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 60ème Festival de Cannes 

     

FESTIVAL  INTERNATIONAL  du  FILM  de  CANNES

depuis    1997

     

   

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A la recherche d’un 60ème anniversaire... à fleur d’écran

   

           

                  Photo:  ©  Theothea.com

   

Tous furent charmés mais néanmoins certains ne succombèrent pas au consensus d’un palmarès officiel certes légitime mais dont l’audace parcimonieuse n’avait pas vraiment su prendre parti pour une oeuvre artistiquement ambitieuse.

Ainsi qu’il aurait été magistral de faire monter de quelques marches supplémentaires le film de Carlos Reygadas « Lumière silencieuse » en le propulsant aux ors de la Palme en substitution de son prix du  jury ex-aequo avec " Persepolis ", en l'occurence jubilatoire dessin animé dont les voix de Danielle Darieux, Catherine Deneuve et Chira Mastroianni contribuent au ton ironique et persifleur fustigeant allégrement  les rigidités socio-politiques iraniennes au travers l'éducation d'une jeune enfant devenant femme.

   

                  Photo:  ©  Theothea.com

Mais revenons aux vertiges oniriques de "Silent Light", voilà en effet une oeuvre totalement aboutie tant sur le plan de la réalisation que de la photo où des acteurs non professionnels signent une interprétation mystique d’un adultère que l’éthique ménnonite ne peut assumer mais dont des forces telluriques et hypnotiques ne peuvent le soustraire.

   

                                        Photo:  ©  Theothea.com

Une lenteur totalement envoûtante s’empare de l’image, de la caméra et de la bande-son au point de susciter un suspense entre vie et mort que seule la candeur d’un enfant pourrait ressusciter de la stupeur générale engendrée par la transgression intolérée et refoulée.

     

                                    Photo:  DR  presse Festival

Un film magnifique, s’il en est, où l’exigence morale rencontre la perfection d’une technique cinématographique acérée à nulle autre pareille. Un chef d’oeuvre incomparable.

Cependant à l’égard d’une tentation unique de la pensée, qu’il soit admis que cette prise de position artistique n’enlève en rien au témoignage de Christian Mungiu « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » dont nous avons su apprécier la force des plans-séquences contribuant à soulever efficacement des voiles mafieux sur les moeurs de la Roumanie sous Caucescu.

   

                    Photo:  DR  presse Festival

Mais puisque le réclame au final l’une des deux héroïnes malgré elle de cet avortement lugubre et clandestin à l’adresse de son amie bouleversée: « Nous ne parlerons plus jamais de cette histoire », pourquoi ne pas estimer que décerner la Palme d’Or en 2007 à ce docu-fiction relatant des souffrances roumaines vingt ans auparavant, pourrait s’apparenter à un excès de médiatisation tardive? N’aurait-il pas été préférable de lui attribuer le prix du jury par lequel tout un chacun aurait appréhendé l’enjeu socio-politique de cette sinistre période ?

Par ailleurs la sélection officielle comportait une lacune notoire, celle de n’avoir pas osé mettre en compétition « Calle Santa Fe » de Carmen Castillo en conservant ce film en réserve dans l’excellent vivier d’« Un certain regard ».

   

                                  Visuel:  DR  presse Festival

Or en cette catégorie, aucune reconnaissance ne lui fut dédiée alors que le jury présidé par Pascale Ferran, sous le choc de « California dreamin’ (endless) » de Cristian Nemescu mort accidentellement en fin de tournage, lui décernait à juste titre... posthume ce prix « Un certain regard », notamment en raison des prouesses du monteur pour reconstituer l’excellent puzzle non terminé d’un récit entre parenthèses où un train militaire américain en route pour le Kosovo est bloqué plusieurs jours dans un village roumain par un chef de gare pointilleux...

   

                     Photo:  DR  presse Festival

Cependant le plébiscite clamé en salle Debussy avait été confondant tout au long d’un générique d’une longueur inégalée tant il y avait de protagonistes à citer durant les quelques quarante années que parcourt, de manière contradictoire et critique, la saga militante du MIR s’identifiant à l’histoire socio-politique du Chili en tant que combat culturel et identitaire d’un peuple dont certes le niveau de vie moyen s’est amélioré mais dont les disparités économiques se sont encore accrues davantage.

Comment donc ne pas imaginer que le jury de la sélection officielle n’eût pas considéré que « Calle Santa Fe » en mémoire de l’assassinat de Miguel Enriquez, dirigeant fondateur du MIR, symbolise une splendide quête allégorique dont la survie affective des idéologies collectives en lutte mondiale depuis 1968 que d’aucuns voudraient liquider en simple perte, est un noble enjeu  ?

Oui, Carmen Castillo a effectué un travail remarquable d’enquête, de contre-enquête avec des argumentaires à charge et à décharge, se mettant en scène elle-même dans le rôle vécu mais inconfortable de compagne du leader charismatique, tout en ayant pris ses distances avec la cause révolutionnaire en exil dans la diaspora chilienne même après la chute du dictateur Pinochet.

                   Photo:  DR  presse Festival

Ne cautionnant pas pour elle-même la politique dit du retour qui consistait à réintégrer le Chili dans la clandestinité, la réalisatrice met en place les témoignages d’une problématique nationale par le biais d’images d’archives confrontées à une enquête actualisée concernant la maintenance de l’organisation du MIR perdurant jusqu’à nos jours.

Que faire de toutes ces luttes ? Comment justifier les sacrifices vitaux qu’ils ont nécessités ? Comment apprécier leurs valeurs ? Comment les réactualiser dans les combats sociaux du XXIème siècle ?

Comment faire profit d’un mouvement de révolte profondément populaire qui paradoxalement a suscité au fur et à mesure des inadaptations, des rigidités organisationelles engendrant à leur tour une progéniture souffrant de l’attitude inflexible de parents engagés dans des luttes pour un idéal absolu et sans compromis.

Voilà bien les données dialectiques exposées par Carmen Castillo qui, à cet exercice cinématographique incomparable, devrait être célébrée pour sa mise en perspective de générations perdues ou recouvrées selon la différenciation des points de vue!....

                                   Photo:  DR  presse Festival

Nous lui accordons sans réserve notre coup de coeur 2007 pour cet inoubliable, pédagogique et citoyen « Calle Sante Fe ».

Ce film pourrait devenir un document culte d’une histoire générationnelle mondialisée, tant le mouvement révolutionnaire engagé au Chili fut-il emblématique de la lutte idéologique fixée dans l’antagonisme des classes sociales ayant atteint son apogée à la fin des années soixante.

Quel merveilleux cadeau d’anniversaire, le film de Carmen Castillo aurait-il pu signifier à l’égard du 60ème Festival de Cannes, si seulement « Calle sante Fe » avait pu bénéficier des prérogatives de la compétition !...

Autrement dit pourquoi aurait-on osé « Michael Moore » en 2005, si l’on oublie « Carmen Castillo » en 2007 ?

Mais Gilles Jacob avait un concept plus académique pour célébrer cette édition sexagénaire et il faut reconnaître que l’objectif de réunir 35 courts-métrages de trois minutes chacun autour du thème de la salle de cinéma, réalisés par 35 des plus grandes pointures de la mise en scène internationale, a désormais le mérite d’exister afin que chaque cinéphile puisse y décompter ses pépites au travers de sa perception subjective du 7ème art.

Mais force est de constater que réunis sous le titre de « Chacun son cinéma », il est quelque peu indigeste de les visionner bout à bout selon un ordre apparemment arbitraire, sans lien apparent ou autre propos liminaire introduisant leur spécificité. Peut-être aurait-il fallu que chaque metteur en scène en fasse une brève présentation pour en situer l’intention et la signature artistique.

Notre préférence va spontanément à « Cinéma érotique » de Roman Polanski, non seulement parce que le metteur en scène joue le jeu avec les règles inhérentes tout en traitant avec malignité et suspense le thème proposé mais surtout parce que la « chute » y est franchement inattendue, pertinente et irrésistible. Sa réalisation apparaît donc comme un exercice d’école d’un humour distancié dont il est permis de raffoler à ce niveau de compétences.

                    Photo:  DR  presse Festival

Evoquons « De l’autre côté » de Fatih Akin qui a obtenu à juste titre le prix du scénario et pourrait constituer l’autre face de la médaille « Calle Santa Fe ». En effet une amitié au féminin entre deux jeunes filles, l’une turque, l’autre allemande, affronte les aléas de l’activisme politique par-delà les frontières y compris culturelles lorsqu’il met non seulement en question la raison de vivre mais aussi en péril la vie elle-même de ses protagonistes tout en impliquant leurs proches, en l’occurrence la mère (Hanna Schygulla) de l’une alors que l’autre n’a plus de repères familiaux.

Un miracle pourrait cependant s’opérer dans la construction d’un lien fort entre cette mère allemande et l’amie turque de sa fille, survivantes ensemble d’un échec lourd à assumer, afin de perpétuer la mémoire de celle qui s’est battue par idéal de justice et d’amour...

C’est aussi cela Cannes, l’entrechoquement de ces cinématographies qui problématisent, interpellent, questionnent le monde dans ses différenciations, ses disparités et ses conflits, avec à la clé une générosité humaine abyssale.

        

                  Photo:  ©  Theothea.com

Alors comment rester insensible à « Foster child » de Brillante Mendoza, film célébré à la Quinzaine des Réalisateurs, où l’on suit aux Philippines sur plusieurs mois l’éducation par une nourrice professionnelle de très jeunes enfants destinés à l’adoption occidentale? Comment ne pas ressentir la déchirure d’une affection dont la brisure radicale est la destinée, quelle que soit la complétude du don de soi-même certes rétribué mais dont la seule récompense finale est néanmoins la perte d’une partie de soi-même. Film bouleversant telle l’actrice Cherry Pie Picache qui joue ce rôle de passeuse entre la culture asiatique initiale vers ce monde occidental inconnu.

Pareillement, comment ne pas être troublé par « XXY » de Lucia Puenzo qui rafle au passage plusieurs prix concernés par la Semaine de la Critique qui révèle, entre monstruosité et identité au travers de la crise d’adolescence, ce que du masculin au féminin peut être le trouble universel lorsqu’il se confronte au cumul plutôt qu’à la différenciation des sexes.

     

                                    Photo:  ©  Theothea.com

Loin de tout voyeurisme hors sujet, ce premier film d’une réalisatrice argentine parrainée par son père (Luis Puenzo) devenu lui-même producteur de ses propres films par nécessité, n’est pas une simple affaire de famille mais bel et bien le prototype d’une investigation sur le vivant et le charnel intégrés à l’affect et au social. Une prometteuse réalisatrice est née!....

Enfin loin des rumeurs et autres paillettes, nous avons gardé pour la bonne bouche, la proclamation publique de Claude Lanzmann en salle Bunuel lors de la présentation de son « Pourquoi Israël ? » dans la section Cannes Classics devant Thierry Fremaux et en présence de l’ambassadeur d’Israël en France :

   

                    Photo:  ©  Theothea.com

En effet à plus de quatre-vingt ans, le réalisateur-documentariste de « Shoah » a annoncé, à mi-chemin entre résolution et boutade, qu’il avait l'intention de faire prochainement son premier long métrage de fiction, que celui-ci serait sélectionné pour Cannes, emporterait la Palme d’or et qu’ainsi metteur en scène attitré du Festival, il reviendrait par la suite en tant que Président du Jury.

Voilà donc bien un programme présidentiel conséquent qu’il lui faudrait certes honorer mais que d'aucuns et non des moindres pourraient lui envier !...

   

                  Photo:  ©  Theothea.com 

                                   Photo:  ©  Theothea.com 

Alors, d'une clôture de la Quinzaine des Réalisateurs avec le facétieux " Smiley face "  de Gregg Araki jusqu'à celle de la Compétition Officielle avec son prestigieux palmarès présenté par Diane Kruger, ainsi d'une relève pleine de talents prometteurs jusqu'à Alain Delon sollicitant 25 secondes d’applaudissements en cette Salle Lumière pour autant d’années qui commémoraient, date pour date, la disparition de Romy Schneider, les festivaliers accordèrent volontiers leur hommage sentant confusément qu’une page du cinéma s’était effectivement tournée sur les marches du 60ème anniversaire... quasiment à fleur de peau.

Theothea le 07/06/07

       

    

       

Le Festival  de Cannes 2007

ses palmarès

en consultation sur le web:

     

     

- Compétition officielle

- Quinzaine des réalisateurs

- Semaine de la critique 

   

   

   

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