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2003 -
2004
Les
Chroniques
de
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8ème
Saison
Chroniques 08.71
à
75
Page 122
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FRANKIE & JOHNNY
au clair de lune
de Terrence
McNally
mise en scène
Didier Long
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****
Théâtre de la Renaissance
Tel: 01 42 08 18 50
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Quand un état de grâce réunit les atouts d’un succès
évident, c’est qu’au-delà de l’histoire d’un homme et d’une
femme, chabada bada... se trame le récit récurrent du destin
qui ne saurait sonner qu’une seule fois!...
Le coup de foudre, l’amour passion.... parce que c’était lui, parce
que c’était elle.... Mais pourquoi devraient-ils fusionner au-delà
de l’aventure d’une nuit? Que deviendra au lever du soleil la complicité
des amants aguerris?
Partir après l’amour? Réitérer au clair de lune?
Prolonger l’acte de foi attirant les électrons libres pour mieux les
livrer par la suite, au retour de la solitude?
Frankie et Johnny sont sur une coquille de noix au beau milieu d’une
tempête!... Ils tentent chacun avec leurs blessures accumulées
de répondre aux sollicitations d’un mirage!...
Croire en l’autre, c’est déjà croire en soi!... Il leur
faudrait beaucoup d’aplomb pour affirmer une telle conviction!...
Mais il n’empêche, la résistance affichée de Frankie
excite l’esprit de conquête de Johnny!... Celui-ci parade d’autant
plus que celle-là se montre réservée devant tant
d’affabulations et de rodomontades!...
Et peu à peu, force est de reconnaître qu’ils pourraient
être du même bois, de la même trempe et que peut-être
auraient-ils tort de ne pas envisager la perspective d’un parcours en duo,
après avoir subi les désillusions de la vie!...
Miroir du couple contemporain cherchant au-delà des libertés
respectives, un sens à donner dans la relation au partenaire, cette
pièce de Terrence Mc Nally adaptée avec subtilités par
Michel Blanc et mise en scène avec une maturité sensuelle par
Didier Long, va être l’opportunité si non d’une renaissance
pour le happening en temps réel, celle de toutes évidences
d’un véritable bain de jouvence pour ceux qui osent se fier à
leur chance en s’abandonnant à l’utopie!...
Les prestations de Sam karmann et d’Anna Galiena sont de celles que les
Molières se devraient d’illuminer!...
Theothea le 11/02/04
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L'INVITE
de David
Pharao
mise en scène
Jean-Luc Moreau
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****
Théâtre des Mathurins
Tel: 01 42 65 90 00
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Gérard, Colette, Alexandre et l’invité!... Le chômeur,
sa femme, leur voisin et le futur employeur!... Voici posés les
personnages d’une situation ordinaire où l’élément
perturbateur sera la tentation de faire pénétrer la sphère
professionnelle dans la vie privée!...
Quoi de plus révélateur en effet, pour scanner les
personnalités, que le principe d’un repas à domicile où
les hôtes et leur invité pourront tout à loisir se jauger
dans un cadre familier et chaleureux?
A ceci près que, si le chercheur d’emploi s’en tirerait à
moindre frais dans la perspective d’une invitation à la maison
plutôt qu’au restaurant, le sentiment d’une effraction voire d’une
violation de l’intimité va envahir et même paniquer son couple
qui s’en remettra aux bons soins d’un voisin, soi-disant expert en relations
publiques!...
Autrement dit chasser le naturel afin de mieux façonner un rôle
de composition et voici que se met en place l’engrenage de mensonges,
dissimulations et autres affectations peu raccord avec les goûts, les
habitudes, l’environnement quotidien d’un ménage au sein de son
appartement!...
Le décalage dans la décoration, la conversation, le train
de vie va faire revenir au galop les preuves du factice, de l’imposture,
de la mystification qui vont précipiter le processus de séduction
droit dans le mur, à moins précisément que les
critères retenus par le chasseur de têtes ne soient pas aussi
conventionnels que prévus!...
Alors, tel serait pris qui croyait prendre, tel cueillerait le job
convoité alors même qu’il aurait peut-être mieux fait
de s’en abstenir!..
Comédie moderne où Patrick Chesnais, comme à
l’accoutumé, traîne sa dégaine chaloupée un peu
comme dans un automatisme embrumé!... Philippe Khorsand lui joue à
merveille les empêcheurs de tourner au cauchemar éveillé!...
Evelyne Buyle en épouse prête à tous les compromis risque
en permanence de faire déraper le zèle maladroit!... Reste
Gérard Maro masqué opportunément en fleuriste, sera-t-il
effectivement celui qui tirera les marrons du feu?
En dénonçant les rôles que se croient obligés
d’endosser nombre de contemporains, David Pharao dépeint en une
métaphore efficace, un scénario que Jean-Luc Moreau dynamite
de l’intérieur, en agitant les quatre compères comme dans un
shaker d’où le rire fuserait dans l’entrechoquement des « cultures
» individuelles!...
Theothea le 17/02/04
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LAISSE FLOTTER LES
RUBANS
de Jacqueline
de Romilly
mise en scène
Philippe Rondest
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Sudden Théâtre
Tel: 01 42 62 35 00
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Descente en rappels et cercles oniriques dans la mémoire individuelle,
Lucie s’installe dans l’introspection pour mieux se dégager du poids
des contingences. Ayant effectué le deuil de son mari, elle éprouve
la nécessité de s’interroger à haute voix pour conforter
son calme intérieur et accéder à la
sérénité à laquelle elle aspire!...
Rien que la vue d’une anémone peut par exemple avoir la vertu de
la faire diverger dans le labyrinthe des vanités humaines pour en
épuiser l’inanité, afin qu’au terme de ces détours
malgré tout délectables, elle puisse enfin se reconnaître
en pleine maturité!...
Trois nouvelles extraites du recueil de Jacqueline de Romilly «Laisse
tomber les rubans» ont ainsi donné l’opportunité à
Bérengère Dautun, ex-sociétaire de la
Comédie-Française de laisser les sentiments intimes affleurer
les degrés de conscience, situés quelque part dans
l’imaginaire entre soi et la présence au monde!...
Durant un mois et demi au Sudden Théâtre, le décor
de Nils Zachariasen l’emmenait chaque soir dans la quiétude estivale
d’une terrasse provençale où la mise en scène de Philippe
Rondest la mettait «seule en scène» afin de
réfléchir la poésie d’une catharsis!...
Theothea le 18/02/04
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MISS DAISY et son
chauffeur
de
Alfred Uhry
mise en scène
Stephan Meldegg
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****
Théâtre Saint Georges
Tel: 01 48 78 63 47
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Quelques vingt-cinq années passées au service de Miss. Daisy,
voici le destin de Hoke Colburn engagé en 1948 par Boolie Werthan,
le fils d’une dame de soixante-douze ans, très angoissé à
l’idée de voir sa mère continuer à conduire, à
la suite de nombreux accidents ayant obligé sa compagnie d’assurance
à dénoncer leur contrat!...
Rétive à cette compagnie forcée, Miss. Daisy commencera
par boycotter son chauffeur particulier, mais celui-ci bien décidé
à ne pas se laisser impressionner par tant de défiance, va
entreprendre une longue conquête pour se faire accepter.
Il faut dire qu’ils vivent à Altlanta, que Hoke est noir et que
celui-ci en bonne connaissance de la cause des opprimés, a
l’intuition que la famille juive qui l’emploie est en proie également
à des humiliations.
A la fois tranche de vie, saga familiale et témoignage d’une
époque de la vie des Etats-Unis où brille alors
l’exemplarité de la tolérance affichée par Martin Luter
King, cette pièce d’Alfred Uhry a fait les beaux jours de Broadway
en emportant le prix Sulitzer en 1988 avant de donner lieu à un film
«Driving Miss Daisy» qui à son tour reçu quatre Oscars
à Hollywood!...
La subtilité de la mise en scène de Stéphan Meldegg
peaufine l’adaptation française d’Attica Guedj, en évoluant
au premier plan d’une toile de fond en simulations cinétiques
(décor: Charlie Mangel).
Micheline Dax étonne en vieille dame, d’abord acariâtre puis
touchée par tant de prévenances; Jean-Michel Martial se glisse
dans le rôle de l’aide à domicile avec une superbe discrétion;
Jean-Loup Horwitz s’accomplit en fils toujours attentionné, bien
qu’excédé par les caprices de sa mère!....
Au demeurant, la pièce est agréable mais ne convainc pas
nécessairement au regard d’un certain parfum de
désuétude!...
Theothea le 19/02/04
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COCTEAU l'invisible
vivant
de Monique
Bourdin
mise en scène
Brigitte Fossey
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Théâtre Molière
Tel: 01 44 54 53 00
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Brigitte Fossey a fait sien le montage poétique des oeuvres de
Jean Cocteau à partir d’une trentaine d’extraits mis initialement
en perspective par Monique Bourdin et totalement réappropriés
par la comédienne des «Jeux interdits» pour en constituer
une exhibition emballée de voilures blanches à la manière
Christo, et grâce auquel elle devient pour la première fois
metteur en scène d’un spectacle vivant... dans le spectre de
l’invisible, excusez du peu!...
Elaboré à Vendôme, complété à
Blois (Festival d’Anjou), abouti à la Maison de la poésie durant
le mois de février 2004, ce «coup d’essai» est un
véritable «coup de maître» qui pourrait présager
non seulement une vocation de réalisatrice accomplie mais également
la probabilité de nouvelles collaborations avec son double
d’évidence, la comédienne Marie Adam, sa propre fille.
En effet, inspirée par son rôle déjà de bonne
ou mauvaise conscience de Michel Sardou dans «L’homme en question»
de Félicien Marceau au Théâtre de la Porte Saint-Martin,
voici que Brigitte Fossey reflétant une ressemblance physique
particulièrement troublante avec Marie ou vice versa selon les points
de vue, ose avec panache être accouchée de son nouveau rôle
de metteuse en scène par sa progéniture elle-même, en
se dupliquant live dans le plus pur paradoxe généalogique!...
L’ensemble de ces toutes premières fois, celle de la réalisation,
celle du duo cloné mère-fille, étant mises à
profit de la célébration du plus génial touche-à-tout
artistique, aboutit à un régal de représentation où
la jubilation est convoquée à chaque instant, tellement le
plaisir de jouer ensemble est quasiment tactile!...
Le perfectionnisme se dissimulant derrière la virginité
d’un décor ascensionnel en double escalier triomphant du vide
prosaïque, c’est sous le rire de l’une et la complicité de
l’autre que se répondent à l’unisson les divagations fulgurantes
de la conscience, en véritable tête chercheuse de tout élan
vital!...
Humour du geste, fraîcheur de l’âme, sourire de l’intention
participent de la scène à la salle Pierre Seghers, à
rendre fascinant la dialectique des forces de l’esprit, en hommage au plus
grand des poètes!...
Theothea le 25/02/04
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