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2003 -
2004
Les
Chroniques
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8ème
Saison
Chroniques 08.66
à
70
Page 121
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L'HOMME, LA BÊTE
ET LA VERTU
de Luigi
Pirandello
mise en scène
Jean-Claude Idée
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****
Théâtre Montparnasse
Tel: 01 43 22 77 74
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Grâce à une adéquation remarquable entre l'esprit
de la pièce et sa mise en scène, Jean-Claude Idée insuffle
à cette comédie burlesque, une fougue de mascarade où
chacun des protagonistes semble avoir rendez-vous avec l'interprétation
délirante de sa propre parodie!...
Comme si soudain Dario Fo illuminait d'un feu d'artifices éblouissant
les sombres arcanes de Pirandello!...
S'appuyant sur le traditionnel trio du mari, de la femme et de l'amant,
l'enjeu présentement sera de substituer une paternité à
une autre, davantage en conformité avec la morale!...
Ou comment faire prendre des vessies pour des lanternes, à qui
veut bien se prêter au jeu du candide?
Puisant dans une fébrilité prégnante les ressorts
de personnages qui s'agitent au rythme d'un malaise instinctif, les neuf
comédiens s'installent d'emblée sur une orbite où la
rationalité échappe à toutes les attractions!...
Ainsi "La Bête" (Niels Arestrup, affectionnant les rôles cyniques)
se trouve emportée dans une misanthropie hallucinante où la
mauvaise foi la sacralise en un capitaine Haddock de tous les naufrages
conjugaux!...
A son tour, "L'Homme" (Jean-Jacques Moreau) donne le diapason de toutes
les velléités, afin de maîtriser l'excitation agissant
insidieusement comme une dépendance aux foudres maritales!...
Quant à "La Vertu" (Anne Jacquemin), elle s'étonne
elle-même d'avoir la pusillanimité de tenir tête pensante
à un affreux jojo de fils, à une terreur de mari, et à
un amant d'opérette!...
Un monde de folie qui ne serait pas sans rappeler que l'amour pourrait
néanmoins se cacher fort opportunément au-delà de la
présence codée de quelques pots de fleurs!...
Theothea le 04/02/04
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QU'EST-CE QUE SEXE ?
de Richard
Herring
mise en scène
Gérard
Moulévrier
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****
Théâtre Fontaine
Tel: 01 48 74 74 40
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Michel Leeb est avant tout un comédien sympathique et bien
élevé!…
Qu'il ait choisi de relever un défi symétrique aux "Monologues
du vagin" est un challenge à l'honneur d'un acteur prêt à
remettre en question ses compétences artistiques!…
En outre, se mettre en position de conférencier est quasiment pour
lui un atavisme puisqu'ex-enseignant en philosophie, il connaît bien
les principes rhétoriques et pédagogiques permettant de maintenir
l'intérêt d'un auditoire!…
Le texte "Talking Cock" de Richard Herring ayant été
adapté en français par Serge Gisquière, pouvait donc
être utilisé par le showman, comme cours de sexologie masculine,
en réponse à toutes les interrogations métaphysiques
concernant un thème très sensible mais néanmoins
fédérateur!…
Pour autant, il n'est pas assuré que le rire et même le sourire
aillent d'évidence, lorsque le fil conducteur du discours s'appuie
en priorité sur des commentaires concernant une suite de statistiques
en réponse à des (pseudo)sondages mettant en valeur aberrations,
contradictions et autres clichés!…
En effet prenant le public à témoin de la
vulnérabilité masculine, l'orateur cherche la ligne médiane
qui évite de choquer, tout en spéculant sur le ridicule
prêté aux aux dimensions, aux performances et autres valeurs
idéologiques à propos de l'organe sexuel mâle!…
Au théâtre Fontaine, le comédien fait son entrée
au fond de la salle, pour venir s'installer sur scène avec ses notes
derrière un bureau professoral d'où il pourra commenter les
documents à partir d'un diaporama!…
Une vraie conférence avec une véritable intention comique
dans la mise en scène de Gérard Moulévrier pour un spectacle
qui laisse néanmoins le public en situation de perplexité!…
Un ange passe!... Il s'avère en effet que Michel Leeb est
très pudique!...
Theothea le 02/02/04
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L'HIVER SOUS LA TABLE
de Roland
Topor
mise en scène
Zabou Breitman
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****
Théâtre de la Renaissance
Tel: 01 42 08 18 50
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Que "Trom" puisse s'inverser en "Mort"!.... Que ce petit lutin au "sourire
impalpable", à la "présence magique" illumine ce conte de Topor!...
Qu'il faille éviter de le traduire au risque de le trahir!... Voilà
bien quelques indices qui ouvrent l'imaginaire au point d'en faciliter
l'accès à tous ceux pour qui ingénuité rime
allègrement avec gravité!...
Pour cette pièce intimiste qui concentre l'espace de
l'interprétation scénique sous une table entre ses quatre pieds,
agrémentés fort opportunément de deux jambes féminines
élancées, Zabou Breitmann signe sa première mise en
scène de théâtre sur le ton de la farce burlesque!...
En écrivant ce conte poignant, Roland Topor montrait que le domaine
des sentiments amoureux pouvait se réfugier au milieu de nulle part
et même à l'insu des protagonistes semblant être les derniers
informés de sa présence ineffable!...
En effet Dragomir, le petit cordonnier (Dominique Pinon) qui a trouvé
refuge sous la table de travail de la belle Florence Michalon (Isabelle
Carré) lui sous-louant cet espace vital pour quelques sous, atteint
en la circonstance une plénitude inégalée que jamais
peut-être un être humain n'a pu apprécier dans le secret
de son affection!...
Plein de gratitude à l'égard de son hôtesse, ce n'est
pas son cousin Gritzka (Liviu Badiu), violoniste émérite ni
Raymonde (Guilaine Londez) l'amie un peu glaciale de Florence qui pourront
dérégler ce bel ordonnancement idyllique!...
Serait-ce alors l'éditeur (Eric Prat), si soucieux de protéger
la traductrice, en mal de signifiance de Trom, en une autre langue?
Surréaliste dans le fond grâce à Topor, et dans la
forme grâce à Zabou, l'allégorie implique d'abandonner
les valises de la sagesse pour se laisser envahir par les fantaisies de l'enfance
qui vous emmènent par l'esprit là où se trouve le jeu
de l'innocence, c'est-à-dire quelque part au théâtre
de l'Atelier!..
Theothea le 10/02/04
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FABLES de LA FONTAINE
de Jean
de La Fontaine
mise en scène
Robert Wilson
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****
Comédie Française
Tel: 01 44 58 15 15
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Davantage que l’événement théâtral de la saison
03-04 à la Comédie Française, ces «Fables de la
Fontaine» mises en scène, en décors et lumières
par Robert Wilson, resteront l’apanage d’une époque, celle où
Marcel Bozonnet était l’Administrateur du Théâtre
Français!...
Voulue dès son arrivée à la tête de
l’Institution en 2001, cette collaboration avec le plus renommé des
dramaturges américains, aboutissait rapidement au choix du fabuliste,
sous l’inspiration d’une lecture: «Le Poète et le Roi: Jean de
La Fontaine en son siècle» par Marc Fumaroli.
Dès lors, le système de création initié par
Bob Wilson pouvait s’appliquer à cet objectif totalement original
et transformer en exclusivité, un spectacle collectif contresigné
par le maître du spectacle vivant contemporain!...
Alors, de délégations en responsabilités
spécifiques, l’ensemble complémentaire formé par une
pyramide hiérarchique de conceptualisation, ayant son centre
d’attractivité gravitationnelle à Watermill près de
New-York, base névralgique du travail Wilsonnien, allait durant une
année fédérer l’assemblage d’une oeuvre de
référence à jamais exceptionnelle!...
Masques splendides (Kuno Schlegelmilch), lumières diaphanes,
sobriété extrême du décor, comédiens
envoûtés & sublimés, musique lancinante (Michael
Galasso) etc... concourent à illustrer un bestiaire de qualité
ultime où comme à l’accoutumé chez Bob Wilson la
compréhension, la perception, l’appréciation privilégient
prioritairement les sens de l’esthétique, et où le texte
lui-même se donne à voir plus qu’à entendre pour ne laisser
ici la parole qu’à l’animal, fût-il moralement humain!...
Loin du pléonasme qui illustrerait la fable par l’image, la
théâtralisation convoque la métaphore par le biais du
style et c’est dans le perfectionnisme absolu que quinze comédiens
de la Comédie Française livrent l’épure, dissimulée
derrière la modernité du costume (Moidele Bickel) et la splendeur
du masque:
Christine Fersen (Jean de la Fontaine), Gérard Giroudon
(l’âne, le cocher, le coq), Cécile Brune (la souris, la
chèvre), Eric Génovèse (l’ours, la grenouille), Christian
Blanc (le loup), Florence Viala (la cigale, l’agneau), Céline Samie
(le corbeau, l’arbre, Circé), Laurent Stocker (la grenouille, le tigre,
l’homme), Nicolas Lormeau (le singe, le boeuf, l’araignée, Ulysse),
Christian Gonon (le renard, l’homme), Julie Sicard (le lièvre, le
souriceau, le petit chien), Madeleine Marion (la fourmi, la génisse,
la vache, la dame), Bakary Sangaré (le lion), Audrey Bonnet (la
bergère, le chat, la couleuvre, le moucheron), Charles Chemin (le
cerf).
Theothea le 12/02/04
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MARIAGE EN BLANC
de Roberto
Cavosi
mise en scène
Pierre Santini
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****
Théâtre Mouffetard
Tel: 01 43 31 11 99
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L'adaptation en français de "Il Marescialo Butterfly" de Roberto
Cavosi par Pierre Santini et Michel Depigny aboutissant à la
création de "Mariage (en) blanc" au Théâtre Mouffetard
est une véritable merveille ayant la vertu de parler le langage du
coeur sans faux-fuyant!...
Filippo, Maréchal des carabiniers et Arévik, une
arménienne immigrée en Italie convolent en justes noces à
la suite d'une rencontre opportune de leurs deux solitudes!...
Lui néanmoins, toujours épris de son ex-femme qui s'est
suicidée deux années auparavant et elle, encore amoureuse
secrètement d'un homme laissé en Arménie, vont tenter
cette aventure du mariage rédempteur avec de réelles
arrière-pensées mais nourries d'excellentes intentions!...
Cependant la bonne volonté, l'estime, la tendresse ne pourront
venir combler le hiatus culturel et l'histoire passionnelle de chacun des
deux!...
En outre des tiers vont maladroitement perturber le champ d'investigation
affectif, en s'impliquant à la fois comme l'amie (Irina) de l'une
et les deux fils de l'autre!...
Avec des motivations contradictoires, tous les protagonistes vont sembler
prendre leurs sentiments personnels au piège d'une toile tressée
de malentendus, d'équivoques, et de méfiance
réciproque!...
Comme le miroir déformant d'une humanité se reflétant
dans l'inquiétude de ses différences!...
D'origine respectivement roumaine et russe, Liana Fulga et Larissa Cholomova
dépeignent "le plus naturellement du monde" deux portraits de Femmes
de l'Est confrontées au traumatisme des mirages de l'Europe occidentale;
Pierre Santini encadre avec le bonheur du metteur en scène, son personnage
pathétique de carabinier en proie à toutes les
incompréhensions de la part de ses proches!... Lucas (Marc Duret)
et Marco (Loïc Houdré), ses fils évoluent en équilibre
sur la marge de la comédie à l'Italienne, s'efforçant
de croire que le travestissement de la douleur pourrait fortuitement se
résoudre dans la fuite en avant exacerbée!...
D'une exceptionnelle justesse psychologique, cette farce ethno-sociale
fait preuve de subtilités non feintes que les comédiens donnent
à ressentir au plus profond de l'âme collective!...
Theothea le 06/02/04
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