Les
Chroniques
de
 |
 |

15ème
Saison
Chroniques 15.021
à
15.025 Page
258
"
Wight ! 40 années après
"
63ème
Festival de
Cannes
2010
et son théâtre
d'ombres
Les
MOLIERES
2010
Les Nominations
Point de vue
Toutes nos
critiques
2010 -
2011
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
ANDROMAQUE
de
Jean Racine
mise en scène:
Muriel Mayette
|
****
Comédie
Française
Tel:
08
25 10 16 80 (0,15 e/m)
|
|
photo © Cat.S -
Theothea.com
|
Dans un décor épuré et sensuel (Yves Bernard), sur
fond bleu azuréen où sérigent les doubles colonnes
doriques dun temple grec, balayées par de fines tentures
secouées par une brise légère, apparaissent les silhouettes
des acteurs de cette tragédie racinienne, figures empanachées
de voilages transparents et beiges (Virginie Merlin), telles des ailes de
papillons.
La tonalité dominante des tons grèges et sable semble apaisante
et harmoniser ce sobre espace dans lequel, en contrepoint, comme dans un
jeu déchecs, avanceront ou disparaîtront les pions
hiératiques de ce drame, figés par le poids de lHistoire,
après la guerre de Troie, et lhistoire damours
contrariées, celles dOreste qui aime Hermione qui, elle, aime
Pyrrhus, fils dAchille et roi dEpire qui, lui, aime Andromaque
la troyenne, laquelle se veut fidèle à Hector tué par
Achille, père de Pyrrhus.
Chez Racine, cette tragédie est portée par la musicalité
des alexandrins, tel un chant des êtres éperdus de souffrance,
blessés à mort.
Dans la mise en scène de Muriel Mayette, cette musicalité
devient le théâtre de la pensée intérieure, les
corps rejetés en arrière deviennent armures pour rester debout
malgré le destin acharné puissamment sur eux, mais cette
sidération apparente des acteurs se fait trop pesante chez Andromaque
(Cécile Brune), qui, dans une forme de lassitude raide et dune
voix trop monocorde nous paraît fatiguée et manque
dénergie pour exprimer la dualité entre sa
fidélité troyenne et le désir de sauver son enfant,
Astyanax, enjeu de chantage, en épousant Pyrrhus, ici
interprété par Eric Ruf, statue de marbre, tendu sur lui-même
par loppression dêtre le héros victorieux du massacre
et qui, tel un chat sauvage, dune voix grave, rugit soudainement
daccès de rage incontrôlée.
De ces voix somnambuliques, comme hypnotisées par le cauchemar
de la culpabilité et les traumatismes engendrés, se détache
Hermione, fougueuse Léonie Simaga qui injecte une belle fureur à
sa prestation bouillante et passionnée pour venger son honneur.
Une diction bien travaillée, mais trop linéaire, même
lorsque Oreste (Clément Hervieu- Léger),
désespéré et maudit, sombre dans la folie et les serpents
de lenfer, et dont laccent devient métallique.
Une articulation trop appuyée qui nuit à la limpidité
de la musicalité racinienne et à lexplosion de la
chaîne amoureuse exprimée dans Andromaque.
Les déchirements de lâme, les remords, la
culpabilité, les trahisons qui poussent à la mort et à
la folie ne nous émeuvent pas suffisamment, en raison dune mise
en scène trop distanciée par lart de dire et sans regards
échangés entre les interprètes, comme les pions, dans
leur verticalité désincarnée, sur léchiquier,
et qui finissent par tomber un à un dans la nuit noire et froide du
sacrifice.
Cat.S / Theothea.com le 01/11/10
|
RENDEZ-VOUS
de
Joe Masteroff
mise en scène:
Jean-Luc Revol
|
****
Théâtre de
Paris
Tel:
01
48 74 25 37
|
|
photo
© Cat.S -
Theothea.com
|
Quelle fût initialement titrée
« Parfumerie » au Théâtre, « The
shop arround the corner » au Cinéma Hollywoodien,
« She loves me » au Music-hall à Broadway,
quelle fût « La boutique au coin de la rue »
au Théâtre Montparnasse en 2001 ou quelle soit maintenant
« Rendez-vous » en Comédie musicale au
Théâtre de Paris, la pièce du hongrois Miklos Laszlo
na cessé, depuis 1937, dattirer les professionnels du
spectacle, car le public est immanquablement séduit par cette histoire
désuète de lamour suspendu à un échange
épistolaire en porte-à-faux.
Il aura fallu dix années pour élaborer une production
réunissant un casting de 22 comédiens-danseurs ainsi quun
orchestre live afin que Pierre Santini, Laurent Lafitte, Kad Merad puissent
y donner la réplique cordiale à Magali Bonfils et Alyssa
Landri.
Loin des grandes machines scénographiques lancées à
coup de tubes médiatiques, ce rendez-vous de fête est proposé
au public comme une rencontre conviviale avec des amis dont les qualités
et les défauts, les talents et les faiblesses sont partie prenante
du plaisir à les côtoyer.
A taille humaine, les performances se mesurent, ainsi, à laune
dun conte de noël où les sentiments contrariés sont
revigorés par une joie de vivre bon enfant.
Face aux duretés de lexistence, chacun devra trouver son
compte, dicté par la politesse du cur.
Que le parcours du Tendre trouve son labyrinthe au sein dune librairie
où vendeurs et clients sont guidés par la main aveugle de la
destinée, voilà ce qui est orchestré en loges, de part
et dautre de lavant-scène, où sont réunis
tous les instruments de la mise en musique, en temps réel.
Peut-être, dailleurs que quelques-uns dentre eux auraient
pu gagner à occuper lespace scénique laissé vacant
entre le décor central et les coulisses latérales!
Toutefois, chacun se sent vraiment bien avec la chaleureuse lumière
entourant le manège du cycle des amours en gestation, pourvu que la
candeur des personnages soient à légal dune
distanciation des santons de la crèche où celui qui fait
lâne pourrait également prétendre à être
« le ravi » .
Ce spectacle enchante au propre comme au figuré les états
dâme, quels quils soient, car tout simplement ceux-ci y
viennent et reviennent sous forme de sourire intérieur.
Theothea le 28/10/10
|
LAISSEZ-MOI SORTIR
de
Jean-Marie Chevret
mise en scène:
Jean-Pierre Dravel &
Olivier Macé
|
****
Théâtre
Daunou
Tel: 01 42 61 69
14
|
|
photo
© Cat.S -
Theothea.com
|
Voici lhistoire de Joce de Guérande dont le jubilé
des 60 ans de carrière professionnelle va être fêté
en prime time sur une grande chaîne de télé sous
lanimation de Michel Drucker, mais attention la destinée de
cette grande actrice du théâtre est une pure fiction qui ne
sapparente en rien avec la vie de son interprète.
Rôle de composition donc pour Annie Cordy qui se retrouve seule
en scène ou plus exactement prisonnière sur la terrasse de
son living à quelques moments de la répétition du show
festif dans les studios, et cela en raison dune manipulation malencontreuse
de la télécommande agissant sur le rideau de fer anti-intrusion,
nouvellement installé.
Sa femme de ménage vient de la quitter, elle ne reviendra quau
lendemain matin, et bien entendu son portable est resté à
lintérieur de lappartement, sur la table du salon.
Voilà donc Annie en proie à la panique quune telle
situation devrait nécessairement engendrer pour cette star des
médias qui a tant misé et intrigué pour obtenir les
fastes dune émission retransmise en direct.
En fait, lacte manqué par excellence aura pour opportunité
de canaliser lénergie de la détresse en une féria
toute personnelle, où lartiste va faire défiler le film
de sa vie sous un feu dartifices compensateurs.
Ainsi arpentant, dépitée, sa terrasse surplombant la ville
tétanisée par son absence live des écrans, la
comédienne se la joue distanciée dans une satisfaction paradoxale
de lauto-analyse spontanée plus ou moins en phase avec la
fiabilité de la mémoire.
Pas dinterviewer, point de meneur de jeu, ni de contradicteur pour
cette tentative de sauter en chute libre dans une vérité
quelquefois douloureuse sous linfluence persistant de quelques secrets
existentiels.
Mais puisquil ne sagit que du fatum de Joce de Guerande, Annie
rebondit dautant plus facilement dans la parodie delle-même
que lartiste est foncièrement décidée à
profiter de linstant présent tel quil soffre en
réalité.
Si donc « Carpe diem » pourrait aisément constituer
sa maxime dans la vraie vie, son personnage, quant à lui, va
découvrir avec délice que le show avait dû être
différé pour des raisons techniques.
Ainsi, tout est bien qui recommencera bien et notamment pour le public
appréciant au plus haut point davoir ainsi été
enfermé au théâtre Daunou en compagnie dune Annie
Cordy qui, à 82 ans, savère encore plus pétulante
quil se limaginait.
Theothea le 03/11/10
|
ONCLE VANIA & LES TROIS
SOEURS
de
Anton Tchekhov
mise
en scène:
Serge Lipszyc
& Volodia Serre
|
****
Théâtre de
l'Athénée
Tel:
01
53 05 19 19
|
|
visuel photos © Cat.S -
Theothea.com
|
Si Robin Renucci simposait, sous la direction de Serge Lipszyc,
en un valeureux Oncle Vania, quelque peu susceptible mais néanmoins
fédérateur dans sa clairvoyance à suggérer que
lassiduité à la tâche quotidienne serait la seule
issue viable à la destinée familiale même
éclatée, le cycle Tchekhov, initié par le
Théâtre de lAthénée, se poursuit maintenant
avec un happening expérimental de Volodia Serre qui ose, de manière
audacieuse, faire contribuer ses trois surs, Alexandrine, Joséphine
et Léopoldine afin dincarner respectivement les Olga, Macha
et Irina, chères à Tchekhov.
De surcroît, Volodia endosse lui-même le rôle
dAndréi, le frère dont Natacha son épouse
effrontée et arriviste va donner le coup de grâce à des
belles-surs fragilisées par lisolement socioculturel induisant
le repli sur soi.
En metteur en scène à la tête de cette fratrie, il
décide de livrer leurs souvenirs personnels au public sous forme
dextraits de films super 8 familiaux, avec lintention
dillustrer par des liens universels et intemporels, le sentiment de
nostalgie à la manière de Tchekhov lui-même.
Il savère que ce défi artistique, a priori périlleux
voire menacé dauto complaisance, fonctionne à merveille
au fur et à mesure que le sac de nuds patrimoniaux affleure
en surface des velléités, frustrations et autres déceptions
que la vie ne cesse de mettre en travers de lutopie fraternelle.
En effet, le retour à Moscou avec émancipation à
la clef dOlga, Macha & Irina, après le deuil du père,
les dirige a contrario de ce leitmotiv psalmodique, vers un décevant
principe de réalité quune sourde mélancolie tente
dobscurcir encore davantage, en perspective dun avenir jalonné
à jamais de souvenirs insaisissables.
« Le temps des copains » de Françoise Hardy,
« In the mood » de Glenn Miller, « The sound
of silence » de Simon & Garfunkel et dautres rengaines
parsèment désormais, comme les cailloux du petit Poucet, ce
chemin socio affectif quil ne serait guère possible
deffectuer quà rebours.
Ainsi, en simpliquant lui-même et en impliquant ses trois
surs, Volodia incarne, dans la distanciation, le spleen suscité
par Tchekhov, sans pour autant trahir la sphère de leur
intimité.
Un véritable exercice déquilibriste scénographique
qui fascine autant quil convainc les spectateurs de la
nécessité dôter toute réserve au quant à
soi, afin dentrer en empathie avec le mal être dune
humanité à fleur de peau.
Au terme du cycle, quel sera donc le rôle de « La
Cerisaie », troisième volet du tryptique consacré
à Tchekhov et mis en scène par Paul Desveaux ?
Nous savons que celui-ci la conçoit davance comme
« Le songe dun monde à venir » ou plus
précisément comme « un de ces rêves que lon
fait à laube et qui ressemblent terriblement à la
réalité ».
Theothea le 09/11/10
|
LA COMPAGNIE DES
SPECTRES
d'après Lydie Salvayre
de & avec Zabou Breitman
|
****
Théâtre
Monfort
Tel: 01 56 08 33 88
|
|
photo
© Cat.S -
Theothea.com
|
Dans une saga familiale où trois générations de femmes
se transmettent leurs ressentiments et leurs aversions vis-à-vis
dun pouvoir qui les livre, pieds et poings liés, à
lexclusion et à linfamie, Zabou Breitman défend
bec et ongles son personnage à trois têtes qui, crânement,
encense, interpelle et défie le clone fantasque du Maréchal
Pétain, à travers la figure inopportune dun huissier.
Parvenant à réduire lex « Père de
la Patrie » à une poupée de chiffons, au cours
dune mascarade dansée jusquau baiser de Judas, la
comédienne sinvestit en une performance où il lui faut
incarner le rapport de forces collaborationnistes au point de le transcender
plutôt que de linterpréter.
Au sein dun décor rappelant davantage le manège
enchanté dune maison de poupée en plein fouillis
évoquant à taille de petite fille, les traumatismes obsessionnels
que sa mère et sa grand-mère se partagent à longueur
de journée dans lactualisation de sa propre mémoire
enfantine, lactrice, revêtue dune de ces robes années
40 que la Libération a mis définitivement à la mode,
tourbillonne en magicienne au plus fort de son talent.
Il aura fallu treize années de préparation pour que cette
artiste polyvalente du spectacle vivant parvienne à objectiver sur
scène, ce « One woman », inspiré par le
roman de Lydie Salvayre dont elle ne cesse désormais de privilégier
lécriture dramatique.
A la manière de Philippe Caubère, avec ce savoir-faire
expérimenté, avec cette fierté jusquau boutiste,
avec cette puissance imaginaire infinie permettant de soulever les
tréteaux, voici Zabou en pygmalion delle-même autant
quen démiurge de ses ombres tutélaires, sélevant
au mythe de Don Quichotte à lassaut majuscule de lInjustice.
En véritable Alice au pays des cauchemars, lactrice réussit
à conjurer les démons de linnommable, tout en passant
de lautre côté du conte là où lhumour
et la distanciation terrassent ladversité grâce à
la liberté de penser, de fantasmer mais surtout
de jouer avec
les spectres.
Theothea le 26/10/10
|
Recherche
par
mots-clé
 |

|
|