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nos
Critiques
2002 -
2003
Les
Chroniques
de
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7ème
Saison
Chroniques 07.51
à
55
Page 97
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LES PRETENDANTS
de Jean-Luc
Lagarce
mise en scène
Jean-Pierre Vincent
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****
Théâtre de la Colline
Tel: 01 44 62 52 52
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Comme le titre pourrait le suggérer "Les Prétendants" concerne
une passation de pouvoir au sein d'une collectivité; ce que celui-ci
n'indique pas implicitement c'est que le contexte provincial de l'assemblée
générale réunie à cette occasion peut aisément
devenir le sujet essentiel de cette pièce de Jean-Luc Lagarce
évoquant par bien des aspects un univers similaire à celui
de Jacques Tati comme par exemple dans "Play Time"!...
17 personnages, autant de comédiens dirigés avec une
extrême précision par Jean-Pierre Vincent, se croisent sur le
plateau d'un théâtre où se joue en onomatopées
la comédie du jeu social!...
Des vies médiocres qui, à force de se côtoyer, se
rivalisent autant qu'elles se complètent pour nourrir un psychodrame
du quotidien remplissant à lui seul, le vide existentiel universel!..
Survient alors de nulle part, une sorte de Revizor tant attendu par la
société, afin de magnifier en destin, la succession de
l'Autorité institutionnelle sous la garantie de l'Etat!...
Ainsi deux jeunes freluquets (Marc Später & Xuan Dao) adoubés
par la fonction publique et censés venir encadrer d'un sang neuf ce
corps social en lente dérive, se présentent pour pallier le
départ en retraite du directeur (Alain Rimoux) sous la présence
effective de l'envoyé du Ministère (Rémy Carpentier)!...
Ce dernier a dû effectuer le trajet de la gare jusqu'au centre
culturel.... en taxi, car la gestion locale des responsabilités
hiérarchiques n'a pas eu l'initiative d'organiser son transfert!...
Branle-bas de combat à tous les étages de la communication
sans que rien ni personne ne sache à qui incombait en définitive
cette charge honorifique!...
Bref, la pétulante représentante de la municipalité
(Anne Benoît) saura, avec un art consommé des relations publiques,
organiser autour de ce cocktail un tourbillon socio-culturel qui n'aura d'autres
objectifs que de maintenir en l'état, cet assemblage
hétéroclite de destinées humaines!...
Force est de rire sans contraintes!...
Theothea le 14/01/03
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L'ADORATION
écrit & mise en
scène par
Jean-René Lemoine
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****
Théâtre Gérard Philipe
Tel: 01 48 13 70 00
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Ô désir suspend ton vol!... "l'Adoration" en un phrasé
syncopé utilisant la tonalité de la supplique amoureuse
dévoile en toute impudeur poétique l'instant du coup de foudre
en sa spécificité irrémédiable et
définitive!...
Qu'il soit partagé, réciproque ou univoque, son intensité
emplit le champ de la passion, en convoquant l'immensité infini du
moment unique!...
Seule avec l'autre soi-même, Nicole Dogué donne à
"Chine" la perspicacité grave et récurrente, essentielle à
cette recherche du temps absolu!....
Pendant que Xavier Thiam écoute pétrifié cette psalmodie
qui submerge les compétences de la libido muette de "Rodez"!....
Survivance du vertige de l'Amour en exil exotique aux Caraïbes, le
retour en France autorise la distanciation du Théâtre; ainsi
Jean-René Lemoine préservant la puissance intime de l'auteur,
accède en outre au privilège de mettre en scène sa propre
écriture!...
La salle Jean-Marie Serreau située dans les combles du
Théâtre Gérard Philipe permet d'entretenir dans la
pénombre, une poursuite progressivement lumineuse irradiant l'abîme
du souvenir évanescent du "regard qui tue" en sa quête de
résurgence fondatrice par le verbe!....
Le martellement du soliloque insiste comme le flux de l'inconscient non
pour sauver le couple, mais bel et bien pour sanctifier le mystère
de l'Amour!...
Theothea le 14/01/03
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LA VIE DE GALILEE
de Bertolt
Brecht
mise en scène
Jean-François
Sivadier
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****
Théâtre de Gennevilliers
Tel: 01 41 32 26 26
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Démontrer la force de l'esprit critique n'est sans doute pas la
moindre des vertus de cette pièce de Bertolt Brecht!
Non seulement l'auteur nous invite à découvrir en même
temps que lui l'inanité d'une théorie anthropocentrique de
la planète Terre, mais voilà que Jean-François Sivadier
metteur en scène aisément iconoclaste appuie sa brillante
démonstration en articulant paradoxalement tous les ressorts de cette
mécanique autour d'un acteur véritablement messianique:
Nicolas Bouchaud, puisque c'est de lui qu'il s'agit emporte dans un tourbillon
insensé, de la première seconde à la toute dernière
du spectacle, une énergie ludique et un enthousiasme communicatif
suffisamment hors normes pour que cet acteur charismatique puisse devenir
l'emblème d'un théâtre jubilatoire!
Certes les huit comédiens qui l'entourent en jouant successivement
plusieurs rôles, concourent avec conviction et compétence au
succès de cette coproduction du Théâtre national de Bretagne
depuis sa création au Festival d'Avignon 2002 ainsi que la tournée
qui s'en suivit en passant en ce début 2003 à
Gennevilliers!...
Il est cependant indéniable que si la touche "Sivadier" faite de
candeur, d'insolence et de vivacité signe l'image de marque de toute
une compagnie, la véritable découverte du spectateur s'avère
moins être celle du mouvement elliptique de la terre autour du soleil
que celle d'une révélation masculine que les Molières
aiment tant à couronner!
Plein de trouvailles scénographiques émaillent d'une rythmique
endiablée le plaidoyer brechtien jusqu'à inventer une
actualité du propos ou au contraire a en gommer des digressions
laborieuses!
Cependant, puisque selon la thématique du metteur en scène,
nous sommes en présence de la prise de conscience en temps réel
d'une pensée se découvrant à elle-même, toutes
les tangentes anecdotiques semblent avantageusement renforcer avec
pédagogie le combat engagé entre pragmatisme et obscurantisme
universels!
Qu'importe que Galileo Galilei apparaisse ici dans la force de l'âge
plutôt que dans celle du réalisme, c'est dans la maîtrise
métaphorique d'une construction de type Ikea (sic) que doivent
s'emboîter aussi bien les modules du décor que les concepts
idéologiques afin de stigmatiser dans la satire, les amalgames de
l'aveuglement collectif tellement confortable!
Alors, il ne reste plus aux neuf comédiens qu'à tirer leur
épingle du jeu et au public qu'à célébrer dans
la foulée, la fameuse pépite de palmarès!
Theothea le 20/01/03
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LES PAPIERS D'ASPERN
de Henry
James
mise en scène
Jacques Lassalle
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****
Théâtre du Vieux-Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
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Pénétrer dans la subtile adaptation dramatique par Jean
Pavans de cette nouvelle d' Henry James agit comme une "première
gorgée de bière" déclenchant de fait l'envie d'approfondir
la connaissance de l'uvre romanesque!
Vivant recluses au fond d'un palais vénitien délabré,
deux demoiselles âgées vont être l'objet d'une investigation
perspicace d'un jeune américain, très bien de sa personne
.
à la recherche de documents ayant appartenu au poète Jeffrey
Aspern!
Ainsi va s'initier un jeu de rôles à trois personnages où
le narrateur s'appliquera à débusquer avec la distanciation
du temps révolu, tous les méandres, les interstices, les non-dits
d'une relation inquisitrice cachant à son insu d'autres tourbillons
d'émotions mal identifiées par l'un et par les deux autres!
Et puis bien sûr, il y a Venise et ses sensations d'engloutissement
inexorable que le décor d'Alain Lagarde peaufine comme une intrication
de strates de conscience à l'intérieur d'un huis clos, plein
d'échappatoires fantasmées!
Catherine Hiegel (Tita Bordereau) d'emblée donne le ton qu'aurait
une femme interdite par toute une vie de silence muré et pourtant
disponible à l'intensité du sentiment!
Face à elle Jean-Damien Barbin (John Cumor) tout de blanc vêtu
à l'instar du romancier tourmenté de Visconti, affronte cette
dialectique proustienne, profondément motivé par sa quête
littéraire mais néanmoins troublé par la perturbation
manifeste que sa présence ne cesse de susciter!
Davantage juge qu'arbitre, Françoise Seigner (Juliana Bordereau),
la doyenne du trio assène les coups bas à l'un et à
l'autre, en parfaite osmose avec la jouissance secrète de la destruction
programmée à l'avance!
La mise en scène de Jacques Lassalle épouse les comédiens
dans une poursuite implacable, telle une caméra qui saisirait les
gros plans pour débusquer tous les stigmates du ressentiment, sans
jamais toutefois être en mesure de percer l'indicible!
Un moment de grâce fort cruelle à savourer avec
tact!
Theothea le 21/01/03
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LA FUREUR D'AIMER
Textes réunis par
Anthony Sheridan & Danielle Pinkstein
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Théâtre Molière
Tel: 01 44 54 53 00
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Ils ont l'âge de la fureur de vivre!
Slovaque et Britannique, Antonia
Miklikova et Scott Thrun communiquent à (faible) distance dans le
huis clos blanc virginal des caves voûtées de la maison de la
poésie!
Deux escabeaux en guise de chaire pour, si non haranguer les quarante
personnes du public, tout au moins leur offrir la chair substantifique de
l'Amour du haut d'une virtuelle tour de Babel, au langage assurément
universel!
Effectivement leur dialectique poétique illustre la thèse
d'une transgression linguistique traversant les écrits sur l'amour
provenant de tous les continents au point de pouvoir fédérer
ceux-ci en un idiome unique compréhensible par les hommes de tous
les pays!
La preuve ultime se vérifie dans une qualité d'émotion
similaire en passant de l'Anglais au Russe, du Slovaque au Français!
En outre, la petite musique restera semblable, même si du masculin
au féminin les deux protagonistes se croisent, se frôlent
plutôt que de se toucher!
En effet, à l'instar de la communication technologique plus
intéressée par le contact avec le lointain que la proximité,
plus concernée par le virtuel que le charnel, les deux comédiens
miment les soliloques isolés parvenant néanmoins à entrer
"en vibrations harmoniques", à se "comprendre" en une même
appréciation des rimes chantant "la chose"!
Près de quarante auteurs, quasiment autant que la jauge des
spectateurs, sont à ce rendez-vous composé par Anthony Sheridan
et Danielle Pinkstein en un témoignage du monde entier pour
célébrer cette immense chaîne poétique que
constitueraient les mots de l'Amour!
"La fureur d'aimer!
", voilà bien une ambition dont chaque être
humain devrait vouloir partager la plénitude!
Theothea le 21/01/03
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