Les
Chroniques
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6ème
Saison Chroniques
11
à
15
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AGATHA
de Marguerite
Duras
mise en scène
Pierre Tabard
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***
Kiron Espace
Tel: 01 44 64 11 50
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Depuis 1983, Pierre Tabard apparaît comme le dépositaire
de cette pièce de Marguerite Duras!... De la création à
cette date au théâtre Essaïon avec déjà Fabienne
Périneau dans le rôle d’Agatha, puis au théâtre
du Rond-Point, au Festival d’Avignon en 87 et ensuite au théâtre
la Potinière, voici que le metteur en scène et la comédienne
s’installent en 2001 à l’espace Kiron où ces duettistes choisissent
cette fois Pierre Mottet dans le rôle du frère!...
L’Amour impossible que celui-ci entretient depuis la tendre enfance avec
sa soeur, va prendre dans les souvenirs ressassés avec une impudence
délicieuse, des couleurs suaves, nostalgiques et annonciatrices de
déchirement radical!...
Certes Agatha s’esquive, mais encore et toujours avec la certitude que
celui-ci partira à sa recherche, la retrouvera pour qu’elle puisse
mieux le quitter à nouveau!...
Ce jeu des complicités qu’ils ont construit auprès d’une
mère protectrice de leur connivence espiègle, c’est leur viatique
pour traverser l’existence en adultes que lui a sans doute davantage de
réticences à assumer!...
Fabienne Périneau maîtrise cet art de la volupté sereine
qui sied à la jeune femme dont le trouble ne doit affleurer que dans
son empathie avec le bien-aimé, fût-il son frère!...
Pierre Mottet a la vigilance et la grâce de laisser à sa
partenaire tout l’espace et le temps nécessaire à ce
véritable régal viscontien!...
Theothea le 18/09/01
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MONSIEUR DE
POURCEAUGNAC
de
Molière
mise en scène
Philippe Adrien
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*
Théâtre du Vieux-Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
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En soumettant la thèse que Julie ne serait amoureuse ni d’Eraste
ni de Monsieur de Pourceaugnac, tous deux imposés successivement par
Oronte son père pour des mariages arrangés au plus offrant
financièrement, Philippe Adrien le metteur en scène court le
risque de renvoyer tous les protagonistes dos à dos.
Admettre que Julie serait alors emportée par un sentiment de
révolte face aux traquenards organisés pour faire fuir dans
la honte le provincial mal dégrossi, reste une perspective difficilement
acceptable, tellement ce Monsieur de Pourceaugnac a peu d’ambitions
élevées!...
Au demeurant le spectateur se retrouve face à une assemblée
de personnages dont les motivations contradictoires ne révèlent
aucune noblesse, alors que Molière n’avait d’autre objectif que de
stigmatiser par le rire les institutions de justice et de médecine,
tout en montrant qu’un mariage arrangé pouvait éventuellement
dissimuler une véritable liaison amoureuse!...
Bref, Philippe Adrien brouille les cartes en accentuant jusqu’à
la caricature le grotesque des personnages qui dans un jeu de miroir se renvoient
mutuellement leurs fourberie!...
Dans un décor suggérant le guet-apens de quelque ruelle
en impasse mal éclairée par des flambeaux vacillants, toute
une stratégie de harcèlement se met en place pour terroriser
le malvenu du Limousin et laisse in fine une impression d’énergie
talentueuse tournant à vide!...
Theothea le 20/09/01
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LA FEMME
COQUELICOT
de Noëlle
Châtelet
mise en scène
Yann Le Gouic de
Kervéno
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**
Théâtre Essaïon
Tel: 01 42 78 46 42
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Cette femme Coquelicot est un véritable plaidoyer pour les amours
du troisième âge, alors que s’annonce la période du papy-boom
que la génération de l’après-guerre est sur le point
d’investir!...
En prise ou très légèrement en avance sur son
époque, deuxième volet d’une trilogie romanesque, cette ode
à la passion retrouvée faisant fi des aléas charnels
du temps, fait irruption au théâtre Essaïon en adaptant
la narration au monologue, passant par le jeu, du «elle» au
«je»!...
Thérèse Roussel s’approprie le personnage en le faisant
glisser subtilement du noir au rouge, osant au passage un symbolique et
néanmoins périlleux changement de robe à vue!...
Evoluant sur une corde raide, tendue entre la bienséance d’un âge
respectable et l’irrésistible appel aux ivresses de l’exaltation,
le texte de Noëlle Châtelet bouscule les repères de
l’ordre établi que la comédienne pourra arranger et déranger
en un sourire presque mystique, au gré d’une mise en scène
bien cadrée!...
Theothea le 19/09/01
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BERENICE
de Racine
mise en scène
Lambert Wilson
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**
Théâtre de Chaillot
Tel: 01 53 65 30 00
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Le renoncement au nom de la raison d’Etat!... Tel est l’enjeu de
Bérénice, Reine de Judée dont le destin ne voudra pas
qu’elle épouse Titus, devenant l’Empereur des Romains!... Ce n’est
pas plus Antiochus, l’amoureux transi de l’une autant que l’ami fidèle
de l’autre, qui en médiateur de fait, pourrait s’emparer du pouvoir
de réconcilier les intérêts privés et ceux de
la «politique du réel»!...
Avec sa «Bérénice», le jeune Racine établissait
définitivement sa notoriété auprès de la cour
de Louis XIV, en conquérant la préférence artistique
du Roi soleil!...
Lambert Wilson le metteur en scène, aurait voulu en extraire la
modernité dans une création contemporaine où la beauté
et la force des alexandrins pourraient emporter l’adhésion à
un idéal d’Amour non consommé et par là-même
constamment authentique en son élan initial!...
Sur l’immense scène de Chaillot, les protagonistes semblent bel
et bien les jouets de l’histoire avec ou non un grand « H » et
pour peu que le spectateur soit lui-même à distance
éloignée du drame, les vers raciniens semblent se perdre dans
les cieux de la frustration, certes bien réelle!...
La puissance d’un jeu austère nous incite à penser à
la grandeur des sentiments mais dans le combat que se livrent le charnel
et le pragmatisme, c’est peut-être la glaciale indifférence
qui l’emporte sur Robin Renucci, Didier Sandre et Kristin Scott Thomas,
défendant néanmoins la «cause» avec superbe!...
Theothea le 25/09/01
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LA JALOUSIE
de Sacha
Guitry
mise en scène
Bernard Murat
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****
Théâtre Edouard VII
Tel: 01 47 42 59 92
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En cette réouverture du théâtre Edouard VII, splendidement
rénové, un cocktail de talents déclenche un feu
d’artifices où chaque Molière 2002 résonne en
avant-garde!...
A tout seigneur, tout honneur, Guitry est fêté en retrouvailles
d’un théâtre qu’il a dirigé avec prestige!... Vient Bernard
Murat, l’actuel co-directeur et surtout metteur en scène transformant
en or massif chaque pépite théâtrale qu’il
façonne!...
C’est alors qu’apparaît Michel Piccoli, là où ne
l’attendait vraiment pas: un théâtre privé illustre,
une pièce dit de boulevard, un rôle de bourgeois aisé!...
Et pourtant ce décalage lui sied à merveille!... Il s’y confronte
à corps perdu!...
Quant à Stéphane Freiss se lâchant en bouffon de la
jet-set branché, il nous sert sur un plateau une touche ravageuse
et irrésistible de futilités en prétention
littéraire!...
Enfin «last but not the least», Anne Brochet fait irruption
en rôle de coquette à ses dépends que la sagesse dispute
à une perversion improbable!...
Comprenne qui pourra, ces apparents contre-emplois galvanisent les
énergies, la salle tangue dans l’hilarité, Sacha Guitry gagne
sans conteste, non sans mettre tous les rieurs de son côté!...
La surprise est que le timbre de sa voix, ses tics de langage, son
phrasé syncopé à nul autre pareil, son comportement
de mondain comme un poisson dans l’eau se trouvent relégués
au vestiaire de la mémoire!... Michel Piccoli les abandonne totalement
au profit d’un portrait clinique du «sentiment de persécution»
in situ!... Le comédien devient la jalousie «faite homme»,
initiée dans le dédoublement de sa propre faute de
fidélité!... Comme si soudain sur scène, la
schizophrénie s’incarnait «grandeur nature» en
paranoïa!... Du grand art comique, où la colère agacée
ne parvient guère à se maîtriser dans les fils retors
de la suspicion pathologique!...
Un sextuor de seconds rôles parachève en détails
humoristiques ce tableau labelisé 1925 par la mise en scène
mais pouvant fort bien s’actualiser au moindre «doute» de nos
contemporains!...
Theothea le 26/09/01
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