Les
Chroniques
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9ème
Saison
Chroniques 09.51
à
55
Page 140
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2004 -
2005
En
Bref...
etc...Thea
"F.
FORESTI / Quand
vient la
nuit"
La
17ème
Lettre
d'
EN
COULISSE
Janv. 05
THEA
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THEA
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DIEU EST UN STEWARD DE
BONNE COMPOSITION
de Yves
Ravey
mise en
scène Jean-Michel
Ribes
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****
Théâtre du Rond-Point
Tel: 01 44 95 98 00
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Comme dans un trou noir de la mémoire, ce conte philosophique de
Yves Ravey emmène trois comédiens aguerris sur les flots tumultueux
du cauchemar éveillé!...
Comme entre deux eaux, le spectateur lui tente de sonder les
référents sur lesquels il souhaiterait s'appuyer mais, telles
des bouées folles, ceux-ci s'échappent en vrille ascendante
à tout entendement!...
Le metteur en scène convaincu des vertus cathartiques d'une
logorrhée onirique laisse filer la prolifération des impasses
en laissant s'installer la sidération collective!...
Au demeurant dans un magnifique décor mental de Patrick Dutertre,
illustrant un hôtel dancing situé au milieu de nulle part, Judith
Magre, Michel Aumont, Claude Brasseur, trois poids lourds du théâtre
contemporain s'affrontent dans une phénoménologie de l'esprit
où les symboles tentent de gravir l'échelle du souvenir jusqu'au
stade de l'enfance paradisiaque!...
Mais voici que les parasites de la pensée parviennent à
enrayer ce processus de réappropiation en laissant se télescoper
présent et passé dans un maelström incohérent!...
Ainsi le steward va-t-il tuer la mère grabataire, alors même
que sa soeur l'avait missioné pour exécuter l'intendant
fantasmé en empêcheur de tourner en rond ?
En effet comme dans un rêve diabolique, les actes semblent
échapper au contrôle des pulsions tentant de les diriger, sans
jamais pouvoir atteindre l'intention initiale!..
Paradoxalement tous les éléments semblent réunis
pour réussir un spectacle burlesque qui pourrait se dynamiter de
l'intérieur!...
Au lieu de cela, Dieu autrement dit ce steward de bonne composition, alias
Claude Brasseur, semble atteint par une gravité douloureuse et
rédhibitoire à toute ascension vers les étoiles!...
En face, Michel Aumont délecte son rôle d'homme à
tout faire dans une perversité en demi-teintes dont l'humour ne suffit
pas à Judith Magre pour verser dans le camp du surréalisme,
toute préoccupée par les affres de son frère!...
C'est ainsi que sous la perspective de Jean-Michel Ribes privilégiant
donc ici la parole au geste, cette parabole sur l'immigration des souvenirs,
confrontée à celle des populations en exil engloutissant toutes
impressions premières jusque dans les moindres réminiscences,
accorde davantage priorité à la mauvaise conscience qu'à
la farce délirante... comme pour en célébrer l'acte
manqué!...
Theothea, le 25 janvier 2005
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LA NUIT DES OLIVIERS
de
Eric-Emmanuel Schmitt
mise en scène
Chriostophe Lidon
|
****
Théâtre du Petit
Montparnasse
Tel: 01 43 22 77 74
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Dans "l'évangile selon Pilate", Eric-Emmanuel Schmitt fait passer
le gouverneur de Judée de l'arrogance initiale toute romaine au doute
spéculatif concernant l'incarnation du messie en Jésus
crucifié; dans la "Nuit des Oliviers", l'indétermination change
de camp et se situe en amont de l'arrestation de Yechoua:
Fils d'une mère protectrice mais non identifiée, l'enfant
devenu adolescent effectue des expériences existentielles
déterminantes qui vont conditionner sa vie de jeune homme; il sera
celui qui ignore tout pressentant néanmoins qu'un grand destin s'ouvre
à lui, bien résolu à saisir l'opportunité qui
pourrait devenir celle du genre humain!...
S'entourant d'amis ayant vocation à devenir ses disciples, ceux-ci
sauront le convaincre à chaque découragement ou faiblesse de
sa part, de la nécessité à franchir les obstacles
contingents, considérant que le nombre pléthorique de postulants
au rôle de fils de Dieu ne doit en aucun cas être une inhibition
à cette ambition absolue dont la légitimité pourrait
fort bien lui incomber!..
On l'aura compris, Eric-Emmanuel Schmitt en s'inscrivant ici dans la suite
de l'ancien testament précédant son "évangile selon
Pilate", esquisse l'attente universelle du messie comme étant celle
de tout homme honnête avec lui-même en charge de réaliser
sa destinée sans y chercher de faux-fuyants!...
"Si je perds, je ne perds rien. Si je gagne, je gagne tout. Et je nous
fais tout gagner"
Ce point de vue pragmatique du bien fondé du christianisme peut
paraître a priori très fonctionnel, mais il a la vertu
pédagogique d'en rendre particulièrement humaine la transgression
divine!...
Sur la scène du petit Montparnasse, une chandelle symbolisant la
présence maternelle va permettre à Yechoua de maintenir un
lien permanent avec ses origines terrestres et à Frédéric
Quiring son interprète d'établir une dialectique entre la mission
christique et celle de l'acteur!...
Une lumière sensuelle imprègne le périple du
comédien et rend poétique la problématique de la
découverte de soi, de la présence au monde, de la relation
à autrui, en donnant ainsi toutes ses chances à la Rédemption
de l'humanité!...
Theothea, le 26 janvier 2005
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LES GRELOTS DU FOU
de Luigi
Pirandello
mise en scène
Claude Stratz
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****
Théâtre du Vieux-Colombier
Tel: 01 44 39 87 00
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"Il faut être fou pour dire la vérité !..."
En fondant "Les grelots du fou" sur ce postulat, Luigi Pirandello va pouvoir
développer un double thème:
D'une part toute vérité n'est pas bonne à dire; d'autre
part en accointance avec la folie, la vérité n'est pas
crédible par l'opinion... ce qui paradoxalement peut devenir un
atout!...
Ainsi Béatrice, persuadée à tort ou à raison
d'être trompée par son mari "Le cavaliere", va souhaiter le
confondre avec sa maîtresse qui n'est autre que l'épouse de
Ciampa, l'intendant de la famille!...
Dans cette petite ville de Sicile au début du XXème
siècle, le sentiment de l'honneur est plus important que tout autre
considération!... Encore faudrait-il être suffisamment diplomate
pour que le sentiment de vengeance ne se retourne pas contre les victimes
supposées!...
Face à l'attitude radicale et monomaniaque de Béatrice va
s'élever celle de Ciampa qui, en son for intérieur, a acquis
une même conviction d'adultère mais opte pour le statu quo tant
que les apparences sont sauves, parce qu'il pressent la vérité
comme destructrice et annonciatrice de malheurs!...
Béatrice, révoltée, souhaite elle la honte absolue
pour son époux!... Ciampa se sachant lui jusqu'au-boutiste, craint
la logique induite du meurtre!...
Celui-ci pense aux conséquences de la vérité
exposée sur la place publique, celle-là uniquement au soulagement
provisoire suscité!...
Selon Ciampa, "trois ressorts agissent dans nos têtes", le ressort
des convenances, celui du sérieux et celui de la folie. Chacun des
trois fonctionne à tour de rôle en garant des deux autres. Lorsque
les deux premiers ont épuisé leurs ressources, le troisième
peut encore sauver la mise!...
C'est ainsi que le mal ayant été fait, c'est-à-dire
en l'occurrence l'éxécution de la procédure juridique,
Ciampa a une fulgurance salvatrice: Sa patronne devra être
déclarée folle par l'institution psychiatrique de manière
à ce que "sa vérité de femme trompée" apparaisse
aux yeux du monde comme une fantaisie d'hystérique et en conséquence
lui, Ciampa, sera débarrassé de son devoir d'honneur à
trucider!...
La nouvelle traduction de Ginette Henry se veut au plus près du
texte original en italien, ne cherchant pas à moderniser l'expression
orale de personnages quelque peu désuets, mais au contraire en impliquant
le ressentiment de chaque protagoniste dans une compréhension globale
du drame existentiel!...
Alain Pralon et Muriel Mayette excellant dans des perspectives opposées,
donnent tout loisir à leurs partenaires Dominique Constanza, Jean-Pierre
Michaël, Christian Cloarec, Michelle Gleizer, Dominique Marcas et
Françoise Pinkwasser, pour jouer pleinement leurs rôles de mouche
du coche!...
Au théâtre du Vieux-Colombier, la mise en scène de
Claude Stratz s'appuie sur la truculence des personnages pour élever
la candeur courroucée au rang de fable universelle!...
Theothea le 28/01/05
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MONSIEUR CHASSE !
de Georges
Feydeau
mise en scène
Claudia Stavisky
|
****
Théâtre de
l' Athénée
Tel: 01 53 05 19
19
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Photo libre de droits - Assozef ©
Christian Ganet
Didier Sandre, Molière de la meilleure interprétation masculine
pour "Un mari idéal" d'Oscar Wilde en 1996 après avoir tant
participé depuis vingt ans aux aventures du théâtre
subventionné, révèle subitement dans ce "Monsieur chasse!"
de Georges Feydeau, un sens inattendu de la comédie pour le moins
charmant!...
C'est d'ailleurs de manière similaire la première fois que
pour l'ensemble de la troupe (Bernard Ballet, Patrice Bornand, Christiane
Millet, Didier Sandre, Laurent Soffiati, Martine Vandeville, Philippe Vincenot),
chacun d'entre eux a l'opportunité de s'adonner au vaudeville.
Cette alchimie de comédiens non spécialisés dans
le rire mais bien décidés à s'y livrer pleinement, suscite
d'emblée un esprit de récréation jubilatoire
bénéficiant d'une plus-value transgressive dans leurs
notoriétés professionnelles respectives!...
Ainsi servi sans étiquettes, ce Feydeau peut s'imposer comme
expurgé de tous les clichés traditionnels, retrouvant ainsi
une verdeur originelle tout à fait charmante pour batifoler autour
de la frustration du désir!..
En outre, dépouillé de ses oripeaux petits-bourgeois, le
décor (Graciela Galan & Marie Nicolas) cerné de portes
"témoins" prêtes à claquer à tout va, suscite
chez les acteurs l'indéniable plaisir de jouer à cache-cache
avec les tabous de l'adultère et tous les faux-fuyants que cette
pièce a engendré avec le temps selon sa pléthore
d'interprétations!...
Une sorte d'ivresse générale gagne la scène du
Théâtre de l'Athénée et telle une traînée
de poudre envahit, après l'entracte, toutes les travées
gagnées à une cause délibérément
festive!...
Venue du théâtre des Célestins à Lyon où
sa directrice Claudia Stavisky l'a donc mis en scène, cette tournée
à travers la France de "Monsieur chasse!" possède tous les
atouts pour distraire et ravir l'ensemble du public en jouant avec lui
gagnant-gagnant!...
Theothea le 04/02/05
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SORTIE DE SCENE
de Nicolas
Bedos
mise en scène
Daniel Benoin
|
****
Théâtre Hébertot
Tel: 01 43 87 23 23
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Photo libre de droits - Moteur! ©
Yves Guibeaud
Par ici la sortie!...
Guy Bedos a l'art de susciter les formules choc pour mieux les contrer
à sa guise!...
Certes ses revues de presse depuis plus de deux décennies au gré
de ses one man shows ont su galvaniser si non les consciences politiques
tout au moins l'ensemble des rieurs que l'artiste à nul autre pareil
est habile à mettre dans son camp!...
Bref, Guy Bedos est doué d'une bonne mauvaise foi tout aussi
séduisante que maligne et caustique!... C'est un "performer" qu'une
logorrhée improvisée sur des canevas en forme de pense-bête
a le don de fédérer autour de sa personne aimant à
déblatérer à tort et à raison!...
Guy Bedos devenu septuagénaire s'est élevé en phare
atypique de l'opinion et s'entendrait à le rester non comme une rente
de situation mais bel et bien comme son essentielle "raison de jouer" !...
Alors cherchant non une porte de sortie, mais davantage un prolongement
plus cadré de son aspiration à vitupérer en scène,
voilà que son exaspération instinctive trouve enfin pièce
de théâtre à sa pointure!...
En effet l'un de ses deux fils se révélant dramaturge ose
lui proposer sur un plateau, non sans avoir testé auparavant le refus
poli de Jean-Louis Trintignant ne pouvant en endosser l'ironie, cette "sortie
de scène" ou plus précisément celle de Monceau, auteur
de vaudeville à succès devenu, avec l'âge, un fameux
misanthrope atrabilaire hors pair, tant affectionné par le paternel
de Nicolas Bedos!...
Obéissant à un cahier des charges stricto sensu que le
comédien dans ses sarcasmes les plus délirants n'aurait oser
imaginer, l'incarnation de ce personnage acariâtre allait s'imposer
d'évidences tant au père et qu'au fils!...
Si la paranoïa d'un "Que dit-on de moi à Paris ? " ne saurait
disputer la jubilation de "la connerie est l'antidépresseur des pauvres",
la pièce orchestrée par Daniel Benoin agit comme un déversoir
infini pour tous les ressentiments, animadversions et autres exécrations
chroniques se bousculant au seuil du désespoir latent pour se transformer
soudain telle une citrouille dégoupillée en une compassion
effrénée et positive à l'égard d'une jeune
nièce (Gabrièle Valensi) surgissant avec son mal de vivre!...
Trop caricaturale pour être mesurée à l'aune d'un
drame existentiel, l'intention de catharsis se noie ainsi dans une foultitude
de répliques acerbes ou exaltées sans que l'émotion
puisse y trouver son contentement!...
Seule reste l'impression de cynisme partagée avec ses contemporains
que la fustigation à outrances ne saurait transgresser de manière
profitable pour convaincre!...
Face à sa gouvernante (Elisabeth Margoni), miroir translucide de
son alter-ego, Monceau-Bedos cherche un énième souffle à
sa carrière!... Ce n'est pas le bon!...
Theothea le 02/02/05
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