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2004
Les
Chroniques
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8ème
Saison
Chroniques 08.16
à
20
Page 111
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ANATOLE
de Arthur
Schnitzler
mise en scène
Claude Baqué
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Théâtre de l'Athénée
Tel: 01 53 05 19 19
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Un "Anatole" (Carlo Brandt) pour huit "Zabou Breitman" (Cora, Gabrielle,
Bianca,Emilie,Else, Berthe, Ilona & Annie Franz), départagés
par un entracte induisant un rôle de métronome pour le prestigieux
théâtre de l'Athénée!...
D'aucuns diront qu'avec ces prémices de "La Ronde", Arthur Schnitzler
instrumentalisait le désir d'une époque, mais d'autres y
discerneront davantage un envers pernicieux qui se déclinerait en
huit phases d'un cycle stigmatisant la jalousie!...
Afin d'illustrer cette pathologie chronique, Claude Baqué va s'inspirer
du ton et de la gestuelle propre à Sacha Guitry en les décalquant
sur le personnage d'Anatole qui ainsi ne cessera d'évoluer dans
le tourment!...
Face à lui, l'éternel féminin avec sa candeur et
ses roueries se présentant sous de multiples facettes sans que l'on
sache de l'homme ou de la femme qui tire les ficelles décisives de
la séduction!...
En revanche, le miroir de leur relation déformée se lit
à coeur ouvert dans la présence de Max (Jacques Denis) le tiers
devenant, en faire valoir patenté de son ami de toujours,
l'empêcheur de tourner en rond au royaume du non-dit!...
Alors, la suspicion pourra se disserter dans une redoutable émulation
à la mauvaise foi, éloignant toujours plus celui et celle qui
font mine de se rapprocher!...
Jeu cruel qui mérite en épilogue une distanciation
différenciée du souvenir et de son image chérie à
tout jamais!....
Ainsi Zabou Breitman aura l'opportunité de se démultiplier
dans la projection d'un immense fantasme collectif, laissant Carlo Brandt
aux bons soins d'Anatole, K.O. debout!...
Theothea le 16/10/03
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VARIATIONS
SUR LA MORT
de John
Fosse
mise en scène
Claude Regy
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Théâtre de la Colline
Tel: 01 44 62 52 52
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Au commencement était le verbe, celui de John Fosse qui trouve
dans le rituel de la répétition l'exutoire à l'être
plutôt qu'à sa signification!... En résonnance avec
l'intrication de la vie et de la mort au sein des cellules s'approche l'intuition
de Claude Regy comme se nourissant du néant pour susciter le
vivant!...
Dans son ombre surgit en pleine lumière Dominique Bruguière,
c'est elle qui va créer le cadre d'une fascination inégalée
où la magie luminescente inondera de blancheur incandescente un plateau
en suspension sans jamais en dévoiler ses sources, comme si les ombres
portées naissaient d'un prisme imaginaire entre cieux et limbes!...
Cette scénographie réalisée par Daniel Jeanneteau
et Sallahdyn Khatir enclave les spectateurs dans les combles de la grande
salle jusqu'à les mettre en sustentation devant l'immense parterre
virginal à peine incliné quelque part dans le vide entre cintres
et fauteuils!...
C'est alors seulement que s'engagera, entre six silhouettes pour (en raison
d'un deuil) cinq comédiens (Guillaume Allardi, Axel Bogousslavsky,
Olivier Bonnefoy, Valérie Dreville, Bénédicte Le Lamer),
une course de lenteur calculée où le charnel s'abandonnera
à la psalmodie autour d'une jeune fille se laissant engloutir par
des flots d'encre jusqu'à en manifester le regret!...
"L'acte philosophique authentique est le suicide; c'est là le
commencement réel de toute philosophie" explicite le dossier de presse
citant Novalis.
Trois générations en filiation trouvent dans la concomitance
de leur présence au temps et à l'espace, un étrange
fluide favorable à leur régénérescence!... En
dissertant sur la mort, c'est effectivement la vie qui est
célébrée entre les voix atonales!...
Se laisser porter et dissoudre dans une quête où la
compréhension se fait spectre du vivant, voilà en très
peu de mots l'essentiel exalté en tandem où auteur et mise
en scène se reflètent à l'unisson!....
Theothea le 21/10/03
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PRELIMINAIRES
de & mise en scène
Daniel Cohen
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Théâtre des Mathurins
Tel: 01 42 65 90 00
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Pendant que dans la grande salle des Mathurins, la directrice du
théâtre Caroline Silhol se savoure en
"Parisienne" amoureuse de
l'amour, sous ses pieds, dans une atmosphère de
café-théâtre en l'ancienne salle de répétition,
un jeune couple de comédiens réinvente les jeux de l'amour,
version branchée "Le premier qui a dit "oui" a perdu"!...
Cette complémentarité du spectacle vivant est franchement
réjouissante, car elle renvoie à des imaginaires intemporels
se répondant au-delà des comportements codés, des modes
et des moeurs de la contemporanéité!...
Alors Elle Vera, c'est Olivia Bonamy déjà remarquée
dans "La captive" de Chantal Akerman; lui Eric, c'est Arié Elmaleh
ayant effectué ses lettres de noblesse dans "Juliette et Roméo"
sous la direction d'Irina Brook!... Tous les deux sous la férule
particulièrement clairvoyante de Daniel Cohen qui signe ici un texte
et une mise en scène à déguster dans l'hilarité
confondante!...
Partant du principe salvateur que dire "je t'aime" est un aveu
rédhibitoire, c'est donc à fronts renversés que la fille
et le garçon vont s'intenter à l'issue d'une rencontre en
boîte de nuit un flirt de résistance à toutes les armes
du partenaire!...
Jokers contre atouts, cette partie de jeu de société
réinvente le bon aloi, là ou d'autres ne penseraient qu'au
dessein de l'indifférence!... Eux, ils sont remontés à
fond dans leur désir, pourvu d'être convaincus qu'au-delà
des mots s'instaure un cocktail savant de respect, de feelling et de
passion!...
Faits du même bois, ils n'ont que la méfiance comme humour
à portée de répliques et n'ont que le franchissement
d'obstacles comme mise à l'épreuve de l'énergie
libidinale!...
Suppléant au test grandeur nature, c'est la malice de la "tatche"
qui fera office de démarche initiatique!... Véritable miroir
de leurs intentions respectives, le contournement des pièges que la
logorrhée révèle dans le non-dit agit comme un discours
parallèle entre deux âmes qui se cherchent!...
Elle avec sa porte d'immeuble, lui avec son scooter, ils ont leur autonomie
bien calée dans le rétroviseur mais c'est bien l'amour qui
est dans le collimateur!...
Ils en deviennent irrésistibles!...
Theothea le 20/10/03
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L'AMOUR EST ENFANT DE
SALAUD
de Alan
Ayckbourn
mise en scène
José Paul
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Théâtre Tristan Bernard
Tel: 01 45 22 08 40
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La nouvelle cohabitation d'un quatuor burlesque sur les trois niveaux
d'une petite maison londonienne va attiser des sentiments enfouis chez deux
des protagonistes paraissant a priori s'identifier dans des postures allergiques
stéréotypées!...
La soudaineté et même l'improbabilité de leur
rapprochement libidinal va d'autant plus mettre en péril l'équilibre
collectif que la vulnérabilité de tous les caractères
était d'emblée patente!...
Prenez une vieille fille cadre supérieure bien installée
dans sa vie monacale, ayant loué son entresol à un homme à
tout faire cultivant en retour une dévotion monomaniaque envers sa
propriétaire!..
Ajoutez-y de manière impromptue, une ancienne amie d'école
élémentaire débarquant, après maints aléas
de la vie, avec son nouveau chéri, prêts enfin à un
redémarrage sous de véritables auspices affectifs et pour lesquels
en dépannage Barbara libérera un premier étage fort
défraîchi!...
Voilà réunis les ingrédients d'une situation scabreuse
traitée sous un humour bristish à la fois loufoque et très
prosaïque!...
En effet la tonalité à peine caricaturale cultivée
par Alan Ayckbourn, contrastée de surcroît par une adaptation
de Michel Blanc particulièrement cinglante et même cruelle,
s'offrent ensemble à l'acuité inventive de José Paul
qui dynamitera de l'intérieur chaque scène par les signes
avant-coureurs de la suivante!...
Couronnant le tout, Isabelle Gélinas (Barbara) trône en
créature indicible à la fois hyper-branchée et quasiment
désuète confirmant une attitude radicale et déterminée
qui s'avérera néanmoins aussi blindée qu'une feuille
de papier à cigarettes!....
Face à elle, le couple Nikki-Hamish (Lysiane Meis et Bruno Madinier)
assurent avec une candeur plus ou moins calculée, l'animation d'un
capharnaüm domestique que seuls les délices de leur lune de miel
serait à même de justifier!...
En ombre "rasante", Gilbert le quatrième personnage (Chick Ortega)
jouerait les empêcheurs de tourner en rond s'il n'était
lui-même profondément azimuté!...
Un ton, un style, une marque de fabrique qui vont faire imploser un coup
de foudre, en une myriade de rires face au cynisme de la
réalité!...
Theothea le 22/10/03
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LIGNE DE FUITE
de & mise en scène
Philippe Genty
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Théâtre de Chaillot
Tel: 01 53 65 30 00
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Il y a adéquation effective entre les intentions affichées
par Philippe Genty envers un spectacle s'ouvrant sur le subconscient, et
les émotions esthétiques que ressent le public au regard d'une
performance où la discrétion des procédés techniques
est en phase avec la magie de l'instant scénique!...
Fonctionnant comme une pompe aspirante à images mentales, la mise
en abîme du metteur en scène fait apparaître, au point
de convergence des lignes de fuite, un médiateur des fantasmes individuels
en charge d'en projeter la synthèse collective dans un espace
multidimensionnel!...
Jouant avec les "échelles" de préférence aux "mots",
toute matière peut devenir prétexte à déclinaison
chorégraphique pourvu que le psychisme y retrouve ses lapsus, ses
associations d'idées, ses transferts, son Surmoi et surtout son
"çà" freudien, grand producteur d'événements!...
Toute cette stratégie pourrait rester aléatoire, si une
poésie du mouvement ne rendait intelligible à tous, la sublimation
de la perception audiovisuelle en tant qu' élue privilégiée
des relations entre monde extérieur et intérieur!...
Illustrant son projet grâce à un tel langage universel, Philippe
Genty s'apparente au mime Marceau en brisant de fait l'enveloppe du contenu
pour en révéler au choix l'âme ou les démons!...
Theothea le 29/10/03
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