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DELIT DE FUITES
de
Jean-Claude Islert
mise en scène
Jean-Luc Moreau
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****
Théâtre de La Michodière
Tel: 01 47 42 95 22
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Photo DR. Lionel
Gebede ;
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De "Vive Bouchon !" à "Délit de fuites" en passant par la
reprise de "Si c'était à refaire", Jean-Luc Moreau est de nouveau
sur tous les fronts de la saison 06-07, ceux du "bluff" érigé,
pour cause de divertissement fort réjouissant, en "art de vivre"
hexagonal.
Le metteur en scène y imprime sa marque de fabrique où le
bon goût n'est jamais battu en brèche par l'inconvenance de
mots osés ou de gestes déplacés, alors que le tambour
battant des quiproquos se télescope avec le chassé-croisé
des protagonistes.
De son côté Jean-Claude Islert encouragé par le
succès de "C'est jamais facile" en 2005, réinvente l'écriture
de son "intrus dans la salle de bains" en conservant le concept de l'accent
étranger à couper au couteau et finalise la schizophrénie
du personnage dans la dualité d'un maître chanteur.
En effet à la fois politicien et plombier, Michel Bertin va squatter
l'appartement d'un cadre divorcé qui sera en compagnie de sa mère
omniprésente, la dupe récurrente d'une hallucination versatile
confrontée à cette "double casquette".
Un enjeu de quatre millions d'euros en échange d'un disque dur
contenant des informations compromettantes sera à la clé d'un
chantage à l'égard du prochain premier ministre.
Dans cette perspective, la fuite va prendre des allures métaphoriques
où Roland Giraud s'agiterait en cadences synchronisées tel
un poisson dans l'eau.
Se travestissant alternativement dans les rôles de politicien
véreux, d'ex-amant repenti, de père à son insu, de locataire
avec ou sans moustache, Miguel le faux plombier virevolte au gré des
multiples versions du mensonge stratégique bien qu' interprété
abusivement par ses proches.
Une véritable performance d'acteur que ses partenaires (Elisabeth
Bourgine, Patrick Zard, Arlette Didier, Pascale Louange, Delphine Depardieu)
relancent en permanence telle une toupie dont lui ne cesserait de corriger
l'orbite perfectible en derviche tourneur expérimenté.
C'est ainsi que le public ne s'y trompe pas en choisissant de se divertir
avec "Délit de fuites" puisqu'il repart ravi de sa soirée.
Theothea le 15/11/06
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MICHEL LEEB one-man show
06-07
de & par
Michel Leeb
|
****
Casino de Paris
Tel: 08 92 69 89 26
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Photo
© Yann Dujardin
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De retour au Casino de Paris, Michel Leeb offre au public son spectacle
de la maturité, cest-à-dire le «meilleur de
lui-même». Entouré sur scène par un trio orchestral
de très grande qualité, Aldo Frank (pianiste de Charles Aznavour
durant 15 ans), Marc Chantereau (percussions) et Dominique Westrich
(contrebasse), son one-man show 2006-2007 a la fière allure dun
music-hall jonglant avec les multiples savoir-faire dont il semploierait
à gommer tout cabotinage et à prévenir toute polémique
à connotation politiquement incorrecte.
Ainsi son sketch où il imite laccent africain nest
pas au programme actuel, a contrario, celui de la mouche tsé-tsé
avec sa caricature asiatique clôture son récital avant que
dentonner la fameuse ritournelle du «bar tabac den
bas».
Couleur Jazz, un rythme soutenu en phase avec les facettes du
kaléidoscope dont Michel Leeb zappe les tonalités engendre
un véritable concert où les ponctuations du rire
sentremêlent avec celles de la nostalgie, voire même de
létat de grâce (Nat King Cole, Ray Charles, Claude
Nougaro....).
Ainsi piochant dans son répertoire trentenaire, lhumoriste
apporte au comédien ce que le musicien sait fédérer
dans la satisfaction dêtre en bonne compagnie avec son public
dont le maître mot en commun serait
«fidélité».
Allant même jusquà linviter à participer
sur les planches à une scène danthologie
théâtrale puisquarpentant consciencieusement les rangées
du Casino de Paris, lex-prof de philo va procéder à un
casting subjectif où il se choisira trois partenaires, une femme et
deux hommes auxquels il demandera de jouer un scénario avec meutre
passionnel dont au final il emportera la mise amoureuse!...
Ce happening «bon enfant» et très drôle devrait
signer chaque représentation dun sceau unique dont le spectacle
vivant lui est davance forcément redevable, car lintention
pédagogique sous-jacente y est de respecter et valoriser
lexpression artistique.
Theothea le 22/11/06
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DIVINS DIVANS
de Eva Darlan
& Sophie Daquin
mise en scène
Jean-Paul Muel
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****
Théâtre des Mathurins
Tel: 01 42 65 90 00
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Photo
DR. Edouard de Blay
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Eva Darlan fait rire Jean-Paul Muel !... Si, assis sur un strapontin
latéral en milieu de salle, celui-ci se laisse ainsi surprendre par
les répliques au bout d'un mois de représentations au
théâtre des Mathurins, c'est plutôt bon signe puisque
il est le metteur en scène de ce one-woman show!...
En effet la comédienne affiche une palette expressive d'attitudes
et de sentiments contradictoires avec un tel aplomb qu'il est manifestement
possible de se faire "cueillir" chaque soir.
Egrenant les meilleures perles d'un collier qu'elle porterait en
étendard d'une psychanalyse aboutie en spectacle tout en s'improvisant
chroniqueuse d'actes manqués ou autres lapsus, l'analysée revenue
de toutes les dérives contextuelles à la cure ose la transgression
du non-dit latent, à la fois dans le silence tout autant que dans
la logorrhée des séances se succédant à l'infini.
La métaphore de ce cycle s'élabore sur scène en une
suite de saynètes dont un signe non trompeur signalera la fin du
"transfert"... par l'achèvement de la remise à neuf de
l'appartement du psychanalyste.
L'expression artistique étant effectivement le remède
privilégié à tous les refoulements, c'est bel et bien
en tournant autour du divan comme dans une danse du scalp que la comédienne
aura étalé l'attirail psy dont les moeurs à la mode
se gargarisent jusqu'au snobisme rhétorique.
Mais ayant enfin compris que pour faire un bon névrosé,
il ne suffit que d'un père et d'une mère, la narratrice offrira
une tournée générale au bistrot du coin où les
malheurs des uns sont censés compenser ceux des autres.
Réglée au millimètre de chaque geste, la mise en
scène transporte l'actrice sur une attention maintenue aux salves
de rire entre lesquelles elle doit slalomer au mieux pour enfin parvenir
à la victoire sur soi-même.... forcément divine!...
Theothea le 23/11/06
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LES TEMPS DIFFICILES
de Edouard
Bourdet
mise en scène
Jean-Claude Berutti
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****
Vieux-Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
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Photo © Mirco Cosimo Magliocca
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Dans l'esprit de "Les affaires sont les affaires" d'Octave Mirbeau, "Les
temps difficiles" qui exposent en toile de fond la faillite d'une entreprise
industrielle lyonnaise annonçant le krach de 1929, dépeignent
le milieu social de la grande bourgeoisie en proie à des contradictions
éthiques:
En effet, souhaitant concilier l'esprit de famille avec les
intérêts vitaux du pragmatisme confrontés aux prémisses
d'une absorption patrimoniale, Jérôme Antonin Faure le capitaine
d'industrie cherche désespérément à conserver
au sein de sa parenté la majorité des parts que celle-ci
possède.
Mais ses efforts ne suffiront pas car au dernier moment l'O.P.A. est
abandonnée par ses rivaux financiers laissant apparaître un
dépôt de bilan inéluctable.
Entre temps le spectateur aura fait connaissance avec chacun des membres
de la tribu qui, comme il se doit, cultive ardemment la haine affective
enrobée de tout un savoir-vivre dont il est piquant de constater les
compromis et les lâchetés.
Les travers stéréotypés et dérisoires de la
grande bourgeoisie y culminent en opposant un train de vie quasi oisif et
bavard, qui tente vaille que vaille de maintenir son luxe de classe, avec
les contraintes très tchekhoviennes de la réalité
économique revenant en boomerang de la "belle époque" ayant
épuisé son pain blanc.
Cette pièce d'Edouard Bourdet donne l'occasion à Jean-Claude
Berutti d'opérer une mise en scène d'entomologiste dans laquelle
il est savoureux d'observer se débattre des "insectes" pris au piège
de leurs lacunes élevées en système de vie cherchant
à se perpétuer.
Un drame purement racinien va se tramer autour d'une Iphigénie
de circonstances tendant à l'unir conjugalement avec un fils
dégénéré d'une branche voisine en grande fortune,
elle-même plus menacée que les apparences le laissent
supposer.
Cependant s'embarrassant peu de crédibilité psychologique,
la raison fantasque trouvera une issue en trompe-l'oeil aux épineux
tracas d'argent attribuant au subterfuge plongé en plein flou artistique
un véritable statut moral!...
Jouée par des comédiens campant avec grande justesse des
personnages hauts en couleurs contrastées (Catherine Ferran, Dominique
Constanza, Catherine Sauval, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Pierre Vial,
Guillaume Gallienne, Christian Cloarec, Madeleine Marion, Denis Leger-Milhau,
Valérie Bauchau, Flora Brunier et Pio Marmaï), cette comédie
est un régal dont le théâtre du Vieux-Colombier devrait
plus souvent nous gâter.
Theothea le 28/11/06
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PLUIE D'ETE A
HIROSHIMA
de Marguerite
Duras
mise en scène
Eric Vigner
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****
Théâtre des Amandiers Nanterre
Tel: 01 46 14 70 00
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En effectuant la concaténation de "Pluie d'été" avec
"Hiroshima mon amour" pourtant éloignés de trente années
dans l'oeuvre de Marguerite Duras et en les présentant
enchaînés dans l'ordre inverse de leur chronologie, Eric Vigner
trouve un prolongement à l'histoire d'Ernesto seul survivant d'une
famille décomposée en flammes mais dont il sera dépositaire
de la connaissance immédiate, ne s'embarrassant d'aucun apprentissage
scolaire pour comprendre l'Ecclésiaste.
Succédant ainsi à la réplique "Je ne retournerai
pas à l'école parce qu'à l'école on m'apprend
des choses que je ne sais pas" va donc pouvoir se prolonger la dialectique
- "Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien." / "J'ai tout vu.Tout." -
La mise en scène d'Eric Vigner intrique le spectateur non seulement
au centre de la narration mais le rend partie prenante en mettant en place
un dispositif scénique où des "vides aménagés"
dans le plateau constituent autant de points de fuite pour les comédiens
tout en permettant de faire surgir le concept ludique de la parole à
tout instant et de toutes parts.
Il faut dire que les parents d'Ernesto et ses sisters & brothers auront
su l'accompagner dans sa démarche de "surdoué précoce"
pour le protéger des matons de la normalité du savoir.
Aussi par la suite l'Amour impossible de Nevers à Hiroshima,
consacré par le film d'Alain Renais qu'Eric Vigner n'a toutefois jamais
visionné, pourra rendre compte de la dévastation organisée
sciemment par les hommes lorsque ceux-ci sont emportés par la
primarité de leurs instincts.
Mais cette pulsion de destruction pourra être transgressée
par la compréhension sensible d'un monde idéal qu'il serait
vain de dénier.
Dans cette Cathédrale des Amandiers que représente la cage
de scène totalement dénudée, le public fait corps avec
l'écriture de Marguerite Duras à laquelle Eric Vigner adjoint
les perspectives fantasques du metteur en scène et de ses
graphistes.
Des paravents mobiles de plastique transparent et coloré sont
déplacés au fur et à mesure de manière à
modeler l'imaginaire au gré d'une relation masculin/féminin
qui pourrait sublimer l'Amour dans le conflit de la mémoire avec
l'oubli.
Une traînée enflammée dans l'obscurité parcourera
le plateau durant des instants totalement magiques de façon à
glisser peu à peu du vivant à l'éternité, du
tangible au symbolique.
Une formidable énergie se dégage du jeu des jeunes
comédiens qui savent faire passer la dignité de l'âme
humaine, de la candeur à la fierté, avec une grâce infinie.
Trois femmes enchantent ce poème vivant travaillé par
l'oralité musicale, "Elle" l'amante de Nevers (Jutta Johanna Weiss),
la mère (Hélène Babu) et la soeur (Bénédicte
Cerutti) d'Ernesto que Nicolas Marchand projette dans l'innocence
originelle.
Quant aux autres protagonistes masculins ("Lui" Atsuro Watabe; Thierry
Godard l'instituteur; Thomas Scimeca le père et Marie Eléonore
Pourtois paradoxalement le journaliste), ils font oeuvre de tact en
respectant la fascination de l'indicible.
Theothea le 29/11/06
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