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15ème  Saison     Chroniques   15.006   à   15.010    Page  255

 

   

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LA PARISIENNE

de Henry Becque

mise en scène:  Didier Long

****

Théâtre  Montparnasse

Tel: 01 43 22 77 74

 

      affiche / photo ©   Emmanuel Robert-Espalieu

        

Mais que diable Barbara Schulz allait-elle faire dans ce batifolage suranné ?

Ni Didier Long, le metteur en scène expérimenté et subtil des sentiments contrariés, ni le valeureux Jérôme Kircher, ni le fantasque Didier Brice, ne peuvent parvenir à mettre sur orbite cette " parisienne " d’un autre temps, autres mœurs et autres convictions.

Tous ensemble rament en cadence synchrone au profit d’une troisième république que nos contemporains ont perdu de vue dans l’immensité des tourments qui sont les nôtres, c’est-à-dire, sans doute, les mêmes qu’en 1848, si ce n’est l’abandon de la balourdise systématisée.

Mais, c’est tout à l’honneur de Barbara Schulz de défendre, bec et ongles, avec l’aplomb charmant qu’on lui connaît, le texte d’Henry Becque imposant à la comédienne son omniprésence distinguée sur le plateau du Théâtre Montparnasse.

D’ailleurs, ses partenaires qui se relaient auprès de Clotilde, la cocotte de circonstance, sont tous parfaits dans l’ingénuité de leurs rôles qu’ils se doivent d’être candide, désinvolte ou jaloux, il n’empêche ce pot-pourri salonard ne parvient pas à transformer la princesse des planches en bourreau des cœurs emporté par les opportunités stratégiques et l’esprit de corruption.

Il semblerait que le registre « bon enfant » qui préside à toutes les turpitudes suggérées en toile de fond ne soit pas « raccord » avec la violence contenue derrière les conventions sociales de l'époque.

A force de peindre en gris ou rose pastel, les travers humains pris dans une tourmente édulcorée, par égard aux désagréments suscités, la mise en scène semble être prise du vertige des derviches tourneurs qui, avec le temps, n’ont plus aucune raison d’arrêter leurs cercles vertueux.

Fort heureusement, un décor ingénieux renvoyant en jeu de miroirs, le second degré potentiel de la valse des ressentiments suggère en permanence la distance entre la comédie de façade et le drame intérieur.

En effet quand, par exemple, la jalousie atteint les sommets paranoïaques d’une inquiétude jamais assouvie, la délectation du spectateur est contagieuse alors même que celui-ci en ressent la menace pathologique.

Encore faudrait-il tirer les marrons du feu de l’expérience douloureuse, mais que nenni, les lois de la médiocrité reprennent leur train-train quotidien… et l’amour dans tout çà, direz-vous ?

Pour le moins, la réalisation de Didier Long est à apprécier en creux, dans l’observation de ses intentions implicites contraignant la performance d’actrice à une égalité d’humeur confondante face à des prototypes masculins, fort déroutants.

Theothea le 27/09/10

LES DAMES DU JEUDI

de Loleh Bellon

mise en scène:  Christophe Lidon

****

Théâtre de l'Oeuvre

Tel:  01 44 53 88 88 

 

      affiche / photo ©  Cosimo Mirco Magliocca 

   

Avec cette première pièce créée par Suzanne Flon au Studio des Champs Elysées en 1976, Loleh Bellon débutait, à cinquante ans, sa vocation théâtrale.

Trente-cinq ans plus tard, les planches du Théâtre de l’Œuvre accueillent le souffle nostalgique inscrit d’emblée dans son écriture.

En effet, dans cette rencontre hebdomadaire du jeudi, jour des enfants à l’époque, se révèle le désir de faire vivre la mémoire d’une jeunesse évanouie qui, à force de s’éloigner dans le temps, revient comme un boomerang salutaire à l’égard de celles qui souhaitent prendre plaisir à la réactualisation du souvenir.

Sur cette thématique du « revival » rejoignant quelque peu la mode actuelle de « l’adulescence » qui permet aux trentenaires et même aux quadras de perpétuer la bulle protectrice et insouciante de l’enfance dans laquelle ils régressent allègrement, l’auteur organisait, alors, un rituel de retrouvailles pour des soixantenaires devenues, par la force des choses, dans la présente mise en scène de Christophe Lidon, de valeureuses septuagénaires.

Ainsi Catherine Rich, Marina Vlady et Annick Blancheteau prennent le relais de cette chaîne sans fin qui autorise les générations successives à sauvegarder l’illusion du temps suspendu à une certaine idée du bonheur.

C’est ainsi que les tendres guerres, les disputes plus ou moins feintes et l’ensemble des défauts caractériels accroissent leurs valeurs relatives sur le marché de l’affection partagée.

Chacune peut y aller de ses lubies ou de ses marottes à mettre au pot commun pour attiser les liens effectivement menacés par le temps qui passe.

Sous l’ombre tutélaire (Bernard Alane) d’une figure masculine disparue réunissant les qualités fraternelles, maritales et amoureuses, Marie, Sonia et Hélène perpétuent leurs délicieuses rivalités d’antan dans des joutes interminables.

Un fils aimant (Grégory Gerreboo) mais dépensier et égocentrique, se chargera lui, à son insu, de mettre de l’huile sur le feu de ces passions, à jamais mal cicatrisées.

Mais c’est en définitive, un arrangement complètement baroque qui leur permettra à toutes trois, d’aborder l’avenir avec un sourire apaisé.

Une histoire de destinées croisées où l’on ne pénètre que par effractions réticentes mais dont on ne sort qu’avec regrets du cocon alors que chacun n’aurait qu’à gagner au statu quo.

Theothea le 30/09/10

L'AMANT

de  Harold Pinter

mise en scène:  Didier Long

****

Petit Théâtre Marigny

Tel: 01 53 96 70 70

 

      photo ©  Theothea.com  

   

De la relation conjugale aseptisée du mari avec son épouse depuis une dizaine d’années jusqu’aux rendez-vous fougueux et sauvages de l’amant avec sa maîtresse plusieurs fois par semaine, se positionnent les deux faces conceptuelles du couple qui, en cas de cohabitation simultanée, sont appelées à résoudre le problème récurrent du mensonge et de la vérité.

Harold Pinter tire l’épure de cette dualité en enrobant les « jeux de l’amour » dans une addiction à « l’amour du jeu », avec à la clef, le processus de déstabilisation des partenaires, abusés par eux-mêmes.

Sans doute, serait-il vain d’analyser la gestation chronologique de ce processus transgressif, en se référant à des interprétations psychologiques, car la subjectivité polyvalente du désir sexuel risquerait de nous confronter à des impasses totalement contradictoires.

En revanche, le schéma mental peut être un outil de compréhension beaucoup plus pragmatique:

En effet, la projection existentielle d’un tiers est une arme de l’imaginaire qu’aucune limite tangible n’est en mesure de contredire :

Oui, Sarah et Richard mènent, de concert, une double vie entre le jour et la nuit. Mais qui est réellement Max ?

Un fantasme composite du laitier (Jeoffrey Bourdenet) qui vient, chaque matin, apporter les bouteilles fraîches ?

Un personnage fictif sorti des spéculations masculines ou féminines que les époux se renvoient dos à dos ?

Le double de Richard, en version hard, libérant l’image passionnelle de Sarah ?

Aucune exclusive n’est à rejeter et ainsi, chaque spectateur est en droit de percevoir une version ouverte et différenciée du couple que Léa Drucker et Pierre Cassignard construisent et déconstruisent en temps réel, dans une sorte de caisson en bois, occupant la cage de scène, et dont les deux acteurs ont, d’emblée, relevé les stores afin de solliciter notre voyeurisme assumé.

Une porte centrale en fond de décor autorise les échappatoires vers le monde extérieur, dans un va et vient versatile au gré du rituel libidinal.

La mise à distance des personnages trace le fil conducteur que Didier Long maintient, en suspend, entre celui-ci et celle-là autant qu’entre eux et nous… afin, tout simplement, de préserver l’énigme du langage amoureux.

Theothea le 24/09/10

DESOLE POUR LA MOQUETTE

   

de & mise en scène:  Bertrand Blier

****

Théâtre  Antoine

Tel:  01 42 08 77 71 

 

      photos ©  Gilles Bureau 

       

Que Bertrand Blier ait fumé la moquette jusqu’au non sens ou qu’a contrario sa pièce passe à la postérité, il est manifeste que le duo Boyer-Duperey exalte le plaisir de jouer comme si les deux comédiennes flirtaient avec l’apothéose de leur art.

Et pourtant le metteur en scène prétend ne pas aimer le théâtre, en tout cas celui auquel il est convié.

Alors, décidant de rompre avec les règles tacites ou non, l’auteur installe sur la scène du théâtre Antoine, cinq personnages en quête de leur mentor… charge à eux de vider leur sac avec ses mots à lui.

Dès lors, va se créer un véritable clivage au sein du public décidant ce qui du réalisme ou de la transgression devra être privilégié.

Si les signes extérieurs de la bourgeoisie devaient se symboliser en une moquette destinée à recouvrir les trottoirs urbains, la fracture sociale se résoudrait en un continuum indifférencié où, de manière ludique, les rôles pourraient se substituer.

Animées à la fois par un esprit potache ainsi que par la jubilation de pousser le bouchon, un chouia plus loin que les limites de la veille, Anny Duperey, la bourge et Myriam Boyer, la clodo vont s’en donner à cœur joie de renverser les valeurs, les a priori, les codes sociaux… en même temps que leurs oripeaux.

Ainsi, sans crier gare, vont joyeusement se mélanger la scatologie et la poésie, l’obscénité et le surréalisme…

Trois partenaires masculins (Patrick Préjean, Abbès Bahmani & Jean Barney) vont donc les rejoindre en se partageant les répliques cinglantes à de telles divagations sur l’état du monde, son inhumanité, son désordre moral et affectif.

Renonçant à attendre davantage Godot ou quelque messie que ce soit, le mythe du « clochard céleste » va venir faire écran avec tous les vains espoirs terrestres au profit d’une implosion des inhibitions et autres tabous.

Que Myriam et Anny prennent leur pied, en direct live, dans ou sur la moquette, désolé pour tous les bien-pensants, mais çà aussi c’est du théâtre, du vrai de vrai !…

A l'instar de Thomas Bernhard, Bertrand Blier a osé lâcher sa verve et son ressentiment jusqu’au clash avec l’intelligentsia…. Un véritable tapis de roses rouges et d’épines iconoclastes s’offre, désormais, en perspective… trop belle pour lui ?

Theothea le 29/10/10

LA MERE

de   Florian Zeller

mise en scène:  Marcial di Fonzo Bo

****

Petit Théâtre de Paris

Tel: 01 42 80 01 81

 

      affiche Michal Batory

     

Florian Zeller est entré dans la cour des grands auteurs.

L’accord de Catherine Hiegel, fraîchement exclue après 40 années de Comédie-Française, pour, dans la foulée, jouer le rôle de la mère, dans sa pièce éponyme, valait à lui seul, tous les sésames de reconnaissance envisageables.

De surcroît, l’immense comédienne, elle-même metteuse en scène, proposait le nom de Marcial di Fonzo Bo, pour diriger la création de cette farce noire, sic le jeune dramaturge.

D’emblée, au cinquième jour de représentation au Petit Théâtre de Paris, il apparaît que la cible convoitée a bel et bien été touchée en plein cœur.

Entourée de trois pointures à la mesure de l’ex doyenne, Jean-Yves Chatelais, Clément Sibony et Olivia Bonamy, le trio tient tête à une Mama, engagée façon « Molière d’interprétation » à la clef de sa présence sur scène, hyperréaliste.

Délaissée par le mari, le fils, la fille, la belle-fille et tutti quanti, Anne rame à contre-courant des forces négatives simulant de l’épargner pour mieux l’abandonner aux démons de l’isolement.

Jouant alternativement du conscient et de l’inconscient, les scènes se dédoublent dans une écriture qui se remonte comme le rocher de Sisyphe afin de retomber, de plus en plus fort, sur la victime non consentante.

Pourquoi ne pas appeler Médée à la rescousse, alors que le sol se dérobe aux « Save Our Soul » que ne cesse de lancer la Dame en perdition dans ses espoirs de recouvrer l’amour perdu ?

Qu’il soit maternel, conjugal, filial ou même simplement familial, celui-ci se perd en conjectures avec l’objectif de désigner celle qui doit nécessairement relever d’une pathologie chronique, proche de la paranoïa.

La messe noire est dite, la farce est consommée:

Anne est au bûcher des innocents ce que le concept maternel est aux aficionados de la loi du désir, contraints au reniement radical.

Catherine Hiegel en tire le maximum de profits, rôle de composition oblige.

Ce juste retour des choses lui ouvre au superlatif, les portes d’une nouvelle et brillantissime carrière théâtrale.

Ses pourfendeurs lui auront, décidément, rendu grand service.

Theothea le 01/10/10

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