Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

13ème  Saison     Chroniques   13.11   à   13.15    Page  208

 

 

61ème Festival de Cannes

Palme d'or, juste " Entre les murs " de mai 08

            

  Les  MOLIERES  2008 

Le Palmarès      Points de vue

       

Toutes nos  critiques   2008 - 2009

Les Chroniques de   Theothea.com   sur    

   

THEA BLOGS                    Recherche   par mots-clé                    THEA BLOGS      

EQUUS

de Peter Shaffer

mise en scène  Didier Long

****

Théâtre Marigny

Tel:  01 53 96 70 00

 

     Affiche Photo Simon Turtle

   

Robert Hossein, pouce levé en signe d'assentiment romain en direction de Pierre Lescure à l'issue de la Générale presse de " Equus ", ainsi pourrait se symboliser le confraternel passage de relais d'une direction artistique à l'autre dans ce prestigieux Carré Marigny en quête désormais de nouvelles aventures théâtrales.

Le rideau à peine baissé sur les fureurs psychotiques ayant aveuglé la gente équestre à partir d'un fait-divers retentissant, le Tout-Paris pouvait prolonger la pièce de Pierre Shaffer créée en 1973 au Théâtre d'Orsay, par ses commentaires actualisés concernant la reprise, sous l'adaptation de Pol Quentin, faisant l'ouverture de la saison 08-09 au Théâtre Marigny.

C'est ainsi que d'une Master class à l'autre, Didier Long est actuellement à cheval sur deux spectacles offrant la résilience comme arme de combat :

En effet de Marie Laforêt au Théâtre de Paris à Bruno Wolkowitch ici même, la médiation lui sert de marchepied pour atteindre les frontières interdites où la douleur de la passion règne en maîtresse de ses deux mises en scène.

D'un côté La Callas, l'inaccessible étoile s'essayant, en éclipse, à transmettre son expérience de Diva, de l'autre le jeune Alan enfermé dans un autisme arrogant où la mystification du cheval pourrait transpercer jusqu'au regard.

L'interprétation par Julien Alluguette du rôle d'un adolescent en proie à des tourments que le diable ne pourrait disputer qu'à la fièvre des sentiments exacerbés, se situe bien au-delà de l'enthousiasme partagé avec le public.

D'ailleurs pour lui, le prochain Molière de la révélation devrait être d'ores et déjà annexé.

Quant à Bruno Wolkowitch, loin d'être dans l'ombre de ce Théorème Pasolinien, il lui est confié, par Delphine Rich (Esther), la lourde tâche institutionnelle d'être le Monsieur Loyal d'un fil conducteur psychanalytique menant de l'hypnose à l'effet placebo pour mieux se dispenser du critiquable sérum de vérité, fort en vogue durant les sixties.

En orbite externe du cercle thérapeute-patient voguent de concert un père (Didier Flamand) et une mère (Christiane Cohendy) exaspérés par les pulsions meurtrières d'un fils qu'ils ont jadis adoré à leur façon.

Du triangle oedipien surgiront alors ces fulgurances hippiques que Didier Long osera transgresser au final par la suggestion symbolique de l'étalon homosexuel.

Les arcanes d'une régression progressive vers le traumatisme initial ayant développé un amalgame entre une première expérience sexuelle désastreuse et la sublimation de chevaux ne devant pas voir cet échec, devraient permettre à Alan de parvenir à la prise de conscience des origines de sa pulsion meurtrière.

Ce faisant, le docteur Dysart pointe en même temps que l'éloignement de la culpabilité latente, le retour concomittant vers les affres de la normalité, en soi, peut-être, encore plus terrible pour l'être constitué de désirs violents et de passion indicible.

Cependant l'option didactique de cette réalisation oblige Bruno Wolkowitch à composer un psychiatre, par trop réaliste et méthodiste, alors même que celui-ci se prétend tout au long du processus thérapeutique, jaloux de la folie créatrice de son patient.

Il aurait sans doute fallu doter le docteur Dysart d'un comportement plus fantasque alors que la puissance métaphorique du texte de Shaffer aurait suffi à créer l'empathie vertueuse entre le sujet et son pygmalion.

Dommage donc que raison et folie ne s'interpénètrent pas suffisamment au point de faire douter les personnages eux-mêmes et par voie de conséquence contraindre le spectateur à un effort de différenciation active.

Bravo, néanmoins à Pierre Lescure d'avoir débuté sa direction artistique par le choix d'une pièce aussi poignante.

Theothea le 30/09/08

FANTASIO

de Alfred de Musset

mise en scène Denis Podalydés

****

Comédie Française

Tel: 08 25 10 16 80  

 

    Photo © Cosimo Mirco Magliocca

Un carrousel brinquebalant, décor d'Eric Ruf, va symboliser tout au long de la pièce les sentiments virevoltants des personnages, leurs agissements désordonnés car ceux-ci sont incapables de prendre des décisions soit par désinvolture, soit par tergiversations entre cœur et raison d'état, soit par envies de travestir une réalité trop pesante.

Ainsi, Fantasio, insouciant en apparence, mais rongé par le mal de vivre et un détachement qui l'empêchent de s'impliquer réellement dans l'action, traîne son ennui et préfère s'enivrer tout le jour afin de supporter son existence de petit-bourgeois criblé de dettes.

Désinvolte et aspirant à plus de profondeur, une mort " opportune ", celle de Saint-Jean, va lui permettre d'endosser le costume de bouffon en s'introduisant à la cour du roi de Bavière (Christian Blanc).

Il tentera sous ce masque de convaincre la princesse Elsbeth " fantasque comme une bergeronnette ", facétieuse et piquante Florence Viala en robe Christian Lacroix et lunettes de rockeuse, que, tiraillée entre son devoir et l'obéissance filiale, d'une part, et son rejet du prétendant sot qu'est le prince de Mantoue, fort burlesque Guillaume Gallienne, d'autre part, sa versalité et ses hésitations devraient se résoudre là où parle son cœur.

Ledit prince sera également tenté de dissimuler son identité en troquant son habit avec celui de Marinoni (Adrien Gamba-Gontard), son aide de camp afin d'approcher subrepticement l'intimité d'Elsbeth et mesurer ses penchants.

A ce jeu de cache-cache, Fantasio gagnera et fera échouer le prince dans ce mariage extravagant et évitera ainsi le sacrifice d'Elsbeth.

Les personnages tournoient dans un incessant ballet de va-et- vient circulaires sur ce manège cahotant, à la manière d'oiseaux en cage affolés qui se débattent parfois un peu à vide dans cette agitation de leurs cerveaux en dérive.

Il manque à Fantasio, ici clown en veste à carreaux et perruque rousse ayant les traits d'une femme, double travestissement soulignant le caractère ambigu des êtres pour une Cécile Brune à la voix gouailleuse, un peu de cette exaltation désespérée et ironique d'une " Strada " qui devrait animer ce bouffon jouant sa vie comme au poker.

Cette nouvelle création à la Comédie-Française de Fantasio d'Alfred de Musset, mise en scène par Denis Podalydès, est pleine de vitalité et d'énergie mais son funambule ne nous convainc pas totalement. Il lui faudrait un peu plus de grâce imagitative qui le rendrait plus aérien et romantique.

Cat.S / Theothea.com, le 01/10/08

NABUCCO

de Giuseppe Verdi

mise en scène Charles Roubaud

****

   

Stade de France

 

        Photo © Theothea.com

    

Pour fêter ses dix ans, le Stade de France s'est offert NABUCCO de Giuseppe Verdi avec 8 solistes, 400 figurants, l'orchestre national d'île de France et le choeur Nicolas de Grigny.

En quatre actes et trois heures de spectacle, la mise en espace musical a fait la preuve que la qualité acoustique du Grand Stade pouvait désormais rivaliser avec celle d'une salle d'Opéra.

Autant les voix que les instruments s'imposaient à l'écoute avec une puissance telle que seules les plages de silence pouvaient faire écho à la rumeur urbaine lointaine.

La mise en scène intégrait les changements de décor à vue en impliquant les figurants costumés en un ballet lunaire que les spectateurs observaient depuis les gradins selon une décomposition et une recomposition d'un mouvement irréel.

Sans doute la distance démesurée laissant leur regard à l'extérieur du centre de gravité aurait nécessité un rappel visuel sur grand écran numérique afin de satisfaire des gros plans sur les solistes, Roberto Servile, Rosa d'Imperio, Askar Abdrazakov, Carlo Guido, Katja Lytting, Stefano Rinaldi-Miliani, Erla Kollaku et Domenico Ghegghi; cependant les détenteurs de jumelles compensaient ce déficit d'image en focalisant une attention que les autres avaient néanmoins l'agrément de conserver latente.

A une extrémité de la pelouse se trouvait la vaste tente transparente où était hébergée la formation orchestrale; le reste de la surface était occupée par des tréteaux mobiles s'ajustant en figures géométriques encadrées par des colonnes rétractables d'où pouvaient surgir des torchères enflammées.

De l'étoile de David à la statue de Baal, le point d'orgue attendu par tous était bien entendu celui du célèbre Choeur des esclaves, " Va Pensiero " que déjà tonnait la foudre de Nabuchodonosor, Roi de Babylone qui, effectivement, pouvait faire trembler le Stade de France.

En son sein, ce samedi 27 septembre 2008, cette unique représentation de l'Opéra de Verdi dont le présentateur Alain Duault venait introduire en vidéo chacun des Actes, eut le privilège de bénéficier d'une très belle soirée d'automne commémorant ainsi avec prestige, son inauguration du 28 janvier 98.

Theothea le 02/10/08

FIN DE PARTIE

de Samuel Beckett

mise en scène Charles Berling

****

Théâtre de l'Atelier

Tel: 01 46 06 49 24  

 

  Affiche DR. Photo Julien de Rosa

   

Avec les didascalies nombreuses et précises de Samuel Beckett, Charles Berling, conseillé par Christiane Cohendy, savait à l'avance qu'il n'aurait pas grande latitude pour se démarquer du décor contextuel de " Fin de partie ", défini une fois pour toutes.

En effet, dans ce huis clos cellulaire où deux vasistas placés à hauteur d'escabeau se font vis-à-vis entre terre et mer, la nuit et le jour se succèdent sans que ses quatre occupants puissent différencier le temps de l'espace, l'un aveugle derrière ses lunettes noires, deux autres confinés à l'isolement obscur, le dernier en servage prostré.

Cette situation relationnelle, à mettre au compte de l'absurde par certains, est paradoxalement envisagée par Charles Berling pour le comble du réalisme psychosocial d'où le texte de Beckett prendrait sa saveur clownesque tellement proche de la condition humaine.

Lui-même endosse donc ce personnage de Clov qui, en claudiquant, tourne en rond dans son esprit pour s'arrêter figé en des postures d'attention à son bourreau semblant le retenir par une laisse invisible.

Quant à lui, enchaîné à son fauteuil d'handicapé à vie, Hamm mène, à sa baguette de chef, le bal des dupes apparemment consentantes où les ordres contradictoires fusent comme autant de couperets à ce qui leur restent, en commun, de forces vitales.

Il faut dire que ses parents, sans jambes, terminent leur odyssée terrestre en des poubelles placées côte à côte, mettant définitivement leurs râles hors de portée de vue et d'ouïe.

En écho à cette danse du scalp inversée, où le personnage central ligoté à son totem fait régner une terreur de tous les instants, les trois autres répondent à ses velléités dans la docilité conciliante de ceux qui n'ont plus accès au libre arbitre. Cependant qu'une porte reste toujours disponible à ouvrir pour celui qui pourrait rire le dernier.

Autant sa mise en scène de " Caligula " deux années auparavant dans ce même théâtre de l'Atelier avait été fantasque et brouillonne, autant ici Charles Berling a la volonté de faire preuve de sobriété et de retenue. Gilles Segal et Dominique Marcas s'impliquent dans cette peinture où la détresse touche aux confins de l'indicible. Par contrastes jubilatoires, Dominique Pinon excelle dans le sarcasme, l'arrogance et l'ironie condescendante. C'est lui qui aura le dernier mot de la partie.

Theothea le 06/10/08

FOCUS N° 1

Rêve d'automne / Je tremble (1&2)

Des gens / La divine Miss V.

****

 

  Photo DR. presse / La Divine Miss V. / Claire Nadeau  

   

Rêve d'automne  de Jon Fosse au Théâtre de l'Athénée

- " Petit à petit tous les gens seront remplacés par d'autres gens ". Ce rêve d'automne est comme la mélopée d'un auteur norvégien laissant ses personnages apprivoiser la vie d'un cimetière, autrement dit la mort des autres. Les répliques volontairement minimalistes et répétitives envahissent la mémoire d'un amour qui a eu lieu ou qui aura lieu. De rencontres fortuites en hasard provoqué, le père, la mère, le fils, l'ex belle-fille et l'amante improbable accompagnent l'enterrement d'une grand-mère qui n'en peut mais. De la rohmérienne Irène Jacob à l'indicible Judith Magre, Yann Collette, Simon Eine et Gabrielle Forest jouent, asynchrone, la partition d'un songe éveillé mais si proche d'un silence éloquent.

Je tremble (1&2)   de Joël Pommerat aux Bouffes du Nord

- " Ne tremblons point mesdames, messieurs !", Joël Pommerat, à la tête de sa compagnie Louis Brouillard en résidence aux Bouffes du Nord, persiste et signe dans son rôle du bonimenteur de foire, présentant un diptyque où " tout est question d'interprétation ".

C'est donc la sublimation du moi qui mènerait le monde. Convaincu de ce postulat, l'auteur va nous en faire la démonstration complète en annonçant sa mort comme apogée d'un spectacle dont les deux phases vont découper en tranches le lien social, sous l'illusion cinématographique d'une profondeur de champ dénuée de toute mise au point.

Doutant ainsi de ce qu'il voit en permanence, le spectateur ressort de ce train fantôme comme un zombie venant enfin de découvrir, sous la syncope des décibels, le cannibalisme dans toute la splendeur du divertissement.

Des gens  de Raymond Depardon adapté par Zabou Breitman au Petit Montparnasse

- A l'origine, il y a deux documentaires de Raymond Depardon " Urgences " et " Fait divers " tournés respectivement à l'Hôtel Dieu et dans un commissariat parisien durant les années 80. Au Petit Monparnasse, il y a aujourd'hui le regard de Zabou Breitman porté en abîme sur ce travail initial.

Elle, la metteuse en scène, l'adaptatrice et surtout la comédienne, prenant à son compte, ces trois casquettes en un même geste.

Face à elle, Laurent Lafitte se glissant sous le vis-à-vis du gendarme et du suspect ou plus exactement du thérapeute et du cobaye. Car toute l'ambivalence de l'observation se situe dans ce dilemme où normalité et déviance constitueraient les deux visages schizophréniques de la même personne.

Sur scène, au jeu de l'aliéné, Laurent semble l'emporter sur Zabou, davantage distanciée par sa triple fonction de maîtrise.

Tous deux jonglent dans le dédale du capharnaüm psychosocial avec une grâce d'apesanteur.

La divine Miss V.  adaptée par Jean-Marie Besset au Rond-Point.

- " Et le blue-Jean ! Le blue-Jean, on n'a pas fait mieux depuis l'invention de la gondole... ".

Adaptée par Jean-Marie Besset, cette pièce de Mark Hampton & Marie-Louise Wilson où Claire Nadeau soliloque avec esprit, en présence d'un interphone la reliant à sa gouvernante allemande, donne à la comédienne cette magnifique opportunité de recomposer le personnage excessif et néanmoins tellement classieux de Diana Vreeland qui fut rédactrice en chef de Vogue à New York de 62 à 71 durant les années du Pop Art et du Kitsch.

Celle-ci licenciée brutalement est de retour d'un voyage purgatoire en Europe. Là voici tentant d'organiser un improbable repas mondain dans son appartement afin de mieux rebondir dans le business de la mode. Impeccable geisha dans son tailleur noir cintré (costume Christian Gasc) s'adossant d'un sofa l'autre, Miss V. semble s'adresser en confidences aux spectateurs afin de chercher l'appui relationnel qu'elle pressent défaillant.

Claire Nadeau trouve en ce décor rouge carmin d'Edouard Laug, la juste mesure snob d'une interprétation exaltée sans précaution oratoire.

Theothea le 01/10/08

Recherche   par mots-clé