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JE NOUS AIME BEAUCOUP
de
Véronique Olmi
mise en scène
José Paul
& Agnès Boury
|
****
Petit Théâtre de Paris
Tel: 01 42 80 01 81
|
"Je nous aime beaucoup" titre magnifique mais qui contient d'emblée
le défaut de sa qualité. En effet derrière son arrangement
ostentatoire avec la syntaxe se révèle une pièce dont
le texte est extrêmement élaboré, voire trop complexe
pour que les comédiens l'aient aisément en bouche avec le souci
d'en pouvoir percuter toute la truculence.
A cette réserve près qui néanmoins accompagne la
représentation dans son entier déroulement, le thème
est suffisamment original pour retenir toute l'attention en redécouvrant
soudain le conflit des générations alors que celle des
postsoixante-huitards avaient eu pour objectif de l'abolir.
En effet d'un pragmatisme systématique, celle des vingt ans en
2006 nous est présentée comme un antidote redoutable au fallacieux
laxisme des dogmes qu'auraient élaborés celle des militants
du bonheur pour tous, au siècle précédent.
C'est donc la mauvaise foi qui va régner en maîtresse des
cinq protagonistes réunis dans une ferme retapée au fin fond
du Gers où Véronique Olmi les maintient pour cause de "noces"
un week-end durant dans l'attente du train de retour pour Paris.
Il faut dire que l'auteur s'implique elle-même dans le vécu
de cette situation jusqu'à jouer le rôle de cette épouse
libérée et emblématique des seventies, en restant l'objet
de conquête de ses deux soupirants d'alors, Pascal Elso l'ex et
Stéphane Hillel devenu le mari.
"Je nous ai beaucoup aimés" pourraient-ils proclamer en choeur,
tous trois à la face de l'autre couple (Aurore Auteuil &
Sébastien Lalanne) résolument moderniste qui consciencieusement
pratique l'art du sadomasochisme avec le respect d'un mode d'emploi bio mais
dans une complicité illusoire.
En stigmatisant ainsi de manière caricaturale toutes attitudes
figées dans les modes de vie stéréotypées,
Véronique Olmi décante la voie d'une liberté salvatrice
de penser au cas par cas, la pertinence conceptuelle ou non du couple.
Cependant José Paul, Agnès Boury et Marjolaine Aizpiri ont
dirigé les cinq acteurs en gommant tout jeu de séduction qui
aurait pu circuler entre les protagonistes.
Ce choix paradoxal de mise en scène met à plat le comportement
grotesque de chacun mais inhibe quelque peu la sensualité du non-dit
de la libido collective.
C'est ainsi qu'à distance générationnelle du Rohmerien
"Genou de Claire", l'Olmien "Je nous... de Véronique" renvoie les
uns et les autres dans les cordes d'un ring où le temps du marivaudage
aurait été mis k.o. par la satire contemporaine.
Theothea le 20/10/06
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ZOUC PAR ZOUC
de
Hervé Guibert & Zouc
mise en scène
Gilles Cohen
|
****
Théâtre du Rond-Point
Tel: 01 44 95 98 21
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"À aucun moment je ne joue à être Zouc ". Certes
Nathalie Baye n'est pas la comédienne à laquelle un directeur
de casting penserait a priori pour incarner dans l'embonpoint cet illustre
personnage tragi-comique apparu sur les planches au cours des années
70.
C'est cependant dans ce différentiel évident que l'actrice
va se glisser pour mieux interpréter la parole recueillie par Hervé
Guibert en une interview où Isabelle von Allmen se raconte à
travers l'enfance, le pensionnat, l'internement psychiatrique, sa vocation
pour le théâtre et de manière générale
sa relation en "miroir de l'Autre".
En portant oralement à la scène ce texte quelque peu
oublié, non seulement Nathalie Baye redonne sens à la vie actuelle
d'Isabelle exclue par la maladie, par la même occasion suscite la
mémoire de l'écrivain Hervé Guibert mort du sida, mais
ce qui n'est pas le moindre, apporte au public une perception du monde pour
laquelle elle se sent elle-même en résonance voire en
empathie.
"... entre Zouc et moi, il y a des points d'ancrage... "
C'est ainsi que surgissant de l'obscurité d'un pas décidé,
la comédienne vient s'asseoir dans la lumière sur l'une des
cinq chaises disposées en rang d'oignons autour d'une table basse
sur le devant d'une des petites scènes du Rond-Point.
Commencera alors une lente remontée d'un imaginaire fantasque
jusqu'à une prise de conscience extralucide où la confession
intime pourrait servir de manifeste universel à l'observation
expérimentale comme outil privilégié afin d'abolir le
conditionnement socioculturel.
L'hypersensibilité de Zouc pourra ainsi être restituée
par paliers de décompression de la fantasmagorie jusqu'à la
compassion en se positionnant bien entendu en dehors de tous préjugés
moraux.
A Nathalie, en la circonstance passeuse de mots, cette démarche
convient tel un gant qu'elle aurait enfilé jusqu'au bout des doigts
afin de pouvoir jouer avec l'emblème atavique d'un petit mouchoir
blanc qu'elle étale, de manière récurrente et avec une
suavité complice, sur ses genoux.
Point d'imitation effectivement, mais bel et bien comme un mimétisme
dans le geste désordonné, dans la pose affaissée, dans
le parler rude qui d'emblée s'empare des secrets respectifs de l'enfance
des deux comédiennes!...
Par la suite, au fur et à mesure qu'Isabelle deviendra Zouc, Nathalie
retrouvera d'elle-même son autonomie identitaire dans laquelle, comme
par un miracle de mise en scène (Gilles Cohen), chacune des deux artistes
pourra s'exprimer à part entière.
C'est en outre sous la mystérieuse présence et l'écoute
attentive d'un troisième personnage (Philippe Hérisson), tapi
sur une chaise dans la pénombre du fond de scène, telle une
silhouette à peine éclairée que va se développer
la connivence des spectateurs soulagés dans un premier temps par le
rire et emportés ensuite dans une méditation partagée
à l'unisson sous l'heureuse médiation de ce "verbe
ressuscité".
Theothea le 26/10/06
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SUJET: CHOMSKY !
de
Saïda Churchill
mise en scène
Saïda Churchill
|
****
Akteon Théâtre
Tel: 01 43 38 74 62
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Photo
LD. presse
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Depuis plus de dix-sept ans, Saïda Churchill arpente les scènes
de théâtre et même si la compagne de Romain Bouteille
n'a pas encore atteint la notoriété acquise par le fondateur
du légendaire "Café de la Gare ", de toutes évidences,
la comédienne que la critique affectionne avantageusement n'attend
guère d'être plébiscitée par le grand public,
trop soucieuse de rester maîtresse de sa carrière et surtout
de sa liberté à perpétuer incognito la vie de
saltimbanque.
En parcourant son nouveau
site web
officiel sur lequel notamment elle commente, en page d'accueil
sous forme de blogs, ses pérégrinations d'artiste au quotidien,
se révèle une jeune femme à la fois très
structurée et pleine de fantaisie assumant la contradiction vaniteuse
d'être plus que jamais émoustillée par un excellent papier
du Figaro.
Aussi ce soir d'octobre en venant assister à son spectacle
intitulé "Sujet: Chomsky!" repris depuis une quinzaine à l'Akteon
Théâtre, classé avec peu de visibilité dans la
récente rubrique du Pariscope en "salle de moins de cent places",
il est d'emblée déconcertant de constater que nous ne serons
que cinq spectateurs pour assister à ce one woman'show.
A posteriori pourtant, ce fut un véritable privilège car
le gruppetto se trouvant hors de son champ de vision, l'interprète
seule dans sa bulle de lumière livra un combat de gladiateur avec
l'auteure son alter ego devenue l'unique point d'ancrage.
Jamais sans doute le poisson rouge tournant bourrique dans son bocal,
ne fût-il aussi précieux compagnon de fortune scénique
pour l'héroïne car aucun rire n'osa ponctuer le déroulement
de cette pièce à conceptualisation pathétique et donc
essentiellement comique!...
C'est dans ces circonstances exclusives que le véritable talent
peut être évalué avec la certitude du charbonnier convaincu
d'avoir sous les yeux une pépite qui ne demanderait qu'à
éclore dans l'instant, en papillon de haut vol.
Il faut dire qu'entre la préparation de sa thèse sur Chomsky,
fustigeant la désinformation médiatique, la manipulation des
masses, le terrorisme d'état.... et celle de son sketch sur la "mère
de Jésus" moquant allègrement la mystification des miracles
à répétition de son fils, le téléphone
qui relie Lena à sa copine, à son logeur et à son directeur
de thèse, ne cesse de distraire l'attention de la re(belle) au
détriment de toute diplomatie qu'elle rejette au nom du "penser et
parler vrai"... non sans ajouter avec humour et perfidie: " mais je peux
me tromper!... ".
C'est donc tout à son honneur mais gageons que le jour venu, les
projecteurs vont effectivement lui faire la part belle en l'invitant à
se souvenir des paroles de la chanson "When you're smiling" de Frank Sinatra
avec laquelle elle clôture sa thèse ou son clone virtuel " Sujet,
Saïda Churchill ":
" Quand tu souris, quand tu souris, le vaste monde sourit avec
toi...".
Theothea le 27/10/06
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BAGDAD CAFE
de Percy
Adlon
mise en scène
Percy Adlon
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****
Théâtre Mogador
Tel: 01 53 32 32 00
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Photo
LD. presse
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Être à la fois metteur en scène d'un film culte et
celui, trente années plus tard, d'une comédie musicale avec
la même équipe artistique dénote si non la perspicacité
de Percy Adlon tout au moins sa suite dans les idées qui aboutit à
la création au Théâtre Mogador lors de la
générale à Paris, du 24 octobre 06 après une
première présentation en public, à l'auditorium de Dijon
et avant une tournée d'automne en France.
Douze nouvelles chansons ont été créées pour
cette version scénique rejoignant ainsi la célèbre "Calling
You" qui contribua grandement à son succès cinématographique
international.
C'est d'ailleurs Jevetta Steele qui interprète dorénavant
le rôle de Brenda alors qu'elle était précisément
sur le film la fameuse voix qui chantait "Calling You". De même Sissy
Staudinger reprend celui de Jasmin joué alors par Mariane
Sägebrecht, en maintenant une continuité manifeste avec
l'originalité du personnage.
Bref, rien ne fut laissé au hasard en réunissant un orchestre
de cinq musiciens dans la fosse sous la direction effective de Bob Telson,
ainsi qu'en confiant la chorégraphie à Blanca Li.
Qu'adviendra-t-il désormais de la renaissance de ce spectacle mythique
en passant de la pellicule aux planches sous les auspices de leurs
créateurs légitimes ?
C'est bien entendu le public qui décidera à terme de la
destinée d'une oeuvre qui, de toutes évidences, a été
concoctée dans la passion avec l'objectif de susciter à nouveau
l'émotion d'une rencontre à échelle humaine entre des
êtres de cultures hétérogènes.
Quelle étrange idée en effet que de réunir en un
huis clos perdu dans le désert californien, deux femmes que rien se
semble rapprocher, à savoir la patronne afro-américaine du
bar où, au beau milieu d'une famille burlesque, viendra se réfugier
par hasard une touriste bavaroise en rupture maritale ?
Cette histoire d'un métissage idéologique en temps réel
sait éclairer la résistance stupide des a priori
caractérisant les différences supposées comme autant
d'obstacles aux élans d'une affection solidaire.
La trame musicale tisse avec un réel bonheur le fil conducteur
de ces tribulations mises en scène avec une approximation artisanale
délibérée qui différencie de fait l'approche
du spectateur conditionnée par les grandes machines musicales de ces
dernières saisons.
Après l'entracte et quelques étonnements face à un
spectacle refusant non seulement les effets spéciaux mais apprivoisant
a contrario les dispositifs amateurs voire kitsch, l'empathie gagne
définitivement le challenge des sentiments contradictoires rejoignant
à l'unisson l'enthousiasme de tous les artistes sur scène.
Un magnifique travail de troupe que Sissy Staudinger et Jevetta Steele
emmènent avec une émouvante humilité artistique et
néanmoins performante.
Theothea le 25/10/06
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GUY BEDOS EN PISTE
de Guy Bedos
mise en scène
Roger Louret
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****
Cirque d'hiver
Tel: 08 92 70 75 07
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Photo
© Sandrine Roudeix
|
A soixante-douze ans, Guy Bedos revient en tournée au Cirque d'Hiver
Bouglione qu'il avait déjà arpenté deux décennies
auparavant.
L'âge est désormais "son affaire prioritaire" qu'il n'a
aucunement l'intention de laisser en pâture aux critiques et aux
commentaires plus ou moins bienveillants. Aussi, par mesure de précaution,
l'artiste prend les devants en organisant son nouveau one-man-show autour
de ce thème vital qu'il renvoie en boomerang à l'usage de
tous.
"Ce n'est qu'un au revoir" fera-t-il entonner par le public en épilogue
de son spectacle dont il traversera une dernière fois la piste telle
une travée de cathédrale d'où s'élève
alors un requiem d'orgue flamboyant.
Il faut dire que pour débuter, le comédien avait
réglé son compte à tous les anniversaires à partir
du dixième, de manière à éviter tous les assauts
de la compassion à l'égard du temps qui passe.
En outre, s'émouvant des accidents morbides qui pourraient subvenir
aux spectateurs présents d'ici à sa prochaine création
scénique, l'acteur balise ainsi les angles d'attaque insidieuse qui
pourraient différencier sa propre vulnérabilité.
Laissant donc la place libre à la mélancolie dans une approche
philosophique cherchant à maîtriser l'ensemble des paramètres
pathétiques de la destinée, Guy Bedos est à la barre
d'un paquebot qui tangue à tout va mais dont le capitaine ne sera
pas celui d'une croisière en folie mais celui d'un talent qui se
reconnaît à en être le trublion qualitatif.
S'étant ainsi démarqué des humoristes à la
mode à qui malgré tout il concède des circonstances
atténuantes, il observe néanmoins que les meilleurs d'entre
eux qu'il avait autrefois cooptés, ont déjà
transgressé le principe de vie.
De la cause à l'effet, il n'y a qu'un pas que l'équilibriste
lucide franchit dans l'allégresse non feinte de s'inscrire en survivant
dans la conscience collective comme l'artiste de référence
qui aura su maintenir sur un fil pérenne, la clairvoyance politique
et éthique en brocardant tous les travers de ses concitoyens, y compris
les siens.
La mise en scène de Roger Louret préserve un rythme circulaire
sans relâche où se succèdent des sketchs d'anthologie
réadaptés à l'inventaire d'une carrière artistique
dont l'incontournable revue de presse viendrait marquer l'apogée.
Ce tour de piste n'est certainement pas le dernier du virtuose en noir
et blanc sur fond rouge, mais c'est juste pour rire qu'il faudrait oser le
prendre comme tel.
Theothea le 08/11/06
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