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2001 -
2002
Les
Chroniques
de
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6ème
Saison Chroniques
31
à
35
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LA MAISON DU LAC
de Ernest
Thompson
mise en scène
Georges Wilson
|
**
Théâtre de la Madeleine
Tel: 01 42 65 07 09
|
Alors même qu’ils naissaient au théâtre chacun de leur
côté mais simultanément en 1942, Simone Valère
et Jean Desailly se rencontraient quatre ans plus tard en rejoignant tous
deux la compagnie Renaud-Barrault sans jamais plus se quitter depuis lors,
au point que leurs biographies respectives semblent constituer les deux faces
d’une même médaille!...
En perspective de ces soixante années de trajet artistique en duo,
quel plus beau cadeau d’anniversaire aurait pu leur offrir Georges Wilson,
compagnon d’une même génération théâtrale,
en signant cette nouvelle mise en scène?
Ainsi cette «Maison du lac» qui avait réuni au cinéma
Katharine Hepburn et Henry Fonda, et présentement modelée par
l’homme de l’art, semble avoir été écrite sur mesure
aujourd’hui-même pour ce couple de comédiens dont la légende
ne cesse de prendre de l’amplitude!...
S’efforçant d’être plus en villégiature estivale dans
cette cerisaie du bout du monde, qu’en retraite d’une vie devenue moins fiable,
Simone et Jean ont l’âge de leurs rôles sans que jamais il soit
possible de définir celui de Lisa et John!... Double
d’eux-mêmes, ils conjurent d’avance le destin en lui forçant
la main jusqu’au happy end!...
Ce cynisme bon enfant les rend toniques et imperméables à
tout état d’âme hors sujet!...
Lui, laissant transparaître à son insu quelques attitudes
et intonations «wilsonniennes» pleines de saveur secrète,
elle, à la fois digne et décontractée, telle une
aventurière revenue avec lucidité de tous les tracas du monde,
tous deux nous emportent là où le «jeu» s’affirme
en viatique de tous les projets amoureux!...
Theothea le 22/10/01
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LA BOUTIQUE AU COIN
DE LA RUE
de Miklos
Laszlo
mise en scène
Jean-Jacques Zilbermann
|
****
Théâtre Montparnasse
Tel: 01 43 22 77 74
|
Rarement la critique théâtrale a eu l’occasion de
s’affirmer à l’unanimité, de manière aussi
dithyrambique et enthousiaste que présentement pour l’adaptation de
«The shop around the corner» d’Ernst Lubitsch, chef- d’oeuvre
cinématographique lui-même tiré d’une comédie
d’Europe centrale «La Parfumerie» de Miklos Laszlo.
En portant à la scène «La boutique au coin de la
rue», Jean-Jacques Zilbermann a su tirer la quintessence d’une
atmosphère juive-orientale dans la Budapest des années 30,
revisitée ensuite par le charme mythique du couple Stewart-Sullivan
et créer ainsi au théâtre Montparnasse un fabuleux conte
de Noël à l’intention de tous les publics, de tous les
âges!...
Une véritable gageure dont non seulement l’ensemble de la critique
confirme la réussite totale, mais qu’après deux mois de
représentations, les spectateurs plébiscitent comme
fédérés par un puissant et convaincant bouche à
oreille!...
Tous s’émerveillent devant l’ingéniosité du décor
signé Stéfanie Jarre qui contribue au rythme et à
l’enchaînement fluide, en se retournant sur lui-même de manière
récurrente: «une sorte de manège», «l’allure
d’une ronde», «le décor tournant... est une splendeur
peuplée de livres reliés jusqu’aux cintres», «le
merveilleux décor à triple tournette», «les lieux
de la boutique de M.Matutschek, soigneusement reconstituée, tournent
sur un carrousel au son d’une ritournelle de boîte à musique»,
ainsi s'expriment les chroniqueurs subjugués!...
D'ailleurs Philippe Tesson en posera la problématique suivante:
«On ne dira jamais assez l’importance de ce décor, car il anime
la comédie, il l’entraîne, il l’allège. Voilà
qui ouvre une réflexion : le décor comme élément
déterminant, moteur, non seulement du rythme, mais de
l’évolution de l’intrigue. Celle-ci rebondit dans l’envers du décor,
ce qui n’est pas rare au théâtre, mais l’originalité
est qu’ici on voit l’envers du décor. Très
astucieux...»
Pour l’interprétation, certains osent même considérer
que «le couple formé par Samuel Labarthe et Florence Pernel est
aussi épatant, voire encore plus émouvant et piquant que ne
l'étaient James Stewart et Margaret Sullivan dans le film »;
d’autres confirment que «... comme naguère pour
«l’Atelier» de Grumberg, Wojtek Pszoniak d’origine polonaise met
ici dans le rôle essentiel du libraire, toute sa belle énergie,
son humour, ses humeurs, toujours drôle et toujours juste » et
que «la distribution, extrêmement judicieuse, est à
l’unisson, comme en état de grâce....»
Indéniablement sous le charme, nous ajouterons à ce concert
d’éloges que le recours à la correspondance épistolaire,
permet de montrer l'aspect contradictoire des comportements relationnels,
qui directement liés aux malentendus et à la pudeur des sentiments,
rejettent paradoxalement le besoin d’Amour sous les fourches caudines d’une
dureté humaine, elle-même le plus souvent
désemparée!...
Mais les vertus de ce conte hongrois se devant de nous séduire,
l’incompréhension fera long feu et les amoureux précédemment
aveuglés par une fierté assurément mal placée,
sauront découvrir le secret de la sortie du labyrinthe!... Happy-end
sous la neige, c'est Noël rue de la Gaîté !....
Theothea le 26/10/01
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LE PETIT MONDE
DE GEORGES BRASSENS
de Laurent
Madiot
mise en scène
Anne Bourgeois
|
***
Théâtre des Bouffes Parisiens
Tel: 01 42 96 92 42
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Bien entendu, la notoriété lexicale du Phénix lui
prête la faculté de renaître de ses cendres, mais une
autre réputation le rend unique en son genre, supérieur par
ses dons, ses brillantes qualités!... Nous n’avons aucune peine à
penser que cette seconde acception a dû être privilégiée
dans l’esprit des fondateurs de la troupe du Phénix!...
Et c’est merveille que de se laisser balader par ces dix comédiens
et trois musiciens en une errance de personnages issus de l’univers de
Brassens!... En trois actes et multiples péripéties, les
voilà prêts à effectuer plein de gaieté, le grand
saut vers l’au-delà de la vie, forts du sentiment d’amour qui les
unit!...
Qu’ils soient curé, travesti, catin, proxénète, patron,
épouse, acrobate, poète, clown ou même chanteur en kilt
écossais, tous ces personnages circulent dans l’imaginaire collectif,
comme s’ils étaient agités par des marionnettistes au travers
de l’imagerie d’une bande dessinée!...
En contrepoint, dès la première note d’une des vingt chansons
du spectacle, tout bascule de la fiction surréaliste à la
chaleureuse proximité musicale, rompant comme en suspension les
barrières invisibles de la scène au public!...
Actuellement à Paris, nous observons que d’Irma à Marinette,
il y a de l’Opéra Comique aux Bouffes Parisiens, une proximité
illustrant aisément le besoin de sentiments et de chansons qui parlent
directement au coeur, fût-il d’artichaut!...
Mais attention également à l’humour qui, de la demi-teinte
au cynisme, agit de manière complémentaire jusqu’à mettre
les culs par dessus les têtes, en bousculant allègrement les
idées toutes faites ou pesantes!...
A cette enseigne, les rôles de Lison (Guillaume Cramoison) et Marinette
(Elise Roche) se révèlent à la fois efficaces et
dévastateurs, obligeant sans cesse à remettre les pendules
à l’heure pour une bande de copains d’abord!...
Theothea le 23/10/01
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INCONNU A CETTE
ADRESSE
de KRESSMANN
TAYLOR
mise en scène
FRANÇOISE
PETIT
|
**
Théâtre de la
Pépinière-Opéra
Tel: 01 42 61 44 16
|
Que le sentiment d’amitié puisse se dissoudre dans le temps et
l’espace, nul ne s’en étonnerait outre mesure, quelle que soit
la déception qui éventuellement en résulterait!...
Qu’à cette évolution relationnelle puisse s’ajouter la
dureté du reniement, puis celle de la trahison voilà qui pourrait
en revanche ouvrir le champ à celle de la loi du talion!...
Ainsi la récente réédition du petit livre de Kressmann
Taylor parue en 1938, développe de manière partiellement fictive,
la correspondance épistolaire de nov. 32 à mars 35 entre
l’allemand Martin Schulze et le juif américain Max Eisenstein!...
En effet Martin ayant décidé de rentrer en Allemagne, il
confie à Max leurs intérêts communs de marchands de tableaux
en Californie!...
Que le lien affectueux puisse alors peu à peu s’évanouir
loin des yeux, loin du coeur en de simples relations d’affaires, cela aurait
pu être effectivement naturel si au même moment
l’idéologie fasciste n’était en train d’étendre son
emprise sur les esprits outre-atlantique et si par surcroît la soeur
de Max ne s’était passionnée pour l’art du théâtre
en Autriche, se trouvant de fait si proche de Martin jadis amoureux
d’elle!...
La double répudiation de l’amitié et de l’amour qui s’en
suivra au cours d’une correspondance que l’influence de la censure rendra
équivoque, sera l’enjeu d’un rapport de forces qui s’inversera au
profit de la dénégation réciproque!...
A distance, Max deviendra responsable, à son insu du destin de
sa soeur et délibérément de celui de Martin,
s’investissant alors en une course épistolaire éperdue où
la préservation des corps ne pourra correspondre à celle des
âmes!...
Eric Laugérias et Matthieu Rozé se côtoient, se
frôlent sur scène, sans que jamais la proximité des maux
échangés n’influencent en rien des objectifs personnels devenus
si contradictoires!...
La sobriété de leur jeu est à l’égal de la
détermination des personnages qu’ils défendent en avocats de
causes qui, dépassant la sphère privée, seront l’enjeu
du conflit mondial à venir!...
Ici pas de procès manichéen, mais l’opportunité salutaire
d’une réflexion sur l’emprise de toute idéologie!...
Theothea le 30/10/01
|
MONSIEUR CHASSE
!
reprise
de Georges Feydeau
Mise en scène: Jean-Luc Moreau
|
**
Théâtre du Palais-Royal
Tel: 01
42 97 59 76
|
reprise
De Marigny au Palais-Royal le duo Chevallier-Laspalès s’habitue
à côtoyer les rouge et or des théâtres privés
prestigieux!...
Leurs noms à l’affiche est en soi un label de popularité
et maintenant qu’ils abordent les pièces du répertoire, leur
audience ne devrait que s’accroître encore davantage!...
Le soin apporté à la mise en scène par Jean-Luc Moreau,
la qualité du décor et le raffinement des costumes sont bel
et bien au rendez-vous du Palais-Royal pour cette très fameuse pièce
de Georges Feydeau!...
Sophie Broustal et Chrystelle Labaude, deux charmantes comédiennes
à la répartie vive et sans complexe attirent avec grâce
et habileté, les rieurs de leur côté et
rééquilibrent ainsi les propos un tant soit peu machistes de
fin de XIXème siècle!...
Quant au célèbre duo, il fonctionne comme à
l’accoutumé dans la redondance de l’effet appuyé, en réponse
à l’exaspération feinte du partenaire!...
En s’adaptant au mécanisme de précision de Feydeau, ce principe
continue de prévaloir, mais à tendance à ralentir la
dynamique du vaudeville en s’attardant sur des répliques qui devraient
être cinglantes!...
Là où chacun des personnages de la farce devrait agir et
réagir en électron libre, l’impression manifeste est que la
force d’inertie du duo reste le point d’attention focale, si ce
n’était précisément en contrepoint,
l’interprétation enjouée de Léontine par Sophie
Broustal!...
Bref, un spectacle fort agréable mais sans surprise
théâtrale qui puisse emporter l’engouement!...
Theothea le 01/02/01
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