Les
Chroniques
de
 |
 |

12ème
Saison
Chroniques 12.11
à
12.15 Page
192
De Johnny Clegg à Renaud via
Iggy Pop
Magistral Boomerang des
Rolling Stones
60ème
Festival de
Cannes
A la recherche d'un
soixantième anniversaire... à fleur d'écran
Les
MOLIERES
Palmarès
&
compte-rendu
2007
Toutes nos
critiques
2007 -
2008
Les
Chroniques
de
Theothea.com
sur
THEA
BLOGS
Recherche
par mots-clé
THEA
BLOGS
|
EN TOUTE CONFIANCE
de Donald
Marguiliès
mise en scène
Michel Fagadau
|
****
Comédie des Champs-Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
|
 |
Visuel affiche
/ photo © Pascalito
|
En mettant en scène une quatrième pièce de Donald
Marguilies après "Dîner entre amis", "Brooklyn Boy" et "Comme
un écho", Michel Fagadau choisit, en toute confiance, l'auteur juif
new-yorkais dont l'intimité des préoccupations lui est devenue
si familière à l'instar du public de La Comédie des
Champs-Elysées.
En tête d'affiche, Barbara Schulz contribuera à emplir la
salle alors que ses partenaires et néanmoins soupirants, les deux
Jean-Pierre Malo et Lorit assureront une dialectique amoureuse tourmentée
sous l'éclairage contradictoire et critique de Grete, jeune journaliste
spécialisée en Art interprétée par la non moins
jeune révélation, Elodie Navarre.
Cette présentation de la distribution des rôles n'est bien
entendu pas le sujet de la pièce, puisque la problématique
de la notoriété artistique y sera symbolisée par un
peintre plutôt que par un comédien.
Mais à y regarder de plus près, Michel Fagadau est proche
de son propre questionnement éthique: "Comment monter des pièces
à succès tout en restant proche de la haute idée qu'il
se fait du théâtre ?"
D'abord les personnages doivent exister à part entière dans
une situation relationnelle crédible sans que leurs interprètes
cherchent à séduire le public.
Donc Jonathan, un peintre dont la côte est en plein essor se retrouve
confronté à ses motivations humaines et artistiques originelles
en rencontrant opportunément Patricia, son premier amour qui, depuis,
s'est reconstruit un cadre de vie dans la compromission rationnelle avec
le réel.
Ainsi, davantage qu'un gêneur Nick le mari, archéologue de
profession va afficher un cynisme mesuré à l'aune de la valeur
financière de la peinture en général et d'un tableau
en particulier que précisément sa femme a installé
près de la cheminée.
Il s'agit de la première oeuvre jamais réalisée par
Jonathan ayant fait la rencontre amoureuse de sa vie en la personne de Patricia,
par hasard son modèle.
Quelles valeurs respectives la persistance des sentiments d'une part,
la côte du tableau d'autre part, ont-elles atteintes entre temps pour
que puisse se résoudre aujourd'hui une aventure amoureuse inaboutie
à l'époque et puisque d'emblée préexistait une
impasse psychosociale dans la perception subjective du jeune artiste ?
Le mari aura beau jeu d'épouver les résistances inconscientes
décelées de part et d'autre de ce Grand Amour, en mystifiant
désormais l'alternative fascinante, sonnante et trébuchante.
Thématique assurément très intéressante mais
qu'une direction d'acteurs plan-plan ne parvient pas à faire bondir
des sièges dans lesquels controversent quasi constamment les quatre
protagonistes.
En outre, l'arrogance sous-jacente du peintre devenu célèbre
met mal à l'aise ses éventuels partisans et l'on en vient
aisément à donner quitus au couple mal assorti mais bel et
bien lucide.
Plaidoyer pour la tolérance certes, mais constat d'un certain
désenchantement, à apprécier plus ou moins "En toute
confiance".
Theothea le 01/10/07
|
HOMME SANS BUT
de Arne
Lygre
mise en scène
Claude Régy
|
****
Théâtre de l'Odéon - Berthier
Tel:
01 44 85 40 40
|
 |
Photo
© Théâtre de l'Odéon / Pascal
Victor
|
Claude Regy pense qu'il serait malvenu de résumer "Homme sans but"
si tant est que cela fût possible, car une apparente compréhension
de l'écriture d'Arne Lygre pourrait en dénaturer
l'intelligibilité de l'auteur qu'il est préférable de
découvrir dans l'indétermination absolue.
Sept personnages s'en disputent le cadre formel à savoir, Peter,
Frère, Soeur, Femme, Fille, propriétaire et assistant dans
le décor brut de décoffrage des Ateliers
Berthier-Odéon.
A l'instar du Petit Poucet, le metteur en scène laisse des notes
sur les programmes et dossier de presse, tels des aphorismes du doute concernant
la réalité des êtres et des objets.
Face à la non identité, s'imposerait le règne du
virtuel et du marchand.
La Famille n'aurait à sa disposition que le concept de l'argent
en guise de lien stratégique unifiant ses membres.
Cette approche non didactique de "Homme sans but" va se traduire sur
scène par un phrasé découpé au scalpel, tendant
à esquisser l'ombre sonore du texte au détriment d'une lecture
neutre à haute voix.
Les oreilles aux aguets, les spectateurs tentent alors d'en reconstruire
le sens dans une subjectivité librement consentie par tous les partenaires
de ce happening.
Au fur et à mesure du temps qui s'écoule durant les cent
cinquante minutes du spectacle, certains lâchent prise en s'esquivant
sur la pointe des pieds crissant sur les marches des gradins.
Rien pourtant ne les avait retenus jusqu'à cet instant du départ
impromptu comme si la résistance à l'abstraction musicale d'une
locution séquencée possédait des limites obscures propres
à chacun d'entre eux.
En alibi de cette présence/absence au monde, Bulle Ogier renvoie
l'image d'une ralliée de circonstance à l'univers de Claude
Regy alors que Redjep Mitrovitsa semble en incarner le verbe et le geste
dans sa moindre circonvolution.
Tous demeurent interdits à l'idée de s'emparer de "Homme
sans but" pour s'en approprier la dépouille et l'exhiber comme
trophée vide mais symbolique d'une vaine conquête du monde.
Nul ne sera sauvé puisque décidément, il n'y aurait
rien derrière l'apparence.
Theothea le 03/10/07
|
DOM JUAN
de
Molière
mise en scène
Philippe Torreton
|
****
Théâtre Marigny
Tel: 01 53 96 70 01
|
 |
Visuel affiche
/ dessin © Bonnie Colin
|
En signant sa première mise en scène de Théâtre,
Philippe Torreton s'engage à défendre un "Dom Juan" à
la fois téméraire face aux hommes autant que perplexe devant
leurs religions.
En tant qu'acteur, il partage avec sept autres comédiens un
véritable travail d'équipe sous l'hospice de Robert Hossein
qui leur octroie la grande salle du Théâtre Marigny.
A la suite des représentations des mercredis, programmées
exceptionnellement à 19h00, le public est dorénavant convié
à un débat avec l'ensemble de la troupe.
Pour cette soirée de début octobre, de nombreux scolaires
avaient contribué à remplir les places d'orchestre. Leurs
applaudissements enthousiastes auguraient plus d'une heure d'une séance
de questions / réponses rarement organisée dans les
théâtres privés, pour ne pas dire sans
précédent.
En l'absence de micros HF, bien des paroles se perdaient de part et d'autre
de la scène mais la considération mutuelle créait entre
la jeune génération de lycéens et leurs aînés
sur les planches une commune interrogation sur les motivations d'un "Dom
Juan" proche de l'abîme où se noie l'idée du désir
dénué de limites jusqu'à être repoussé
au-delà des retranchements de la conscience morale.
L'acteur pouvait alors disserter sur ses partis pris de mise en scène
en cherchant à expliquer les contingences pratiques liées à
la réalisation d'un projet nourri depuis le Conservatoire mais que
Michel Bouquet avait osé un jour tempérer par malice provocatrice:
"Dom Juan est un petit con... "
Qu'à cela ne tienne, son point de vue réaliste l'incitera
même à abolir toute représentation de la statue du Commandeur
mais en contrepartie, ceci expliquant peut-être cela, chacun des
comédiens en situation d'écoute devra se figer sur scène
en une attitude statufiée.
Toutefois certains esprits critiques, voire chagrins ont pensé
pouvoir dénier à l'ex-sociétaire de la Comédie
Française, la faculté de passer à la réalisation
et par voie de conséquence à la légitimité de
mettre son expérience professionnelle à l'épreuve d'un
registre conceptuel pratique.
Ceux-ci ont eu tort, car la vision subjective de l'antihéros de
Molière perçue par Philippe Torreton a, visiblement, donné
lieu à une élaboration rationnelle autour de
l'indétermination existentielle pour aboutir sur scène à
une quête quasi mystique menée par le tandem paradoxal Dom Juan
/ Sganarelle, mettant en controverse une problématique de
l'éthique.
C'est pourquoi au vu de cette association privilégiée,
surgissait soudain l'idée si peu saugrenue que Philippe Torreton en
Don Quichotte et Jean-Paul Farré en Sancho Pancha pourraient engendrer
un formidable "Homme de la Mancha" qui, depuis de nombreuses années,
peine à trouver un digne successeur à l'interprétation
de Jacques Brel.
Theothea le 04/10/07
|
VAN GOGH A LONDRES
de Nicholas
Wright
mise en scène
Hélène Vincent
|
****
Théâtre de l'Atelier
Tel: 01 46 06 49 24
|
 |
Photo
© Emmanuel Robert
|
Ce conte de Nicolas Wright adapté avec justesse par Jean-Marie
Besset et mis en scène avec une énergie subtile par
Hélène Vincent constitue une sorte de joyau théâtral
qui commence sa carrière parisienne dans une discrétion
raffinée et devrait au fur et à mesure d'une rumeur montante
et persuasive devenir un "must" de la saison 07-08, tant les comédiens
y sont dirigés avec une fougue précise, tant le tourbillon
des sentiments y est projeté avec une sensualité étrange
et impétueuse.
Dès le lever de rideau, une odeur de cuisson apparentée
asiatique s'échappant du fond de scène prend à la gorge
les esprits en les imprégnant d'une sensibilité olfactive en
prise directe avec un décor de cuisine des faubourgs de Londres
plongé au coeur de l'ère victorienne.
La rencontre de Vincent avec sa future logeuse semble surgir d'une bande
dessinée où l'enthousiasme naïf du jeune homme de vingt
ans s'arc-boute sur des principes d'éducation rigide, en se laissant
aller à des emportements paradoxaux, quasi inquiétants pour
ne pas dire irritants.
Néanmoins Madame Loyer prudente et avisée s'enquiert des
garanties à faire respecter par son locataire étranger mais
semble d'emblée encline à lui accorder sa confiance.
Cet intervalle d'entre-deux lettres que Vincent laissa dans le mutisme
de sa correspondance avec son frère durant deux années, a pu
susciter dans l'imaginaire de l'auteur sud-africain, le récit d'une
relation fictionnelle entre cinq personnages emportés dans un tourbillon
d'émois, de sensations et d'intuitions où l'élan artistique
va se coltiner avec la rigidité des moeurs en vigueur, de part et
d'autre anglaises et hollandaises.
Chacun tentant de s'affranchir de son surmoi en s'arrangeant au mieux
des conflits inconscients, c'est la soeur de Vincent, venue en catastrophe
pour tenter d'arracher son frère aux maléfices imaginés
par leur famille, qui va initier le grand chambardement des passions
contenues:
Sam, un premier locataire ayant emporté le coeur d'Eugénie,
la fille désormais enceinte d'Ursula la logeuse, par une substitution
de l'une à l'autre, Vincent va cristalliser sa libido à
l'égard de cette femme d'âge mûr qui envisage son destin
de puéricultrice en assumant celui d'accoucheuse de multiples talents
en puissance.
C'est précisément dans cet espace, où la
sensibilité et l'affection négocient leur droit d'amour, que
devrait se distiller la créativité d'un futur génie
pictural, alors que tout semblera se retourner contre cette perspective....
Chacun à sa juste place, comédiens, metteur en scène,
adaptateur, auteur vont contribuer à emporter l'adhésion des
spectateurs dans une aventure certes sulfureuse, mais assurément pleine
d'une hyperthrophie charnelle qui laisse l'arrière-goût suave
d'un moment rare de transcendance théâtrale.
Theothea le 05/10/07
|
LE ROI LION
de Roger
Allers & Irène Mecchi
mise en scène
Julie Taymor
|
****
Théâtre Mogador
Tel: 01 53 32 32 32
|
 |
© Disney - photo :
Brinkoff / Mögenburg
|
Au terme de 10 mois de rénovation, le théâtre Mogador
a fait peau flambant rouge et or pour accueillir le musical aux six Tony
Awards avec, en prime, Julie Taymor la réalisatrice de la version
originale de Broadway, créée en 1997 et toujours à l'affiche
10 ans plus tard, pour qu'elle mette également en scène
l'adaptation française de Stéphane Laporte magistralement
stylisée en vingt tableaux.
Ce Roi Lion est un régal pour l'esprit et pour les yeux, tant la
magie des 400 costumes et des 200 masques a su aménager parmi les
25 espèces d'animaux, une anthropomorphie judicieusement adaptée
aux sentiments contradictoires prévalant dans la lutte pour la survie
au sein de la savane africaine.
Si les expressions humaines des visages sont au coeur de l'histoire de
Samba, ce lionceau écarté du trône royal par Scar (Olivier
Breitman), l'oncle peu scrupuleux lors de la succession du père, le
Roi Lion Mufasa (Jee-L), c'est que les comédiens y incarnent un bestiaire
sauvage en prêtant vie à une faune de marionnettes grandeur
nature dans un port du masque habilement distancié.
En boomerang de la maturité, le jeune lion reviendra en sauveur
du peuple animal asservi par le pouvoir usurpé. La fête
initiée à l'occasion de son sacre royal donnera lieu à
un tableau final dédié au cercle éternel de la vie.
Confiné majoritairement dans la "fosse aux lions" ou plus exactement
invisible sous l'avant-scène, un orchestre de 17 musiciens (direction:
Maurice Luttikhuis) dont certains néanmoins, les percussionnistes
par exemple, sont exhibés dans les loges présidentielles de
part et d'autre de la scène, va enchaîner la partition
composée initialement en 1994 par Elton John pour le dessin animé
de Walt Disney à laquelle vont s'ajouter notamment de superbes
compositions zouloues du sud-africain Lebo M.
En "Madame Loyal", la prestation de Rafiki est tenue par la charismatique
chanteuse de Gospel, Zana Magudulela qui a déjà tenu ce rôle
du fameux "Singe-Sorcier" en Australie, Chine et Allemagne.
Si après l'entracte, Simba adulte est interprété
par le seul Jérémy Fontanet, ce sont 8 enfants qui se relaient
à chacune des représentations hebdomadaires pour assurer en
première partie, la jeunesse du petit lion; il en est de même
pour Nala (Léah Vincent), l'amie d'enfance du lionceau.
Suite à la générale du 05/10/07, cette comédie
musicale nous semble en mesure de conquérir les spectateurs français
de toutes générations qui n'ont pas eu l'habitude jusqu'à
présent de se voir proposer tant de qualités artistiques
réunies dans l'inventivité poétique au profit d'un spectacle
grand public de trois heures (entracte compris) déjà applaudi
en 5 langues dans 9 pays par 42 millions de personnes. Dans cette
perspective, la scénographie haut de gamme de Julie Taymor serait
le garant indéniable du succès déjà annoncé
à Paris.
Theothea le 09/10/07
|
Recherche
par
mots-clé
 |

|
|