Les
Chroniques
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10ème
Saison
Chroniques 10.81
à
10.85
Page 166
Compte-rendu du 59ème Festival de Cannes
Les
MOLIERES
Nominations
2006
Le
Point
de vue a posteriori de
Theothea
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D'AMOUR ET D'OFFENBACH
de Tom Jones
mise en scène
Jean-Luc Revol
|
****
Théâtre 14
Tel: 01 45 45 49 77
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Photo
Lot
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"Tout à fait charmant, un peu branquignol!..." pouvait-on entendre
ce soir-là à la sortie du Théâtre 14.
"The game of love" composé livret et paroles par Tom Jones s'inspirant
lui-même du "Anatole" d'Arthur Schnitzler, a été adapté
en français par Stéphane Laporte qui, ainsi, récidive
après le succès de "I do I do" en 2001 déjà
remarquablement interprété par Manon Landowski dans ce même
théâtre avant d'avoir été repris dans
l'amphithéâtre du Palais des Congrès.
Ainsi d'un Jean-Luc à l'autre, de Tardieu à Revol, la
comédienne se trouve emportée dans le tourbillon de la vie
amoureuse passant par les magies de la fiction, des tribulations d'une
destinée de couple à celle présentement d'un
kaléidoscope de conquêtes féminines successives qui n'en
ferait qu'une aux yeux d'un homme, cet Anatole (Gilles Vajou) se
désespérant d'être aimé pour lui-même alors
qu'il se cherche entre Sacha Guitry et Don Juan.
Chorégraphie d'Armelle Ferron et musique d'Offenbach sous les mains
pianistiques de Thierry Boulanger ou Stam Cramer, scandent et enchaînent
les séquences de ce destin au masculin qui, satisfait de collectionner
les facettes diversifiées de la féminité, n'en confie
pas moins à Max son alter ego (Raymond Acquaviva), ses tergiversations
et ses doutes quant à la pérennité de son ambition
festive.
L'apparition de personnages secondaires successifs (Hervé Lewandowski)
joue les empêcheurs de tourner en rond autour d'un jeu de
société à trois partenaires où le tiers serait
qu'il le veuille ou non, le faiseur ou le briseur de couple, selon les
circonstances.
Légère comme du champagne, cette création a le
mérite de rendre joyeux et enchanté, au propre comme au
figuré, le public qui ne demande qu'à être transporté
avec allégresse dans ces jeux de l'amour.
Theothea le 07/04/06
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TÊTE D'OR
de
Paul Claudel
mise en scène
Anne Delbée
|
****
Théâtre du Vieux Colombier
Tel: 01 44 39 87
00
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Photo
Ldd Emmanuel Orain
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Renversé racines par dessus faîte, l'arbre déraciné
occupe le volume spatial de la scène du Vieux Colombier en traçant
une implacable diagonale de cour à jardin, comme si Anne Delbée
souhaitait barrer dans le champ d'investigation critique les possibilités
d'une perspective analytique se protégeant d'emblée de toute
interprétation sauvage.
En effet, ni "sujet Lacanien", ni même "objet barré", ce
décor unique de Michael Simon déterminant les quatre heures
de représentation pour trois actes avec entracte, impose la courte
échelle nécessaire pour s'élancer dans l'au-delà
de l'absolu, quand toutes les amarres du réel ont été
brisées par des forces titanesques.
Qu'il faille alors renverser les valeurs implicites de la rationalité
jusqu'à s'appuyer sur ce tronc impérial pour l'utiliser comme
rampe de lancement du désir de puissance, voilà en quelque
sorte les signes avant-coureurs du souffle poétique, prêts à
se déverser par vagues de mots sur les flots Claudéliens en
furie.
Thierry Hancisse y est magistral à la mesure hors norme d'un
comédien habité par les fougues contradictoires rendant
velléitaires les ambitions versatiles de Simon Agnel devenu ce Tête
d'or dévoré par l'angoisse dominatrice.
Face à cet Ubu emporté par l'exaltation jusqu'au fanatisme,
le visage de la mort se présente à plusieurs reprises en
approfondissant toujours davantage l'image conceptuelle du passage du vivant
au néant.
Ainsi les personnages de Cébès (Clément
Hervieu-Léger), l'empereur (Andrzej Seweryn) et la princesse (Marina
Hands) vont-ils constituer en des instants fatidiques autant de drames humains
à gérer au mieux en tentant de donner du sens au nihilisme
anxiogène dans des élans de pensée formelle ô
combien lyrique!...
Paul Claudel n'a que vingt-et-un ans lorsqu'il compose cette
épopée poétique qui se laisse pleinement apprécier
dans l'écoute latente se laissant divaguer par les associations
métaphoriques dépourvues à cette époque de mysticisme
triomphant.
C'est alors que l'interprétation dopée par l'énergie
transcendentale d'Anne Delbée peut laisser éclater sa puissance
y compris vocale à tel point que le plateau de la salle Richelieu
pourrait être le cas échéant fort propice à une
reprise ultérieure.
Theothea le 11/04/06
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A LA RENVERSE
de
Michel Vinaver
mise en scène
Michel Vinaver
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****
Théâtre Artistic
Athévains
Tel: 01 43 56 38 32
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Photo
Marion Duhamel
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Tournant sans fin sur lui-même, cet «On achève bien
le corps social» transforme la ronde de vingt comédiens en un
manège de chevaux de bois que le narrateur affronterait en sens inverse
de la marche, comme s'il fallait remonter le temps pour percevoir la clé
de l'action humaine.
Que l'entreprise soit au centre des préoccupations de l'individu,
tenaillé entre le besoin économique et la position sociale,
voilà l'enjeu du travail de Michel Vinaver qui, pour la première
fois à 80 ans, s'empare de toutes les manettes de la représentation
théâtrale pour devenir le metteur en scène de ses propres
textes.
Installant un dispositif scénique que le public peut circonscrire
à 360 degrés selon le point de vue subjectif de chaque spectateur,
il suffira au créateur de tracer un cercle virtuel ceint par les bancs
et les gradins pour que la tragédie moderne prenne une dimension
métaphysique sous la loupe de l'observateur critique.
Voilà qu'au lieu de faire évoluer de manière pertinente
la marque de son produit phare bronzant de «Mi Fa Sol» en «Si
Do Ré», l'entreprise Bronzex va subir de plein fouet un
désastre industriel renforcé par le choix du label
contre-performant «Corps libre» en concomitance avec la mort
annoncée d'une princesse atteint d'un mélanome malin
commentée chaque semaine en direct par elle-même sur les
écrans de la télé-réalité.
En conséquence, la désertion solaire immédiate des
plages balnéaires va entraîner la panique à tous les
niveaux hiérarchiques depuis le management de la maison-mère
aux Etats-Unis jusqu'aux salariés de la boîte française,
induisant une cacophonie de décisions et de contrordres menant à
la grève générale.
Paradoxalement, ce sera l'optimisme pragmatique qui triomphera d'un
dépôt de bilan assuré par une reprise collective sous
forme d'autogestion avec alignement général des salaires.
Fort intéressante dans sa spatialité socio-économique,
cette mise en scène de Michel Vinaver très soutenue par l'ensemble
de la critique, ne nous fera pas néanmoins tomber «à la
renverse», car cette métaphore ingénieuse de la rotation
ne saurait nous faire oublier son réalisme documentaire artistiquement
peu transgressif.
De surcroît selon l'emplacement de chaque spectateur, les
comédiens interprétant le texte de quart, de trois quarts,
souvent de dos et rarement de face, il est indéniable que des
répliques entières se perdent malencontreusement dans l'acoustique
du Théâtre Artistic Athévains restructuré pour
la circonstance.
Theothea le 24/04/06
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LE BAGNE
de Jean
Genet
mise en scène
Antoine Bourseiller
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****
Théâtre de
l'Athénée
Tel: 01-53-05-19-19
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Des «Bonnes» au «Bagne», de la première pièce
de Jean Genet à la dernière, le théâtre de
l'Athénée a donc l'honneur de jalonner à soixante
années d'intervalle les repères extrêmes d'une oeuvre
qui continue à ériger son auteur en créateur hors normes,
vingt ans après sa mort.
La mise en scène d'Antoine Bourseiller, promu de facto en gardien
du temple, a le don de faire surgir une vision métaphysique du Bagne
en organisant la vie quotidienne du cauchemar éveillé autour
d'un mur à deux faces pivotant sur lui-même, entre ombre et
lumière, tout en étant pigmenté de multiples alvéoles
qui constituent le seul lien symbolique de cet univers autarcique avec le
monde extérieur.
Du sommet de la hiérarchie pénitentiaire jusqu'au bagnard
anonyme, tous partagent un même destin, perdu quelque part sur un
îlot abandonné du cortège des vivants. Le sort les
plaçant de part et d'autre de l'autorité de la loi, un modus
vivendi complexe et contradictoire les amène à sanctifier la
notion du sacrifice suprême, célébrant ainsi la mort
par la guillotine comme l'aboutissement exemplaire d'une cérémonie
mystique.
Dans cette perspective Claudélienne, le rapport de forces entre
les hommes devient le seul enjeu qui vaille intérêt à
susciter la haine, l'orgueil mais aussi le respect sans oublier le désir
ambivalent que les frustrations entremêlées ne cessent
d'éveiller à chaque incartade avec le règlement s'imposant
à tous, si ce n'est à leurs consciences homosexuelles ou non.
La dimension scatologique est édulcorée par A. Bourseiller
au profit d'un humour cynique en toile de fond des dialogues de Genêt
qui se prêtent aisément à une interprétation
distanciée en évitant adroitement le panégyrique de
l'expérience carcérale.
Entre valeur documentaire et mystification de la transgression, l'impact
du Bagne reste un secret intime avec lequel chacun est appelé à
transiger dans sa relation entre bien et mal.
Theothea le 06/05/06 |
HAMLET ( UN SONGE )
de William
Shakespeare
mise en scène
Georges Lavaudant
|
****
Théâtre de l' Odéon
Tel: 01 44 85 40 40
|
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Photo
© Ros Ribas
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Si Hamlet était un songe, Ariel Garcia-Valdès en serait
la vision sublimée tant lacteur à la fois dorigine
catalane et castillane, après «La rose et la hache» à
Berthier et avant «Quartett» à lOdéon intra-muros,
se laisse imprégner par la force du «jeu» au moment où
lémotion semplit du texte au point de dire les mots comme
sils lui venaient à lesprit dans linstant.
Arpentant le plateau du nouvel Odéon dans toute son envergure tel
un Phénix à peine réincarné quil ne cesserait
de vouloir en finir avec la monstruosité tranquille que les compromissions
de la vie lui offrent sur un plateau princier, le comédien semble
se dédoubler en pointant un Hamlet virtuel qui sourirait aux anges
dans la position du philosophe ayant assimilé les tourments du
monde.
Du coin de loeil de son cheval de Troie, Georges Lavaudant
personnifié en Claudius loncle usurpateur du titre de Roi ainsi
que dépoux de Gertrude (Astride Bas) la mère dHamlet,
suit son acteur fétiche sans perdre une parole que la traduction de
Daniel Loayza organise en jeu de maux que se disputent lhumanité
corrompue de lintérieur.
Horatio (Babacar Mbaye Fall) toise dans lombre distanciée
ce que la mauvaise conscience pourrait commettre en erreurs stratégiques,
si son protégé nétait déjà hors
datteinte puisque daucuns jugent fou ce prince refusant la
substitution dun père envoyé ad patres par complot.
Dailleurs Hamlet lui-même est prêt den convenir,
ayant bien compris ce que la simulation du délire pouvait susciter
davantages, dévoilant en retour les atermoiements cachés
et contradictoires de lâme humaine.
Fossoyeurs de la posture, Philippe Morier-Genoud (Polonius), Joseph Menant
(Guildenstern/Osric), Pascal Rénéric (Rosencrantz/Laërte)
complètent ce tableau spectral dont il reste néanmoins possible
dêtre songeur.
Cependant que triple modèle de la vertu perdue, Ophélie
(Anna Chirescu, Estelle Galarme, Axelle Girard) se démène sous
les castagnettes de Jean-Claude Gallotta en cadence sur des rythmes andalous
paradant des intermèdes syncopés de chorégraphies up
to date.
Présentée comme une suite de morceaux choisis
emblématiques dune oeuvre de quatre heures synthétisées
au tiers, la mise en scène du maître des lieux Georges Lavaudant
scintille des mille feux dun spectacle vivant dont les attributs
audiovisuels sont à la hauteur dune machinerie toute neuve avec
laquelle même un enfant ne pourrait résister de jouer, fût-ce
pour létrenner avec Shakespeare en une série de
représentations inaugurales dun théâtre de
lEurope plus mythique que jamais.
Theothea le 12/05/06
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