Forum Théâtre Magazine

   

     

CHRONIQUES

    Saison 99-00

         57 à 60  S32     

 

    

   

    

      

LES MUSES ORPHELINES 

de Michel-Marc Bouchard

Mise en scène: Isabelle Ronayette

**

Théâtre de la Cité Internationale

Tel: 01 43 13 50 50

   

Comme dans une mise en abîme du secret des familles confrontée à la fantasmagorie de chacun de ses membres, l’auteur québecquois Michel-Marc Bouchard tente d’approcher ce lieu des souffrances indicibles que des liens de parenté peuvent tisser malgré eux alors que chaque point de vue va s’exprimer en perspective!...

Trois soeurs et un frère réunis dans l’attente d’un retour annoncé d’une mère qui les aurait abandonnés à la naissance de la cadette!...

Chaque blessure engendrée n’est pas nécessairement au diapason de celle des autres mais chacune, le temps des retrouvailles, va investir par la langue l’espace du non-dit trop longtemps contenu!...

Noëlle Renaude sera en charge d’une véritable traduction pour la version française de cette pièce afin d’éviter d’en dissimuler l’enjeu dramatique derrière la truculence que la langue québecquoise possède à l’égard des oreilles de culture française!...

Et puis forte de ce texte recréé, Isabelle Ronayette prend alors le parti délibéré pour sa mise en scène de donner priorité à la forme, c’est-à-dire au désir de l’acteur, à sa capacité de retrouver les sphères de l’enfance, ses jeux, ses amusements et ses pleurs, de manière à en révéler réellement l’intensité des affects!..

Une dynamique de groupe en quelque sorte à l’usage de tous ceux qui lâcheront les amarres des faux-semblants et oseront les rivages salutaires de la rêverie!...

Theothea le 25/01/00

ARTURO BRACHETTI

Mise en scène: Serge Denoncourt

****

Casino de Paris  (reprise)

Tel: 01 49 95 99 99

 

Arturino, enfant caché dans le placard à chapeaux de sa maman, s’amusait déjà à interpréter de multiples personnages!...

Arturo, né dans un village entre Turin et Milan entre 1950 et 1970, s’amuse avec nostalgie à perpétuer l’art traditionnel du transformisme !....

L’homme aux mille visages tout de noir vêtu vient conter au public médusé l’histoire d’un patrimoine collectif, l’histoire d’une culture au travers du Cinéma, du Théâtre, c’est-à- dire celle de la « vraie vie » !...

Un rythme effréné, une musique exaltante, une foultitude de costumes polymorphes et bigarrés, les personnages se fondent les uns dans les autres sous influence d’un imaginaire poétique et débridé, en pleine phase associative !... Comme dans un jeu de rôles, où tous les partenaires se seraient fédérés, sous contrôle de leur maître à penser !....

Du Saloon de Western à Fellini Roma, en passant par Gene Kelly, Charlie Chaplin, James Bond et autre King Kong, la séquence d’anthologie de ce spectacle reste néanmoins celle où avec une simple collerette de tissus, Arturo Brachetti compose à l’instar de ses jeux d’enfant enfermé dans le placard, vingt-sept chapeaux portés par autant de personnages emblématiques!...

Mais comme le furet, Arturo est passé par ici et déjà là-bas, insaisissable et candide, autant étonné que les spectateurs devant tant de charme et de magie!...

«E la nave va», un gigantesque transatlantique passe dans la nuit tous hublots éclairés sous les ordres du célèbre Maestro à Cinecitta, qui se souvient encore et toujours!... Un rêve de gamin se sentant si petit devant tant de majesté puissante et évanescente!...

Arturo Brachetti en représentations exceptionnelles effectivement !... Au Théâtre Marigny jusqu’au 1er avril 2000 !...

Theothea le 21/01/00

LE MISANTHROPE 

de Molière

Mise en scène: Jean-Pierre Miquel

*

Théâtre du vieux-colombier

Tel: 01 44 39 87 00

 

Très difficile de trouver le ton juste pour jouer le rôle d’Alceste du Misanthrope de Molière!... Il n’est pas certain que Denis Podalydès, dirigé par Jean-Pierre Miquel, ait trouvé la petite musique qui permette de pénétrer les contradictions qui composent cet intellectuel révolté par l’hypocrisie générale et par ailleurs amoureux transi d’une jeune veuve très convoitée!...

Celle-ci, interprétée par Clotilde de Bayser en une « Célimène » magnifique, pleine de vivacité, d’esprit et de charme, semble non seulement peu disposée à choisir l’élu parmi ses prétendants mais en outre peu encline à éprouver de la passion pour un Alceste, guère séduisant et toujours insatisfait!...

Pour tout décor, une antichambre vide aux parois lisses qui serviront ainsi maintes fois d’appui aux corps en confidences, plaintes et autres afflictions!...

S’il est une scène qui heureusement transcende cette nouvelle création, c’est précisément celle où Célimène entourée de sa «cour» décrit en portraitiste enjouée les travers des uns et des autres avec humour et grâce confondante!...

On l’aura compris: nous admirons suffisamment le comédien «Denis Podalydès» pour n’être pas convaincu de la présente prestation qui semble annihiler sa fougue naturelle apte à rendre géniale un personnage atrabilaire et à catalyser une distribution par ailleurs brillante!...

Theothea le 26/01/00

PAROLES

de  Jacques Prevert

Mise en scène: Robert Fortune

***  

Théâtre Molière

Tel: 01 44 54 53 00

A l’occasion de l’hommage à Jacques Prevert né à Neuilly le 4 février 1900, Robert Fortune réussit, ayant réuni pour cette proposition de création, un florilège de textes du poète, à élaborer un véritable spectacle de Théâtre en s’appuyant sur l’immense plaisir que deux de ses comédiennes favorites souhaitent de toutes évidences partager en profonde empathie avec leur public.

Un piano à queue, quelques pupitres d’orchestre et autres chaises, voilà un décor prêt pour des envolées de bonheur et de rêve!...

Le régal est dans les mots, la liesse est sur les visages, la joie dans les sourires!... En contrepoint l’une  de l’autre, Brigitte Fossey exalte une énergie, pleine de fraîcheur mutine pendant que Catherine Arditi s’exerce à la caricature malicieuse!...

Toutes deux plongent avec ravissement dans ces saynètes que le metteur en scène a puisées sous l’inspiration bucolique, vivace et brillante des poèmes de Jacques Prevert.

Dans un rythme effréné, les répliques fusent et s’enchaînent mutuellement en un tourbillon que viendront rasséréner Mauricette Leibowitch et Maurice Blanchot, respectivement «chanteuse de rue», soeur de Francis Lemarque, et lui pianiste-compositeur ayant accompagné les plus «grands»!...

«PAROLES» !... Comme un merveilleux moment de candeur qui emplirait de félicité retrouvée grâce à  une compétence de tous registres et une intense générosité de jeu, de la part de ces deux superbes comédiennes!..

Theothea le 27/01/00

MORT ACCIDENTELLE D'UN ANARCHISTE

de  Dario Fo

Mise en scène: Jacques Echantillon

****

Théâtre La Bruyère

Tel: 01 48 74 76 99

Dario Fo est le maître incontestable d’un théâtre surréaliste dont les degrés de compréhension s’élèvent en fonction de l’intention qualitative des comédiens qui le jouent et celle des spectateurs qui l’apprécient!...

Au Théâtre La Bruyère, Stephan Meldegg ce directeur dont l’intuition artistique a valu une pléiade de Molières, a donc eu la merveilleuse idée de reprendre cette pièce créée en 1983 dans cette même salle avec déjà la plupart des comédiens actuels.

Faisant évoluer la mise en scène de Jacques Echantillon, depuis la farce tout azimut vers l’intrigue sociale et politique, le spectacle gagne en puissance décapante, implosant littéralement sous l’effet des mécanismes diaboliques mis en place par l’auteur.

L’ami de l’anarchiste «suicidé» dans un commissariat de police en Italie, va avec un culot hors pair exercer ses talents d’imitation pour démonter un par un, tous les arguments fallacieux que la rhétorique institutionnelle a développé pour tenter d’identifier un poseur de bombes.

Jean-Jacques Moreau se révèle absolument fascinant dans l’art de la persuasion, nous obligeant en permanence à admettre la crédibilité du personnage qu’il joue dans l’instant. Aussi convaincant en baroudeur fou qu’en premier président de la cour de cassation, il investit son rôle de manière à le retourner comme un gant, agissant en miroir récurrent des contradictions consensuelles.

Cet effet d’abîme, influencé par l’art des Jésuites, clairement désignés par Dario Fo, à contourner l’obstacle pour mieux le dresser ensuite à la face des contradicteurs, emporte comme un ouragan toutes les forces de résistance qu’elles soient sur scène ou dans la salle!...

La montée en puissance du spectacle atteint des pics de folie dont il n’est guère possible de redescendre, provoquant ainsi un vertige indicible et hilarant à la contemplation des facultés humaines à l’égarement!...

Irrésistible hommage au Molière d’honneur 98 de Dario Fo!...

Theothea le 31/01/00

 

 

 

   

 

   

   

   

   

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