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2001 -
2002
Les
Chroniques
de
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6ème
Saison Chroniques
46
à
50
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UN CONTRAT
de Tonino
BENACQUISTA
mise en scène
Catherine GANDOIS
|
***
Studio des Champs-Elysées
Tel:
01.53.23.99.19
|
Une petite pièce, une porte, une fenêtre, un divan, deux
chaises, un coin secrétariat, voici planté le décor
sommaire d'une rencontre entre deux hommes qui vont cheminer entre "oui"
et "non" à la recherche d'une vérité improbable!
Sur le ton du thriller, le sac de nuds va se laisser malaxer jusqu'à
rendre à terme salvatrice la concomitance d'indices symptomatiques
apparemment sans liens!
En effet, dans ce cabinet de psychanalyse, la parole va circuler en boomerang
d'idées, se télescopant à la vitesse de la lumière,
dans un rapport de forces relativement bien assumées par les deux
parties en présence!
Pourquoi le demi-solde a-t-il décidé de venir consulter
le thérapeute renommé? Tout simplement parce que, par crises
intensives, il a mal au ventre!
d'un mal d'autant plus insupportable qu'aucune
raison organique ne semble en être la cause!
Les traumatismes et frustrations de l'enfance éduquée par
un père adoptif, reviennent par vagues successives, au milieu d'un
délire paranoïaque actualisé aussi bien par le silence
de l'analyste que par ses associations lapidaires!
Un contrat pouvant en cacher un autre, le soignant prétextant pour
son refus de continuer, un pronostic de cure défavorable, intuitionne
en fait qu'il va devenir contre son gré, le détenteur d'un
secret meurtrier!
Mais voilà, c'est précisément l'enjeu symbolique
de la psychanalyse que d'être au cur de la pulsion de mort!
Alors
cahin-caha comme le sont tous les traitements psychanalytiques, la cure aura
bien lieu et trouvera même un épilogue digne d'un cas d'école
!
Rufus en docteur Freud, Kalfon en (im)patient chronique, le duo de
comédiens sous l'inspiration très intuitive de Catherine Gandois,
donne à voir un véritable travail d'analyse, inégalé
au théâtre à ce jour et dont le succès public
avéré, aurait été inenvisageable une vingtaine
d'années plus tôt en France!
Loin de toute caricature, cette pièce de Tonino Benacquista donne
la mesure d'une réelle recherche sur la part d'ombre le plus souvent
refoulée. Le verbe et l'écoute s'y confrontent au diapason
de la peur latente, celle qui habite l'humanité!
Theothea le 28/11/01
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I DO ! I DO !
de Tom Jones
& Harvey Schmidt
mise en scène
Jean-Luc Tardieu
|
****
Théâtre 14
Tel: 01 45 45 49
77
|
reprise
Palais des congrés
"Oui, je le veux !", voici une intéressante formule sacramentelle
anglaise que nous pourrions traduire par "I do ! I do !"...
Mais est-ce vraiment nécessaire puisque ce titre intriguant induit
d'emblée, un tempo délibérément jazzy que confirme
merveilleusement son sous-titre "une vie en chanté"?
Une comédie musicale clé en mains dans un théâtre
fraîchement rénové, voilà une première
impression favorable dès l'entrée des deux comédiens
qui, en premier lieu, saluent leurs deux pianistes accompagnateurs, puis
manipulent d'emblée quelques éléments du décor
comme ils le feront tout au long du spectacle!
Une tranche de vie, située entre 1898 et 1948, où sera
égrenée la vie d'un couple depuis la nuit de noces jusqu'au
départ pour la maison de retraite, et dont la principale vertu sera
la force évocatrice d'une saga familiale à travers le filtre
d'un imaginaire partagé à deux!
C'est un véritable tour de magie que de susciter pareille tornade
de sentiments conjugaux contradictoires grâce aux pouvoirs suggestifs
de la musique, du chant, de la chorégraphie et surtout grâce
à la présence charismatique de Manon Landowski et celle de
Jean-Paul Bordes!...
Si Michel et Agnès se sont aimés, c'est parce qu'il s'aiment
et s'insupportent, malgré et à cause des enfants, et vice-versa,
et qu'importe!
Bref, suffisamment asynchrones pour s'étonner des réactions
de l'autre, l'ennui n'est pas particulièrement leur tasse de thé,
que par ailleurs Agnès sait servir à bon escient, en bonne
stratégie d'échappatoire!
Ce pas de deux, le temps d'une vie "enchantée" possède des
échos universels et intemporels que subliment l'âme d'une
réalisation, celle de Jean-Luc Tardieu, et celle d'une
interprétation dans l'humour et la candeur complices d'acteurs
doués, malicieux et généreux!
Un moment de bonheur ineffable au grand dam de la contingence!
Assurément ce spectacle est appelé à tous les suffrages
d'empathie!
Theothea le 29/11/01
|
L'OMBRE SI BLEUE DU
COELACANTHE
de Jacques
Teissier
mise en scène
Christine Thery
|
*
Sudden Théâtre
Tel: 01 42 62 35 00
|
A la manière d'une Cerisaie en bord de Pacifique, un monde qui
ne cesse de finir et sur le point de partir vers l'ailleurs, alors même
qu'une pêche au clacanthe rythme les fulgurances de la mémoire
collective!
Là-bas sur cette île des Comores, Ingrid et Julian cherchent
à apprivoiser un passé tumultueux d'activiste, alors que les
retrouvailles avec leur fille Ziska et la venue suspecte de Jacob, avocat
douteux de cette époque affranchie, tentent chacun à leur
façon de faire ressurgir la contingence du mal qui les ronge!
Une très belle langue pour une dramaturgie
élaborée!
Au Sudden Théâtre, Christine Théry reste plus proche
de la direction d'acteurs que de la mise en scène proprement
dite!
A la recherche d'une transparence du décor, les changements de
scènes sont ponctuées de petites saynètes musicales
orchestrés par Kombo, tels des "fondus
enchaînés"!
Jacques Garsi par un effet de mimétisme troublant, semble en faisant
surgir ses réminiscences de peintre frustré et sans talent,
ramener à l'oreille du public, le timbre et les modulations de la
voix du comédien Charles Denner, comme venant de
l'au-delà!
Par surcroît d'être l'auteur, Jacques Teissier compose un
personnage placide et étrange que les chaleurs moites rendent à
la fois voluptueux, sardonique et inévitable!
Provenant du fond des âges, le clacanthe établit une
métaphore bleu océan profond, de la mémoire humaine
en proie à des tourments ataviques, légués par de lointains
ancêtres déjà en quête de refuge improbable:
"
Et l'il était dans la tombe et regardait Caïn"!
Theothea le 04/12/01
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JACQUES WEBER, SEUL EN
SCENE
Reprise été 2009 Petit
Marigny |
**
Théâtre de la Gaité
Montparnasse
Tel: 01 43 20 60 56
|
Dans le café en face du théâtre de la
Gaîté-Montparnasse, Jacques Weber tient salon, une heure avant
son seul en scène à 20h15!
Depuis 4 mois, cette annexe de sa loge lui permet de se mettre en
situation!
C'est sa manière à lui de répéter!
Car si ce rendez-vous quotidien est cher à son art de vivre, le troquet
l'est tout autant à son spectacle!
Il n'y a que la rue de la Gaîté à traverser pour que
sans changer d'état d'âme, le rideau s'ouvre sur une table et
une chaise de bistrot avec verre, carafe d'eau et tasse de café, dans
l'attente du comédien!
Souvenirs d'enfance, émois d'adolescent, et mémoire d'acteur
vont pouvoir s'y télescoper allégrement sous les auspices d'une
gente féminine toujours proche et fascinante!
Plus élève que professeur, c'est à l'aune d'un
véritable exercice de diction qu'il s'applique à lui-même,
que nous allons apprécier l'attrait de cette leçon de
théâtre constamment renouvelée!
Tout en charme massif et néanmoins subtil, il se plie, se module,
s'émeut en laissant transparaître la sensualité des mots
non sans en avoir décortiqué avec suavité, la
chaire!
"Bien réveillé!", voilà l'idée du
théâtre qu'il affectionne !
Le savoir-faire n'est question
que de temps et d'expérience!
Collégien, avoir ânonné bêtement "Le corbeau
et le renard" n'est en rien rédhibitoire et peut même constituer
la justification, pour extraire plusieurs dizaines d'années plus tard
"la substantifique moelle" de la fable, en y insufflant l'humour d'une analyse
syntaxique décapante et particulièrement
réjouissante!
"C'est miracle que de prendre un bain, sans fondre!
" fait-il dire, par
Jean Cocteau s'adressant à Picasso!
Ainsi Jacques Weber aime flirter
avec un certain surréalisme, celui qui fait percevoir la fragilité
de l'humain dans sa force même!
Theothea le 05/12/01
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TREIZE MAINS
de Carol
Shields
mise en scène
Rachel Salik
|
**
Théâtre 13
Tel: 01 45 88 62 22
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Voilà une bien belle façon de gérer un
théâtre que de s'y intégrer opportunément comme
comédienne!..
C'est ainsi que Colette Nucci, actuelle directrice du théâtre
Treize collabore à cette nouvelle bande des quatre qui, durant ce
mois de décembre 2001, s'asseyent à une vingtaine de personnages
autour d'une table carrée!
Et si sur scène à son tour, elle fait le mort, c'est bien
que le jeu l'y contraint!
Jeu du Théâtre bien entendu, jeu
de société assurément mais avant tout, jeu de
Bridge!
A l'instar de ses trois partenaires, Geneviève Mnich, Suzanne Schmidt
et Françoise Vatel, elle est partie prenante dans la continuité
de la vie, en maintenant un rendez-vous hebdomadaire avec des
générations de femmes qui se succèdent dans un temps
imparti!
Partie de cartes, treize pour treize mains réparties aux quatre
points cardinaux d'un monde métaphorique, celui précisément
où les règles du jeu donne son sens à la vie!
Stratégie, réflexion, complémentarité y riment
avec adversité, destin et rivalité pour mieux étayer
la version féminine d'un espace à conquérir et à
définir!
L'esprit critique face à la mémoire, voilà le programme
d'une saga déclinée en rituel ludique et en prise avec des
époques successives se relayant au gré des murs, des luttes
sociales et d'une lâcheté assez bien partagée!
L'humanité est en marche constante!
Impossible de ne pas entrer
dans le cercle du jeu!
Alors autant en codifier le rythme, la chronologie, les traditions pour
en garantir la multiplicité des points de vue!
Et ensuite, jouer avec ou sans atout!
Theothea le 06/12/01
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