Les
Chroniques
de
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9ème
Saison
Chroniques 09.46
à
50
Page 139
Marie-Paule BELLE
En
Bref...
etc...Thea
"F.
FORESTI / Les
Félins
m'aiment bien"
La
Lettre
d'
EN
COULISSE
Janv. 05
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|
DECEMBRE
de Maury
Yeston
mise en scène
David Fischer
|
****
Théâtre du Renard
Tel: 01 42 71 46 50
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Photo libre de droits -
production
Lorsqu'elle interprétait "Ne me quitte pas" de Jacques Brel dans
"Et si on chantait ?",
c'était peut-être le seul moment de son précédent
spectacle où il était possible de douter de la justesse du
sentiment exprimé!...
En effet Isabelle Georges, la surdouée du music-hall que les grandes
productions devraient s'arracher alors que celle-ci ne cesse de perfectionner
ses compétences d'artiste complète, conservait alors un
déficit du tragique inversement proportionnel à un savoir-faire
exclusivement positif!...
En osant maintenant s'abandonner sur scène à la souffrance
morale, en intégrant la douleur comme une composante pouvant faire
partie de sa palette de comédienne, en acceptant de laisser passer
sur son visage spontanément souriant les affres du désarroi,
en laissant à l'émotion le temps d'installer ses failles jusque
dans un regard en peine, Isabelle Georges réussit désormais
à crédibiliser l'indicible reliant l'âme du public à
la sincérité du sentiment exhibé sous les
projecteurs!...
Dans "Décembre" les pas de danse, l'énergie, les paillettes
constituent une toile de fond derrière laquelle une femme s'effondre,
s'égare, rêve, se cherche pour découvrir de nouveaux
liens avec la pulsion de vie!...
Accompagnée au piano par Stan Cramer, selon une inspiration
Schubertienne de Maury Yeston, la voix d' Isabelle Georges ose la gravité
autant que la sensibilité poétique d'une dizaine de chansons
jouant avec l'émoi amoureux à la fois tacite et ludique!...
La mise en scène de David Flesher au Théâtre du Renard
suggère une perspective scénique située de l'autre
côté du rideau rouge, là où les applaudissements
s'estompent dans le brouhaha de la salle qui se vide!...
L'imaginaire peut alors s'évader vers des rencontres improbables
mais nourri de vérités fondatrices que la chorégraphe
Lilja Hermannsdottir saura accompagner d'une discrète sensualité
en ruptures!...
En esquissant son aura, en réfrénant son charisme de show-woman,
Isabelle Georges atteint dans l'intimité d'un spectacle pour happy-few,
la dimension humaine d'une étoile, c'est-à-dire cet univers
où la frustration se sublime en appréciation attisée
par l'attente des créations artistiques à venir!...
Theothea le 13/01/05
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J'ETAIS DANS MA MAISON
ET J'ATTENDAIS QUE LA PLUIE VIENNE
de Jean-Luc
Lagarce
mise en scène
Joël Jouanneau
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****
Théâtre Cité Internationale
Tel: 01 43 13 50 50
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Cinq femmes prostrées dans l'hébétude de l'impensable
sont en errance sur le plateau de La Galerie (Cité internationale)
tout jonché de feuilles mortes et comme veillées par une chandelle
vacillante perdue là-bas dans un coin!...
Eparses quelques caisses, un chambranle d'armoire et rien d'autre que
le désespoir, celui qui s'abat sur le destin d'une attente interminable
se soldant en définitive par un constat d'échec absolu!..
De la plus ancienne à la plus jeune, Catherine Hiegel, Mireille
Perrier, Cécile Garcia-Fogel, Océane Mozas et Sabrina Kouroughli
habitent les rôles de lignée familiale avec l'espoir infini
du retour du (petit-)fils et frère prodigue autrefois parti en
révolte contre le père décédé depuis!...
Et voilà qu'un sac de voyage peut-être même de marin
aurait fait irruption ce matin dans la maisonnée à bout de
bras d'un zombie semblant parvenir à l'étape ultime d'une vie
sans nom!...
Ainsi serait-il revenu celui dont l'attente aurait mystifié ses
soeurs, sa mère et sa grand-mère au point d'y consacrer la
totalité de leurs ambitions ici-bas!...
Mais alors qu'il repose maintenant plongé dans un sommeil sans
sursis isolé dans sa chambre, voici le temps des regrets qui surgit
en boomerang de destinées déniées par elles-mêmes
sans pouvoir comprendre le sens du sacrifice non identifié!...
A la recherche du temps perdu, il n'y aurait rien eu à trouver!...
Le drame est là, brutal et sans appel!...
Interprétations et distanciation magistrales non sans humour
décalé dans le ton et la gestuelle viennent corroborer le texte
de Jean-Luc Lagarce dans une mise en scène fantasmatique de Joël
Jouanneau, créée l'été dernier à Bussang
sur la scène du théâtre du peuple, grande ouverte sur
la forêt des Vosges!...
Theothea le 18/01/05
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LE NON DE KLARA
de Soazig
Aaron
mise en scène
Carole Drouelle
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****
Espace Rachi
Tel: 01 42 17 10 38
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Photo libre de droits -
production
Etirée telle une sculpture de Giacometti, la marionnette conçue
par le scénographe Morgan en s'articulant autour des ressorts et rouages
cachés de son squelette est la véritable médiatrice
pour l'adaptation au théâtre du texte de Soazig Aaron, prix
Emmanuel-Roblès et bourse Goncourt du premier roman 2002.
Autour d'elle et à ses soins, deux comédiens Delphine Cheverry
(Angélika) et Philippe Superbie (Alban) vont s'exercer à la
maïeutique en coordonnant le (non)retour de Klara à la vie comme
dans une réappropriation des affects après le traumatisme
absolu!...
Pantin jeté aux camps de la mort, la remontée par paliers
à la surface des faits bruts devrait amener la marionnette à
décharger Klara d'un fardeau existentiel pour recouvrer le cours
de sa destinée interrompue entre 42 et 45.
Cependant la résistance aux pulsions de vie va empêcher Klara
de se frayer la voie vers une résilience progressive. Morte à
elle-même, sa volonté déterminée sera de
disparaître définitivement du champ des possibles au regard
de Victoire, le bébé confié dans l'urgence, trois ans
auparavant au départ de la rafle!...
La seule issue supportable serait de faire table rase du passé
pour inventer une nouvelle identité en rupture totale avec toute
mémoire et toute transmission de vie; néanmoins la romancière
conclura cette période: "Klara comme un chantier"!...
A l'espace Rachi à Paris où après Casablanca, Fresnes
et Choisy, la mise en scène de Carole Drouelle, jouant avec
l'emboîtement et l'ajustement pêle-mêle de tables et autres
caisses, permet aux deux comédiens de suivre le journal de bord
d'Angélika en confrontant leurs voix entre objectivité et
subjectivité!...
Pour un non ou pour un oui ? De l'un à l'autre, si peu à
énoncer mais si grave à assumer face à cette quête
dans l'indicible!...
Theothea le 20/01/05
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LA VERSION DE
BROWNING
de Terrence
Rattigan
mise en scène
Didier Bezace
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Théâtre de la Commune
Tel: 01 48 33 16 16
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En pénétrant au théâtre de la Commune dans
la pénombre d'un amphithéâtre aux pupitres de bois, les
prémices des réminiscences scolaires saisissent d'emblée
le spectateur plongé dans l'émotion du huis clos
éducatif!...
De fait, Didier Bezace ne lui offrira pas d'autre échappatoire
que celle de connaître et ressentir les affres subis par Andrew
Crocker-Harris, professeur émerite de grec ancien et latin, en proie
à une incompréhension de ses pairs le poussant à tomber
malade et à s'exclure de l'institution enseignante!...
Si quelques tentatives d'un collègue pragmatique Franck Hunter,
professeur de sciences ou celles d'un élève Taplow en retard
sur le programme, devraient contribuer à maintenir Andrew la tête
hors de l'eau, a contrario une dépression latente cumulée aux
assauts indélicats du chef d'établissement et surtout le double
jeu de sa propre épouse, vont excercer jusqu'à l'étouffement
toute possibilité d'estime de soi, malgré la palette des titres
universitaires obtenus au cours de la carrière!...
Ainsi lorsque la sphère privée de nature hypersensible rejoint
une vie professionelle carapacée par le savoir en un carcan où
la différenciation entre être et paraître n'est plus
accessible, le bourdonnement de l'acte ultime semble se rapprocher avec une
sourde évidence!...
Dans cette perspective l'auteur aura dû lutter avec ses propres
démons pour éviter le piège manichéen soit du
happy end soit du ressentiment fatal, en optant pour une issue indécise
laissée à l'appréciation subjective du public!...
En effet convaincu que le sens du théâtre doit se prolonger
dans celui de la création dramatique, c'est dans l'implicite et la
suggestion, préférant le mutisme à la parole que Terence
Rattigan cultive l'instinct, selon lui inné, qui autorise le dramaturge
au bénéfice d'une schizophrénie sous contrôle,
d'être le spectateur de sa propre pièce!...
A l'instar de l'ambivalence régnant sur "La ville dont le prince
est un enfant", Didier Bezace va s'emparer de cette incertitude latente pour
laisser planer sur les personnages l'équivoque des mots face à
la vulnérabilité des consciences!...
Comme si le metteur en scène osait débusquer entre les lignes
de la dramaturgie, les forces inconscientes laissées
délibérément en friche!...
Theothea le 17/01/05
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HEDDA GABLER
de Henrik
Ibsen
mise en scène
Eric Lacascade
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Théâtre de l'Odéon Berthier
Tel: 01 44 85 40 40
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Récemment Hedda
Gabler était une
schizophrène composée par Emmanuelle Seigner sous la direction
de Roman Polanski au théâtre Marigny; quant à Isabelle
Huppert, elle était la prodigieuse interprète de
4.48 Psychose mis
en scène par Claude Regy aux Bouffes du Nord.
Aujourd'hui Hedda et Isabelle se confondent sous le regard scrutateur
de Eric Lacascade aux ateliers Berthier Odéon, comme s'il s'agissait
d'une entité en défenses antisismiques!...
Loin de vouloir abolir toutes secousses internes qui mèneraient
inéluctablement la femme fatale au geste ultime, le metteur en scène
organise symboliquement autour de l'actrice tous les garde-fous censés
la protéger d'elle-même pour mieux révéler ce
que serait la vacuité d'un projet voué à la seule logique
dépressive:
Isabelle Huppert n'est pas, ne sera pas cette Dame aux camélias
inaccessible subissant l'idéologie castratrice d'un temps révolu
mais davantage cette jeune femme contemporaine mal à l'aise se prenant
par inadvertance au jeu des influences là où d'autres joueraient
à la roulette russe par désoeuvrement!...
Claudiquant sur des espadrilles à talons incommodes, la
comédienne s'emmêle la démarche pour mieux disséminer
ses leurres aux quatre coins d'un espace ludique dissimulant l'eau et le
feu dans la transparence compacte du verre et sous les oripeaux de canapés
médiocres!...
Cernée par un chemin de ronde (dés)annonçant les
visiteurs - Jörgen Tesman (Pascal Bongard), Julie Tesman (Elisabetta
Pogliani), Brack (Jean-Marie Winling), Eilert Lövborg (Christophe
Grégoire), Mme Elvsted (Norah Krief) - en direction ou en partance
de la zone d'irradiation, Hedda reçoit leurs doléances ou
confidences en brusquant l'opportunité des conflits
d'intérêt!...
En tête chercheuse résolue, elle saisira le précieux
manuscrit de l'ex-soupirant et néanmoins auteur en devenir pour mieux
annoncer dans la dévastation de l'autodafé, suicide et infanticide
se masquant à l'avance sous l'acte manqué!...
Un massacre en touches successives que rien n'explique si non par la
beauté du geste supputé, comme celui d'une post-adolescente
idéaliste, davantage manipulatrice que romantique!...
Isabelle Huppert n'était pas vraiment attendue dans ce registre!...
C'est précisément en déconcertant d'emblée
le célèbre drame bourgeois d'Henrik Ibsen qu'après
l'entracte, l'ensemble du puzzle tourne ainsi au sacrifice antique pour mieux
en célébrer le surréalisme tragique dont l'ensemble
des fils non-existentiels se seraient tramés à l'insu de
tous!...
Aux rappels, la comédienne a le sourire mélancolique de
celle qui, ayant divergé les mécanismes d'un piège trop
bien ciblé, renvoit la fatalité en miroir de ceux qui la
contemplent!...
Theothea le 19/01/05
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