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2001 -
2002
Les
Chroniques
de
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6ème
Saison Chroniques
51
à
55
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LIO CHANTE PREVERT
de
Philippe-Gérard & Kosma
mise en scène
Caroline Loeb
|
**
Théâtre de Ménilmontant
Tel: 01 42 61 89 89
|
Du "Sentier des halles" au théâtre de Ménilmontant
en passant par le "Café de la danse", Lio chante Prévert en
cette année 2001!
C'est celle du renouveau pour l'artiste qui peut
enfin exprimer avec sérénité et sensualité, son
âme de muse toujours en cavale!
.
Une année auparavant, le CD "Je suis comme ça" était
sortie discrètement!
Composé essentiellement par Marie
Philippe-Gérard sur des textes de Prévert, il contient en outre
une reprise de "Les feuilles mortes" de Joseph Kosma!
L'année 2002 devrait être celle d'une grande tournée
buissonnière à travers la France programmée actuellement
jusqu'en juin!
Donc en trois séries de cinq représentations au cours de
ce mois de décembre 2001, Lio a investi les planches du
théâtre de Ménilmontant dans le XXème arrondissement,
toujours bruissant du Paris de Maurice Chevalier ou de Charles Trenet!
En prise avec la fraîcheur des années cinquante dont
l'époque contemporaine a la nostalgie, la chanteuse un tantinet
messianique de son écrivain favori, en lit au hasard des extraits,
en fredonne les paroles, enchante un public en quête de
sincérité artistique!
Certes Lio n'est pas une cantatrice à voix, mais elle sait communiquer
l'émotion et la grâce d'un temps suspendu!
Dans la pénombre de la scène jonchée de feuilles
mortes, Matthieu Gonet et Alexandre Leito l'accompagnent respectivement au
piano et à l'accordéon, en disponibilité exclusive à
l'égard de la parole poétique!
Chanteuse des rues dans l'âme, Lio a la certitude de sa
vocation!
Assurément, cela la rend belle, forte et émouvante!
Theothea le 11/12/01
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UNE CARMEN
de Georges
Bizet
mise en scène
Olivier Desbordes
|
**
Théâtre Silvia Monfort
Tel: 01 56 08 33
88
|
Issue d'une collaboration lyrique avec le Maroc, cette Carmen
présentée par "L'Opéra éclaté" prend à
contre-pied la tradition d'emphase musicale, attachée à
l'uvre de Georges Bizet.
A la manière d'un conte raconté dans la chaleur de la nuit
arabo-andalouse, les protagonistes évoluent en fonction d'un espace
rectangulaire que l'imaginaire du public pourra investir aussi bien comme
place de village que comme ring de lutte à la vie, à la
mort!
La musique va couler à la manière d'une mélopée
venue du plus profond de la mémoire des hommes, sur laquelle chacun
des comédiens et musiciens semblera se figer ou s'animer alternativement
par la grâce des réminiscences collectives!
Pour le meilleur et pour le pire, Carmen et Don José s'approchent,
se frôlent, s'esquivent comme dans un ballet de mantes religieuses,
sans jamais trahir l'émotion pour laquelle l'expression objective
d'une passion trop intense pourrait altérer le destin!
Très loin de la douleur excessive ou du plaisir manifeste, et
donc assez proche d'un état Zen, la retenue des affects accompagne
une gestuelle synchrone avec le rythme mélodique et langoureux de
l'adaptation euro-orientale du livret par Marie-Claude Arbaretaz!
Comme dans un rêve éveillé où chacun s'immerge
peu à peu, c'est dans l'écoulement fluide et serein du temps
artistique que prennent forme vérité et intensité des
sentiments, confrontées aux enjeux du rapport de forces, initiés
par la nouvelle de Prosper Mérimée !
La compagnie de théâtre dirigée par Olivier Desbordes
et l'institut français du Maroc ont ainsi entrepris avec une
formation de onze musiciens, de faire évoluer un concept de création
musicale mixte!
Ce processus de coopération est un pari réussi et très
prometteur!
Theothea le 12/12/01
|
L'EDUCATION DE RITA
de Willy
Russell
mise en scène
Michel Fagadau
|
**
Comédie des Champs-Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
|
reprise
avec Pierre Santini
Quelle filiation y a-t-il de Mathilde Seigner à Rita ?
Tout d'abord un caractère bien trempé qui en tous lieux
et tous temps ose affirmer de manière péremptoire que "Le roi
est nu!
".
Il se trouve que la comédienne et son personnage ont souvent
raison!
Mais voilà que Rita doute de son savoir, de sa culture, de son
jugement et éprouve la furieuse nécessité non pas de
changer une énième fois de tenue vestimentaire, mais d'effectuer
une véritable révolution intérieure!
Cette attitude a le don de séduire la comédienne qui
emboîte le pas illico à ce double de scène!
Cependant comme dans une course poursuite, c'est le spectateur qui
implicitement sera engagé dans un jeu de miroirs où chacun
est toujours complexé face à son degré d'ignorance
relative!
Tous voudraient posséder les clés que les diplômes
universitaires peuvent faire miroiter aux alouettes!
Et pourtant du professeur à l'élève, de l'étudiant
au maître s'établissent des influences dont seule la
hiérarchie ne peut rendre compte!
En effet le vu d'une tête bien faite reste pour tous un objectif
à conquérir ad vitam aeternam!
Alors l'auteur, Willy Russel surfe allégrement sur ce désarroi
socioculturel collectif, en mettant face à face deux êtres
conscients de leurs lacunes spécifiques mais que la fierté
s'efforce de masquer en donnant le change du cours de rattrapage
permanent!
Pédagogique dans sa méthode, le prof de "L'Université
libre " (Bernard Fresson) y énonce avec perspicacité, les bases
du raisonnement structuré, en valorisant la nécessité
du point de vue objectif étayé par une argumentation
référentielle!
Ces bonnes recommandations n'empêchent pas Franck de se complaire
dans un cynisme vivifié par l'alcool!
Cet excellent apprentissage
volontaire ne changera en rien la capacité de Rita à prononcer
des avis définitifs et sans appel sur les choses et sur les
êtres!
Mais tous deux, enseignant et enseignée, auront effectué
ensemble un apprentissage bénéfique pour une meilleure
compréhension et maîtrise de leur environnement!
En soi, c'est déjà une réussite!
C'en est une
également pour Michel Fagadau le metteur en scène et, par
surcroît, directeur de la Comédie des Champs-Élysées
qui ce soir-là affiche complet!
Theothea le 14/12/01
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LES DIX
COMMANDEMENTS
de Pascal
Obispo
mise en scène
Elie Chouraki
|
***
Palais des Sports
Tel: 0825 038 039
|
Sous-titré "La plus belle histoire de tous les temps", ce spectacle
musical qui fêtait à Paris son millionième spectateur
en ce jeudi 13 décembre 2001, a l'immense mérite d'avoir su
trouver le consensus du public, en cette période de doute
idéologique planétaire!
Avec un désir manifeste de syncrétisme, l'histoire de
Moïse à la tête du peuple Hébreu cherchant dans
l'errance la voie du salut divin, permet au-delà du geste artistique,
de cadrer l'cuménisme comme une valeur fondamentale de
l'humanité!
Ainsi grâce à la métaphore de cette quête de
l'homme cherchant à élever son âme, malgré ses
propres faiblesses et les vicissitudes de la vie, les auteurs du spectacle
"Les dix Commandements" ont-ils réussi pleinement à donner
du sens, là où l'intention d'une comédie musicale risque
souvent d'en rester au stade de l'esthétisme!
Investissant la salle sphérique du Palais des Sports en une vision
panoramique à 180 degrés, la réalisation semble fonctionner
comme une gigantesque boîte à musique dont le charme s'insinuerait
subrepticement grâce à des leitmotivs lancinants!
Ressorts mécaniques remontés à bloc, les séquences
se déroulent avec une force irréversible, dont l'expression
visuelle ressemblerait paradoxalement à un ballet lunaire en pleine
apesanteur!
Chorégraphie, chants, décors semblent se fondre en une gestuelle
acoustique que les interprètes et la pléthore de danseurs
dessineraient dans l'espace comme un poème!
L'Orient, le Moyen-Orient, l'Égypte se projettent en un faisceau
babylonien de pyramides, pharaons, divinités et autre veau d'or pour
se sceller à terme sur le mont Sinaï autour de l'arche d'alliance
contenant les précieuses tables de la Loi!
Avec en perspective "La terre promise", chacun poursuit son destin mais
tous chantent "L'envie d'aimer "!
Assurément, ce spectacle est un hymne à la transcendance!
Son succès se décline à l'unisson!
Theothea le 18/12/01
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CRIME ET
CHÂTIMENT
de
Dostoïevski
mise en
scène Robert
Hossein
|
**
Théâtre Marigny
Tel: 01 53 96 70 00
|
L'enquête criminelle et l'expiation du mal s'inscrivent comme
thèmes récurrents dans la création théâtrale
de Robert Hossein!
"Crime et Châtiment" condensent en quelque sorte ces deux constantes
que le metteur en scène concrétise sur la scène du
théâtre Marigny, en deux cubes mobiles reliés alternativement
par un pont quelque part sur un canal de Saint-Pétersbourg!
Logis, cabaret, bureau de police, cabinet d'instruction s'y inscrivent
en des cases verticales où s'entasse un mobilier hétéroclite,
contraignant ceux qui y résident à des gestes
étriqués!
A la manière de personnages de cire éclairés à
la bougie, ceux-ci semblent se consumer et fondre le temps de chaque
représentation!
Ainsi, en une attitude délibérément
schizophrénique, les comédiens se gardent d'habiter leurs
rôles mais tout au contraire se figent en des actes, paroles,
émotions comme suspendus au-dessus du vide
métaphysique!
Cette étrangeté ne les quittera guère, même
jusqu'au dernier instant des rappels où habituellement les
applaudissements redonnent vie et chair au charisme des acteurs!
La seule concession admise sera un petit pas de Francis Huster en avant
de ses partenaires, juste le temps de rappeler que Raskolnikov, c'est
lui!
Lui qui, pour se jouer d'une destinée familiale malheureuse, a
commis le crime fatal à sa vie de pauvre étudiant que
désormais le remords ne cesse de ronger!
Face à lui, le juge Porphyre (Jacques Boudet) prendra un malin
plaisir à laisser au meurtrier, tout le temps de s'empêtrer
en des ressentiments contradictoires!
Une vaste fresque sociale sur la Russie de Dostoïevski que Robert
Hossein illustre en des tableaux vivants pour mieux en sublimer la vision
mystique d'un monde fasciné par le surhomme
Nietzschéen!
Tel un papillon tournant affolé autour d'une ampoule allumée,
Raskolnikov endosse contre son gré la culpabilité d'une
société humaine tentée par l'absence d'éthique
d'un univers sans Dieu!
L'encombrement du mécanisme scénique et l'oppression de
l'interprétation peuvent-ils répondre pertinemment au poids
de l'âme tragique?
Tel est le présent défi de Robert Hossein dont le premier
des mérites est d'oser expérimenter cette
problématique!
Theothea le 19/12/01
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