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VETIR CEUX QUI SONT
NUS
de Luigi
Pirandello
mise en scène
Stéphane
Braunschweig
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****
Théâtre de Gennevilliers
Tel: 01 41 32 26 26
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Photo
© Elisabeth Carrechio
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Cécile Coustillac entre dans le rôle de Ersillia Drei à
la manière d'une schizophrène qui aurait parfaitement
intégré le double jeu que son personnage a décidé
de distancier pour réussir son objectif vital, à savoir
paradoxalement son suicide.
Ersillia devra s'y reprendre à deux fois pour parvenir à
ses fins car, à la première tentative par un accord tacite,
l'ensemble de ses proches se relayeront pour la sauver de leurs propres remords
à son égard.
Cet échec de l'anti-héroïne constituera l'intuition
existentielle de Pirandello pour mettre à nu cette cruelle
vérité qui tente d'imposer l'image exacerbée de soi
comme réalité du sujet.
En effet les uns et les autres renverront quelquefois à leur insu,
mais toujours sous prétexte de compassion, les véritables motifs
d'une dévalorisation qui conceptualisent la victimisation sans qu'il
soit possible d'en dénier le point de non retour.
En outre, si la médiatisation s'empare à son tour du fait
divers, ici la mort accidentelle d'un enfant, la cohorte hystérique
des chiens enragés pourra se livrer à une poursuite
effrénée qui, dans un premier temps, atténuera la blessure
sous la douce chaleur des projecteurs braqués sur la plaie mais qui
rapidement va dévoyer le fantasme de l'infanticide en une machine
infernale où la mauvaise foi se substituera aux bonnes intentions
de façade.
S'invitant dans la ronde, les délabrements de l'amour et la
dépréciation du sexe auront alors tout loisir de pratiquer
leur chantage récurrent dont la seule issue serait de s'en extraire
vêtue d'une robe virginale.
Dans l'impasse patente à cet espoir inaccessible, la jeune femme
n'aura d'autre ressource que celle du poison lent en métaphore de
l'imprégnation destructive qu'elle aura contractée auprès
de ses semblables tant féminins que masculins.
Seuls peut-être la Littérature et l'Art seraient à
même de rendre compte de cette souillure indélébile que
l'imaginaire pourrait alors, le cas échéant, habiller de
manière positive.
En installant de fait Cécile Coustillac sous contrôle inquisiteur
de ses partenaires (Sharif Andoure, Gilles David, Antoine Mathieu, Thierry
Paret, Hélène Schwailer et Anne-Laure Tondu), Stéphane
Braunschweig élabore une mise en scène avec "fenêtres
sur rue" d'où monte un anonymat infini en écho au huis clos
étouffant de cette tragédie intime et néanmoins
collective.
Theothea le 10/11/06
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TRAHISONS
de Harold
Pinter
mise en scène
Philippe Lanton
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****
Théâtre Athénée
Tel: 01 53 05 19 19
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Photo
© Pierre Touche
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En prolongeant le système intriqué du mensonge et de la
vérité, du masque et du miroir jusqu'à l'exacerbation
du comportement distancié, la mise en scène symboliste de Philippe
Lanton apporterait-elle le "coup de grâce" au trio traditionnel du
mari, de la femme et de l'amant en sculptant leurs relations dans l'abstraction
des mots ?
Dans cette perspective, les trahisons plurielles trouveraient-elles leur
apothéose dans un suprême déni de réalisme et
peut-être dans une dénégation de l'oeuvre d'Harold Pinter
?
En prenant le parti d'éloigner les personnages de leurs affects,
la direction d'acteurs les contraindrait-elle à un simple savoir-vivre
en société d'où émergerait une absence de tensions
déguisée en schizophrénie d'apparence ?
Ainsi instrumentalisés comme les trois mousquetaires de la
vacuité de l'âme au profit du sens des mots, caché ou
non, les rôles pourraient-ils s'adonner au jeu des chaises musicales
sans qu'un quatrième partenaire n'y puisse trouver son
fantôme?
Toute cette problématique devrait pouvoir se résoudre dans
le choix esthétique du metteur en scène de créer un
décor assumé dans la désincarnation de l'espace et du
temps.
Ainsi dans un va-et-vient entre les planches et les cintres, les symboles
d'un flash back raconté en neuf scènes remontant leur chronologie
vont faire resurgir la mémoire d'un imbroglio sentimental
délabré bien qu'ayant lié deux couples sur le point
de finaliser leur désunion face au regard du spectateur.
Au diapason de cet enjeu, François Marthouret et Thibault de
Montalembert semblent élaborer une amitié de complicité
subliminale que Nathalie Richard est en charge de désarmer par une
indifférence de bon ton.
Cet exercice de "self control collectif" laisse néanmoins l'impression
que, dans une scène encore inédite, l'ensemble des ressentiments
occultés auraient fort bien pu exploser en plein vol !...
Theothea le 14/11/06
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MARIE STUART
de Wolfgang
Hildesheimer
mise en scène
Didier Long
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****
Théâtre Marigny
Tel: 01 53 96 70 30
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Croquis
© Maxime
Rebière
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Après déjà soixante-dix représentations de
"Marie Stuart" au Théâtre Marigny, Isabelle Adjani continue,
soir après soir, de s'enlaidir sans relâche pour mieux
incarner son héroïne et l'amener, tout en s'enrobant symboliquement
de ses atours royaux, à offrir fièrement sa tête à
l'exécution du bourreau.
S'engage alors dans une arène fictive, un double processus au terme
duquel se clôturera la déchéance orchestrée d'une
souveraine bannie pendant que s'élèvera vers le triomphe le
charisme d'une comédienne à nulle autre pareille.
Cependant ce cheminement inverse et concomitant des deux destinées
ne semblera au final n'en faire qu'un seul sur scène tant, d'une part,
l'actrice se confondra deux heures durant avec la monarque condamnée
à être décapitée et tant, d'autre part, sa mise
à mort pourrait être une métaphore des affres subis à
l'occasion de chaque hallali public.
Ainsi par exemple le dénigrement médiatique du talent
envié pourrait aisément s'apparenter à une corrida virtuelle
organisée impunément autour de la vulnérabilité
d'une artiste.
En suscitant l'émotion d'un compte à rebours irréversible
s'avançant inexorablement vers l'exclusion radicale, Didier Long met
en scène la comédienne au sein d'un rite sacrificiel que celle-ci
consent à honorer en ne recouvrant la magnificence de sa beauté
qu'au terme fatal d'un parcours initiatique que le spectateur accompagne
pas à pas dans le dédale des multiples humiliations.
Ce chemin de croix est celui de toutes les injustices que la rumeur et
la délation peuvent fomenter en s'abattant sur une victime expiatoire
s'offrant à la mauvaise conscience universelle.
En assumant ce rôle jusque dans ses implications les moins valorisantes,
Isabelle Adjani tente de susciter une prise de conscience collective qu'elle
cautionne et maîtrise intégralement par son savoir-faire et
son savoir-être professionnels.
Autour de son aura, onze comédiens (Jacques Zabor, Jean-Yves Chatelais,
Bernard Waver, Patrick Rocca, André Chaumeau, Anne Suarez, Rémi
Bichet, Joséphine Fresson, François Raffenaud, Axel Kiener
et Raphaël Poulain) jouent avec conviction et panache, les faire-valoir
d'une thèse dramatique où l'enjeu d'une tête à
trancher est à portée de l'abus de pouvoir dévoyant
tous les dogmes éthiques ou religieux.
La fougue des applaudissements viendra conclure par vagues successives
la concélébration d'un cérémonial qu'Isabelle
Adjani savoure jusqu'à la lie, en renvoyant au public l'image d'une
star certes célébrée comme une icône mais
également plébiscitée comme un témoin
privilégié.
Theothea le 17/11/06
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CABARET
de Joe Masteroff
mise en scène
Sam Mendes
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****
Théâtre des Folies Bergere
Tel: 01 44 79 98 60
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Photo
© Stage Entertainment France / Sébastien
Mathé
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En osant un final surexposé dans une lumière blanche
éblouissante transgressant radicalement les conventions du "happy
end" où l'avenir s'ouvrirait sur des perspectives forcément
heureuses, le musical "Cabaret" emporte définitivement l'adhésion
envers une production internationale (Stage Entertainment) qui a le talent
de personnaliser complètement le fond et la forme de sa
représentation.
Comment désormais en effet imaginer un aménagement d'espace
mieux adapté que celui conçu en la circonstance pour les Folies
Bergère ? Plus de cent tables de bistrot accompagnées chacune
de quatre chaises ont ainsi pris place à l'orchestre après
la pose de 400m2 de plancher en chêne pour transformer la mythique
salle en un cabaret du Berlin des années trente, le "Kit Kat Klub"
tamisé par un éclairage intime à dominante rouge voluptueux
et sensuel, prêt pour sa rencontre avec les sortilèges du plaisir
mais aussi avec les turpitudes de la destinée humaine.
Cette association d'un lieu attaché aux folles nuits parisiennes
de la belle époque comme cadre d'une comédie musicale
inspirée par le roman "Adieu à Berlin" de Christopher Isherwood,
est tout simplement magique.
Cette alliance de la langue française (adaptation: Jacques Collard
/ Eric Taraud) avec le rythme anglo-saxon du théâtre dramatique
(livret: Joe Masteroff) qu'une musique lancinante (compositeur: John Kander
/ parolier: Fred Ebb) entraîne dans la spirale de la fascination est
une réussite enlevée par une distribution osant flirter avec
le bon et le mauvais goût s'adonnant à des moeurs festives et
érotiques, sous une grâce similaire:
En effet Claire Pérot (Sally Bowles), Fabien Richard (Emcee), Catherine
Arditi (Fraülein Schneider), Pierre Reggiani (Herr Schultz), Geoffroy
Guerrier (Cliff Bradshaw), Patrick Mazet (Ernst Ludwig) et Delphine Grandsart
(Fraülein Kost)... nous plongent au coeur de la décadence
éthique en même temps que sourde la montée du Nazisme
avec la conviction et la fantaisie de comédiens qui chantent et dansent
sur un volcan dont l'orchestre live au-dessus de leurs têtes se targuerait
de faire monter le stress!...
D'ailleurs le maître des cérémonies accueille les
spectateurs au cabaret de l'histoire en leur recommandant de laisser tous
leurs soucis au vestiaire afin de mieux se distraire en compagnie des artistes
mais concédera en épilogue que le retour à la
réalité ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices.
Sulfureux ce parti pris scénographique implique le public en une
descente aux enfers objective qu'au moment ultime celui-ci peut éviter,
bien sûr en applaudissant à tout rompre mais aussi en recouvrant
de lui-même... les issues de secours!...
Spectacle de divertissement certes, spectacle de qualité
assurément mais surtout challenge artistique hors des sentiers
balisés (mise en scène: Sam Mendes / BT McNicholl), voilà
de toutes évidences un nouvel enjeu du théâtre musical
consistant à se donner les moyens de placer "l'empire du sens" au
coeur de l'acte de création.
Theothea le 21/11/06
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YVETTE ET SIGMUND
de
Hélène Delavault
mise en scène
Jean-Claude Durand
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****
Théâtre du Rond-Point
Tel: 01 44 95 98 21
|
En quatre-vingt minutes de récital scénarisé et douze
chansons à forte connotation sexuelle ajoutée, la mezzo-soprano
Hélène Delavault crée dans lintimité de
la salle Jean Tardieu du théâtre du Rond-Point et avec la
complicité goguenarde du compositeur-percussioniste Jean-Pierre Drouet,
une fantaisie qualifiée de lyrico-pseudo-psychanalytique.
Imaginant une répétition conflictuelle entre Yvette Guilbert,
chanteuse en vogue au début du XXème siècle et un pianiste
caricaturalement névrosé, lauteure rassemble une production
musicale dont la prose savère aisément significative
du refoulement psychique sublimé dans lexpression artistique.
Sinspirant de lamitié et de lintérêt
analytique que Sigmund Freud porta à Yvette Guilbert devenue très
célèbre dans le music-hall, Hélène Delavault
réalise un spectacle de divertissement jouant sans cesse avec les
mots et témoigne ainsi des fantasmes et des inhibitions sous-jacents
que ceux-ci pourraient suggérer.
Cette perspective est dautant plus intéressante que la chanteuse
renommée résista à lépoque aux
interprétations analytiques de Freud lui-même, en refusant a
priori de se percevoir comme « un hôtel meublé dont le
propriétaire tire profit des habitants... » au sein de «tous
les enfers et tous les paradis avec cette grouillante humanité logée
en soi».
Ici sur scène, la composition de la cantatrice est enjouée,
malicieuse et subtile face à son compère instrumentiste
chargé dêtre le candide un peu balourd de ce duo pour
une prestation musicale pleine dhumour qui aurait très bien
pu sintituler dans la parodie: «Le lapsus et la Diva» .
Theothea le 20/11/06
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