CANNES 2005, la Palme au consensus !
En succédant à
"Fahrenheit 9/11" dont l'élection présidentielle
de 2004 aux U.S.A. était bel et bien l'enjeu politique et en
définitive la cible ratée, la Palme d'Or 2005 se devait d'afficher
profil bas en se reconstituant une image éthique irréprochable
cautionnée par une ambition artistique indéniable!
En faisant plus que jamais appel aux "valeurs
sûres" ayant contribué dans un passé récent à
la notoriété de ce prestigieux Festival du film international,
la réunion au sein de la sélection officielle de nombreux metteurs
en scène déjà récompensés à Cannes,
en perspective d'une 58ème compétition à l'écoute
des tribulations du monde où chacun participerait selon son registre
artistique à la consécration de l'un d'entre eux ou le cas
échéant d'un entrant méritant au club tant prisé,
se devait d'assurer le renouveau d'une emblématique Palme d'Or à
haute considération morale!
Photo: ©
Theothea.com
Ainsi fut fait sous l'auspice
d'un jury consensuel où l'autorité du président
Emir Kusturica avait, à
son cahier des charges, la volonté délibérée
de définir a priori les qualités spécifiques de la
distinction suprême en deux tendances lourdes: Son retentissement public
et son témoignage artistique irréfutable. Bardés de
critères aussi "explicites", les jurés pouvaient aisément
remettre leurs états d'âme au rayon des accessoires encombrants
et fusionner comme "un seul homme" vers une option où le plus grand
dénominateur commun serait nécessairement le bon choix!
Un calculateur numérique n'aurait certes pas pu faire
mieux!
Photo: ©
Theothea.com
Restait aux Prix annexes, la tâche subtile
de répartir selon une appréciation intelligible, la reconnaissance
des vertus éclectiques qui contresignaient l'évidente pertinence
de la cuvée cannoise 2005!
Dans
ce contexte, mal aisé de différencier qui, de la compétence
de l'organisation du Festival, du talent du jury, du consensus médiatique,
a réussi non seulement à tétaniser une grande majorité
de la critique mais surtout à substituer un éventuel et pernicieux
effet boomerang de Michael
Moore en un plébiscite pour les
frères Dardenne,
si peu évident à pronostiquer!
D'autant plus qu'à
l'unisson, Theothea.com a su apprécier à l'instar de l'ensemble
des festivaliers leur film
"L'enfant"!
Cependant ce grand rendez-vous du
cinéma mondial qui, selon l'idée de son président
Gilles Jacob, est destiné
à donner à l'ensemble des participants un surcroît
d'énergie jusqu'à l'édition suivante, nous avait jusqu'ici
habitués à des palmarès plus audacieux, davantage
passionnés, voire simplement plus subjectifs!
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Photo: © Christine
Plenus
Ne faudrait-il d'ailleurs pas chercher des incidences
de prudence du côté de la conférence de presse finale
à laquelle désormais, depuis 2004, le Jury doit s'astreindre
à la suite de la proclamation du
palmarès afin d'expliquer a posteriori les tenants
et aboutissants de ses motivations, en justifiant de fait les choix dictés
par sa délibération?
Pour notre part, si la réserve
inspirée par une certaine indifférence vis-à-vis de
"Caché" de Michael
Haneke (Prix de la mise en scène)
et de
"Broken flowers" de Jim Jarmusch
(Grand Prix) va à l'encontre du
sentiment général, nous souscrivons pleinement à
"Shangaï dreams" de Wang Xiaoshuai
(Prix du Jury),
"Free zone" d'Amos Gitaï
(Prix d'interprétation féminine
: Hanna Laslo) et
"Trois Enterrements" de Melquiades Estrada
(Prix du scénario :
Guillermo Arriaga &
Prix d'interprétation masculine: Tommy Lee
Jones), mais nous restons davantage perplexes
face à
"Moi, toi et les autres" de Miranda
July (Caméra d'Or & Grand
Prix de la Semaine de la Critique) où nous pensons discerner une
complaisance implicite et une acceptation latente mal dénoncée
du regard adulte vis-à-vis d'une enfance désorientée!
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Photo:
© Theothea.com
En
outre, nous souhaitons distinguer particulièrement deux longs
métrages présentés à "La Semaine de la Critique",
"Mang Zhong" de Zhang
Lu (Prix ACID) et
"Orlando Vargas" de Juan Pittaluga
(premier film) qui, selon des styles
éminemment personnels, se rejoignent dans un autisme formel et une
abstraction étrange qui ont su nous subjuguer!
Photo: ©
Theothea.com
En revanche, nous n'opposerons ici au choix
institutionnel de la
Palme d'Or 2005 qu'un seul film dont nous avons
apprécié jusqu'à la lie la saveur cinématographique
et estimé la richesse culturelle, imaginaire et mentale!
Selon notre point de vue, il s'agit d'une
réalisation marquant l'aboutissement d'une uvre, peut-être
même d'une carrière de metteur en scène qui atteint son
point d'orgue, en s'emparant des ressources traditionnelles du Western pour
peindre une épopée musicale, une quête moderne où
les lois de la filiation viennent s'entrechoquer dans un fracas tellurique
que les destinées ne sont pas en mesure d'assumer!
© 2004 Reverse angle International
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Dans un décor
américain à hauteur désertique des fantasmes
réminiscents, une interprétation à distance des âmes
influe sur les soubresauts de cinq personnages en métaphore d'une
famille décomposée jusque dans la solitude des ombres mort
vivantes les entourant au sein de nulle part!
"Don't come knocking", c'est le chef-d'uvre de
Wim Wenders, pleinement
conscient d'avoir réussi à convoquer sur l'écran, la
paranoïa existentielle d'un Don Quichotte
trans-générationnel!
Ceci n'expliquant assurément pas cela, nous
nous rappelons qu'il y a quelques années, le téléphone
portable envahissait la Croisette comme un signe des temps relationnel ou
pas entre les festivaliers!
Désormais nous pouvons observer
que l'objet nomade squatte une grande majorité des scénarios
au point d'en constituer non seulement l'icône référentielle,
mais très souvent le point de convergence des libido en errance masquant
les raccourcis de la créativité des auteurs renvoyant en
abîme les écrans numériques occuper la vacuité
d'une époque en addiction de haute technologie!
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Photo:
© Theothea.com
Cette posture conditionnée
peut finir par confiner au sublime lorsque cette pulsion du portable parvient
à susciter en temps réel l'accident fatal à l'être
adoré, quitté l'instant d'avant au volant de sa voiture
"Odete" de Joao Pedro
Rodrigues (Quinzaine des Réalisateurs
- Mention spéciale des cinémas de recherche) et pour lequel
ensuite les forces de l'esprit bouleversé n'auront de cesse de ressusciter
le corps affectif!
en vain?
Que vive donc la 59ème édition du
Festival du film de Cannes, du 17 au 28 mai 2006!
Theothea le 26 mai 2005
Le
Festival
de Cannes
2005, en consultation sur le
web:
-
Compétition
officielle
-
Quinzaine
des réalisateurs
-
Semaine de la
critique
BONUS |