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15ème  Saison     Chroniques   15.021   à   15.025    Page  258

 

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ANDROMAQUE

de  Jean Racine

mise en scène:  Muriel Mayette

****

Comédie Française

Tel: 08 25 10 16 80 (0,15 e/m)

 

    photo ©  Cat.S - Theothea.com  

   

Dans un décor épuré et sensuel (Yves Bernard), sur fond bleu azuréen où s’érigent les doubles colonnes doriques d’un temple grec, balayées par de fines tentures secouées par une brise légère, apparaissent les silhouettes des acteurs de cette tragédie racinienne, figures empanachées de voilages transparents et beiges (Virginie Merlin), telles des ailes de papillons.

La tonalité dominante des tons grèges et sable semble apaisante et harmoniser ce sobre espace dans lequel, en contrepoint, comme dans un jeu d’échecs, avanceront ou disparaîtront les pions hiératiques de ce drame, figés par le poids de l’Histoire, après la guerre de Troie, et l’histoire d’amours contrariées, celles d’Oreste qui aime Hermione qui, elle, aime Pyrrhus, fils d’Achille et roi d’Epire qui, lui, aime Andromaque la troyenne, laquelle se veut fidèle à Hector tué par Achille, père de Pyrrhus.

Chez Racine, cette tragédie est portée par la musicalité des alexandrins, tel un chant des êtres éperdus de souffrance, blessés à mort.

Dans la mise en scène de Muriel Mayette, cette musicalité devient le théâtre de la pensée intérieure, les corps rejetés en arrière deviennent armures pour rester debout malgré le destin acharné puissamment sur eux, mais cette sidération apparente des acteurs se fait trop pesante chez Andromaque (Cécile Brune), qui, dans une forme de lassitude raide et d’une voix trop monocorde nous paraît fatiguée et manque d’énergie pour exprimer la dualité entre sa fidélité troyenne et le désir de sauver son enfant, Astyanax, enjeu de chantage, en épousant Pyrrhus, ici interprété par Eric Ruf, statue de marbre, tendu sur lui-même par l’oppression d’être le héros victorieux du massacre et qui, tel un chat sauvage, d’une voix grave, rugit soudainement d’accès de rage incontrôlée.

De ces voix somnambuliques, comme hypnotisées par le cauchemar de la culpabilité et les traumatismes engendrés, se détache Hermione, fougueuse Léonie Simaga qui injecte une belle fureur à sa prestation bouillante et passionnée pour venger son honneur.

Une diction bien travaillée, mais trop linéaire, même lorsque Oreste (Clément Hervieu- Léger), désespéré et maudit, sombre dans la folie et les serpents de l’enfer, et dont l’accent devient métallique.

Une articulation trop appuyée qui nuit à la limpidité de la musicalité racinienne et à l’explosion de la chaîne amoureuse exprimée dans Andromaque.

Les déchirements de l’âme, les remords, la culpabilité, les trahisons qui poussent à la mort et à la folie ne nous émeuvent pas suffisamment, en raison d’une mise en scène trop distanciée par l’art de dire et sans regards échangés entre les interprètes, comme les pions, dans leur verticalité désincarnée, sur l’échiquier, et qui finissent par tomber un à un dans la nuit noire et froide du sacrifice.

Cat.S / Theothea.com  le 01/11/10   

RENDEZ-VOUS

de  Joe Masteroff

mise en scène:  Jean-Luc Revol

****

Théâtre de Paris

Tel: 01 48 74 25 37

 

      photo ©  Cat.S - Theothea.com  

   

Qu’elle fût initialement titrée « Parfumerie » au Théâtre, « The shop arround the corner » au Cinéma Hollywoodien, « She loves me » au Music-hall à Broadway, qu’elle fût « La boutique au coin de la rue » au Théâtre Montparnasse en 2001 ou qu’elle soit maintenant « Rendez-vous » en Comédie musicale au Théâtre de Paris, la pièce du hongrois Miklos Laszlo n’a cessé, depuis 1937, d’attirer les professionnels du spectacle, car le public est immanquablement séduit par cette histoire désuète de l’amour suspendu à un échange épistolaire en porte-à-faux.

Il aura fallu dix années pour élaborer une production réunissant un casting de 22 comédiens-danseurs ainsi qu’un orchestre live afin que Pierre Santini, Laurent Lafitte, Kad Merad puissent y donner la réplique cordiale à Magali Bonfils et Alyssa Landri.

Loin des grandes machines scénographiques lancées à coup de tubes médiatiques, ce rendez-vous de fête est proposé au public comme une rencontre conviviale avec des amis dont les qualités et les défauts, les talents et les faiblesses sont partie prenante du plaisir à les côtoyer.

A taille humaine, les performances se mesurent, ainsi, à l’aune d’un conte de noël où les sentiments contrariés sont revigorés par une joie de vivre bon enfant.

Face aux duretés de l’existence, chacun devra trouver son compte, dicté par la politesse du cœur.

Que le parcours du Tendre trouve son labyrinthe au sein d’une librairie où vendeurs et clients sont guidés par la main aveugle de la destinée, voilà ce qui est orchestré en loges, de part et d’autre de l’avant-scène, où sont réunis tous les instruments de la mise en musique, en temps réel. Peut-être, d’ailleurs que quelques-uns d’entre eux auraient pu gagner à occuper l’espace scénique laissé vacant entre le décor central et les coulisses latérales!

Toutefois, chacun se sent vraiment bien avec la chaleureuse lumière entourant le manège du cycle des amours en gestation, pourvu que la candeur des personnages soient à l’égal d’une distanciation des santons de la crèche où celui qui fait l’âne pourrait également prétendre à être « le ravi » .

Ce spectacle enchante au propre comme au figuré les états d’âme, quels qu’ils soient, car tout simplement ceux-ci y viennent et reviennent sous forme de sourire intérieur.

Theothea le 28/10/10

LAISSEZ-MOI SORTIR

de  Jean-Marie Chevret

mise en scène:  Jean-Pierre Dravel & Olivier Macé

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Théâtre Daunou

Tel: 01 42 61 69 14

 

      photo ©  Cat.S - Theothea.com  

         

Voici l’histoire de Joce de Guérande dont le jubilé des 60 ans de carrière professionnelle va être fêté en prime time sur une grande chaîne de télé sous l’animation de Michel Drucker, mais attention la destinée de cette grande actrice du théâtre est une pure fiction qui ne s’apparente en rien avec la vie de son interprète.

Rôle de composition donc pour Annie Cordy qui se retrouve seule en scène ou plus exactement prisonnière sur la terrasse de son living à quelques moments de la répétition du show festif dans les studios, et cela en raison d’une manipulation malencontreuse de la télécommande agissant sur le rideau de fer anti-intrusion, nouvellement installé.

Sa femme de ménage vient de la quitter, elle ne reviendra qu’au lendemain matin, et bien entendu son portable est resté à l’intérieur de l’appartement, sur la table du salon.

Voilà donc Annie en proie à la panique qu’une telle situation devrait nécessairement engendrer pour cette star des médias qui a tant misé et intrigué pour obtenir les fastes d’une émission retransmise en direct.

En fait, l’acte manqué par excellence aura pour opportunité de canaliser l’énergie de la détresse en une féria toute personnelle, où l’artiste va faire défiler le film de sa vie sous un feu d’artifices compensateurs.

Ainsi arpentant, dépitée, sa terrasse surplombant la ville tétanisée par son absence live des écrans, la comédienne se la joue distanciée dans une satisfaction paradoxale de l’auto-analyse spontanée plus ou moins en phase avec la fiabilité de la mémoire.

Pas d’interviewer, point de meneur de jeu, ni de contradicteur pour cette tentative de sauter en chute libre dans une vérité quelquefois douloureuse sous l’influence persistant de quelques secrets existentiels.

Mais puisqu’il ne s’agit que du fatum de Joce de Guerande, Annie rebondit d’autant plus facilement dans la parodie d’elle-même que l’artiste est foncièrement décidée à profiter de l’instant présent tel qu’il s’offre en réalité.

Si donc « Carpe diem » pourrait aisément constituer sa maxime dans la vraie vie, son personnage, quant à lui, va découvrir avec délice que le show avait dû être différé pour des raisons techniques.

Ainsi, tout est bien qui recommencera bien et notamment pour le public appréciant au plus haut point d’avoir ainsi été enfermé au théâtre Daunou en compagnie d’une Annie Cordy qui, à 82 ans, s’avère encore plus pétulante qu’il se l’imaginait.

Theothea le 03/11/10

ONCLE VANIA & LES TROIS SOEURS

de  Anton Tchekhov

mise en scène:  Serge Lipszyc  &  Volodia Serre

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Théâtre de l'Athénée

Tel: 01 53 05 19 19

 

        visuel photos ©  Cat.S - Theothea.com  

   

Si Robin Renucci s’imposait, sous la direction de Serge Lipszyc, en un valeureux Oncle Vania, quelque peu susceptible mais néanmoins fédérateur dans sa clairvoyance à suggérer que l’assiduité à la tâche quotidienne serait la seule issue viable à la destinée familiale même éclatée, le cycle Tchekhov, initié par le Théâtre de l’Athénée, se poursuit maintenant avec un happening expérimental de Volodia Serre qui ose, de manière audacieuse, faire contribuer ses trois sœurs, Alexandrine, Joséphine et Léopoldine afin d’incarner respectivement les Olga, Macha et Irina, chères à Tchekhov.

De surcroît, Volodia endosse lui-même le rôle d’Andréi, le frère dont Natacha son épouse effrontée et arriviste va donner le coup de grâce à des belles-sœurs fragilisées par l’isolement socioculturel induisant le repli sur soi.

En metteur en scène à la tête de cette fratrie, il décide de livrer leurs souvenirs personnels au public sous forme d’extraits de films super 8 familiaux, avec l’intention d’illustrer par des liens universels et intemporels, le sentiment de nostalgie à la manière de Tchekhov lui-même.

Il s’avère que ce défi artistique, a priori périlleux voire menacé d’auto complaisance, fonctionne à merveille au fur et à mesure que le sac de nœuds patrimoniaux affleure en surface des velléités, frustrations et autres déceptions que la vie ne cesse de mettre en travers de l’utopie fraternelle.

En effet, le retour à Moscou avec émancipation à la clef d’Olga, Macha & Irina, après le deuil du père, les dirige a contrario de ce leitmotiv psalmodique, vers un décevant principe de réalité qu’une sourde mélancolie tente d’obscurcir encore davantage, en perspective d’un avenir jalonné à jamais de souvenirs insaisissables.

« Le temps des copains » de Françoise Hardy, « In the mood » de Glenn Miller, « The sound of silence » de Simon & Garfunkel et d’autres rengaines parsèment désormais, comme les cailloux du petit Poucet, ce chemin socio affectif qu’il ne serait guère possible d’effectuer qu’à rebours.

Ainsi, en s’impliquant lui-même et en impliquant ses trois sœurs, Volodia incarne, dans la distanciation, le spleen suscité par Tchekhov, sans pour autant trahir la sphère de leur intimité.

Un véritable exercice d’équilibriste scénographique qui fascine autant qu’il convainc les spectateurs de la nécessité d’ôter toute réserve au quant à soi, afin d’entrer en empathie avec le mal être d’une humanité à fleur de peau.

Au terme du cycle, quel sera donc le rôle de « La Cerisaie », troisième volet du tryptique consacré à Tchekhov et mis en scène par Paul Desveaux ?

Nous savons que celui-ci la conçoit d’avance comme « Le songe d’un monde à venir » ou plus précisément comme « un de ces rêves que l’on fait à l’aube et qui ressemblent terriblement à la réalité ».

Theothea le 09/11/10

LA COMPAGNIE DES SPECTRES

d'après Lydie Salvayre  

de & avec Zabou Breitman

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Théâtre Monfort

Tel: 01 56 08 33 88

 

       photo ©  Cat.S - Theothea.com  

       

Dans une saga familiale où trois générations de femmes se transmettent leurs ressentiments et leurs aversions vis-à-vis d’un pouvoir qui les livre, pieds et poings liés, à l’exclusion et à l’infamie, Zabou Breitman défend bec et ongles son personnage à trois têtes qui, crânement, encense, interpelle et défie le clone fantasque du Maréchal Pétain, à travers la figure inopportune d’un huissier.

Parvenant à réduire l’ex « Père de la Patrie » à une poupée de chiffons, au cours d’une mascarade dansée jusqu’au baiser de Judas, la comédienne s’investit en une performance où il lui faut incarner le rapport de forces collaborationnistes au point de le transcender plutôt que de l’interpréter.

Au sein d’un décor rappelant davantage le manège enchanté d’une maison de poupée en plein fouillis évoquant à taille de petite fille, les traumatismes obsessionnels que sa mère et sa grand-mère se partagent à longueur de journée dans l’actualisation de sa propre mémoire enfantine, l’actrice, revêtue d’une de ces robes années 40 que la Libération a mis définitivement à la mode, tourbillonne en magicienne au plus fort de son talent.

Il aura fallu treize années de préparation pour que cette artiste polyvalente du spectacle vivant parvienne à objectiver sur scène, ce « One woman », inspiré par le roman de Lydie Salvayre dont elle ne cesse désormais de privilégier l’écriture dramatique.

A la manière de Philippe Caubère, avec ce savoir-faire expérimenté, avec cette fierté jusqu’au boutiste, avec cette puissance imaginaire infinie permettant de soulever les tréteaux, voici Zabou en pygmalion d’elle-même autant qu’en démiurge de ses ombres tutélaires, s’élevant au mythe de Don Quichotte à l’assaut majuscule de l’Injustice.

En véritable Alice au pays des cauchemars, l’actrice réussit à conjurer les démons de l’innommable, tout en passant de l’autre côté du conte là où l’humour et la distanciation terrassent l’adversité grâce à la liberté de penser, de fantasmer mais surtout… de jouer avec les spectres.

Theothea le 26/10/10

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