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12ème  Saison     Chroniques   12.11   à   12.15    Page  192

 

       

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EN TOUTE CONFIANCE

de  Donald Marguiliès

mise en scène   Michel Fagadau

****

Comédie des Champs-Elysées

Tel: 01 53 23 99 19

  

    Visuel affiche / photo © Pascalito  

En mettant en scène une quatrième pièce de Donald Marguilies après "Dîner entre amis", "Brooklyn Boy" et "Comme un écho", Michel Fagadau choisit, en toute confiance, l'auteur juif new-yorkais dont l'intimité des préoccupations lui est devenue si familière à l'instar du public de La Comédie des Champs-Elysées.

En tête d'affiche, Barbara Schulz contribuera à emplir la salle alors que ses partenaires et néanmoins soupirants, les deux Jean-Pierre Malo et Lorit assureront une dialectique amoureuse tourmentée sous l'éclairage contradictoire et critique de Grete, jeune journaliste spécialisée en Art interprétée par la non moins jeune révélation, Elodie Navarre.

Cette présentation de la distribution des rôles n'est bien entendu pas le sujet de la pièce, puisque la problématique de la notoriété artistique y sera symbolisée par un peintre plutôt que par un comédien.

Mais à y regarder de plus près, Michel Fagadau est proche de son propre questionnement éthique: "Comment monter des pièces à succès tout en restant proche de la haute idée qu'il se fait du théâtre ?"

D'abord les personnages doivent exister à part entière dans une situation relationnelle crédible sans que leurs interprètes cherchent à séduire le public.

Donc Jonathan, un peintre dont la côte est en plein essor se retrouve confronté à ses motivations humaines et artistiques originelles en rencontrant opportunément Patricia, son premier amour qui, depuis, s'est reconstruit un cadre de vie dans la compromission rationnelle avec le réel.

Ainsi, davantage qu'un gêneur Nick le mari, archéologue de profession va afficher un cynisme mesuré à l'aune de la valeur financière de la peinture en général et d'un tableau en particulier que précisément sa femme a installé près de la cheminée.

Il s'agit de la première oeuvre jamais réalisée par Jonathan ayant fait la rencontre amoureuse de sa vie en la personne de Patricia, par hasard son modèle.

Quelles valeurs respectives la persistance des sentiments d'une part, la côte du tableau d'autre part, ont-elles atteintes entre temps pour que puisse se résoudre aujourd'hui une aventure amoureuse inaboutie à l'époque et puisque d'emblée préexistait une impasse psychosociale dans la perception subjective du jeune artiste ?

Le mari aura beau jeu d'épouver les résistances inconscientes décelées de part et d'autre de ce Grand Amour, en mystifiant désormais l'alternative fascinante, sonnante et trébuchante.

Thématique assurément très intéressante mais qu'une direction d'acteurs plan-plan ne parvient pas à faire bondir des sièges dans lesquels controversent quasi constamment les quatre protagonistes.

En outre, l'arrogance sous-jacente du peintre devenu célèbre met mal à l'aise ses éventuels partisans et l'on en vient aisément à donner quitus au couple mal assorti mais bel et bien lucide.

Plaidoyer pour la tolérance certes, mais constat d'un certain désenchantement, à apprécier plus ou moins "En toute confiance".

Theothea le 01/10/07

HOMME SANS BUT

de  Arne Lygre

mise en scène   Claude Régy

****

Théâtre de l'Odéon - Berthier

Tel: 01 44 85 40 40

  

    Photo  ©  Théâtre de l'Odéon / Pascal Victor

Claude Regy pense qu'il serait malvenu de résumer "Homme sans but" si tant est que cela fût possible, car une apparente compréhension de l'écriture d'Arne Lygre pourrait en dénaturer l'intelligibilité de l'auteur qu'il est préférable de découvrir dans l'indétermination absolue.

Sept personnages s'en disputent le cadre formel à savoir, Peter, Frère, Soeur, Femme, Fille, propriétaire et assistant dans le décor brut de décoffrage des Ateliers Berthier-Odéon.

A l'instar du Petit Poucet, le metteur en scène laisse des notes sur les programmes et dossier de presse, tels des aphorismes du doute concernant la réalité des êtres et des objets.

Face à la non identité, s'imposerait le règne du virtuel et du marchand.

La Famille n'aurait à sa disposition que le concept de  l'argent en guise de lien stratégique unifiant ses membres.

Cette approche non didactique de "Homme sans but" va se traduire sur scène par un phrasé découpé au scalpel, tendant à esquisser l'ombre sonore du texte au détriment d'une lecture neutre à haute voix.

Les oreilles aux aguets, les spectateurs tentent alors d'en reconstruire le sens dans une subjectivité librement consentie par tous les partenaires de ce happening.

Au fur et à mesure du temps qui s'écoule durant les cent cinquante minutes du spectacle, certains lâchent prise en s'esquivant sur la pointe des pieds crissant sur les marches des gradins.

Rien pourtant ne les avait retenus jusqu'à cet instant du départ impromptu comme si la résistance à l'abstraction musicale d'une locution séquencée possédait des limites obscures propres à chacun d'entre eux.

En alibi de cette présence/absence au monde, Bulle Ogier renvoie l'image d'une ralliée de circonstance à l'univers de Claude Regy alors que Redjep Mitrovitsa semble en incarner le verbe et le geste dans sa moindre circonvolution.

Tous demeurent interdits à l'idée de s'emparer de "Homme sans but" pour s'en approprier la dépouille et l'exhiber comme trophée vide mais symbolique d'une vaine conquête du monde.

Nul ne sera sauvé puisque décidément, il n'y aurait rien derrière l'apparence.

Theothea le 03/10/07

DOM JUAN

de  Molière

mise en scène   Philippe Torreton

****

Théâtre Marigny

Tel: 01 53 96 70 01

  

    Visuel affiche / dessin  © Bonnie Colin  

En signant sa première mise en scène de Théâtre, Philippe Torreton s'engage à défendre un "Dom Juan" à la fois téméraire face aux hommes autant que perplexe devant leurs religions.

En tant qu'acteur, il partage avec sept autres comédiens un véritable travail d'équipe sous l'hospice de Robert Hossein qui leur octroie la grande salle du Théâtre Marigny.

A la suite des représentations des mercredis, programmées exceptionnellement à 19h00, le public est dorénavant convié à un débat avec l'ensemble de la troupe.

Pour cette soirée de début octobre, de nombreux scolaires avaient contribué à remplir les places d'orchestre. Leurs applaudissements enthousiastes auguraient plus d'une heure d'une séance de questions / réponses rarement organisée dans les théâtres privés, pour ne pas dire sans précédent.

En l'absence de micros HF, bien des paroles se perdaient de part et d'autre de la scène mais la considération mutuelle créait entre la jeune génération de lycéens et leurs aînés sur les planches une commune interrogation sur les motivations d'un "Dom Juan" proche de l'abîme où se noie l'idée du désir dénué de limites jusqu'à être repoussé au-delà des retranchements de la conscience morale.

L'acteur pouvait alors disserter sur ses partis pris de mise en scène en cherchant à expliquer les contingences pratiques liées à la réalisation d'un projet nourri depuis le Conservatoire mais que Michel Bouquet avait osé un jour tempérer par malice provocatrice: "Dom Juan est un petit con... "

Qu'à cela ne tienne, son point de vue réaliste l'incitera même à abolir toute représentation de la statue du Commandeur mais en contrepartie, ceci expliquant peut-être cela, chacun des comédiens en situation d'écoute devra se figer sur scène en une attitude statufiée.

Toutefois certains esprits critiques, voire chagrins ont pensé pouvoir dénier à l'ex-sociétaire de la Comédie Française, la faculté de passer à la réalisation et par voie de conséquence à la légitimité de mettre son expérience professionnelle à l'épreuve d'un registre conceptuel pratique.

Ceux-ci ont eu tort, car la vision subjective de l'antihéros de Molière perçue par Philippe Torreton a, visiblement, donné lieu à une élaboration rationnelle autour de l'indétermination existentielle pour aboutir sur scène à une quête quasi mystique menée par le tandem paradoxal Dom Juan / Sganarelle, mettant en controverse une problématique de l'éthique.

C'est pourquoi au vu de cette association privilégiée, surgissait soudain l'idée si peu saugrenue que Philippe Torreton en Don Quichotte et Jean-Paul Farré en Sancho Pancha pourraient engendrer un formidable "Homme de la Mancha" qui, depuis de nombreuses années, peine à trouver un digne successeur à l'interprétation de Jacques Brel.

Theothea le 04/10/07

VAN GOGH A LONDRES

de  Nicholas Wright

mise en scène   Hélène Vincent

****

Théâtre de l'Atelier

Tel: 01 46 06 49 24

  

    Photo  ©   Emmanuel Robert  

Ce conte de Nicolas Wright adapté avec justesse par Jean-Marie Besset et mis en scène avec une énergie subtile par Hélène Vincent constitue une sorte de joyau théâtral qui commence sa carrière parisienne dans une discrétion raffinée et devrait au fur et à mesure d'une rumeur montante et persuasive devenir un "must" de la saison 07-08, tant les comédiens y sont dirigés avec une fougue précise, tant le tourbillon des sentiments y est projeté avec une sensualité étrange et impétueuse.

Dès le lever de rideau, une odeur de cuisson apparentée asiatique s'échappant du fond de scène prend à la gorge les esprits en les imprégnant d'une sensibilité olfactive en prise directe avec un décor de cuisine des faubourgs de Londres plongé au coeur de l'ère victorienne.

La rencontre de Vincent avec sa future logeuse semble surgir d'une bande dessinée où l'enthousiasme naïf du jeune homme de vingt ans s'arc-boute sur des principes d'éducation rigide, en se laissant aller à des emportements paradoxaux, quasi inquiétants pour ne pas dire irritants.

Néanmoins Madame Loyer prudente et avisée s'enquiert des garanties à faire respecter par son locataire étranger mais semble d'emblée encline à lui accorder sa confiance.

Cet intervalle d'entre-deux lettres que Vincent laissa dans le mutisme de sa correspondance avec son frère durant deux années, a pu susciter dans l'imaginaire de l'auteur sud-africain, le récit d'une relation fictionnelle entre cinq personnages emportés dans un tourbillon d'émois, de sensations et d'intuitions où l'élan artistique va se coltiner avec la rigidité des moeurs en vigueur, de part et d'autre anglaises et hollandaises.

Chacun tentant de s'affranchir de son surmoi en s'arrangeant au mieux des conflits inconscients, c'est la soeur de Vincent, venue en catastrophe pour tenter d'arracher son frère aux maléfices imaginés par leur famille, qui va initier le grand chambardement des passions contenues:

Sam, un premier locataire ayant emporté le coeur d'Eugénie, la fille désormais enceinte d'Ursula la logeuse, par une substitution de l'une à l'autre, Vincent va cristalliser sa libido à l'égard de cette femme d'âge mûr qui envisage son destin de puéricultrice en assumant celui d'accoucheuse de multiples talents en puissance.

C'est précisément dans cet espace, où la sensibilité et l'affection négocient leur droit d'amour, que devrait se distiller la créativité d'un futur génie pictural, alors que tout semblera se retourner contre cette perspective....

Chacun à sa juste place, comédiens, metteur en scène, adaptateur, auteur vont contribuer à emporter l'adhésion des spectateurs dans une aventure certes sulfureuse, mais assurément pleine d'une hyperthrophie charnelle qui laisse l'arrière-goût suave d'un moment rare de transcendance théâtrale.

Theothea le 05/10/07

LE ROI LION

de  Roger Allers & Irène Mecchi

mise en scène   Julie Taymor

****

Théâtre Mogador

Tel: 01 53 32 32 32

  

      © Disney - photo : Brinkoff / Mögenburg

Au terme de 10 mois de rénovation, le théâtre Mogador a fait peau flambant rouge et or pour accueillir le musical aux six Tony Awards avec, en prime, Julie Taymor la réalisatrice de la version originale de Broadway, créée en 1997 et toujours à l'affiche 10 ans plus tard, pour qu'elle mette également en scène l'adaptation française de Stéphane Laporte magistralement stylisée en vingt tableaux.

Ce Roi Lion est un régal pour l'esprit et pour les yeux, tant la magie des 400 costumes et des 200 masques a su aménager parmi les 25 espèces d'animaux, une anthropomorphie judicieusement adaptée aux sentiments contradictoires prévalant dans la lutte pour la survie au sein de la savane africaine.

Si les expressions humaines des visages sont au coeur de l'histoire de Samba, ce lionceau écarté du trône royal par Scar (Olivier Breitman), l'oncle peu scrupuleux lors de la succession du père, le Roi Lion Mufasa (Jee-L), c'est que les comédiens y incarnent un bestiaire sauvage en prêtant vie à une faune de marionnettes grandeur nature dans un port du masque habilement distancié.

En boomerang de la maturité, le jeune lion reviendra en sauveur du peuple animal asservi par le pouvoir usurpé. La fête initiée à l'occasion de son sacre royal donnera lieu à un tableau final dédié au cercle éternel de la vie.

Confiné majoritairement dans la "fosse aux lions" ou plus exactement invisible sous l'avant-scène, un orchestre de 17 musiciens (direction: Maurice Luttikhuis) dont certains néanmoins, les percussionnistes par exemple, sont exhibés dans les loges présidentielles de part et d'autre de la scène, va enchaîner la partition composée initialement en 1994 par Elton John pour le dessin animé de Walt Disney à laquelle vont s'ajouter notamment de superbes compositions zouloues du sud-africain Lebo M.

En "Madame Loyal", la prestation de Rafiki est tenue par la charismatique chanteuse de Gospel, Zana Magudulela qui a déjà tenu ce rôle du fameux "Singe-Sorcier" en Australie, Chine et Allemagne.

Si après l'entracte, Simba adulte est interprété par le seul Jérémy Fontanet, ce sont 8 enfants qui se relaient à chacune des représentations hebdomadaires pour assurer en première partie, la jeunesse du petit lion; il en est de même pour Nala (Léah Vincent), l'amie d'enfance du lionceau.

Suite à la générale du 05/10/07, cette comédie musicale nous semble en mesure de conquérir les spectateurs français de toutes générations qui n'ont pas eu l'habitude jusqu'à présent de se voir proposer tant de qualités artistiques réunies dans l'inventivité poétique au profit d'un spectacle grand public de trois heures (entracte compris) déjà applaudi en 5 langues dans 9 pays par 42 millions de personnes. Dans cette perspective, la scénographie haut de gamme de Julie Taymor serait le garant indéniable du succès déjà annoncé à Paris.

Theothea le 09/10/07

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