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EQUUS
de Peter Shaffer
mise en scène
Didier Long
|
****
Théâtre Marigny
Tel:
01
53 96 70 00
|
 |
Affiche Photo
Simon Turtle
|
Robert Hossein, pouce levé en signe d'assentiment romain en direction
de Pierre Lescure à l'issue de la Générale presse de
" Equus ", ainsi pourrait se symboliser le confraternel passage de relais
d'une direction artistique à l'autre dans ce prestigieux Carré
Marigny en quête désormais de nouvelles aventures
théâtrales.
Le rideau à peine baissé sur les fureurs psychotiques ayant
aveuglé la gente équestre à partir d'un fait-divers
retentissant, le Tout-Paris pouvait prolonger la pièce de Pierre Shaffer
créée en 1973 au Théâtre d'Orsay, par ses commentaires
actualisés concernant la reprise, sous l'adaptation de Pol Quentin,
faisant l'ouverture de la saison 08-09 au Théâtre Marigny.
C'est ainsi que d'une Master class à l'autre, Didier Long est
actuellement à cheval sur deux spectacles offrant la résilience
comme arme de combat :
En effet de Marie Laforêt au Théâtre de Paris à
Bruno Wolkowitch ici même, la médiation lui sert de marchepied
pour atteindre les frontières interdites où la douleur de la
passion règne en maîtresse de ses deux mises en scène.
D'un côté La Callas, l'inaccessible étoile s'essayant,
en éclipse, à transmettre son expérience de Diva, de
l'autre le jeune Alan enfermé dans un autisme arrogant où la
mystification du cheval pourrait transpercer jusqu'au regard.
L'interprétation par Julien Alluguette du rôle d'un adolescent
en proie à des tourments que le diable ne pourrait disputer qu'à
la fièvre des sentiments exacerbés, se situe bien au-delà
de l'enthousiasme partagé avec le public.
D'ailleurs pour lui, le prochain Molière de la révélation
devrait être d'ores et déjà annexé.
Quant à Bruno Wolkowitch, loin d'être dans l'ombre de ce
Théorème Pasolinien, il lui est confié, par Delphine
Rich (Esther), la lourde tâche institutionnelle d'être le Monsieur
Loyal d'un fil conducteur psychanalytique menant de l'hypnose à l'effet
placebo pour mieux se dispenser du critiquable sérum de
vérité, fort en vogue durant les sixties.
En orbite externe du cercle thérapeute-patient voguent de concert
un père (Didier Flamand) et une mère (Christiane Cohendy)
exaspérés par les pulsions meurtrières d'un fils qu'ils
ont jadis adoré à leur façon.
Du triangle oedipien surgiront alors ces fulgurances hippiques que Didier
Long osera transgresser au final par la suggestion symbolique de l'étalon
homosexuel.
Les arcanes d'une régression progressive vers le traumatisme initial
ayant développé un amalgame entre une première
expérience sexuelle désastreuse et la sublimation de chevaux
ne devant pas voir cet échec, devraient permettre à Alan de
parvenir à la prise de conscience des origines de sa pulsion
meurtrière.
Ce faisant, le docteur Dysart pointe en même temps que
l'éloignement de la culpabilité latente, le retour concomittant
vers les affres de la normalité, en soi, peut-être, encore plus
terrible pour l'être constitué de désirs violents et
de passion indicible.
Cependant l'option didactique de cette réalisation oblige Bruno
Wolkowitch à composer un psychiatre, par trop réaliste et
méthodiste, alors même que celui-ci se prétend tout au
long du processus thérapeutique, jaloux de la folie créatrice
de son patient.
Il aurait sans doute fallu doter le docteur Dysart d'un comportement plus
fantasque alors que la puissance métaphorique du texte de Shaffer
aurait suffi à créer l'empathie vertueuse entre le sujet et
son pygmalion.
Dommage donc que raison et folie ne s'interpénètrent pas
suffisamment au point de faire douter les personnages eux-mêmes et
par voie de conséquence contraindre le spectateur à un effort
de différenciation active.
Bravo, néanmoins à Pierre Lescure d'avoir débuté
sa direction artistique par le choix d'une pièce aussi poignante.
Theothea le 30/09/08
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FANTASIO
de Alfred de Musset
mise en scène
Denis Podalydés
|
****
Comédie
Française
Tel: 08 25 10 16 80
|
 |
Photo ©
Cosimo Mirco Magliocca
|
Un carrousel brinquebalant, décor d'Eric Ruf, va symboliser tout
au long de la pièce les sentiments virevoltants des personnages, leurs
agissements désordonnés car ceux-ci sont incapables de prendre
des décisions soit par désinvolture, soit par tergiversations
entre cur et raison d'état, soit par envies de travestir une
réalité trop pesante.
Ainsi, Fantasio, insouciant en apparence, mais rongé par le mal
de vivre et un détachement qui l'empêchent de s'impliquer
réellement dans l'action, traîne son ennui et préfère
s'enivrer tout le jour afin de supporter son existence de petit-bourgeois
criblé de dettes.
Désinvolte et aspirant à plus de profondeur, une mort "
opportune ", celle de Saint-Jean, va lui permettre d'endosser le costume
de bouffon en s'introduisant à la cour du roi de Bavière (Christian
Blanc).
Il tentera sous ce masque de convaincre la princesse Elsbeth " fantasque
comme une bergeronnette ", facétieuse et piquante Florence Viala en
robe Christian Lacroix et lunettes de rockeuse, que, tiraillée entre
son devoir et l'obéissance filiale, d'une part, et son rejet du
prétendant sot qu'est le prince de Mantoue, fort burlesque Guillaume
Gallienne, d'autre part, sa versalité et ses hésitations devraient
se résoudre là où parle son cur.
Ledit prince sera également tenté de dissimuler son
identité en troquant son habit avec celui de Marinoni (Adrien
Gamba-Gontard), son aide de camp afin d'approcher subrepticement l'intimité
d'Elsbeth et mesurer ses penchants.
A ce jeu de cache-cache, Fantasio gagnera et fera échouer le prince
dans ce mariage extravagant et évitera ainsi le sacrifice d'Elsbeth.
Les personnages tournoient dans un incessant ballet de va-et- vient
circulaires sur ce manège cahotant, à la manière d'oiseaux
en cage affolés qui se débattent parfois un peu à vide
dans cette agitation de leurs cerveaux en dérive.
Il manque à Fantasio, ici clown en veste à carreaux et perruque
rousse ayant les traits d'une femme, double travestissement soulignant le
caractère ambigu des êtres pour une Cécile Brune à
la voix gouailleuse, un peu de cette exaltation désespérée
et ironique d'une " Strada " qui devrait animer ce bouffon jouant sa vie
comme au poker.
Cette nouvelle création à la Comédie-Française
de Fantasio d'Alfred de Musset, mise en scène par Denis Podalydès,
est pleine de vitalité et d'énergie mais son funambule ne nous
convainc pas totalement. Il lui faudrait un peu plus de grâce imagitative
qui le rendrait plus aérien et romantique.
Cat.S / Theothea.com, le 01/10/08
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NABUCCO
de Giuseppe Verdi
mise en scène
Charles Roubaud
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****
Stade de France
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Photo ©
Theothea.com
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Pour fêter ses dix ans, le Stade de France s'est offert NABUCCO
de Giuseppe Verdi avec 8 solistes, 400 figurants, l'orchestre national
d'île de France et le choeur Nicolas de Grigny.
En quatre actes et trois heures de spectacle, la mise en espace musical
a fait la preuve que la qualité acoustique du Grand Stade pouvait
désormais rivaliser avec celle d'une salle d'Opéra.
Autant les voix que les instruments s'imposaient à l'écoute
avec une puissance telle que seules les plages de silence pouvaient faire
écho à la rumeur urbaine lointaine.
La mise en scène intégrait les changements de décor
à vue en impliquant les figurants costumés en un ballet lunaire
que les spectateurs observaient depuis les gradins selon une décomposition
et une recomposition d'un mouvement irréel.
Sans doute la distance démesurée laissant leur regard à
l'extérieur du centre de gravité aurait nécessité
un rappel visuel sur grand écran numérique afin de satisfaire
des gros plans sur les solistes, Roberto Servile, Rosa d'Imperio, Askar
Abdrazakov, Carlo Guido, Katja Lytting, Stefano Rinaldi-Miliani, Erla Kollaku
et Domenico Ghegghi; cependant les détenteurs de jumelles compensaient
ce déficit d'image en focalisant une attention que les autres avaient
néanmoins l'agrément de conserver latente.
A une extrémité de la pelouse se trouvait la vaste tente
transparente où était hébergée la formation
orchestrale; le reste de la surface était occupée par des
tréteaux mobiles s'ajustant en figures géométriques
encadrées par des colonnes rétractables d'où pouvaient
surgir des torchères enflammées.
De l'étoile de David à la statue de Baal, le point d'orgue
attendu par tous était bien entendu celui du célèbre
Choeur des esclaves, " Va Pensiero " que déjà tonnait la foudre
de Nabuchodonosor, Roi de Babylone qui, effectivement, pouvait faire trembler
le Stade de France.
En son sein, ce samedi 27 septembre 2008, cette unique représentation
de l'Opéra de Verdi dont le présentateur Alain Duault venait
introduire en vidéo chacun des Actes, eut le privilège de
bénéficier d'une très belle soirée d'automne
commémorant ainsi avec prestige, son inauguration du 28 janvier 98.
Theothea le 02/10/08
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FIN DE PARTIE
de Samuel Beckett
mise en scène
Charles Berling
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****
Théâtre de l'Atelier
Tel: 01 46 06 49 24
|
 |
Affiche DR. Photo
Julien de Rosa
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Avec les didascalies nombreuses et précises de Samuel Beckett,
Charles Berling, conseillé par Christiane Cohendy, savait à
l'avance qu'il n'aurait pas grande latitude pour se démarquer du
décor contextuel de " Fin de partie ", défini une fois pour
toutes.
En effet, dans ce huis clos cellulaire où deux vasistas placés
à hauteur d'escabeau se font vis-à-vis entre terre et mer,
la nuit et le jour se succèdent sans que ses quatre occupants puissent
différencier le temps de l'espace, l'un aveugle derrière ses
lunettes noires, deux autres confinés à l'isolement obscur,
le dernier en servage prostré.
Cette situation relationnelle, à mettre au compte de l'absurde
par certains, est paradoxalement envisagée par Charles Berling pour
le comble du réalisme psychosocial d'où le texte de Beckett
prendrait sa saveur clownesque tellement proche de la condition humaine.
Lui-même endosse donc ce personnage de Clov qui, en claudiquant,
tourne en rond dans son esprit pour s'arrêter figé en des postures
d'attention à son bourreau semblant le retenir par une laisse
invisible.
Quant à lui, enchaîné à son fauteuil
d'handicapé à vie, Hamm mène, à sa baguette de
chef, le bal des dupes apparemment consentantes où les ordres
contradictoires fusent comme autant de couperets à ce qui leur restent,
en commun, de forces vitales.
Il faut dire que ses parents, sans jambes, terminent leur odyssée
terrestre en des poubelles placées côte à côte,
mettant définitivement leurs râles hors de portée de
vue et d'ouïe.
En écho à cette danse du scalp inversée, où
le personnage central ligoté à son totem fait régner
une terreur de tous les instants, les trois autres répondent à
ses velléités dans la docilité conciliante de ceux qui
n'ont plus accès au libre arbitre. Cependant qu'une porte reste toujours
disponible à ouvrir pour celui qui pourrait rire le dernier.
Autant sa mise en scène de " Caligula " deux années auparavant
dans ce même théâtre de l'Atelier avait été
fantasque et brouillonne, autant ici Charles Berling a la volonté
de faire preuve de sobriété et de retenue. Gilles Segal et
Dominique Marcas s'impliquent dans cette peinture où la détresse
touche aux confins de l'indicible. Par contrastes jubilatoires, Dominique
Pinon excelle dans le sarcasme, l'arrogance et l'ironie condescendante. C'est
lui qui aura le dernier mot de la partie.
Theothea le 06/10/08
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FOCUS N° 1
Rêve d'automne / Je tremble
(1&2)
Des gens / La divine Miss V. |
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Photo DR. presse
/ La Divine Miss V. / Claire Nadeau
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Rêve
d'automne
de Jon Fosse au Théâtre de l'Athénée
- " Petit à petit tous les gens seront remplacés par d'autres
gens ". Ce rêve d'automne est comme la mélopée d'un auteur
norvégien laissant ses personnages apprivoiser la vie d'un
cimetière, autrement dit la mort des autres. Les répliques
volontairement minimalistes et répétitives envahissent la
mémoire d'un amour qui a eu lieu ou qui aura lieu. De rencontres fortuites
en hasard provoqué, le père, la mère, le fils, l'ex
belle-fille et l'amante improbable accompagnent l'enterrement d'une
grand-mère qui n'en peut mais. De la rohmérienne Irène
Jacob à l'indicible Judith Magre, Yann Collette, Simon Eine et Gabrielle
Forest jouent, asynchrone, la partition d'un songe éveillé
mais si proche d'un silence éloquent.
Je tremble (1&2)
de Joël Pommerat aux Bouffes du Nord
- " Ne tremblons point mesdames, messieurs !", Joël Pommerat, à
la tête de sa compagnie Louis Brouillard en résidence aux Bouffes
du Nord, persiste et signe dans son rôle du bonimenteur de foire,
présentant un diptyque où " tout est question
d'interprétation ".
C'est donc la sublimation du moi qui mènerait le monde. Convaincu
de ce postulat, l'auteur va nous en faire la démonstration complète
en annonçant sa mort comme apogée d'un spectacle dont les deux
phases vont découper en tranches le lien social, sous l'illusion
cinématographique d'une profondeur de champ dénuée de
toute mise au point.
Doutant ainsi de ce qu'il voit en permanence, le spectateur ressort de
ce train fantôme comme un zombie venant enfin de découvrir,
sous la syncope des décibels, le cannibalisme dans toute la splendeur
du divertissement.
Des gens de
Raymond Depardon adapté par Zabou Breitman au Petit
Montparnasse
- A l'origine, il y a deux documentaires de Raymond Depardon " Urgences
" et " Fait divers " tournés respectivement à l'Hôtel
Dieu et dans un commissariat parisien durant les années 80. Au Petit
Monparnasse, il y a aujourd'hui le regard de Zabou Breitman porté
en abîme sur ce travail initial.
Elle, la metteuse en scène, l'adaptatrice et surtout la
comédienne, prenant à son compte, ces trois casquettes en un
même geste.
Face à elle, Laurent Lafitte se glissant sous le vis-à-vis
du gendarme et du suspect ou plus exactement du thérapeute et du cobaye.
Car toute l'ambivalence de l'observation se situe dans ce dilemme où
normalité et déviance constitueraient les deux visages
schizophréniques de la même personne.
Sur scène, au jeu de l'aliéné, Laurent semble l'emporter
sur Zabou, davantage distanciée par sa triple fonction de
maîtrise.
Tous deux jonglent dans le dédale du capharnaüm psychosocial
avec une grâce d'apesanteur.
La divine Miss V.
adaptée par Jean-Marie
Besset au Rond-Point.
- " Et le blue-Jean ! Le blue-Jean, on n'a pas fait mieux depuis l'invention
de la gondole... ".
Adaptée par Jean-Marie Besset, cette pièce de Mark Hampton
& Marie-Louise Wilson où Claire Nadeau soliloque avec esprit,
en présence d'un interphone la reliant à sa gouvernante allemande,
donne à la comédienne cette magnifique opportunité de
recomposer le personnage excessif et néanmoins tellement classieux
de Diana Vreeland qui fut rédactrice en chef de Vogue à New
York de 62 à 71 durant les années du Pop Art et du Kitsch.
Celle-ci licenciée brutalement est de retour d'un voyage purgatoire
en Europe. Là voici tentant d'organiser un improbable repas mondain
dans son appartement afin de mieux rebondir dans le business de la mode.
Impeccable geisha dans son tailleur noir cintré (costume Christian
Gasc) s'adossant d'un sofa l'autre, Miss V. semble s'adresser en confidences
aux spectateurs afin de chercher l'appui relationnel qu'elle pressent
défaillant.
Claire Nadeau trouve en ce décor rouge carmin d'Edouard Laug, la
juste mesure snob d'une interprétation exaltée sans
précaution oratoire.
Theothea le 01/10/08
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