Les
Chroniques
de
 |
 |

15ème
Saison
Chroniques 15.011
à
15.015 Page
256
"
Wight ! 40 années après
"
63ème
Festival de
Cannes
2010
et son théâtre
d'ombres
Les
MOLIERES
2010
Les Nominations
Point de vue
Toutes nos
critiques
2010 -
2011
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
KRAMER CONTRE KRAMER
de
Avery Corman
mise en scène:
Didier Caron & Stéphane
Boutet
|
****
Théâtre des Bouffes
Parisiens
Tel: 01 42 96 92 42
|
Si un divorce pouvait cacher une histoire dAmour, ladaptation
théâtrale de Stéphane Boutet et la mise en scène
de Didier Caron permettraient, à légard du roman
dAvery Corman, de faire largement jeu égal avec le fameux film
de Robert Benton en 1979.
En effet, face à Meryl Streep et Dustin Hoffman sur lécran
légendaire, voici aujourdhui sur les planches des Bouffes Parisiens,
un jeune couple à la ville comme à la scène qui, relevant
le défi de la séparation conjugale en temps réel avec
ses frasques inhérentes, va faire, de manière implicite, le
choix de lintérêt de lenfant, bien compris et
assumé.
Il nest pas indifférent que Gwendoline Hamon et
Frédéric Dieffenthal soient, dans la vie, tous les deux enfants
de parents divorcés mais puisquici, il sagit de porter
la rupture familiale sur le registre de la comédie, cest
lhumour qui sera le garant des tergiversations approximatives accompagnant
la destinée des souffrances de chacun.
Celle donc, de Billy, ce petit garçon de six ans qui se retrouve
du jour au lendemain, en cohabitation exclusive avec un père
découvrant, lui-même subitement, toutes les occupations
domestiques.
Celle ainsi, de Ted, abandonné par une épouse lui reprochant
son égocentrisme polarisé par la réussite sociale.
Mais celle surtout, de Joanna, ressentant le vide de sa propre existence
coincée entre deux êtres dévorant son énergie
vitale.
Le décor ingénieux de Catherine Bluwal vient
demblée apporter toutes les solutions cinématographiques
rythmant le psychodrame théâtral, en agençant symboliquement
la lettre majuscule « K » dans un dispositif en tournoiement
sur lui-même, afin de séquencer lespace temps au milieu
des autres signifiants des « Kramer ».
Gwendoline Hamon aura en charge de crédibiliser la maman
tiraillée entre le modèle maternelle idéale et son mal
être pathologique.
Frédéric Dieffenthal devra composer le papa submergé
par laffection quil porte à son fils, mettant à
mal sa concentration professionnelle.
Trois autres comédiens (André Penvern, Maud Le Guenedal
& Roland Marchisio) viendront les seconder pour susciter
lenvironnement social, perçu selon des angles cocasses agissant
comme des soupapes du stress.
Si le procès engageant la responsabilité juridique devrait
être le point dorgue de ce parcours initiatique chaotique,
cest, fort heureusement, la lucidité affective des trois personnages
qui, à terme, se donnera les moyens de gagner la partie.
Linterprétation et la réalisation sont réellement
à la hauteur des intentions initiales. Lémotion est souvent
à fleur de peau, mais jamais, elle ne sert dalibi à
lenjeu de cette création. Lamour parental est bel et bien
le fil conducteur auprès duquel Frédéric Dieffenthal
excelle à jouer juste.
Theothea le 04/10/10
|
LES AMIS DU PLACARD
de Gabor
Rassov
mise en scène: Pierre Pradinas
|
****
Pépinière
Théâtre
Tel: 01 42 61 44 16
|
Gabor Rassov, Pierre Pradinas, Romane Bohringer & Didier Bénureau
sur la même affiche, ce quartet a priori détonant nous tend
le miroir de notre société consumériste, à travers
la monstruosité marchande étendue jusquà la
sphère de lamitié.
Ayant fait le tour de tous les biens à vendre sur le marché
et nayant réussi, en définitive, quà cultiver
lennui généralisé, un couple lambda, bas de gamme
sur le plan culturel, découvre lopportunité
dacquérir, à prix favorablement concurrentiel, la
présence à domicile dun couple dalter ego, disponible
à satiété pour entretenir un commerce relationnel.
Obtenir les avantages et les profits que lamitié offre
habituellement sans avoir les inconvénients de devoir, en retour,
être soi-même attentionné à autrui, tel est
lenjeu contractuel auprès du service de location de ce nouveau
type.
La crise économique ayant asservi bon nombre des contemporains,
ce revival d « On achève bien les chevaux »
adapté au microcosme privé soffre ainsi, en luxe ultime,
à ceux dont le bon plaisir serait, apparemment, resté
préservé.
Avec un argument aussi profanateur, Gabor Rassov lauteur, lui-même
de réputation iconoclaste, semble détenir une véritable
pépite pour laquelle il n y aurait plus quà
dérouler le tapis rouge vif.
Voilà Jacques et Odile choisissant sur catalogue, le couple idéal
à leurs aspirations répertoriées selon un rapport
qualité-prix évalué au mieux de leurs desiderata.
Voici donc acquis le couple rebaptisé, à leur convenance,
Juliette et Guy quils auront le loisir dhéberger dans
un placard mural et de nourrir avec les restes de nourriture, selon leur
bon vouloir.
Ce contexte savamment barbare ayant, ainsi, été brossé
avec un humour, certes ravageur et efficace, le spectateur sattend
à ce que la pelote dune compréhension au second degré,
vis-à-vis de toutes les péripéties à venir, lui
serve désormais autant de matière à défouloir
quà réflexion.
Cependant il y a un « hic », car il semblerait,
quaprès ce décollage foudroyant, la pièce
lestée, peut-être par un sentiment diffus dabjection non
assumée, ne parvienne jamais à être mise en orbite
suffisamment distanciée pour se positionner hors portée de
la complaisance avec lobscénité morale.
Doù un malaise récurrent face à des anecdotes
scabreuses de vie en commun qui saccumulent en implosant successivement
pour mieux immédiatement se neutraliser, dans la mauvaise conscience
latente.
Bref, telle une kyrielle de pétards mouillés en guise de
feu dartifices au souffre, les amis de nos amis effectuent autour de
ceux-là, la danse du scalp, sans jamais, oser véritablement
saffranchir des lois de la pesanteur.
Au demeurant, linterprétation des quatre comédiens
est en accord avec une réalisation sans vergogne et caricaturale,
à juste titre, doù Romane Bohringer tire brillamment
son épingle du jeu, avec une composition excellente dune petite
bourge inculte, maniérée et frustrée.
Didier Bénureau est parfait dans son rôle de beauf arrogant.
Aliénor Marcadé-Sechan et Matthieu Rozé assurent
leurs prestations de victimes consentantes avec une humilité
pertinente.
Bref, une soirée où lon rit jaune pour ne pas avoir
à pleurer dune vision apocalyptique des relations humaines
préfigurées.
Theothea le 07/10/10
|
LES CHAISES
de Eugène
Ionesco
mise en scène: Luc Bondy
|
****
Théâtre
Nanterre-Amandiers
Tel: 01 46 14 70 00
|
Micha Lescot et Dominique Reymond incarnent une performance qui fera date
dans le spectacle vivant.
Formant un couple de petits vieux nonagénaires qui vont organiser
une dernière fête joyeusement macabre au fin fond dun
music hall imaginaire avant que de disparaître pour le meilleur
deux-mêmes, « mon chou » et « ma
crotte » baptisés ainsi fort dignement par Ionesco, se
démènent dans un marivaudage édenté afin de tuer
le temps, à coups de considérations sur le monde.
Ayant précisément décidé de convier ses
représentants universels à les rejoindre pour écouter
le discours testament quils ont lintention de délivrer
à lopinion, le duo va sévertuer à organiser
cette ultime réception en plaçant le plus grand nombre de chaises
à légard des invités.
Un orateur sera chargé de dispenser la bonne parole mais celle-ci
va se perdre en borborygmes incompréhensibles répercutés
en échos infinis dans les haut-parleurs de la salle.
Cependant, lui et elle seront aux anges davoir, ainsi, pu être
au centre de lattention générale avant leurs derniers
saluts et les applaudissements en rappels de leur union fusionnelle.
Durant la représentation de cent minutes, deux cordes pour pendaison
se balancent négligemment depuis les cintres, en premier plan de la
scénographie, et cest donc en acrobates des mots que les vieux
amants côtoient celles-ci allègrement et vont sy suspendre
volontiers pour se donner du bon temps.
En choisissant de confier ces rôles emblématiques à
Micha Lescot et Dominique Reymond, deux comédiens dune souplesse
mentale et physique confondante, Luc Bondy a, de toutes évidences,
souhaité brosser un portrait naturaliste, charnel et touchant de
lextrême vieillesse.
Dans cette perspective, la farce noire de Ionesco a tendance à
glisser de la métaphysique au surréalisme et, si ce point de
vue subjectif de mise en scène ne respecte pas forcément à
la lettre toutes les didascalies de lauteur, celui-là détient,
en sappuyant sur le ballet dune centaine de chaises telles de
jubilants feux follets, limmense vertu de sublimer lesprit et
la chair du vieillissement.
Theothea le 06/10/10
|
INTERVIEW
d'après Théo Van Gogh
mise en scène:
Hans Peter Cloos
|
****
Studio des Champs
Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
|
|
visuel
affiche - photo ©
Pascalito
|
Au jeu de « qui dira la vérité en
dernier » a nécessairement perdu toutes ses illusions sur
le monde contemporain, linterview en huis-clos, auquel se soumettent
Katya et Peters, elle actrice de séries télévisées
et lui journaliste baroudeur, théâtralise formellement le duel
« Sara Forestier - Patrick Mille » en joutes verbales
essentiellement stratégiques.
Si, par quelque laxisme de circonstances, le flirt devait sinviter
à leur débat, cest quaucune méthode de
self-control ne peut, décemment, être appelée à
la rescousse.
A limage dune génération
« hard » mais repeinte en « rose
bonbon » pour les besoins de la représentation sociale,
la futilité de leurs propos ne peut que dissimuler un profond
désarroi dont il nest guère possible de sonder
labîme originelle.
Velléitaires lun et lautre par ambition respective
affichée, lintimité les propulse en une conflagration
insupportable dans chacun des deux rôles publics quils se renvoient
mutuellement en miroir à peine déformant.
Ecartelé entre une caméra vidéo et un enregistreur
audio, le duo va rejouer en direct live léternel combat
masculin-féminin dont lissue ne devrait désigner quun
seul gagnant.
En effet, quand un journaliste politique, habitué des terrains
de guerre et autres conflits extériorisés, doit interviewer
une starlette déguisée en baby-doll, que peuvent-ils se dire
?
Il ny a pas de mot pour se confier, il ny a pas
dalternative pour se cacher, réciproquement, la douleur
existentielle sur laquelle lautre na pas le droit de regard.
Tout la durée de leur rencontre ne pourra se constituer quen
faux-fuyants, tromperies, et mystifications de part et dautre,
dautant plus sophistiqués que le partenaire fera preuve de
répartie, du tac au tac.
A ce jeu de dupes, sous carapaces délibérément endurcies,
cest bien celui ou celle qui enverra lultime missile qui, in
fine, aura gain de cause.
Mais, au terme dune partie de poker menteur, comment qualifier
lenjeu du joker croyant soctroyer le droit de domination alors
que, dans linstant daprès, celui-ci va se trouver,
lui-même, annihilé par un effet de boomerang radical ?
Le désenchantement de lindividu sera le prix à payer
pour cette scintillante mise en scène entomologiste interprétant,
à mots couverts, la dégradation effective des relations
humaines.
Theothea le 08/10/10
|
GRAND ECART
de
Stephen Belber
mise en scène:
Benoît Lavigne
|
****
Théâtre de la
Madeleine
Tel:
01
42 65 07 09
|
De « Match », titre anglais original à
« Grand écart », titre francisé, sest
effectué un recentrage sémantique sur le thème de la
danse, en loccurrence véritable passion vitale de Jobi (Thierry
Lhermitte) ce chorégraphe américain acceptant dêtre
interviewé à son domicile New-Yorkais par Lisa (Valérie
Karsenti), thésarde assistée par Mike (François Feroleto),
son mari.
De la note dintention de lauteur à celle du metteur
en scène, lesprit de famille apparaît comme le fil conducteur
devant mener ce trio à la complémentarité
existentielle.
Oui, mais de quelle famille est-il, ici, question ? Celle de la
filiation biologique imposée par les liens du sang ou celle de la
transmission et du partage culturels librement choisis ?
Dans ce loft aux couleurs sixties évoquant le temps des amours
libres et toutes les expérimentations stupéfiantes, son locataire
excentrique va faire salon en recevant un jeune couple dapparence banale
prêt à enregistrer la parole du maître
expérimenté.
Oui, mais dans quel but ? Pour mener à bien une recherche
universitaire spécialisée ou au contraire pour mener une
enquête privée destinée à éclaircir un
passé relationnel tumultueux ayant, encore présentement, de
douloureuses conséquences psychologiques et affectives ?
Les quiproquos, les actes manqués, les lapsus qui émailleront
ces discussions bien arrosées nauront guère pour vertu
de différencier les malentendus et autres susceptibilités
respectives de la volonté effective dafficher, de part et
dautre, une convivialité de bon aloi.
Mais néanmoins, puisque lexaspération et linvective
sont, inévitablement, programmées dans le processus verbal
engagé, voici venu le temps du clash qui pourrait mettre un terme
final à toutes ces civilités.
Oui, mais pour quel bénéfice principal ou secondaire ?
En effet, les trois protagonistes se retrouvant en position de danseurs
sur le fil du funambule vont prendre conscience que lextériorisation
brutale des affects, même légitimes, se doit de composer avec
le principe de réalité.
Et ce nest dailleurs même pas un test salivaire impromptu
qui pourrait avoir raison finale et objective, des liens de parenté,
que ceux-ci aient été forgés par lintuition ou
par le fantasme ?
Cest pourquoi linterprétation fantasque, de la
première à la dernière seconde du spectacle, de ces
trois rôles de composition, va, effectivement, se révéler
le meilleur garant dun accès à la vérité
de ces sentiments, qualifiés de familiaux.
Sur le même ton affable quon lui connaissait déjà
dans « Le père noël est une ordure »,Thierry
Lhermitte, à la fois distingué et loufoque, semble, pour le
coup, sinscrire dans une filiation toute personnelle avec Jean-Pierre
Marielle, comme si ces deux comédiens pouvaient se tenir, main dans
la main, sur lOlympe de la bienséance extravagante.
Theothea le 15/10/10
|
Recherche
par
mots-clé
 |

|
|