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LA DANSE DE L'ALBATROS
de
Gérald Sibleyras
mise en scène
Patrice Kerbrat
|
****
Théâtre Montparnasse
Tel: 01 43 22 77 74
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 |
Depuis 2002 et son "Petit jeu sans conséquences", Gérald
Sibleyras semble distiller en pépites d'or toutes les créations
théâtrales qu'il livre au public saison après saison,
"Le vent des peupliers", "L'inscription", "Une heure et demie de retard"
en cumulant deux pièces pour cette rentrée 06-07:
Tout d'abord l'inénarrable et cocardier "Vive bouchon !" et maintenant
cette "Danse de l'albatros" au Théâtre Montparnasse,
s'apprêtant à prolonger les truculences du vieillissement
déjà présentes en 2003 dans la fameuse "maison de retraite
des peupliers"...
C'est donc Pierre Arditi qui s'empare de ce sujet de "déclinologie"
ambiante, tant à la mode médiatique actuelle, pour le positionner
sur les pentes du Vaudeville qu'il affectionnait jusqu'ici sous la direction
de Bernard Murat.
C'est ici sous Patrice Kerbrat que l'acteur retrouve leurs marques communes
d' "En attendant Godot" tout en les inscrivant dans la lignée d' "Art"
alors que cette pièce de Yasmina Reza résonnait déjà,
à travers son personnage d'alors, comme un "Phénomène
de société":
Ici, c'est la solitude métaphysique qui va tenir le fil conducteur
des interrogations sur le quotidien de la relation homme/femme lorsque la
différence d'âge sert de catalyseur aux frustrations
révélées par un déphasage des affects.
Davantage plongés au sein du choc des générations
que dans celui des aléas de l'après cinquantaine, les trois
protagonistes se trouvent mutuellement projetés en miroir de leurs
propres déficiences psychosociologiques comparées à
la jeunesse triomphante d'une débutante dans la vie et par la même
occasion sur les planches, Alexia Barlier.
Josiane Stoléru et Jean-Michel Dupuis seront à la fois les
partenaires et les contradicteurs d'une danse où chacun devrait
reconnaître l'alter ego dans sa spécificité identitaire,
à l'instar de l'albatros qui même après une longue
séparation est en mesure de reconnaître à coup sûr
son conjoint.
Contrairement aux certitudes fondées de l'oiseau, l'homme lui semble
se vouer aux affres de l'erreur du choix de partenaire. A tort ou à
raison, il rumine a posteriori son égarement supposé et rejette
en vrac tout ce qui pourrait lui rappeler la spontanéité de
son enthousiasme initial.
Illusions d'optique, perspective en trompe-l'oeil ou prémices du
gâtisme ? Sur scène, les quatre comédiens se donnent
malicieusement le change en laissant le beau rôle à Pierre Arditi,
celui de maugréer de tout son soûl afin de stigmatiser le
ressentiment universel.
Theothea le 20/09/06
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L'ELEGANT PROFIL D'UNE
BUGATTI SOUS LA LUNE
de Jean
Audureau
mise en scène
Serge Transvouez
|
****
Théâtre du Vieux-Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
|
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Photo
DR. Christophe Raynaud de Lage
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S'inscrivant dans l'imagerie populaire des monstres légendaires,
le "Gilles de Rais" de Jean Audureau s'expose en victime expiatoire de ses
propres tourments, celle pour qui l'addiction à la puissance du rêve
détermine le désir forcené d'appropriation de cet imaginaire
spécifique à l'enfance.
L'ogre boulimique de fantasmes oniriques mais torturé par les
maléfices de sa convoitise et tenté par la repentance de ses
pulsions criminelles, succombera néanmoins à l'ultime appel
symbolisé par "Jean", le jeune garçon qui sera sacrifié
sur l'autel de l'appétence consumériste au nom de son don
réputé exceptionnel pour l'art de la rêverie.
Ce conte apparenté à celui d'un Barbe-Bleue devenu voleur
de rêves parce que frustré dans son incapacité à
en produire lui-même, pourrait trouver sa "chute" quelque part entre
"songe" et "mensonge", là où dans les flots troublés
de la Loire, l'engloutissement du gourou avec ses proches ferait Rédemption
à l'aube d'un jour nouveau.
De parti pris poétique résolument distancié de toutes
considérations morales, cette adaptation moderne d'une figure scandaleuse
du moyen âge a donné à Jean Audureau l'opportunité
d'une écriture théâtrale concernant la mise à
l'index et l'exclusion avec tout son cortège de souffrances
afférentes.
La mise en scène de Serge Transvouez au Théâtre du
Vieux-Colombier est imprégnée de sensualité dévorante
au sein d'une jungle proliférant parmi les sentiments contradictoires
et renvoyant en miroir abyssal la multiplicité des points de vue que
la tentation d'une cure de jouvence peut susciter dans les esprits
sensibles.
Certes qu'il est élégant le profil d'une Bugatti sous la
lune, mais il ne faudrait pas s'abuser d'un "modèle réduit"
à la plus simple expression de la fascination esthétique; c'est
pourquoi les comédiens s'emploient à bien différencier,
par leur jeu de troupe soudée autour de l'enfant, le rêve magique
du cauchemar éveillé.
Theothea le 22/09/06
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SI TU
MOURAIS...
de Florian
Zeller
mise en scène
Michel Fagadau
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****
Comédie des Champs-Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
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Photo
DR. Jean-Paul Lozouet
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" Et si on chantait... ", " Et si on jouait à... ", et
d'ailleurs tant qu'à faire " Si tu mourais... ", pourvu que
la motivation ludique reste au centre de nos préoccupations,
peut-être qu'une part de la vérité s'effondrerait
enfin pour laisser place au plus beau des rôles du mensonge triomphant...
de tous les faux-fuyants en trompe-l'oeil!
En pratiquant ainsi conceptuellement "l'art du qui perd gagne", le jeune
auteur Florian Zeller déjà aguerri, nous fait entrer de plain-pied
dans les marasmes du sentiment conjugal que va contrôler de bout en
bout une Catherine Frot aux commandes d'un redoutable sous-marin, sans
périscope de survie, mais en totale immersion dans l'inconscient collectif
partagé en autant d'entités de surveillance qu'un puzzle.
Un mari mort accidentellement très récemment, l'homme de
sa vie qui disparaît subitement sans laisser de traces tangibles autres
que celles de l'inéluctable "redécouverte de soi" qui pourrait
le cas échéant en faire surgir le souvenir.
Mais qui est-elle donc celle qui n'entend plus l'écho dans la
réflexivité de l'alter ego ? Et qui était-il donc celui
dont les traits semblent se dissoudre sous les tentatives de la
réminiscence ?
Telle une Don Quichotte au féminin singulier, la voici qui part
en quête d'une maîtresse virtuelle via la fortuite découverte
de notes d'un roman ébauché dont les pistes pourraient conduire
à se perdre autant qu'à clore définitivement leur histoire
d'amour initiée jadis sur la côte amalfitaine... unico al mondo!...
unico al tempo!...
L'ami du couple (Bruno Putzulu) ainsi que l'amante fantasmée
(Chloé Lambert) vont désormais se trouver aux prises avec les
doutes paranoïaques de l'épouse livrée au tourbillon des
contradictions alors qu'en comédiens professionnels, tous deux pourraient
fort bien n'être que les faire-valoir de la créativité
théâtrale du disparu (Robin Renucci) pourtant si présent
sur scène... à moins que ce soit sa double vie enfin
débusquée qui s'impose à eux trois par delà le
spectacle du vivant:
"Tu me tiens par la mémoire en me laissant penser ce que tu souhaites
imaginer... et vice versa.... et ainsi de suite...".
Michel Fagadau nous convie donc à un jeu de rôles plein d'humour
sous-jacent où tel est pris qui croyait surprendre mais surtout où
entre réel et imaginaire va se livrer un jeu d'ombres et de lumière
sans que l'identité des personnages puisse s'y forger la conviction
de connaître le partenaire.
Resté seul avec son scepticisme jubilatoire, Florian Zeller nous
abandonnera au vertige du masque qui pourrait fort bien en cacher un autre
dans les escaliers, vissant sans fin, de la Comédie des Champs
Elysées.
Theothea le 25/09/06
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IL CAMPIELLO
de Carlo
Goldoni
mise en scène
Jacques Lassalle
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****
Comédie Française
Tel: 08 25 10 16 80
|
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Photo
DR. Cosimo Mirco Magliocca
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"Je ne sais pas dire si tu es beau ou si tu es laid... mais beau ou laid,
le beau, c'est ce qui plaît. ", ainsi Gasparina fait-elle ses adieux
au Campiello avant de quitter définitivement cette placette de Venise
pour convoler avec son chevalier à la figure aimante.
"Si la vie est cruelle, souvent incompréhensible et injuste, elle
ne cesse pas d'être belle. Le théâtre goldonien est une
double et continue déclaration d'amour au monde et au
théâtre..." ainsi Jacques Lassalle en renouant ses liens avec
La Comédie-Française qu'il administra de 90 à 93,
évalue-t-il dans son entretien avec Isabelle Baragan en charge de
la communication, la mission de la prestigieuse Maison:
"Après avoir été le contre-modèle, la
Comédie-Française est devenue .... notre nouveau
Théâtre national populaire"
Que Goldoni puisse ainsi servir de passage de témoin à Muriel
Mayette désormais en responsabilité du destin de la troupe
de Molière "où chacun sait, tout à la fois, être
choriste et soliste", et voilà toutes les pendules qui se remettent
à l'heure d'un vocation artistique fédératrice.
Et pourtant derrière la pudeur d'une ambition optimiste, Jacques
Lassalle évoque présentement "l'ambivalence, ce que Duras appelait
l'ombre intérieure". C'est aussi ce Goldoni-là qu'il veut fouiller,
"l'homme des humeurs noires, des graves périodes dépressives,
habité par l'intuition d'un arrière-pays soumis à
l'inconscient et aux pulsions incontrôlées".
Ainsi en deux ou trois brèves répliques apparemment anodines
à propos d'une fleur offerte d'une fenêtre à l'autre,
l'auteur est-il en mesure de dépeindre le sentiment d'enfermement,
où des jeunes femmes recluses derrières leurs volets
s'apprêtent à braver l'interdit quand l'instinct d'insoumission
pourrait en un défi radical se transmuer de la provocation jusqu'à
la violence: "Si je ne vois personne, je viens moi-même"
Comment ne pas discerner alors derrière les transes de la
comédie, la métaphore d'un monde contemporain où le
rapport de forces entre dominants et révoltés ne cessent de
s'attiser à l'instar d'une tour de Babel édifiant la confusion
relationnelle en langage universel ?
Cependant Goldoni vu par Lassalle, c'est aussi la perspective d'une immense
nostalgie, celle qui embrase les sens derrière le masque du courroux,
celle qui feint la fureur pour mieux cacher l'amour, celle qui anime le jeu
de société pour en ressentir son besoin de chaleur.
Il campiello de Goldoni, ce pourrait être "jour de fête" de
Jacques Tati ou même "Le fabuleux voyage d'Amélie Poulain",
l'ouverture d'un microcosme vers un imaginaire où les vertus de
l'âme humaine entreraient en résonance avec l'aspiration d'un
monde autre, tout en éprouvant avec délectation "le mal du
pays".
Palabres, conciliabules et fêtes vont se dérouler en frasques
du carnaval de Venise, c'est donc bien l'esprit de troupe qui fera la ronde
à ce temps joyeux livrant sous une musique originale de Jean-Charles
Capon, tous les comédien(ne)s à leur vivacité
primesautière:
Alain Pralon, Christine Fersen, Catherine Hiegel, Claude Mathieu, Anne
Kessler, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Julie Sicard,
Loïc Corbery, Léonie Simaga, Grégory Gadebois, Marion
Picard, Louis Salkind, Dominique Compagnon et Philippe Gouinguenet.
Theothea le 30/09/06
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BEN HUR
de Alain
Decaux
mise en scène
Robert Hossein
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****
Stade de France
|
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Photo
© Y.
Dejardin
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Vingt-et-une heures passées de quelques minutes en ce samedi 30
septembre 2006 et voici juché sur la plate-forme technique, Robert
Hossein qui donne, de son bras soudain abaissé, le signal d'ouverture
pour l'ultime cinquième représentation du faramineux projet
théâtral de sa vie: "BEN HUR".
Dès l'enfance, il en avait rêvé et voilà qu'à
quelques encablures de ses quatre-vingt ans, le comédien devenu metteur
en scène de "grand spectacle vivant" touche à l'apothéose
de sa carrière qui va être couronnée d'ici à quelque
cent minutes par un tour d'honneur du Stade de France sur l'un des chars
légendaires:
Micro en main au centre de la scène épique, adressant ses
remerciements au public ainsi qu'à toutes les équipes
administratives, techniques et artistiques pour cette fabuleuse réalisation
aboutie après deux années de créativité et de
répétitions sans relâche des onze tableaux
conceptualisés avec Alain Decaux son alter ego de partenaire, il pourra
alors conclure en démiurge paradoxal: "J'essaierai de faire mieux
la prochaine fois !..."
Cependant dès la première seconde du gong Hosseinnien, le
ton est donné à l'image arrêtée sur de grandes
fresques successives où vont se déplacer des foules humaines
en proie à la bataille, à la souffrance et à la mort.
Superbe esthétique picturale figée en instants sublimes
par delà le stade du gigantisme et de la multitude.
Pour seule concession aux technologies visuelles, apparaîtront
fugitivement sur de petits écrans au pourtour de l'arène antique,
le visage des principaux protagonistes lors de leur prestation initiale.
Sur la piste ovale du cirque romain, couleur terre battue tennistique,
vont donc pouvoir défiler et s'entrechoquer les hostilités
plébéiennes pendant que vont se concevoir et se construire
les défis impériaux.
Mais, c'est néanmoins l'amour du prochain qui au travers de la
misère universelle dictera la cause du "faible en puissance" face
à la lâcheté et la trahison du "fort virtuel":
Ainsi vont notamment se côtoyer les figures emblématiques
de Ben Hur (Christophe Héraut), Messala (Franck Sémonin), Ponce
Pilate (Henry-Jean Servat) et Jésus (Steven-James Gunnell) sur des
toiles où le fond sera peint avec des armées de légionnaires,
des contingents de gladiateurs, des cohortes d'esclaves, des hordes de
lépreux pour mieux faire triompher la Rédemption d'une
humanité déjà tellement menacée à
l'époque de Tibère (Gil Geisweiller).
Si la célèbre course de char (cavalerie et cascades: Mario
Luraschi) sera tant attendue pour venger l'honneur de Ben Hur dont Myriam
la mère (Jacqueline Danno) et Tirza la soeur (Gaëlle Billaud-Danno)
furent livrées au bannissement honteux, c'est néanmoins
l'assemblage (décorateur: Christian Vallat) en temps réel de
la galère victorieuse des barbares qui aura retenu le souffle des
spectateurs médusés.
Toutefois de mémoire de stade, jamais cumul de honte et douleurs
n'aura-t-il été autant sublimé que par l'arrivée
spectaculaire du quadrige vainqueur terrassant, à la force des bras
du héros, l'arrogance romaine personnifiée par Messala
agrippé aux rênes de son char en perdition et traîné
sur deux tours dans le sable détrempé préventivement...
par les cieux en signe d'ultime solidarité.
Le sacrifice et le calvaire du Christ pourront alors résonner comme
le rachat de toutes les turpitudes et injustices terrestres, autorisant la
compassion à civiliser l'histoire de l'homme alors que devait monter
du coeur du stade l'immense clameur tellement méritée:
Ave Robert Hossein !
Theothea le 01/10/06
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