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UN MONDE FOU
de Becky
Mode
mise en scène
Stephan Meldegg
|
****
Théâtre La Bruyère
Tel: 01 48 74 76
99
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Photo
© Lot
|
Formidable Eric Metayer qui assume à lui seul sur la scène
du Théâtre La Bruyère la permanence téléphonique
des réservations d'un grand restaurant, en composant une galerie de
portraits d'une clientèle exigeante, d'une direction du personnel
tyrannique, de collègues dépassés par une organisation
défectueuse.
Sans recours au moindre accessoire de théâtre, son personnage
se débat au mieux des appels incessants pour résoudre les
contraintes du planning, les mises en attente nécessaires, les desiderata
extravagants d'interlocuteurs d'autant plus égocentriques qu'ils ne
perçoivent rien des conditions a minima pour assurer cette mission
d'accueil.
Grâce à ce regard exacerbé sur des conditions sociales
du travail bafoués au nom d'un rendement effectué par un
intérimaire corvéable à merci alors même que ce
"petit boulot" lui permet de se présenter à des castings avec
l'espoir de décrocher prochainement un rôle de comédien
professionnel, l'orchestration minutieuse de Stéphan Meldegg met en
situation une tranche de vie métaphorique digne des "Temps modernes"
de Chaplin et de "Play Time" de Tati.
La performance d'Eric Metayer peut certes s'évaluer à la
voix et au mime d'une trentaine de protagonistes récurrents qui officient
sur la ligne téléphonique en les incarnant alternativement
dans une course contre la montre incessante, mais surtout au sentiment
d'humanité qui prévaut à chaque instant de chaque
réplique prononcée dans une patiente infinie puisque du VIP
au client lambda chacun se croit en droit de susciter un immense respect.
Formidable leçon de savoir-vivre de la part de ce héros
des servitudes cumulées jusqu'à ce que le vent de la destinée
semble tourner en sa faveur pour un happy-end bien mérité:
En effet par un juste retour des choses, sans doute pourra-t-il rejoindre
à la campagne son père pour Noël, car seul ce dernier
a été en mesure de faire preuve de réel
désintéressement... au bout d'une ligne où la communication
s'était effectivement avérée à sens unique.
Theothea le 14/09/07
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AUX DEUX COLOMBES
de Sacha
Guitry
mise en scène
Jean-Laurent Cochet
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****
Pépinière Opéra
Tel: 01 42 61 44
16
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Photo
© Claire Besse
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La jauge du théâtre de la Pépinière Opéra
a beau être de taille moyenne, il est indéniable qu'aux derniers
rangs de l'orchestre la voix de Jean-Laurent Cochet ne portait pas suffisamment
ce soir-là.
En interprétant délibérément le rôle
de Sacha Guitry dans une évanescence stylisée mais molle, tout
en contraste avec l'exacerbation du jeu des quatre comédiennes qui
l'entourent et qu'il met en scène dans une truculence caricaturale,
Jean-Laurent Cochet suscite une esthétique hystérisée
des deux colombes, bientôt communicative à leurs deux complices
objectives.
Cependant jouer Sacha au siècle actuel, ce pourrait être
soit dans une distanciation infinie par rapport au personnage de
référence, soit en dynamitant de l'intérieur les
manières mondaines et faussement suffisantes du maître en
comédie féroce.
Mais aucune option de cette alternative ne semble ici inspirer le propre
jeu de l'immense professeur d'art dramatique qui, paradoxalement, semble
vouloir se rendre transparent au regard du public en neutralisant la perspective
burlesque de Guitry pour mettre à juste titre dans la lumière
les prestations de ses partenaires féminines,Virginie Pradal, Catherine
Griffoni, Paule Noëlle & Anne-Marie Mailfer.
De fait, les salves de rire sont bel et bien au rendez-vous des envois
cyniques et misogynes, tant la provocation des tournures rhétoriques
se prêtent volontiers au plaisir de se régaler du mot
d'esprit.
Toutefois là où il semblerait qu'un feu d'artifices avec
effets spéciaux devrait régaler l'assistance, c'est
présentement des fusées éblouissantes qui se
déchaînent dans le seul halo du numéro d'actrices, sans
orbite maîtrisée par un porte-voix guttural légitime.
Bref, là-bas au fond de l'orchestre, l'ennui guettait avec persuasion
alors même que les ingrédients étaient réunis
sur scène pour faire imploser le théâtre du verbe,
pourfendeur de bonnes manières, si toutefois l'acteur Jean-Laurent
Cochet avait osé allumer la mèche qui semblait insidieusement
le retenir aux planches, ce soir-là.
Theothea le 12/09/07
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NE NOUS QUITTE PAS
de & mise en
scène
Gil Galliot & Yves Hirschfeld
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****
Théâtre Tristan Bernard
Tel: 01 45 22 08 40
|
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Photo
© Claire Besse
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La célèbre chanson de Jacques Brel résonne dans tous
les esprits alors que la première personne du singulier se
métamorphose ici en un pluriel collectif " Ne nous quitte pas "
incarnée sur scène par un trio de comédiens se
prénommant tous " Paul ".
En concomitance avec le symbolique, la conscience de Paul surgit sur les
planches du Théâtre Tristan Bernard en une trinité
dialectique qui se protège fort opportunément sous un parapluie,
des larmes d'Agnès son épouse pleurant la dérive de
leur couple.
Bien entendu, il y a aussi Jérémie le tiers amoureux tapi
dans l'ombre du psychodrame afin de susciter la triple réactivité
stratégique du mari à l'abandon :
La passion, la poésie et le pragmatisme vont être ainsi
représentées à parts égales d'une lutte habile
pour la reconquête de l'amour perdu.
Dans un véritable timing de comédie musicale, Philippe
Lelièvre, Gil Galliot et Fred Nony vont mimer le désespoir
amoureux en tentant de pénétrer tel un cheval de Troie,
l'inconscient d'Agnès afin d'influer sur sa tentative de fuite en
avant.
Le spectateur est donc projeté dans la sphère du doute
psychique, là où les pulsions se télescopent au coeur
du magma irrationnel des sentiments face aux ressentiments.
Les trois comédiens se battent alors deux heures durant telle la
chèvre de Monsieur Seguin pour surmonter le défi vital dont
le renoncement conjugal les menace à jamais.
En s'approchant des secrets de la passion amoureuse au féminin,
l'auteur nous en apprendra davantage sur la psychologie masculine en proie
à la déstabilisation libidinale et affective, car du début
à la fin de la pièce Agnès échappe d'autant plus
à l'entendement qu'elle n'apparaît que sous la projection
fantasmatique des trois Paul.
La mise en scène est précise, percutante et terriblement
efficace. Les trois comédiens se donnent à fond dans un challenge
dont l'expression artistique relève de l'engagement physique et dont
l'enjeu aurait été le risque de tout perdre, y compris la force
d'âme.
Theothea le 11/09/07
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L'UN DANS L'AUTRE
de Marc
Fayet
mise en
scène José
Paul & Stéphane Cottin
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****
Petit Théâtre de Paris
Tel: 01 42 80 01 81
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Visuel affiche
extrait
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Tout compte fait, "l'un dans l'autre" est une énigme psychoaffective
à résoudre telle un puzzle d'Agatha Christie qui pourrait se
cacher sous l'apparence d'un vaudeville avec portes dérobées
à la clef.
Cinq personnages en quête de confiance en soi livrent tout à
trac leur frustration relationnelle qu'ils cherchent chacun à combler
au mieux de leur vulnérabilité subjective.
Deux couples vont se croiser dans un appartement sous l'arbitrage
attentionné mais fort importun d'un empêcheur de tourner en
rond.
Ainsi tel père tel fils, chacun des deux vont pouvoir y débarquer
avec leur conquête respective alors qu'une épouse légitime
et un frère jumeau ont déjà quitté la vie, mais
voici que le voisin insupportable les rejoint par intermittence suscitant
à son insu des flashs révélateurs au coeur d'un labyrinthe
libidinal en déroute.
Le noeud gordien du récit s'installe entre deux solstices d'hiver
à été, se jouant de la règle classique d'unité
du temps au profit de six mois d'intervalle entre la soirée du père
(Thierry Heckendorn) et celle du fils (Marc Fayet). Leurs aventures amoureuses
asynchrones vont ainsi se répondre en miroir l'une de l'autre comme
dans un jeu de dupes où néanmoins le jumeau resté vivant
semblera refaire surface si non illusion eu égard à l'ex-charisme
monopolisateur du frère disparu!
Deux femmes, Juliette (Lisa Martino) et Annie (Evelyne Dandry) vont illuminer
ce parcours initiatique autant que régressif en valorisant par leur
présence opportune quoique momentanée, ces lentes retrouvailles
avec soi sous le tir groupé d'associations freudiennes à
répétition noyées sous des jeux de mots complaisamment
dissimulateurs.
Quant aux jeux de rôles initiés par le trublion (Gérard
Loussine) du voisinage, ils contribueront tant mal que bien à ôter
les masques en empruntant par procuration ceux d'artistes
célèbres.
Dans une mise en scène explicite de José Paul et Stéphane
Cottin, ce maelström cérébral écrit par Marc Fayet
est loin de s'avérer "Un petit jeu sans conséquence" car s'il
ne laisse jamais en repos le spectateur, celui-ci se sent ballotté
par des sentiments contradictoires glissant entre la subtilité de
l'interprétation jusqu'à l'irritation issue de propos souvent
caricaturaux, voire à contre-emploi des roueries du psychisme.
Cependant l'un dans l'autre, cette soirée de rentrée
théâtrale donne le ton sinon la couleur d'une valorisation filiale
en question puisque, également, à l'affiche en lettres dorées
avec les Brasseur père et fils clamant "Mon père avait
raison".
Theothea le 07/10/07
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VICTOR OU LES ENFANTS
AU POUVOIR
de Roger
Vitrac
mise en scène
Alain Sachs
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****
Théâtre Antoine
Tel: 01 42 08 77 71
|
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Photo
© Gilles Bureau
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"Mais, c'était un drame !... ", telle est la dernière
réplique de "Victor ou les enfants au pouvoir", cette pièce
qui en ce début de saison 07-08, décoiffe tout ce qui bouge
sur la scène du Théâtre Antoine.
De la grande bourgeoise pétomane à l'enfant roi tyrannique,
Roger Vitrac balaie toutes les conventions et règles de savoir-vivre
pour orchestrer un délire conceptuel digne d'une famille "tuyau de
poêle".
Mais où va l'auteur, se demande-t-on à chaque instant de
la pièce, tant l'adultère y atteint le paroxysme du fantasme
généalogique, sans qu'aucune recomposition ne paraisse pouvoir
venir à bout de la culpabilité collective ?
Dans ses notes de mise en scène, Alain Sachs décrit:
"véritable précurseur du Théâtre de l'absurde,
pétri de dadaïsme, directement inspiré par Feydeau qu'il
affectionne autant qu'il le met en miettes, Roger Vitrac nous offre ici une
indémodable peinture au vitriol de la société
bourgeoise".
D'ailleurs, si Alain Sachs devait payer son tribu de metteur en scène
hilarant à l'égard de ses pairs, sans doute n'aurait-il pas
trouver meilleur terrain de jeu pour stigmatiser avec une complicité
jubilatoire, la dictature fantasque des enfants face à la
résignation explosive des parents:
Ici, Laurent Deutsch est bel et bien au centre d'un enjeu insolent, celui
de témoigner que rien ne sert de courir en tête, l'enfance aura
toujours raison de l'hypocrisie adulte.
Alors plutôt que de faire la bête, le toujours jeune
comédien fait effectivement l'enfant atteint par son 9ème
anniversaire en s'arrogeant tous les droits, y compris celui de renvoyer
la réalité en miroir à peine déformé par
le piège du non-dit qu'il ose proférer tout à trac.
Mais c'est bien connu, la folie est communicative. Alors dans la confusion
des rôles préétablis, tout le monde s'y met sur le plateau
en plein tohu-bohu: Père, mère, mari, épouse, amante,
la bonne, le général et les deux préadolescents... pour
y aller chacun de sa tirade incompréhensible mais à décoder
entre les lignes bien au-delà du rideau de la bienséance.
Un feu d'artifice frénétique s'active de lui-même
alors que les conflits entre générations ravivent dans une
extravagance surréaliste, la dualité entre mensonge tacite
et provocation explicite autour du cocufiage et de ses dégâts
affectifs collatéraux.
L'entracte ne résoudra en rien le traumatisme de la trahison conjugale
placée sur orbite intemporelle et c'est donc faute de combattants
restés valides que la chute annoncée par la domestique
stupéfaite, pourra faire mouche à l'issue d'un ultime combat
hallucinatoire: "Mais, c'était donc un drame !..."
Theothea le 14/09/07
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