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PARLE-MOI D'AMOUR
de Philippe Claudel
mise en scène
Michel Fagadau
|
****
Comédie des
Champs-Elysées
Tel: 01 53 23
99 19
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Affiche Photo
Pascalito
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Avec un "partage de minuit" sous symétrie de miroir, Philippe Claudel
a donc écrit sa première pièce de théâtre
à la suite du prix Renaudot pour "Les âmes grises" en 2003 et
du prix Goncourt des lycéens pour "Le rapport de Brodeck" en 2007.
Se voulant le reflet du couple contemporain statistiquement en divorce
à deux contre un, son "parler d'amour" scanne le modus vivendi
d'époux qui n'en finiraient pas de s'exaspérer pour le pire
mais aussi pour le meilleur des clichés conjugaux contemporains.
Florica Malureanu, la fidèle scénographe de Michel Fagadau
s'est emparée à son tour de cette perspective à parité
géométrique pour constituer un décor où les formes
élancées du mobilier, se répondant courbe pour courbe,
viennent contrarier la quiétude de l'esprit autant que le confort
du corps.
Le regard du spectateur s'emploie, alors, à décoder la pente
glissante d'un double jeu de canapés en bois, comme le signe d'une
descente inéluctable vers le mal-être qu'aucun placebo de dispute
ou de tendresse ne saurait enrayer.
A ceci près que, si la part féminine du duo a effectué
une psychanalyse de plus de 10 ans, c'est, peut-être, maintenant à
elle d'aider son compagnon d'infortune à franchir le pas de la prise
de conscience, sinon en l'allongeant sur l'un de ces deux divans virtuels
à disposition, au moins en renonçant à ce qu'il s'assoit
sur le concept très tendance d'une chaise à pointes
acérées, certes unique, mais qui laisserait coi tout fakir
en psychothérapie de couple.
Aussi, au coeur de la nuit, en l'absence de tout rebondissement dramaturgique,
la dialectique sadomasochiste s'installe entre elle et lui, au plus cru des
mots qui défoulent le pseudo savoir-vivre du plein jour.
Ainsi, en se rendant coup pour coup, ces boxeurs de lutte intérieure
évacuent leur trop plein de conformisme social dont ils s'accusent
réciproquement de déviance confondante.
En reflet à la pernicieuse "Danse de mort" de Strindberg tenue
à distance aphrodisiaque, nos comparses se donnent la réplique
qui fait mal, jusqu'au point ultime où le conflit basculerait fatalement
dans la tragédie.
Au diapason d'une comédie psychosociale assumée, Michel
Leeb retient, a digne minima, les facéties et mimiques dont il a le
talent; en contrepartie Caroline Silhol accède à la composition
d'un rôle implicitement comique qui s'ajoute avec valorisation à
sa palette de comédienne.
De midi à minuit jusqu'au vice versa, l'enjeu de l'amour restera
ainsi, bien partagé.
Theothea le 10/10/08
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CLERAMBARD
de Marcel Aymé
mise en scène
Nicolas Briançon
|
****
Théâtre
Hébertot
Tel: 01 43 87
23 23
|
 |
Photo © Guirec Coadic
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Clérambard pour Bigard, c'est de l'or en barre !...
Après avoir rempli le Stade de France dans la harangue du one'man
show et avoir, par la suite endossé, en rupture rhétorique,
la prose présomptueuse de Monsieur Jourdain, voici une langue
ingénument psychotique lui permettant d'être à parité
de composition avec ses partenaires.
A ceci près, que le comte Hector de Clérambard est un
drôle d'oiseau illuminé qui, de bourreau de ses proches, va
se transformer, sous un coup de baguette miraculeuse, en rédempteur
messianique de la condition humaine.
En effet, une soudaine révélation de Saint-François
d'Assise a véritablement changé la donne religieuse de ce tueur
invétéré de chiens et de chats devant l'éternel,
le transformant telle la citrouille par un carrosse, en protecteur
inconditionnelle de la moindre araignée ou autre manifestation du
vivant.
Isolé donc parmi les siens en raison de ses toquades initialement
tyranniques devenues charitables à l'extrême, voilà
maintenant que cet aristocrate de vieille famille déchue s'est
entiché de marier son fils (Nicolas Biaud-Mauduit) quelque peu
dégénéré.
Entre sa femme, à principes moralisateurs bon chic bon genre et
sa belle-mère (Hélène Surgère), gardienne du
train de vie et des moeurs nobiliaires, la visite de sa future bru
accompagnée d'une famille prolétaire au grand complet va sonner
le tocsin des convenances bafouées.
C'est "La Langouste", la prostituée qui fait fantasmer tout le
quartier, qui va venir, à son insu, régler tout ce beau monde
en quête de respectabilité.
Cas clinique de psychiatrie collective dévoyée par la truculence
primesautière de Marcel Aymé, c'est peu de dire que tous les
comédiens s'y régalent comme des poissons dans l'eau, enivrés
de surréalisme bon enfant.
Philippe Uchan y compose notamment un personnage à facettes
facétieuses d'une drôlerie irrésistible; Véronique
Boulanger nous rappellerait volontiers la mère "Le Quesnoy" naviguant,
au mieux, sur un long fleuve tranquille; quant à Sophie Tellier, le
moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle avive, à elle seule, toute
la fougue libidinale du Théâtre Hébertot.
Nicolas Briançon signe une mise en scène à la fois
chorégraphique et chorale qui, en s'appuyant sur la subtilité
du ressentiment, donne une force joyeusement explosive à tous les
bons sentiments.
Theothea le 08/10/08
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JE M'VOYAIS DEJA
de Laurent Ruquier
mise en scène
Alain Sachs
|
****
Théâtre du
Gymnase
Tel: 01 42 46
79
79
|
 |
Photo © Tony
Frank
|
En haut de l'affiche sous lettres de feu " Charles Aznavour ", pour qui
une comédie musicale, rendant hommage à l'ensemble de ses chansons,
est créée au Théâtre du Gymnase par le desiderata
de sa fille Katia qui en a confié l'écriture du livret à
Laurent Ruquier.
" Je m'voyais déjà " débute ainsi sa carrière
théâtrale dans une relative discrétion anticipant sa
montée en puissance sous les auspices d'un bouche à oreille
forcement favorable.
Ils sont six sur scène à entourer Diane Tell organisant
dans la spontanéité, sa propre master class, à la suite
d'un casting initialement défavorable à ces candidats du rêve
inaccessible aux planches du music hall.
C'est la candeur, autant que le talent en herbe qui vont agréger
les lignes de force du groupe se constituant par impulsions synergiques au
contact de l'oeuvre artistique en prise avec des émotions universelles
et intemporelles.
En toile de fond cinématographique, des projections sous perspective
fondent la mémoire d'un siècle à l'autre retraçant
la pérennité mélancolique de l'âme humaine.
Pablo Villafranca, Stefi Celma, Jonatan Cerrada, Julie Lemas, Arno Diem,
St Cyr y abordent en toute humilité les chansons du grand Charles
pour en extraire un fameux suc au goût du jour dont l'humour
chorégraphique d'Alain Sachs aura le don de donner des ailes, autant
aux jeunes pousses qu'aux spectateurs.
Il faut dire qu'en devant de scène, à cour et à jardin,
c'est l'efficace formation de Gérard Daguerre, directeur musical
attitré de Charles Aznanour, qui officie à plein tempo,
acoustique.
De couleur artisanale, ce spectacle a les exigences de la bonne humeur
et du naturel qui revient au galop:
Qui de mieux en effet que Diane Tell pour donner la note d'un casting
qui ne cherche pas tant à épater la galerie qu'à susciter
l'impérieuse envie de les féliciter, tous ensemble ?
D'une énergie communicative à l'autre, l'intensité
de cette jeunesse métissée va s'impliquer à fond en
deux cycles où au temps de l'apprentissage va succéder celui
du spectacle abouti.
A chacun, de préférer éventuellement l'une ou l'autre
de ces périodes où la nostalgie du bonheur aurait souvent le
dernier mot: " La Mamma ", " La Bohème ", " Hier encore ", ou " Non
je n'ai rien oublié " ... cependant qu'en écho, " Viens voir
les Comédiens " répondrait malicieusement à " Je m'voyais
déjà ".
Theothea le 13/10/08
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MANIPULATIONS MODE
D'EMPLOI
de Gérard
Miller
mise en scène
Agnès Boury
|
****
Petit
Théâtre de Paris
Tel: 01 42 80
01 81
|
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Dessin
Affiche © Geluck 2008
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Ecoutez attentivement le générique du Journal de 20h00 sur
TF1, comparez-le à un des leitmotivs de la musique des " Dents de
la mer " et vous comprendrez intuitivement comment la symbolique de la peur
peut faire d'une pierre deux coups.
Cette démonstration, preuve sonore à l'appui, fait partie
du tableau de chasse de Gérard Miller dans sa conférence tout
public au sujet des manipulations et de leur usage bien compris.
Ainsi au Petit Théâtre de Paris, après avoir rodé
cet été en Avignon off ce spectacle mis en scène par
Agnès Boury, le psychanalyste lacanien de notoriété
médiatique, entreprend de décrypter en six points, les clés
sur lesquelles pourrait s'appuyer cette pratique d'influence:
Celles-là, regroupées sous la thématique de l'hypnose,
impliqueraient donc du manipulateur un recours à la séduction,
à l'émotion, au savoir occulte, aux injonctions
répétitives, au discours focalisé sur la personne
ciblée et nécessiteraient en retour que cette dernière
porte crédit au pouvoir revendiqué.
C'est ainsi que le " sujet supposé savoir " aurait toute latitude
a devenir l'hypnotiseur des individus consentants plus ou moins à
leur insu.
Davantage pédagogique que technique, cette conférence spectacle
étayée par des exemples interactifs, revendique, certes,
l'accès à l'esprit critique mais reste néanmoins toujours
très proche de l'anecdote distrayante.
Sans doute son expérience de la communication télévisuelle
a dû rendre Gérard Miller soucieux du message minimaliste
compréhensible par tous, mais peut être son incursion sur la
scène théâtrale devrait-elle l'inciter à complexifier
son plaidoyer, sans pour autant, bien entendu, l'assimiler à un
exposé universitaire.
Qui peut donc savoir si un succès parisien sur la planches aujourd'hui,
ne l'amènerait pas plus tard, lors d'un come back, à devenir
adepte d'une ambition plus incisive entre rire et apprentissage?
Theothea le 07/10/08
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A LA MEMOIRE D'ANNA
POLITKOVSKAÏA
de Lars Norén
mise en scène
Lars Norén
|
****
Théâtre
de Nanterre Amandiers
Tel:
01
46 14 70 00
|
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Photo ©
Véronique Vercheval
|
Un vaste plateau jonché d'un millier de feuilles d'un noir cendré
métallisé, papier carbonisé par le feu ?
Tel un autodafé de la presse et, en particulier, des écrits
d'Anna Politkovskaïa, cette journaliste russe assassinée par
balles le 7 octobre 2006 à Moscou dont fait référence
le titre de la pièce de Lars Norén mise en scène par
lui-même, un vaste plateau d'encre sombre représente la rue,
troisième partie de la trilogie " Morire di clase ", nous plongeant,
dès le premier instant et sans rémission jusqu'à la
dernière minute, dans l'enfer terriblement réaliste de la violence
à l'état brut.
La rue ici n'a pas d'échappatoire possible tel un huis clos social
où les enfants et les adultes qui en abusent vivent comme des rats
qui ont perdu tout repère et tout espoir.
Les maris tabassent les femmes, les femmes se prostituent, les enfants
volent, se vendent à des diplomates internationaux pour quelques sous
ou sont violés sans état d'âme.
Aucune explication psychologique, chez Lars Norén, tout passe par
le corps, des corps malingres, décharnés qui, poussés
à bout, bousculent, frappent à coups de pied, se déchirent,
se vautrent bestialement, dépouillent et peuvent tuer, et cependant,
dans cette noirceur d'ébène absolu, des gestes de supplication,
des bras qui soudain enlacent, un merci murmuré, un enfant de 10 ans
qui tend la main à celui qui ne voit pas, un pas de danse esquissé,
des signes comme des lambeaux d'humanité et de lumière, des
clairs-obscurs qui tamiseraient la désespérance totale.
La pièce la plus noire que Lars Norén ait écrite,
en français, est un pur constat d'une brutalité d'un monde
en guerre.
Il veut ébranler les consciences trop tranquilles et renvoyer en
miroir les monstruosités d'existences laissées pour compte
par d'autres hommes, dans l'attente de la mort.
Deux heures sans répit et pourtant la compassion est toute proche
pour ces êtres acculés.
Son théâtre est " à l'image de la vie ", une vie pour
certains impitoyable.
Cat.S / Theothea.com, le 17/10/08
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