Les
Chroniques
de
Theothea
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chroniques
de 91
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95
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LOVE
de Murray Schisgal
Mise en scène: Michel Fagadau
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Comédie des Champs-Elysées
Tel: 01
53 23 99 19
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Au-delà du traditionnel trio, une femme partagée alternativement
entre deux hommes, c’est peut-être aussi, à travers cet amour
inconstant, le statut de l’amitié qui est fustigé par
l’auteur américain, Murray Shisgal!...
Cette comédie qui affectionne les gags burlesques, montre
néanmoins trois solitudes qui n’hésitent pas tour à
tour à faire fi des serments et des sentiments chaque fois que leurs
intérêts particuliers semblent menacés!...
De cavalier à cavalier servant, l’être humain glisserait
d’une attitude à l’autre sans que le remords fasse grand cas de la
détresse d’autrui!...
Prêt à sauver comme à enfoncer la tête sous
l’eau, l’inconstant se fraie au gré des opportunités des mobiles
de circonstances!...
Ellen, Milt et Harry s’aimèrent autant qu’ils se firent du mal!...
Aussi cette versatilité qui les rend à la fois touchants et
drôles nous laissent en proie à un certain désabusement!...
Quel crédit apporter à l’affection quand le temps semble changer
la donne à notre insu?
C’est le sourire, voire le rire qui nous servira d’antidote pour cette
aventure où la dégaine et la diction de Patrick Chesnais donne
un ton loufoque auquel ses deux acolytes, Fanny Cottençon et Sam Karman
s’empressent de rivaliser!...
Comme tous les ponts, celui de Brooklyn a vu beaucoup de larmes couler;
du goût du suicide à celui du bonheur, l’alternative est parfois
si mince!...
Theothea le 20/03/01
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LEGENDES DE LA FORÊT
VIENNOISE
de Ödön von Horvath
Mise en scène: Laurent Gutmann
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***
Théâtre de la Cité
Tel: 01
43 13 50 50
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Ödön von Horvath décrivant en chroniqueur, à la
veille de la deuxième guerre mondiale, la société
austro-hongroise prise dans les filets d’une compromission latente, s’est
attaché à produire un théâtre où ils montrent
les êtres humains confrontés à la fatalité de
leur destin!...
Lui-même, après l’anschluss de 38, sur le chemin de l’exil
vers les Etats-unis, en transit à Paris, fut tué par un arbre
qui s’abattit à son passage devant le théâtre
Marigny!...
Que va devenir le bébé, confié à la
grand-mère d’Alfred après que celui-ci eut conquis le coeur
de Marianne, pourtant promise à Oscar le boucher?
Les sentiments des uns se heurtent à ceux des autres, comme en
porte-à-faux et asynchrones!... Chaque instant de bonheur est toujours
proche d’être gâché par une déception qui semble
inhérente à la communauté des hommes!...
Mais après les désagréments, voici venu le temps
inattendu des réconciliations que mène
délibérément Valérie la buraliste, par ailleurs
maîtresse éconduite d’Alfred!...
Tout de nouveau semble possible avec la bonne volonté revenue,
et cependant le sort va s’acharner: En effet c’est le moment que choisira
la grand-mère, elle qui semblait jusqu’ici veiller vaillamment sur
la pérennité des traditions, pour perdre patience et asséner
le coup de grâce final à un monde perspicace dans la
désespérance!...
Pathétique et donc forcément drôle, cette saga viennoise
que la compagnie de Laurent Gutmann interprète avec subtilités,
interroge les compulsions de la vie !.... Vie que par ailleurs, l’auteur
osait qualifier de «toc»!...
Peut-être pourrions-nous trouver ici une illustration incidente
de l'illustre maxime «Carpe diem», car le monde y semble s’offrir
à celui qui serait capable d’en saisir l’éphémère
satisfaction, juste avant son évanescence!...
Theothea le 22/03/01
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LECOQ FAIT LE GUIGNOL
Mise en scène: François Boursier
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***
Théâtre
Mogador
Tel: 01 53 32 32 00
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A l’instar de Claude François qui, jadis, était accompagné
sur scène par ses clodettes, Yves Lecoq se présente à
Mogador en guignol, assurément bien entouré par ses
«coquettes»!...
Combien de voix est-il capable d’imiter? Comment trouve-t-il le geste
ou la dégaine qui à coup sûr identifie la figure connue?
Un mystère de transparence semble circonvenir l’artiste qui, à
aucun moment de sa prestation, n’apparaît sous sa véritable
personnalité!...
Une kyrielle de personnages populaires ou célèbres qui souvent
se dédoublent par le truchement de ses six marionnettes bien vivantes,
imprime au show un rythme de prestidigitation!... Voilà le mot est
lâché, «Lecoq» c’est magique!...
Il est partout à la fois, sur scène avec ses silhouettes,
en coulisse avec ses voix, pendant que ses gracieuses acolytes créent
un rideau de fumée qui ensorcellent les spectateurs de l’orchestre
à la galerie!...
Un portrait à peine esquissé, le rire de la salle encore
dans ses échos, l’artiste travaille déjà le rôle
suivant et sans doute comme aux échecs anticipe-t-il plusieurs coups
à l’avance!...
Forcément à ce jeu, il est gagnant sur tous les tableaux
et le public en redemande toujours plus, convaincu à raison, que le
stock est inépuisable!...
La limite de cette parade réside dans l’intention du spectacle
qui naît essentiellement du plaisir de la performance!... Ce qui en
soit nécessite de toutes évidences un art approfondi du
transformisme, mais peut laisser néanmoins un certain déficit
d'empathie!...
En tout état de cause, peu nombreux sont ceux qui peuvent
prétendre offrir un spectacle captivant et drôle de bout en
bout; à coup sûr, Yves Lecoq fait partie de ces
privilégiés; qu’il lui en soit rendu grâce et mérite,
ainsi qu'à ses partenaires féminines!...
Theothea le 23/03/01
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LE GRAND THEATRE
de Evelyne Pieiller
Mise en scène: Robert Guediguian
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Théâtre de Chaillot
Tel: 01 53 65 30
00
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Dans la pénombre de la salle Gémier, un décor
hétéroclite et scintillant attend le spectateur, convié
en une atmosphère étrange rappelant le François Truffaut
de «La chambre verte».
Ce «Grand théâtre» d’Evelyne Pieiller, cela aurait
pu éventuellement être une invite au «grand guignol»
que la comédia del’arte aurait voulu illustrer dans
l’éphémère de la représentation!...
En lieu et place, seule face à un public qu’elle s’étonne
d’être venu si nombreux, et dont elle se sent à tort ou à
raison, la responsabilité de le prendre par la main, Ariane Ascaride
va distiller une démarche initiatique à rebours, avec extrême
courtoisie et douceur maternelle:
De l’ustensile le plus basique au concept le plus abstrait, tous les
ingrédients qui peuvent construire le spectacle vivant, vont être
symbolisés dans une vente aux enchères où quelques lots
représentatifs autoriseront un travail de mémoire in situ,
en l’occurrence celui d’une petite compagnie plongée dans la panade!....
Plus pédagogique que dramatique, l’art dont nous parlent avec nostalgie
l’auteur et l’interprète, suscite un éventaire que chacun pourra
le cas échéant illustrer avec ses propres souvenirs de
théâtre!...
Cependant l’enjeu vaut principalement par la découverte et le plaisir
d’admirer une comédienne qui, avec générosité,
flamme et panache se bat seule contre «l’adversité», alors
même qu’elle ne conçoit le jeu théâtral qu’au travers
du travail de troupe !...
Bravo!... Ariane Ascaride a sa place parmi les plus grands, mais de
grâce, vous Robert Guédiguian son mari-metteur en scène,
incitez-la à revenir à son amour collectif du métier!..
Theothea le 29/03/01
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L'OTAGE
de Paul Claudel
Mise en scène: Bernard Sobel
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Théâtre de Gennevilliers
Tel: 01
41 32 26 26
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Le metteur en scène brechtien Bernard Sobel plonge dans l’univers
mystique de Paul Claudel avec la ferveur de celui qui se sent en affinité
instinctive lorsque l’homme, en l’occurrence la femme, est en situation de
sacrifier son intérêt particulier au profit d’un idéal
collectif!...
Première partie de la trilogie familiale des Coûfontaine
dont la seconde partie «Le pain dur» sera à l’affiche du
théâtre de Gennevilliers en 2002, «L’otage» focalise
présentement l’attention sur Sygne, jeune femme aristocrate qui au
nom de la raison d’état durant le premier empire, renoncera à
Georges son amour, pour épouser un préfet défroqué,
en échange de la protection d’un pouvoir pontifical en cavale devant
l’empereur!...
Ce sacrifice apparemment assumé mais de fait subi en état
de rébellion interne, intègre inexorablement les
«signes» avant-coureurs du travail de la mort!... C’est en effet
la seule réponse qu’un tel dépassement de soi contre nature,
sera en mesure de susciter dans l’ombre du ressentiment absolu!...
Evoluant sous les auspices d’une chapelle virtuelle dont les voûtes
seraient composées de ramifications cruciformes en chêne massif,
les cinq comédiens pénétrés de l’enjeu opposant
les forces laïques et religieuses, se relaient pour y perpétrer
le drame du harcèlement à la fois moral, psychologique et
affectif!...
Un vicomte et une jeune femme amoureux, le préfet de la Seine,
un simple curé et le pape Pie VII sont donc au coeur d’une tourmente
que Paul Claudel âgé s’étonnera lui-même d’avoir
rendue si cruelle!...
Contrastant avec les autres personnages s’exprimant sur des registres
plus introvertis, Bernard Sobel invite Carlo Brandt à interpréter
le comte Toussaint Turelure devenu préfet, avec un cynisme provocant
dans lequel celui-ci se plaît à exceller!....
Une gigantesque croix adossée de profil rappelle de manière
permanente, à ceux qui en douteraient, que ce moment
d’intensité théâtrale se déroule effectivement
sous le «signe» du calvaire!...
Theothea le 03/04/01
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