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LES CHAUSSETTES -
OPUS 124
de Daniel
Colas
mise en scène
Daniel
Colas
|
****
Théâtre des Mathurins
Tel:
01 42 65 90 00
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Visuel affiche
/ photo © Serge Cohen
|
Si les chaussettes trouées de Verdier (Gérard Desarthe)
vont constituer une faute de goût rédhibitoire aux yeux de
Brémont (Michel Galabru), c'est dans des costumes de clowns taillés
sur mesure par Brigitte Faur-Perdigou et avec un nez rouge en trompe-l'oeil
d'illustres comédiens "has been" que Daniel Colas a conçu ces
séances de répétition d'un duo violon/contrebasse afin
d'illustrer un conte de Noël pour artistes passés de mode tentant
vaillamment d'assumer leur "contre-emploi" institutionnel prolongé.
Au théâtre des Mathurins, ce duel improbable entre deux
représentants emblématiques des théâtres privés
et subventionnés intrigue les esprits critiques de tout poil
d'emblée contraints de se délester de leurs a priori persifleurs
car pris à contre-pied d'une grille de lecture formatée.
C'est avec admiration que tous vont devoir célébrer cette
pantomime musicale à deux voix contradictoires puisque paradoxalement
complémentaires.
Dès la première seconde du spectacle, Michel Galabru cueille
les spectateurs récalcitrants en faisant mine de sommeiller sur le
plateau avant que d'accueillir en borborygmes Gérard Desarthe le metteur
en scène/partenaire qui vient de lui proposer de l'accompagner dans
l'aventure d'un spectacle poétique pour lequel il reste à
convaincre un éventuel producteur.
Première lecture, premières interrogations, premières
dissensions; ces deux-là ne se connaissent pas, si non par
réputation et c'est donc par une sorte de nécessité
naturelle qu'ils se trouvent réunis dans ce même projet,
c'est-à-dire à cause d'une galère similaire, celle où
il faut trouver par soi-même la force d'exister à ses propres
yeux d'une part, et d'autre part au regard du public qui vous a d'antan
adoré.
Mais si tout semble les séparer au niveau de la conception, de
la perception, de la créativité, c'est instinctivement dans
le registre médiatique qu'ils flairent tous les deux et chacun à
sa façon que leur association pourrait avoir un impact fusionnel sur
l'imaginaire collectif.
Aussi en alternant les rôles du maître et du disciple par
lesquels ils flirteront allègrement tour à tour avec la discorde
en humiliant et vexant le partenaire à qui mieux-mieux, c'est presque
KO debouts qu'ils finiront par admettre que l'union de leurs qualités
respectives prévaut largement à l'exaspération que peuvent
susciter leurs défauts réciproques.
C'est donc une opportunité quasi magique que d'aller pouvoir applaudir
ces deux "monstres de la scène" assumant avec humilité leurs
statuts de saltimbanque tout en faisant surgir la sublimation
fédératrice de l'acte artistique.
Theothea le 10/10/07
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L'AUTRE
de Florian
Zeller
mise en scène
Florian
Zeller
|
****
Studio des Champs-Elysées
Tel:
01 53 23 99 19
|
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Visuel affiche
/ photo © Kate Barry
|
Ce n'est plus son coup d'essai, mais est-ce pour autant un coup de
maître ? En ce début de saison 07-08, Florian Zeller revient
avec sa première pièce "L'Autre" créée au
Théâtre des Mathurins en 2004 où Aurélien Wiik
occupait déjà la place du tiers.
Mais cette fois-ci l'auteur prend la baguette du metteur en scène
en offrant à Sara Forestier et Stanislas Merhar, l'opportunité
de leur première approche professionnelle du spectacle vivant.
En cette circonstance, "Elle" et "Lui" vont devoir conceptualiser un jeu
de rôles au sein duquel le troisième partenaire les empêchera
de ressasser en rond.
Là où chez Feydeau le mari, la femme et l'amant jouent
traditionnellement au chat et à la souris en une partie de cache-cache
émoustillante pour les trois protagonistes, Zeller semble davantage
fasciné par Pinter chez qui le tragique est au couple ce qu'un
théorème est à l'évidence d'une application
systématique de la loi.
Cependant Florian et ses personnages ont vingt-cinq ans à leur
naissance théâtrale et c'est cette jeunesse qui deviendra en
définitive le véritable enjeu dramatique car elle conçoit
d'emblée que le Grand Amour est éphémère et ne
pourra se satisfaire du train-train quotidien.
Va donc s'initier un cercle non vertueux où chacun, ami pour un
oui, ou amant pour un non tentera de sauvegarder la passion en l'entraînant
vers un ailleurs qui fatalement reviendra aux origines du conflit: "Je t'aime,
moi non plus"
"La fascination du pire" étant donc plus que jamais au rendez-vous
du trio amoureux au Studio des Champs-Elysées, l'arme fatale se
dissimulera au coeur d'un romantisme forcené mais gangrené
par une lucidité rédhibitoire en venant clore provisoirement
par la pensée magique le mythe bien éprouvé de "Roméo
et Juliette".
Theothea le 11/10/07
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PUZZLE
de Woody
Allen
mise en scène
Sébastien Azzopardi
|
****
Théâtre du Palais-Royal
Tel:
01 42 97 40 00
|
 |
Visuel
extrait affiche
|
Sacré défi que d'assembler en flash-back les pièces
d'un puzzle grandeur nature, avec autant de membres d'un pseudo choeur antique
que de points de vue sur la vie, l'amour et le devoir qui incombent aux uns
et aux autres selon la chronologie de la fortune ou ses revers.
De New-York à La Californie, c'est un monde en bascule que
dissèque Woody Allen en auscultant le poids inhibiteur du versant
Atlantique face à l'imaginaire créatif du pôle
Pacifique.
Avec quelques aphorismes biens pesés en guise de viatique pour
des éthiques personnelles en conflit d'intérêts, l'auteur
se tourmente à peindre l'envol contrarié d'une progéniture
ne trouvant pas son compte de passions dans les pas tracés à
l'avance par ses géniteurs:
Ainsi "Vivre, c'est souffrir", "On ne choisit pas qui on aime", "La vie
est une suite de chemins qu'on n'a pas pris", "Chacun étant le propre
architecte du piège dont il se rend prisonnier, chacun est bien le
seul à savoir comment en sortir", autant de sentences définitives
que les uns opposent aux autres afin de justifier l'attitude qu'il faudrait
accréditer pour parvenir à fédérer des ambitions
contradictoires au lieu de faire imploser le schème familial mis à
mal.
Sur la scène du Palais-Royal, tel un diapason incarné
Sébastien Azzopardi donne le ton à un enchevêtrement
psycho-socio-affectif sur lequel vont rebondir chacun de ses partenaires.
L'argent étant ici plus que jamais le nerf de la guerre, les liens
familiaux se distendent et se compriment à tour de rôles, alors
qu'Alma, la frangine (Anne Loiret), accumule en toute lucidité les
expériences sans lendemain, que le père (Michel Aumont) se
fait arnaquer par son comptable au point de faire faillite, que la mère
est remplie de bonnes intentions se révélant néfastes,
que l'oncle (Gérard Lartigau) nouveau riche rechigne à assumer
ses racines, que Diane (Julie de Bona) sa maîtresse valse sur un volcan
où la pulsion amoureuse se contredit avec l'idéologie capitaliste,
il reste Eddie, le fils (Sébastien Azzopardi), pour faire front mais
qui n'entend pas rester pieds et poings liés à une destinée
tracée qu'il abhorre par avance.
Sur toile de fond d'une légende Holywoodienne que la mystification
du 7ème Art colporte jusqu'à nos jours, les noms illustres
du cinéma des années cinquante s'affichent en écran
psychanalytique des pulsions de vie et de mort que chaque élément
de la famile oedipienne s'emploie à distiller plus ou moins à
son insu.
La renommée internationale cautionne au centuple l'hyper réussite
sociale devenue projet individuel d'autant plus en point de mire que rendue
inaccessible au commun des mortels.
Le show-bizz labélisé comme idéal universel rattrape
ainsi par la manche chacun des protagonistes qui tenterait de se situer en
deçà ou au-delà des normes établies pour la
subsistance du sentiment généalogique.
Dans un décor où la machinerie s'apparenterait à
la grande roue du destin, les cintres semblent effectuer une danse de Saint-Guy
pendant que le plateau de scène tourne sur lui-même à
l'infini tel un disque de vinyle enrayé.
La mise en scène tient le public en haleine, alors qu'Alma s'implique
en observatrice depuis un "nulle part" d'où elle intervient en narratrice
patentée du naufrage tribal annoncé.
Grave mais teinté d'un humour sans cesse sous-jacent, le diagnostic
schizophrénique de Woody Allen trouve une résonance juste dans
cette adaptation francophone face à un public plus fasciné
que rieur, enclin à l'épanouissement paritaire de l'inné
et de l'acquis.
Theothea le 12/10/07
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KIRIKOU ET KARABA
de Michel
Ocelot
mise en scène
Wayne McGregor
|
****
Casino de Paris
Tel:
08 92 69 89 26
|
 |
Photo
© Vincent Muteau
|
Hymne à l'Afrique ancestrale, le dessin animé de "Kirikou
et la Sorcière" de Michel Ocelot en 94 est devenu une comédie
musicale créée à Lyon en septembre 2007, prête
désormais sous le titre de "Kirikou & Karaba" à faire
l'évènement de cette fin d'année au Casino de Paris.
Présentée par certains comme la concurrente frontale du
"Roi Lion" au Théâtre Mogador, c'est davantage l'émulation
suscitée par ces deux spectacles innovants, chacun à leur souffle
spécifique, qui retient l'admiration partagée au prorata des
moyens mis en oeuvre et de l'inventivité spécifique requis
par ces deux contes plongés au coeur du berceau culturel de
l'humanité.
En ce qui concerne la mise en scène de Wayne McGregor, sa distribution
est exclusivement noire afin d'incarner la population de ce village, du fin
fond de la savane, épouvantée par les maléfices de Karaba
la sorcière charismatique dont le tout jeune et impétueux Kirikou
est décidé à mettre fin.
Ouverture et tolérance sont les principes directeurs, bel et bien
à l'origine de cette démarche artistique dont les musiques
de Youssou n'Dour contribuent largement à en authentifier le label
fondateur.
Seule marionnette sur scène (atelier/ Simon Rann), Kirikou concentre
tous les regards alors que trois manipulateurs à découvert
(les jumeaux Taiwo Awaiye et Kehinde Awaiye, ainsi que Legrand Bemba-Debert)
le suivent à la trace dans une chorégraphie époustouflante
en se contorsionnant comme des fleurs de caoutchouc qui s'emmêleraient
au mieux d'une sensualité pleine d'énergie farouche.
Aussi les yeux grand ouverts sur le monde, ce pantin judicieusement
articulé canalise les ondes positives avec l'audacieuse candeur de
nier la fatalité de l'ensorcellement des proches dont sa mère:
Jessica "pookie" Tougloh, son oncle: Daniel Bilong, son grand-père:
Umbam U Ksët ainsi que La femme forte: Sabine Pakora...
Devenu ce jeune homme (Legrand Bemba-Debert) ayant triomphé de
l'adversité, sa réussite va éclairer d'un jour nouveau
les relations humaines de fraternité et d'amour dont il deviendra
un emblème universel en épousant Karaba (Fatoumata Diawara),
l'ex-sorcière auparavant tant redoutée.
Lors du final empli de danses (troupe d'une vingtaine d'artistes), de
couleurs (décor et costumes: Peter McKintosh) et de musique, la magie
atteint son apothéose lorsque les enfants s'approchant du bord de
scène tentent d'embrasser la marionnette porteuse d'un idéal
aussi enthousiasmant.
Theothea le 16/10/07
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CHAT ET SOURIS
de Ray Cooney
mise en scène
Jean-Luc Moreau
|
****
Théâtre de la Michodière
Tel:
01 47 42 95 22
|
 |
Photo de
répétition © Stewart Waughan
|
Entouré de valeureux partenaires, Francis Perrin effectue un
véritable one'man show au Théâtre de la Michodière
dans ce "Chat et Souris" que Jean-Luc Moreau semble mettre en scène
en direct puisqu'il ne cesse d'y renvoyer la balle en acolyte
privilégié mais quelque peu distancié de ce vaudeville
anglais délirant à souhait, signé Ray Cooney.
Marié respectivement à deux épouses Mathilde (Bunny
Godillot) et Charlotte (Cécile Magnet), Jean Martin (Jean-Luc Moreau),
chauffeur de taxi, mène une confortable double vie, lorsque les foudres
d'internet vont tenter de court-circuiter son bonheur d'être papa d'une
jeune fille Alix (Murielle Huet des Ausnay) à Montreuil ainsi que
d'un garçon Guillaume (Benjamin Wangermee) à Ivry qui, jusque
là bien entendu, ne connaissaient pas leurs existences réciproques
et pour cause.
Cependant se rencontrant par hasard sur un forum de discussions sur le
web, ces jeunes tourtereaux ont décidé de franchir une nouvelle
étape en organisant un premier rendez-vous chez Jean Martin pour faire
plus ample connaissance.
En cette perspective, l'homonymie paternelle révélée
va déclencher un signal d'alarme maximum puisque non seulement les
épouses ne semblent pas au courant de la situation conjugale illicite
mais surtout les deux adolescents ne doivent pas envisager de relation amoureuse
éventuelle puisqu'ils sont frère et soeur sans le savoir.
C'est un tiers (Francis Perrin), locataire vivant plus ou moins au crochet
de Jean, mais au demeurant fort sympathique, qui va être mis à
contribution pour gérer, arbitrer et néanmoins compromettre
une conjoncture rocambolesque à la Feydeau où les portes claquent
en suscitant alternativement des malentendus tout en feignant de résoudre
temporairement les équivoques.
Les fausses pistes vont donc s'embrouiller au mieux avec les quiproquos
dans une frénésie orchestrée par deux maîtres
du genre, dont le démiurge ne sera jamais vraiment celui qu'on
attend.
Il n'empêche que l'acteur/metteur en scène se trouve en position
de faire-valoir et Francis Perrin en celle d'artiste jetant son va-tout à
chaque virage dangereux; tous les deux s'accrochent avec une volonté
exacerbée à cette réalisation qui a nécessité
beaucoup de labeur et de mises au point selon les propos de J-L. Moreau.
Alors qu'en dernière partie, Marc Bertouni tire son épingle
du jeu en grand-père qui n'a rien à perdre sinon le démon
de midi, toute cette joyeuse équipe va se trouver bien
récompensée par les spectateurs convaincus, à juste
titre, d'avoir bien ri.
Theothea le 17/10/07
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