre de projections grâce à IMax, XScreen et Aurore, trois salles parfaitement équipées et confortables.

Bien sûr, Debussy et le Théâtre Lumière resteraient les deux piliers fondamentaux du festivalier mais les salles du Soixantième, Bazin, Bunuel, La Licorne, Les Arcades, Alexandre III, le Studio, le Raimu continueraient de consteller de reprises chacun des films officiellement sélectionnés auxquels il faudrait ajouter ceux de La Quinzaine (Palais Croisette) et de La Semaine de la Critique (Miramar).

Fort de ces outils de travail pléthoriques, le festivalier lambda n'avait plus qu'à dégainer le smartphone pour gérer, via, l'application Festival,, son planning dont les offres ne cesseraient de se télescoper sur son écran.

Finies les files d'attente inutiles. A chaque réservation validée correspondrait une place dédiée et ainsi c'est l'esprit tranquille que chacun pourrait rejoindre son fauteuil.

Ainsi s'ouvrait sereinement le 74ème festival qui, après tant d'atermoiements depuis le premier confinement, mettait le masque et les gestes barrières en viatique fondamental et ne réservait le pass sanitaire et la vaccination complète que pour l'entrée dans le palais dont seules deux petites salles dépendaient.

Place donc ici à la cinéphilie dans son expression la plus effective à travers un choix de 10 films qui ont plus particulièrement marqué notre ressenti de l'époque présente par le biais du festival devenu exceptionnellement estival :

   

1) Jane par Charlotte

   
©  Nolita Cinema / Deadly Valentine

En acceptant de se confier à l'oeil scrutateur de la caméra de sa fille Charlotte, Jane Birkin a offert à celle-ci un formidable champ d'expérimentation pour se souvenir ensemble des moments partagés dans une autre époque, celle où l'enfance a côtoyé celle d'une mère en pleine apothéose du Star system à la française. Bien sûr, Jane avait déjà publié précédemment son journal de bord qu'elle rédigeait alors consciencieusement et quotidiennement durant toutes ces années de folie médiatique passées d'abord en compagnie de Serge Gainsbourg puis hors de la zone d'influence du compositeur... jusqu'au suicide de Kate en cet instant fatal où la comédienne arrêta alors définitivement son travail d'écriture.

Ce que vient compléter avantageusement par ses interviews filmés à pas feutrés la quête de Charlotte, c'est le terrain commun de la mémoire, ces instants fugaces où ceux-ci semblent être le fruit d'un secret partagé initialement à deux entités pour l'amener à une sorte de conscience publique adoubée par les deux protagonistes.

Si la maison familiale anglaise investie par Jane est en soi le paradis de cet album photographique archivé sans jamais rien jeter le moindre objet d'apparence insignifiante car tout pourrait prendre sens au coeur du désordre des instants vécus selon les rencontres aléatoires inter-générationnelles, c'est pourtant à Paris rue de Verneuil que prend, a contrario, la saveur toute inattendue pour un regard étranger à cette complicité familiale recomposée au fil des unions & séparations successives car on s'attendrait qu'ici, au coeur de la Gainsbourmanie maintenue en sommeil depuis la disparition du célèbre chanteur et alors que Charlotte précisément soit sur le point d'ouvrir le lieu au grand public, tel un musée intime que la conscience collective a hâte de pouvoir fouler de sa propre perception, que ce soit donc ici dans cet endroit mythique que soit caché le plus fort parfum de nostalgie sécrété par Jane & Charlotte au sein des volutes ayant profondément imprégné le subconscient du bonheur originel ! Eh bien que nenni, les deux femmes parcourent le lieu comme si elles découvraient un espace qui semble leur être étranger et pour lequel elles n'auraient d'autre curiosité que d'y redécouvrir des objets lointains leur ayant appartenu dans une autre vie !

Cette impression palpable pour tous les spectateurs apparaît comme un boomerang inversement proportionnel au choc imaginé dans ce capharnaüm élaboré par le maître des lieux au temps de sa splendeur créative obsessionnelle. Ici vivait donc Serge Gainsbourg et toutes les traces laissées par ses proches ne seraient que des épiphénomènes rendant fallacieuse l'idée qu'ils auraient pu correspondre à un imaginaire bâti en commun.

Gageons que le "délire du maître" fera salle comble au gré de sa fréquentation mais Charlotte a déjà annoncé à sa mère dans son film que l'objectif de la sauvegarde et de l'ouverture étant atteint, elle se dégagera peu à peu de sa gestion pour laisser "l'ovni" vivre sa propre destinée.

Sans doute métaphorique du Patrimoine laissé à ses contemporains, l'oeuvre immobilière se survivra ou pas selon les désirs de la postérité et non de sa descendance.

Quoi qu'il en soit pour la suite, le non-dit de Charlotte et Jane est sans doute plus éloquent dans la poursuite de leur promenade au bord de la mer s'éloignant de tout objectif cinématographique.

     

2) Tout s'est bien passé

   
©  Carole Bethuel_Mandarin Production_Foz

Un titre en forme de message optimiste pour illustrer le choix d'une fin de vie dans la dignité qui pourrait s'avérer aussi ambivalent qu'une interprétation hasardeuse du sens à lui accorder.

Cependant François Ozon met tant de bonne volonté à dédramatiser la thématique de l'euthanasie en se gardant de l'attaquer de façon frontale que plus le dénouement de l'intrigue se rapproche, davantage l'esprit de comédie semble l'emporter sur tout autre dominante.

En effet, dans la mesure où le "pater familias" (André Dussolier) ayant imposé à ses proches la tolérance maximum à son égard, quand il demande à ceux-ci d'organiser délibérément son passage dans un "autre monde", il faut évidemment beaucoup d'abnégation et surtout de distanciation à celle (Sophie Marceau) de ses filles choisies pour accomplir cette prise en charge !

Comment aider celui qui aime trop la vie à en finir avec un vécu devenu trop peu satisfaisant ?

C'est tout le paradoxe d'une situation médicale diagnostiquée en impasse alors que de fait le patient semble progresser positivement alors qu'il demande à être aidé pour prendre les chemins de traverse devant le mener à sauter le pas irréversible.

En fait, c'est l'humour apparaissant peu à peu comme la carte maîtresse d'un enjeu relationnel à fort potentiel, qui aura le dernier mot pour célébrer le vivant en l'empêchant de continuer à claudiquer... comme dans une fable dont la morale ne serait pas de juger mais seulement d'apprécier un juste choix.

Effectivement n'étant pas un plaidoyer pour ou contre l'euthanasie, le réalisateur a les coudées franches pour poser la problématique de cette situation sociétale ayant dû être, dans un passé récent, résolue et assumée par l'une de ses proches amies... sans pour autant prendre parti... à la place du spectateur.

     

3) Drive my car

   
©  DR.

En ce 74ème palmarès du festival de Cannes, le film '' Drive my car '' réalisé par le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi a reçu le Prix du Scénario. Il a été également honoré du prix du Jury oecuménique.

R. Hamaguchi avait déjà présenté, en 2018, à Cannes l' éblouissant ''Asako I et II'' qui fut récompensé du Grand Prix au festival de Berlin.

Pour '' Drive my car '', le réalisateur a adapté une courte nouvelle du même nom parue en 2013 dans le recueil '' Des hommes sans femmes '' de l'écrivain renommé Haruki Murakami qui narre la rencontre de deux êtres et leurs conversations intimes dans le huis clos d'un cabriolet jaune.

R. Hamaguchi densifie le film qui dure près de 3 h 00 en commençant l'histoire plusieurs années avant cette rencontre primordiale. Un long prologue décrit un couple qui, sous une tranquille apparence, dissimule un indicible chagrin causé par la mort prématurée de leur fillette de 4 ans. Chacun en porte silencieusement le poids. Leurs échanges oraux se font surtout en voiture quand ils se rendent tous deux au travail. Yusuke Kafuku est un metteur en scène réputé qui doit présenter prochainement sa pièce '' Oncle Vania '' d'Anton Tchekhov à Moscou, laquelle va nourrir tout le réel du film. Sa compagne, Oto, scénariste de télévision travaillant sur la fiction, aime broder d'étranges récits engendrés par les vibrantes sensations de son corps.

Le soir où Oto est prête à lui faire des confidences sur ses propres infidélités, Yusuke, rentré tard chez lui, se heurte au décès brutal de sa femme, dû à une hémorragie cérébrale.

Ce drame personnel mêlé d'un fort sentiment de culpabilité n'ayant pu lui porter aucun secours va le hanter et intensifier la gravité taiseuse de Yusuke. Le visage impassible et impénétrable de Hidetoshi Nishijima imprime douloureusement l'écran.

C'est vers la fin de cette 1ère partie qu'apparaît audacieusement le générique du film. Un fondu enchaîné indique un saut temporel important et la 2ème partie se focalise sur la rencontre entre l'homme de théâtre inconsolable et une jeune femme mutique Misaki, désignée d'office comme chauffeure pour des raisons de sécurité, censée le conduire dans sa Saab rouge rutilante sur le trajet qui le mène aux répétitions d' Oncle Vania qu'il a accepté de monter dans un festival à Hiroshima où il anime une résidence d'artistes.

Il va monter la pièce dans une distribution étonnante multilingue avec des comédiens parlant coréen, japonais, mandarin, anglais et même la langue des signes. Les répliques de Tchekhov seront lues de façon mécanique, très linéaire, dénuée de sentiments, surtout ne montrer aucune émotion, ce qui gêne certains acteurs sceptiques devant cette méthode contraignante. Lire et écouter sans jouer représente un long temps de préparation que Yusuke leur inflige comme lui-même s'impose d'écouter en boucle l'enregistrement de la pièce lue par sa défunte épouse toujours présente dans l'absence, telle une voix d'outre-tombe, pendant les longs trajets dans la Saab conduite par l'intrigante Misaki au visage taciturne et fermé, campée magistralement par la jeune Toko Miura.

La voiture que le cinéaste a voulu rouge, couleur significative de son rôle métaphorique et patent dans le processus de réparation des blessures conjointes représente un habitacle idéal pour s'imprégner du texte, la parole n'est que théâtrale, Yusuke s'abrite derrière l'art ne dévoilant rien de ses sentiments.

Avec le jeune acteur Koji à la beauté ténébreuse (Masaki Okada) qui fut l'amant de son épouse et qu'il veut faire jouer à tout prix comme un double rajeuni de lui-même, il revit les souvenirs de sa propre intimité pleine de non-dits.

Dans le cockpit de l'auto, tout ce refoulement intérieur se fendillera au cours des déplacements de plus en plus longs et les vérités enfouies vont progressivement éclore. Le véhicule devient un passeur émotionnel qui conduira les deux passagers meurtris à quelques confidences qui les obligent à faire face à leur passé collé au rétroviseur. La relation grandissante entre la conductrice très secrète et son acolyte assis à l'arrière finira par les mener jusqu'à une maison enfouie sous les décombres suite à un glissement de terrain, lieu où est ensevelie la mère de Misaki. Celui-ci devient une réalité, ce n'est plus un décor de théâtre. Une libération affective semble naître pour aboutir à une catharsis.

Yusuke acceptera d'incarner sur scène le rôle de Vania qu'il refusait d'interpréter depuis la mort de sa femme. Une représentation aura lieu en pleine lumière avec ce final Tchekhovien bouleversant glissé par l'actrice en langage des signes '' Nous nous reposerons ''.

Dès lors, la voiture fermée telle une sépulture traversant de nombreux tunnels va entrouvrir un espace, un bras s'y échappe laissant percevoir une cigarette.

Désormais, la Saab 900, véritable héroïne du film, aura une autre fonction. Dans un court et magnifique épilogue, E!le permet à Misaki d'aller faire des courses accompagnée d'un chien. Une brèche entrevue sur une nouvelle vie ? Dans un silence qui en dit long....bien plus que les mots !

En adoptant la conduite muette de Misaki réceptive à l'écoute, le cinéaste a pris le temps de faire éclore l'émotion très longtemps cuirassée. Totalement envoûtant, ce périple introspectif sur les longues routes de l'archipel japonais est d'une sobriété déchirante.

A plus d'un titre, il n'aurait pas été illégitime qu'il obtienne La Palme d'or du 74ème Festival de Cannes

Cat'S - Theothea

     

4) Compartiment 6

   
©  2021_Sami_Kuokkanen_Aamu_Film_Company

De Moscou au port arctique de Mourmansk, 1500 km de voies ferrées sur lesquelles va se cadencer une étonnante relation entre Laura, l'étudiante finlandaise & Ljoha, le mineur russe sans que jamais le spectateur soit en réelle mesure de qualifier celle-là ou même de l'évaluer.

Le metteur en scène nous montre deux êtres humains qui se trouvent par le fruit du hasard en situation de proximité prolongée mais dont les motivations du voyage qu'ils entreprennent sont a priori totalement hétérogènes.

Et pourtant d'emblée l'effectivité du contact surgira de nulle part pour se perpétuer cahin caha sans apparemment d'autre détermination que la curiosité accordée à l'interlocuteur dans l'instant présent. D'autres voyageurs côtoieront ces deux individualités mais sembleront plus ou moins renvoyés en marge de cette sphère d'influence réciproque jaillie spontanément autour du duo.

Deux nuits de wagon-lit dont une passée à l'extérieur du train faisant une halte technique prolongée vont fonder une empathie contradictoire se comprenant à demi-mots dans le mutisme opaque de l'inconscient collectif au travail.

Au terme du parcours ferroviaire, il y aura rupture de motivations rationnelles que le destin devrait se charger rapidement de remettre sur les rails en palliant aux nécessités de la suite de l'expédition entreprise par Laura en quête de pétroglyphes forcément signifiants... comme autant de traces d'un passé qui perdurerait au-delà des signes tangibles du changement toujours pareil à l'écume des jours.

Juho Kuosmanen le metteur en scène imagine que sa démarche créative obéit à ces mêmes règles et qu'il y aurait donc des constantes symboliques qui se trouvent en toile de fond de nos actions dont ses films seraient les propres témoins pour qui sauraient les décoder.

Dans cette perspective, à l'instar de ce qui adviendra à Laura & Ljoha , ces signes de nature archéologique pourraient tout simplement s'appeler la Destinée... avec son cortège d'opportunité !

   

5) Flag Day

   
©  2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Le mérite de Sean Penn réaffrontant Cannes après le clash médiatique & critique qu'il y a subi lors de la présentation de "The last Face" en 2016, c'est de, cinq années plus tard, jouer quasiment son va-tout en révélant en public, cette fois-ci, sa vulnérabilité paternelle qu'un artiste d'un certain âge a forcément face à sa fille lorsqu' ayant la détermination de la mettre en scène, celle-ci lui a d'abord opposé un refus à dix reprises.

Devant finalement Incarner à l'écran leurs propres rôles de père et de fille n'ayant pas nécessairement que des souvenirs réciproques gratifiants, c'est en s'impliquant et s'immergeant dans l'histoire affective dont ils vont devenir les porte-parole qui constituera leur fil conducteur salutaire.

En effet, si John Fogel et sa fille Jennifer ont beaucoup d'atomes crochus, le jeu de la vérité risque de leur être fatal mais le déni pourrait faire encore davantage de dégâts. Se glisser subrepticement comme en miroir déformant dans ces deux personnages ayant réellement existé au point que l'auteur de cette saga biographique n'est autre que Jennifer elle-même intéressée mais néanmoins vigilante à l'idée de donner à ses mémoires à succès "Flim Flam man" la perspective d'être portées sur grand écran.

Commence alors ce jeu subtil où les destinées se confondent l'instant d'une adaptation, celui d'un tournage et ensuite d'une promotion qu'en comédienne et metteur en scène professionnelles ils vont accomplir en duo apaisé fier de leur mission accomplie.

Il faut dire que sur l'écran ce sera une ado devenant étudiante avec en perspective sa carrière de grande journaliste qui sera confrontée à une figure paternelle séductrice et aimante mais dont la part d'ombre professionnelle falsifiera les codes de bonne conduite acceptables.

Les bonnes intentions se mêlant aisément aux dérapages non contrôlés du vécu, c'est à une sorte de bras de fer dans une main de velours que ces deux-là se livreront sans retenue et quelquefois à front renversé.

Quelle que soit la perception cinéphilique de cette réalisation, Sean Penn et Dylan touchent l'âme du spectateur prise en flagrant délit d'être émue par l'apparente sincérité des visages pris en gros plans selon des expressions qui, elles, ne peuvent tromper.

   

6) Aline

   
Jean-Marie Leroy © Rectangle Productions/Gaumont/TF1 Films Productions, de L'Huile/ 

En incarnant à l'écran l'idée valorisée qu'elle se fait de l'artiste Céline Dion, ici dénommée "Aline dieu" dans un scénario sophistiqué qui reconstitue les étapes déterminantes concernant la carrière de cette chanteuse ayant débuté au plus jeune âge, Valérie Lemercier, elle, a fait un choix professionnel en accord avec son admiration sans borne pour la performance induite, atypique et inégalée dans laquelle elle a, ainsi, l'opportunité de se glisser tel un caméléon.

Au demeurant le spectateur se trouve en empathie avec ce saut d'obstacles où la détermination rend parfait l'accomplissement d'un show se situant résolument toujours au plus près du dépassement de soi et de l'immense valeur ajoutée au geste artistique.

Le spectacle vivant sur l'écran est bluffant d'autant plus s'il s'agit de celui de la toute nouvelle salle IMAX au Cineum rattaché désormais au Festival.

Un vrai régal !

   

7) The Velvet Underground

   
©  DR.

Ce documentaire est d'autant plus passionnant qu'il est le reflet d'une époque artistique liée ontologiquement à une Ville: New York, à des personnalités qui s'y retrouvaient et constituaient alors un groupe musical en perpétuelle mouvance au beau milieu d'idéologies en gestation sur la planète en voie de mondialisation dans les sixties et seventies

... et, de surcroît, 50 ans plus tard, cette focalisation sur ce groupe originel a été rendu performante parce qu'un ensemble de spécialistes ont pu oeuvrer ensemble à l'analyse d'archives en disposant, à profusion, du temps nécessaire à cette élaboration... grâce à la pandémie les obligeant au confinement général.

Ce double statut en toile de fond d'une époque étrange parlant d'une autre tout aussi spécifique apparaît suffisamment original pour faire témoignage de la propension humaine à être en quête d'échappatoires à son destin.

Si l'imaginaire prolifique d'Andy Warhol est bien au centre de cette approche, Lou Reed en tant qu'artiste se découvrant à lui-même dans un style en quête d'appropriation fondent une démarche universelle où les relations avec une équipe de talents dédiés est un souci de tous les instants remis en question à chaque exhibition.

Nico qui en devint l'égérie durant l'apogée du groupe était en soi un mystère à elle seule ne pouvant se décliner de manière impénétrable que par touches picturales iconiques se confondant à une voix quasiment venue d'ailleurs !

Mais, quelque part, ce groupe fondateur apparaissant, même avec le recul de plusieurs décennies, tel un Ovni dans la diaspora de la musique Pop, pourrait rappeler à notre époque virale, le caractère intangible de chaque création artistique sans qu'il soit nécessaire pour autant de la faire adouber par le "Main Stream" ou ceux qui font profession de savoir où seraient les vraies valeurs.

     

8) Titane

   
©  Carole Bethuel

Écrire sur "Titane" en sachant que ce long métrage a décroché La Palme d'Or 2021, c'est sans doute se trouver en situation circonspecte entre la décision souveraine du Jury présidé par Spike Lee avec notamment un membre défenseur inconditionnel & affiché du film en la personne de Mylène Farmer et d'autre part celle d'un point de vue critique décontenancé mais néanmoins convaincu de n'être pas en phase avec cette deuxième oeuvre cinématographique de Julie Decourneau sans pour autant avoir visionné sa première... fort plébiscitée à sa sortie.

Il faut dire, à ce sujet, que la fréquentation, cet été, de Titane est largement moindre mais ses distributeurs mettent la contre-performance sur le compte de l'avènement du pass sanitaire... sans pour autant évaluer l'impact d'un bouche à oreille qui aurait pu lui être défavorable.

Notre sentiment est qu'il existe un véritable fossé entre les intentions créatrices de la réalisatrice dont la personnalité lumineuse affichait un charisme à renverser des montagnes durant la conférence de presse lors de la projection officielle à Cannes et, par ailleurs, le ressenti proche du rejet que l'ensemble des images d'inhumanité assumée peuvent susciter au sein d'un public qui n'en est pas forcément demandeur.

D'ailleurs fort paradoxalement, Julie Decourneau pense avoir fait un film d'Amour là où il serait possible pour tout un chacun de penser que l'on pénètre dans l'univers d'une transgression radicale à nos repères émotionnels.

Non, nous ne sentons pas la vocation de départager les partisans ou non d'un tel cinéma intrusif dans nos perceptions et représentations de l'âme humaine mais, en revanche, nous pouvons dire que l'interprétation de Agathe Rousselle nous a semblé XXL mais que celle de Vincent Lindon, bien habitué aux bons coups à Cannes, nous a paru quelque peu usurpée et peu adaptée à l'ambiguïté énergique de son personnage, là où par exemple un Denis Lavant aurait pu, sans aucun doute, se mouvoir en démonstration et vibrations "crédibles".

Mais le fait est là, Titane a obtenu la Palme d'Or du 74ème Festival de Cannes et, quoiqu'il arrive, on se souviendra essentiellement de cette éminente reconnaissance artistique.

   

9) Un héros

   
©  AmirhosseinShojaei

La réputation du réalisateur iranien Asghar Farhadi incite, en fonction de sa production cinématographique haut de gamme, à placer celui-ci d'emblée dans la catégorie des postulants à la Palme d'or et par conséquent son récent "héros" se situerait volontiers dans la lignée d'une "success Story" venant confirmer les jalons d'un metteur en scène en phase avec une évolution progressiste de son pays et même de l'humanité en général.

A ceci près qu'en auteur fictionnel prenant soin de la crédibilité des histoires qu'il raconte en images et bande son structurées, c'est en ajustant, soupesant et adaptant chaque paramètre comportementaliste que sont gérés ses personnages, tous porteurs de leur propre vérité, logique, trajectoire au sein de faits de société ambivalents par la force des choses.

Ainsi, loin de tout manichéisme, le réalisateur laisse le spectateur seul avec sa réflexion, son intuition, son éthique tout au long de péripéties factuelles pouvant apparaître comme contradictoires voire frustrantes.

L'objectif essentiel étant de faire prendre conscience plutôt que d'asséner des clichés établis, c'est par le détour de points de vue s'affrontant quasiment en aveugle que devraient se révéler de nouvelles voies pour mieux appréhender les enjeux des relations inter-humaines en présence.

C'est donc à un travail sur soi que nous convie Asghar Farhadi en ayant l'intention ludique et tout à fait honorable de nous "distraire" mais tout en restant persuadé qu'en fin de compte, le temps serait son meilleur allié.

Voici donc que Rachid son apprenti héros investi de la mission d'accomplir un geste altruiste à forte valeur représentative alors qu'il est en train de purger en prison une injustice judiciaire pour n'avoir point rembourser à échéance une dette qu'il aurait voulu pouvoir honorer progressivement.

En prise par la suite avec le dilemme d'une somme d'argent importante que sa compagne a découverte dans l'espace public, impliquant soit la restitution à son détenteur soit de l'utiliser comme caution pouvant mettre fin à l'incarcération, nous allons assister à un emballement de dictats largement orchestrés par les réseaux sociaux décidant péremptoirement d'une opinion publique influençable, versatile et toujours prête ä s'enflammer dans des jugements rhédibitoires.

C'est dans ce champ des malentendus et des ressentiments que l'auteur-metteur en scène laisse se débattre son anti-héros de fait pour mieux tendre le miroir au spectateur en prise au malaise de n'être jamais sûr d'être légitime ou compétent pour apprécier la vérité d'un imbroglio semblant se dérober à la juste cause.

Cet art de la subtilité et du détail destinés à rendre vulnérable toute certitude sur les faits et les gens impriment paradoxalement un sentiment de liberté pour apprécier le flux du vivant sans a priori. Ce film a obtenu, à juste titre, le prix du jury ex-aequo.

   

10) France

   
©  DR.

A l'heure où les médias font feu de tout bois et les chaînes d'infos continues alimentent de manière récurrente voire obsessionnelle quelques "abcès" sensibles à l'opinion en focalisant à l'envi sur les ressorts polémiques, Bruno Dumont arrive sans crier gare dans ce jeu de quilles, à l'instar d'un éléphant dans une vitrine de porcelaine pour, si non y remettre les pendules à l'heure, mais surtout y stigmatiser des méthodes de management qui, de surcroît, pourraient flatter à l'excès l'ego de journalistes stars n'ayant plus d'autres repères que les "likes" des réseaux sociaux en demande de mythes à édifier ou à démolir. Contrairement à ses habitudes de travail, le metteur en scène dirige ici au moins deux comédiennes établies (Léa Seydoux & Blanche Gardin) qui, selon toute une gamme à la fois de subtilités et de caricatures portent "le bouchon" suffisamment loin pour mettre toute une profession en émois et risquent en permanence de décrédibiliser la cause tant les travers exacerbés pourraient sembler "too much" alors même qu'ils sont de fait "dans l'esprit" très proches de leurs modèles en fonction sur les ondes.

"L'humour étant loin d'être exclu d'un terrain de jeu où, en définitive, seul compte l'audimat puisqu'il est lui-même à la source du profit, tous les clignotants sont au vert pour renvoyer en miroir déformant un tel système de communication qui fait de l'information internationale un formidable bûcher des vanités où viendraient à la fois se catalyser et se briser les destins.

Force est de constater que le jury de la compétition officielle n'a pas cru bon retenir cette charge comme un témoignage représentatif de notre époque où l'apparence serait en soi la ligne de "bonne conduite" à suivre.

     

Au final et de manière pleinement subjective, osons dire que Léa Seydoux nous est apparue comme la Reine de ce festival 2021, en tous points inédits, tant sa présence sur l'écran à travers quatre films fut à chacune de ces projections un véritable choc émotionnel dont les compositions étaient à la fois intenses, percutantes et spécifiques. Une actrice qui vous tape dans l'oeil, à chacune de ses apparitions, forcément que çà interpelle, n'est-ce pas ? Cependant, si elle fut ainsi à juste titre notre Reine, c'est aussi, peut-être, parce qu'elle ne fut pas en "présentielle" à Cannes... car déclarée "cas contact au Covid" au tout dernier moment, Léa dut s'abstenir de venir honorer ses multiples rendez-vous !... Cette formidable absence-présence fort remarquée ne pouvait que l'ériger au sommet de notre curiosité insatisfaite ! Ainsi règnent les monarques labellisés... par leur humble discrétion !...

     

Vive Le Festival de Cannes et sa prochaine 75ème édition !

Theothea le 01/08/21

   

         

Cet article sera soumis à publication sur Agoravox d'ici la 75ème édition du Festival de Cannes.

          

     

       

           

       

74ème    FESTIVAL DE CANNES

     

L'Album

   

   

     

     

     

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Cannes 2021

Compétition Officielle

     

Palme d'or :

     

TITANE

Réalisation

Julia Ducournau

   

           

Président du Jury:

Spike LEE

     

     

   

     

Après le Festival

C'est toujours Le Festival

à Cannes

         

     

     

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Le Festival de Cannes 2021

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Le Festival  de Cannes 2021

ses palmarès

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- Quinzaine des réalisateurs

- Semaine de la critique 

   

   

FESTIVAL  INTERNATIONAL  du  FILM  de  CANNES

depuis    1997

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