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15ème
Saison
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LETTRES A GENICA
de
Antonin Artaud
lecture:
Carole
Bouquet
|
****
Théâtre de
l'Atelier
Tel: 01 46 06 49 24
|
A trois sur la scène du Théâtre de lAtelier,
Génica, Antonin Artaud et Carole Bouquet sont suspendus aux tourments
de la Passion amoureuse qui ne parviendrait plus à retrouver ses
marques.
Quon lappelle délire, folie ou pathologie, tous les
stigmates de lincommunicabilité sont convoqués en renfort
dune écriture cherchant, en vain, à comprendre les tenants
et aboutissants de limmense douleur conjuguée, ici, au
masculin.
Echangée au siècle dernier durant les années 20,
la correspondance épistolaire napparaissant que sous des extraits
unilatéraux de lettres émises par le poète, suscite
létrange impression dappels lancés dans un vide
sidéral, telles des bouteilles à la mer dont le destinataire
serait improbable.
A linstar de « LArlésienne »,
Génica sincarnerait en un personnage inatteignable qui
séloignerait de son soupirant à la vitesse de la
lumière, telle une comète hors du champs dattraction
humaine.
Devant le rideau de fer destiné, par fonction, à isoler
la salle de toutes formes dincendie, alors quen proie aux plus
complexes des tourments psychosomatiques, sélèverait
la parole souffrante dAntonin, la voix chaude et puissante de Carole
Bouquet prend en charge conjointe, avec une physiologie à toutes
épreuves, la dimension affective et artistique de cette quête.
Sortant du monde opaque des coulisses par lembrasure métallique,
la belle et grande dame, tout de noir vêtue sinstalle, sous le
faisceau de lumière au centre de lavant-scène, avec en
mains généreusement déployées, le grand livre
du déchirement amoureux.
Ni procureur, ni arbitre, la comédienne se veut la passeuse dune
passion indicible cherchant davantage à exprimer son élan infini
que la frustration.
Cette solidarité en retour du féminin au masculin esquisse
le désir, universel et intemporel, dune fusion assumée
jusquaux contradictions les plus extrêmes
quoi que par
essence, forcèment autodestructrices.
Carole Bouquet, Antonin Artaud, même combat!
Et succès
indéniable.
Theothea le 14/10/10
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CHIEN CHIEN
de
Fabrice Roger-Lacan
mise en scène:
Jérémie
Lippmann
|
****
Théâtre de
l'Atelier
Tel: 01 46 06 49 24
|
Question de perspective au Théâtre de lAtelier où
Alice Taglioni et Elodie Navarre se jaugent, se toisent, saffrontent
dans un rapport de forces ataviques, livrées telles des pulsions
antagonistes, sous la profondeur de champ, toute cinématographique,
de la cage de scène.
Les voix au féminin strident sauraient sy perdre dans
limmensité spatiale mais aussi sy retrouver dans leur
proximité physique temporelle.
Pourvu que lune ne nadresse pas de dos à son alter
ego, le spectateur comprendrait distinctement que Linda et Léda se
reflètent, à la lettre près, dans des personnages
réciproques lestés dun lourd et lointain contentieux.
Entre les lignes de la réminiscence, la perversité, la
cruauté, la barbarie aux visages de jeunes filles pré pubères
se rappelleraient, en temps réel, dans la durée des deux heures
les séparant de larrivée dun
hélicoptère.
Les pales vrombissantes se feront attendre dans une tension résurgente
où le présent tentera dinverser un traumatisme
récurrent pour, in fine, marquer le signal tant attendu dune
fin de récréation, tellement périlleuse pour toutes
les deux.
Le retour des deux maris auprès de leurs moitiés respectives
aura-t-il pour vertu de rétablir léquilibre instinctif
dun monde mature ?
Si la mise en scène de Jérémie Lippmann autorise,
en bénéfice secondaire, que le perfide stratagème de
Linda soit agrémenté du talent pianistique de son interprète
(Alice Taglioni), Elodie Navarre gagne, pour sa part, la satisfaction de
déjouer le piège inattendu, en adoptant un système de
défense, à sa main toute aussi experte.
Question de perspective, en effet, où les deux amies à la
ville, comme à la scène, présentement sous la dictée
de Fabrice Roger-Lacan, doivent retrouver les maux, tout autant que les mots
qui, dans lenfance, auraient permis à lune de prendre
lascendant sur lautre, au point que, devenues adultes, la blessure
de la seconde toujours à vif, ressurgisse dans une vengeance à
froid
distillée à petit feu.
« Pour un rien », ce serait fort
« Pour
un rien », cest du féminin pluriel, in vivo
« Pour un rien », cela pourrait rappeler « les
amitiés susceptibles » de Nathalie Sarraute,
mâtinées par exemple de « The servant »
de Losey.
Aussi, pour un peu, Littérature, Cinéma, Théâtre
se retrouveraient-ils en « chiens de faïence »,
à jouer à « chien et chat ».
Theothea le 12/10/10
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A DEUX LITS DU DELIT
de
Derek Benfield
mise en scène:
Jean-Luc Moreau
|
****
Théâtre de la
Michodière
Tel: 01 47 42 95 22
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photo
affiche © PixelPro - Serge Carrié
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Quen tapant sur internet les mots-clefs: « hôtel
romantique, isolé, proche Paris », deux couples
illégitimes puissent, à lappui des mêmes réponses
préférentielles du moteur de recherche, se retrouver, par le
plus grand des hasards, hébergés dans le même petit nid
douillé, au sein de chambres à lagencement symétrique,
en loccurrence la bleue et la verte, nest vraiment pas pour
déplaire au Vaudeville moderne, pourvu que lamant et la
maîtresse de lun ne soit pas sans lien marital avec lautre
couple, conjointement en week-end de charme.
Que sous son costume de majordome zélé, Arthur Jugnot y
soit plébiscité en Monsieur Loyal autant quen Maître
des convenances à faire respecter, afin de réussir entre jeunes
gens de bonne compagnie un chassé-croisé de liaisons
adultérines inopinées, nest pas le moindre des régals
dune farce menée à vitesse sidérale, entre moult
portes fouettant le rire jusquà claquer toute tentative de
redresseur de torts, forcément velléitaire !
Pièce de genre, classée dans la « Sex
comedy » par le théâtre anglais aimant à
privilégier la frustration sexuelle, à force de sous-entendus,
de quiproquos et dobstacles favorisant linhibition libidinale,
les comédiens se débattent, telles des mouches sur le vinaigre,
tout accaparés par leurs fantasmes quils ne sont pas en mesure
dassumer
encore moins de réaliser.
Mathilde Penin et Juliette Meyniac soffrent en proies affolées
de ce manège enchanté par Cyril Garnier & Guillaume Sentou,
les véritables apprentis-sorciers de la bagatelle en stage
dapprentissage quelque peu désordonné.
A cinq sur le plateau du Théâtre de la Michodière,
ils se relaient dans un tourbillon de pulsions érotisées, tel
un essaim délectrons en rut fortement contrarié, pour
semberlificoter à souhait dans des tromperies génialement
plus malheureuses les une que les autres.
Enivrés par la mise en scène de Jean-Luc Moreau, ne leur
accordant le loisir daucune pause régénératrice,
les spectateurs se laissent joyeusement saoulés par ces rafales
dénergie déferlant de cour à jardin et vice
versa.
Cest alors quenfin, à deux doigts de lorgasme,
les chaînes du tourment en furie se délient dans le plaisir
dune culbute pieds par-dessus têtes
soudain remises à
lendroit. Bravo les artistes !
Theothea le 18/10/10
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OPENING NIGHT
de
John Cromwell
mise en scène:
Jean-Paul Bazziconi
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****
Théâtre
Mouffetard
Tel: 01 43 31 11 99
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Du
théâtre de la Porte Saint-Martin en 2005 au Théâtre
Mouffetard en 2010, dune adaptation et mise en scène originale
à leur reprise, dun volume scénographique fort imposant
à lintimité cosy du second plateau parisien, lespace
temps qui les sépare pourrait-il se résoudre à une
continuité effective de représentations successives ?
Mais pourquoi pas dailleurs ? Toutefois, linteraction de
créations théâtrales en parallèle pourrait tout
aussi bien venir interférer avec la mémoire du spectacle
vivant.
Ainsi au Théâtre Rive Gauche en 2009, Laurent Terzieff
installait-il « LHabilleur » de Ronald Harwood
qui, dans un rapport de forces relationnelles similaire, livrait le paradoxe
du comédien aux tourments de ses motivations et autre terreur
Shakespearienne. Une véritable leçon de théâtre
donnée en temps réel autant à lintention de ses
partenaires que du public.
Aussi, dans limaginaire du « Show must go on »,
il semblerait que, désormais, Marie-Christine Barrault ait repris
à son compte, la juste réplique au féminin de cette
approche quasi métaphysique du métier de comédien, en
proie à ses démons intérieurs pour mieux les terrasser
dans une transgression radicale sur les planches.
De manière concomitante, Michel Bouquet ne poursuivrait-il pas
un combat analogue dans son énième reprise de « Le
roi se meurt » lobligeant délibérément
au quotidien, à vaincre les forces velléitaires du réel
pour mieux les sublimer dans linconscient collectif échappant
par essence à toutes appropriations ?
Ici au Mouffetard, Marie-Christine Barrault est seule face à son
propre habilleur (Michel Carnoy), sorte de punching ball fantoche, auquel
elle ne sadresse que dans la projection virtuelle de sa propre existence
en danger vital, en loccurrence bien entendu celle de l'actrice Fanny
Ellis se débattant avec « La Mouette » de Tchekhov,
tel lAlbatros doutant de son décollage avant que les trois coups
magiques ne transforment sa performance en une Master class, à chaque
fois inégalée.
Ce ne sont donc pas les affres de lalcool ou autre substance
stupéfiante qui pourraient contredire que la foi du comédien
ou de la comédienne réside dans le dépassement de
soi-même face au « quatrième mur » destiné
à laccompagner et à lencourager dans son saut,
chaque soir réitéré vers linconnu.
Theothea le 19/10/10
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DERNIERS REMORDS AVANT
L'OUBLI
de
Jean-Luc Lagarce
mise en scène:
Julie Deliquet
|
****
Théâtre
Mouffetard
Tel: 01 43 31 11 99
|
Comme si la mise en scène de Julie Deliquet façonnait le
texte de Jean-Luc Lagarce à sa main, façon sculptrice de
retrouvailles demblée avortées, les comédiens
en alternance du collectif In vitro semblent mimer à loral,
le nec plus ultra dune rencontre type vouée à
léchec, quels que soient les degrés dimplication
de chacun.
En direct live, comme à la répétition, six dentre
eux se rejoignent sur le plateau du Mouffetard avec lidée bien
ancrée de ne pas surseoir aux susceptibilités respectives,
de façon à laisser sinstaller linexorable
mésentente qui va se tisser autour de Pierre.
Lui, impulsif taureau dune corrida où picadors, matadors
et autres toréadors se relaient allègrement, qui pour
lexciter, qui pour le blesser ou qui pour feindre une réconciliation
improbable, voit en rouge vif ses deux ex-compagnons d'un trio amoureux ayant
eu, dantan, la joyeuse fortune dacquérir, en indivision,
une résidence censée être à disposition de tous.
Les voilà donc à nouveau réunis avec, cette fois-ci,
leurs descendances dans la Cerisaie qui les avait tant aimés.
Cependant seul, Pierre (Eric Charon) y vit au quotidien en versant un
loyer à ses deux partenaires dont lune aimerait désormais
récupérer en capital sonnant et trébuchant, sa part
affective et contributive quil faudrait estimer au plus juste.
Voilà donc Paul ( Gwendal Anglade) et Hélène (Julie
André) à la tête de familles ne se fréquentant
guère jusquici, au sein desquelles il apparaît
dévidence que, si chacun est prêt aux civilités
de circonstances, les préjugés et rancurs y sont
déjà transmis de manière patrimoniale.
Aussi da priori maladroits en a posteriori vindicatifs, Pierre devient
lunique objet du ressentiment collectif auquel, de manière
délibérément expiatoire, il participe plus quà
son tour.
Si chaque spectateur est en droit légitime de posséder son
« Jean-Luc Lagarce » attaché à sa propre
grille de lecture existentielle, cette réalisation à la fois
intimiste, hyperréaliste et significative du non-dit à fleur
de peau, est en soi un régal de pertinence et dimpertinence
relationnelle.
De langélisme à la mauvaise foi, en passant par
lincommunicabilité du langage, tous les alibis de la bonne
conscience ulcérée sy déclinent en un concentré
de vérité tellement humaine que personne n y semble en
mesure de « racheter » son prochain.
Theothea le 21/10/10
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