Les
Chroniques
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10ème
Saison
Chroniques 10.86
à
10.90
Page 167
"
Retour de flamme
au 59ème Festival de Cannes "
Les
MOLIERES
Nominations
2006
Le
Point
de vue a posteriori de
Theothea
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MON LIT EN ZINC
de David
Hare
mise en scène
Laurent Terzieff
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****
Studio des Champs Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
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Photo ©
Francesca Avanzinelli
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Si le thème principal de cette pièce est l'addiction, le
sujet pourrait en être "Laurent Terzieff" lui-même qui est devenu
au fil du temps pour son public la référence suprême
de l'acteur s'étant affranchi de toutes contingences.
Cependant le partage de l'affiche avec Dominique Hollier et Benjamin Bellecour
permet la découverte de deux autres comédiens dont le jeu est
en juste phase avec les contradictions que toute dépendance suscite
inévitablement dans l'identité de chaque être.
Ici chez David Hare, le principe métaphorique en est l'alcool avec
son antidote le plus puissant " L'association des alcooliques anonymes ".
Si le premier est à même de détruire à petit feu
l'essence d'une personnalité, la seconde pourrait paradoxalement s'appuyer
sur une dynamique très similaire.
En effet l'appartenance au groupe se substituant aux effets pervers de
dépendance, apparaîtrait à moyen terme une aliénation
psychique du même ordre.
Bref, la notion d'accoutumance prenant le pas sur celle du libre arbitre,
l'homme ne serait que la résultante des apparentes
nécessités auxquelles il abandonnerait tout pouvoir.
Devenue le jeu des ombres qui se disputent son désir, son besoin
d'avoir envie, la relation humaine serait ainsi la proie des sollicitations
qui engageraient le corps et l'esprit.
Sur la scène du Studio des Champs Elysées où est
créée en France "ce lit en zinc" afin de "partir les pieds
devant" dans l'opportunité d'un ultime jugement de valeur sur le monde,
le trio traditionnel de l'épouse, du mari et de l'amant se transforme
soudain en lieu de lutte pathétique pour tenter de sauver son
"quant-à-soi" des sortilèges de l'Amour, fléau parmi
les drogues dures assimilable aux ravages de l'alcool.
A moins que l'alternative que suggère le metteur en scène
Laurent Terzieff permette de trouver remède à la menace sociale:
" Guérir de la dépendance en renonçant à ce qu'on
est, ou vivre avec sa maladie en restant soi-même "
Theothea le 15/05/06
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DOUTE
de John
Patrick Shanley
mise en scène
Roman Polanski
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****
Théâtre Hébertot
Tel: 01 43 87 23 23
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De "Hedda Gabler" en 2003
au Théâtre Marigny jusqu'à "Doute" actuellement au
Théâtre Hébertot, Roman Polanski est cet unique metteur
en scène célébré avec 7 oscars et la Palme d'or
pour "Le Pianiste" en 2002, mais dont la critique théâtrale
de la première à la seconde est passée du déni
complet aux louanges unanimes.
Si à l'époque Emmanuelle Seigner son épouse n'avait
pas convaincu le gotha culturel pour son interprétation autistique
du personnage d'Ibsen, Dominique Labourier, Noémie Dujardin et
Félicité Wouassi bénéficient toutes trois aujourd'hui
d'un consensus opposé auquel nous souscrivons à part entière,
mais non sans percevoir même à trois ans d'intervalle, la
continuité d'implication distanciée d'une mise en scène
l'autre.
Si depuis l'ombre des coulisses, Roman Polanski aime agiter au devant
de la rampe des "poupées de chiffon", c'est pour mieux faire surgir
les contradictions internes qui rivalisent en arrière-plan de la
conscience de chacune.
En effet campé dans leurs incertitudes morales, des personnages
fantoches qu'ils soient extravertis ou non affichent leur désarroi
face à la nature humaine complexe et ambivalente.
Ici rejouant "La ville dont le prince est... " un enfant dont la
présence sur scène reste virtuelle, c'est le démon de
la rumeur, de la calomnie, du harcèlement qui s'invite sur le plateau
en prenant toute son expansion à travers quatre comédiens dont
le jeu consiste à maintenir du dedans, la force d'irrésolution
qui va répandre un scepticisme généralisé.
Le clergé dans ce milieu scolaire privé du Bronx dans les
années 64, vécues par l'auteur John Patrick Shanley dans la
frustration de son enfance, sert ici de terrain de contestation où
l'opposition entre le corps et l'esprit atteint ces degrés
irréversibles où l'ambiguïté de l'inconscient affleure
les couches de la pédagogie en provoquant des ravages tacites
insupportables par la hiérarchie institutionnelle.
Prise en tenaille entre une soeur supérieure psychorigide et un
prêtre (Thierry Fremont) s'affranchissant des conventions, la soeur
novice exprimera tout la confusion d'un monde en recherche de nouvelles valeurs
éthiques.
Très pragmatique, une mère de famille connaissant le prix
de l'exclusion viendra relativiser les principes de salubrité sociale
à l'aune d'une appréciation globale souhaitant faire la part
des choses.
A terme, chacun des protagonistes renvoyé dans une position de
retrait laissera au spectateur le soin d'utiliser si possible le doute au
profit de la plurivocité que l'adaptation française de Dominique
Hollier sait bien rendre tactile.
Theothea le 17 mai 2006
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UN TRAMWAY NOMME DESIR
de Tennessee
Williams
mise en scène
Elsa Royer
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****
Théâtre Mouffetard
Tel: 01 43 31 11 99
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Photo
© Dominique Journet
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Le film d'Elia Kazan (1951) avec Marlon Brando a fait connaître
à un grand public la forte pièce de Tennessee Williams,
montée d'abord à Broadway.
Elsa Royer a eu le courage de retrouver la scène, au-delà
de l'écran dont le souvenir subsiste dans quelques extraits de la
bande sonore, et les acteurs n'ont pas cherché à mimer Vivian
Leigh ou Karl Malden, mais ont trouvé leur ton juste.
Blanche Dubois (Gaëlle Billaut-Danno) arrive à la
Nouvelle-Orléans dans l'appartement où sa soeur Stella (Violaine
Fumeau-Silhol) vit avec son mari Stanley Kowalski (Alexandre Chacon). Elle
n'est plus très jeune et névrosée et s'adapte mal à
la ville, à l'arrangement sommaire qui lui est offert, de plus elle
est troublée par la sensualité brutale de Stanley, qui ne supporte
pas son maniérisme; elle noue une relation avec Mitch (Nicky Marbot),
un ami de Stan complexé envers les femmes, qu'elle complique à
loisir avant que Stan n'apprenne son passé mouvementé et peu
reluisant et lui demande de partir après avoir informé Mitch
de la situation.
Alors que Stella revient de la clinique où elle a mis au monde
un bébé, Blanche, qui a été possédée
par Stan, sombre peu à peu dans la folie, se réfugiant dans
le monde improbable d'un ami milliardaire et sa soeur et son beau-frère
l'envoient en hôpital psychiatrique.
Elsa Royer a divisé la scène par des rideaux transparents,
qui permettent de figurer la rue ou la chambre de Blanche; ce dispositif
rend bien compte de la chaleur moite de la ville, dont Stan et Mitch parlent
avec insistance en changeant de maillot ou en tombant la veste.
Gaëlle Billaut-Danno rend finement toute la faiblesse de Blanche,
sans parvenir toutefois à rendre perceptible la folie qui s'aggrave;
Violaine Fumeau-Sihol donne toute sa fraîcheur sensuelle au personnage
de Stella, follement amoureuse de Stan; les deux hommes sont parfaits dans
leurs rôles sans devoir rien à leurs prédécesseurs:
Alexandre Chacon est plus violent que Brando l'était dans le film,
alors que Nicky Marbot est très convaincant. Elsa Royer a redonné
toute sa valeur à une véritable pièce de
théâtre, dont la tonalité est différente de celle
d'un film sorti alors qu'Hollywood était encore régi par les
contraintes du code Hays d'autocensure.
Jacques Portes le 07/06/06 (en partenariat avec Theothea.com)
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UNE AUTRE
ANDROMAQUE
d'après
Jean Racine
mise en scène:
Marie-Claude Morland
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****
Théâtre
Lucernaire
Tel: 01 45 44 57 34
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Photo Ldd
presse
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Le thème de la tragédie est simple: personne n'aime la personne
qui l'aime.
Après la victoire des Grecs à la guerre de Troie, Andromaque
et son fils Astyanax ont vu mourir Hector leur mari et père des mains
de Pyrrhus, or ce dernier est tombé amoureux fou de la veuve,
délaissant Hermione qui ne renonce pas à lui, en dépit
de l'amour que lui porte Oreste.
Andromaque va feindre d'accepter pour sauver son fils, et se suicider
avant la consommation du mariage, alors qu' Hermione va tuer celui qui l'a
abandonnée avant de se donner elle-même la mort; Oreste reste
seul et interdit.
Au lieu de monter la pièce au complet, Marie-Claude Morland a choisi
d'en extraire les principaux dialogues et de les séparer par des
poèmes de Marc Blanchet sur un fleuve de sang et de mort, repris par
les cinq comédiens ensemble.
L'effet est assez saisissant d'autant que ces acteurs sont assis aux
côtés de spectateurs dont les sièges entourent la scène
centrale et leur concentration est très perceptible.
La qualité des poèmes est réelle, mais la langue
de Racine s'impose toujours quand Andromaque (Odile Frédeval) se refuse
à Pyrrhus (Bertrand Farge), quand Oreste (Hervé
Guérande-Imbert) supplie Hermione (Sophie Bourel à la colère
impressionnante), quand Polymorphe (Marc Wéry), le valet confident
se charge du lien entre les scènes.
Le choix de ces dialogues va à l'essentiel et la tragédie
se noue implacablement, sans qu'apparaisse la moindre dague, le moindre autel.
Ce concentré de tragédie classique est intéressant,
sans que les intermèdes poétiques lui apportent autre chose
qu'une respiration. Sans doute un moyen de transmettre la tragédie
plus facilement à un public d'aujourd'hui.
Jacques Portes le 07/06/06 (en partenariat avec Theothea.com)
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LES GRECS
de Jean-Marie
Besset
mise en scène
Gilbert Désveaux
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****
Théâtre du Petit Montparnasse
Tel: 01 43 22 77 74
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Photos © Jacqueline Chambord
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En cette fin de saison Théâtrale 2005-2006, "Les Grecs" de
Jean-Marie Besset constitue un appel d'air vivifiant, d'autant plus
intéressant que pour la première fois l'auteur a franchement
pris le parti de l'humour, que cela lui va très bien et à nous
pareillement.
Il faut dire qu'avec Marianne Basler, véritable révélation
dans la comédie et Xavier Gallais qui sait se prêter aux attitudes
les plus incongrues, la "party" à trois s'engage plutôt bien
lorsque le mari ombrageux (Jean-Michel Portal) va tenter de jouer les
empêcheurs de tourner en rond.
En l'occurrence, c'est Homère et son Illiade qui seront le
prétexte à joute verbale lors d'un repas bourgeois-bohème
des beaux quartiers et que la maîtresse de maison va chercher à
intéresser les enjeux en forçant qui à prendre la
défense des Troyens, qui celle des Grecs assiégeant Troie avec
leur fieffé cheval.
D'ailleurs l'actualisation de ce dernier ne se serait-elle pas
réincarnée dans les avions qui pénétrèrent
les tours jumelles le 11/09/01, en dissimulant un quatrième personnage,
immigré sans papier bien évidemment pour forcer le cliché
socioculturel ?
Le voilà d'ailleurs cet intrus de service, Osman (Salim kechiouche)
qui rejoindra fort à propos le trio pour faire éclater
définitivement les convenances et les valeurs établies d'une
bourgeoisie qui aime toujours autant jouer à se faire peur, ne serait-ce
que pour conserver la sensation d'une menace à exister !...
S'il fallait trouver l'ombre d'une métaphore avec les démons
qui peuplent notre monde contemporain, Jean-Marie Besset pourrait en devenir
définitivement le chancre s'il le souhaitait, mais c'est principalement
dans le domaine des moeurs intimes qu'il préfère cultiver son
savoir-faire; alors de l'homosexualité aux multiples univers
hétéros déviants, il aime répandre le venin en
souffre-douleur des âmes déphasées par l'infinité
des conjugaisons sexuelles en apparence possible, mais qui laisse immanquablement
un arrière-goût d'insatisfaction affective!..
Bref, l'ordre moral règne en coulisses et après ce week-end
de chamade exutoire en villégiature parisienne, il reste à
parier que tous les protagonistes réintégreront le juste rôle
les reliant les uns aux autres.
Entre temps le spectateur aura passé un temps délicieux
à compter les coups où la sensualité aura su disputer
le terrain aux positions psychosociales établies en dégustant
cette tendre guerre comme du petit lait.
Theothea le 07/06/06
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