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BAINS DE MINUIT
de Jack William
Sloane
mise en scène
Daniel Colas
|
****
Théâtre
des Mathurins
Tel: 01 42 65
90 00
|
 |
Photo
DR.
|
"Qui, Quoi, Où et Comment ?" Avec ce quadruple questionnement,
le titre américain va droit au but en s'inquiétant
d'identités en désarroi afin de clarifier l'imbroglio des coeurs
et des esprits.
Avec "Bains de minuit", la donne est d'emblée plus rohmérienne
en assimilant Alexandra à une " Pauline à la plage " qui aurait,
à son insu, donné le coup d'envoi d'un jeu amoureux en
trompe-l'oeil.
Mais, au-delà de ces distinguos nationaux pour affichage socioculturel,
vont s'affronter deux couples hétéro qui pourraient fort bien
en dissimuler deux autres, voire davantage, de nature polymorphe.
Cette troisième comédie du jeune auteur New-Yorkais, Jack
William Sloane est la première à être adaptée
en Français et c'est donc Daniel Colas & Yvan Marco, codirecteurs
du Théâtre des Mathurins qui ont décidé de
l'accueillir, de la réaliser et même de la jouer.
En s'entourant d'Eva Darlan et Linda Hardy, Daniel Colas avec sa casquette
de metteur en scène fait le choix d'une direction d'actrices
désormais bien habituées aux planches de son
théâtre.
C'est le ton d'un humour constamment distancié mais implicitement
complice qui va donner toute sa saveur à un enchevêtrement de
ressentiments que l'émotion affective contenue sera en charge de travestir
en effronteries, désinvoltures ou autres insolences:
Ce "Je vous souhaite une mauvaise nuit, la plus mauvaise possible !..."
lancé avec le sourire narquois du dépit amoureux, reviendra
fatalement en boomerang de celui ou celle qui, à son tour, aura su
se révéler "mauvais joueur".
En effet, au jeu du qui perd, gagne, Alexandra, Félix,
Marie-Cécile et Bertrand vont, chacun, faire leurs classes à
leur rythme et devenir, dans leur domaine, expert pour "agacer" les autres,
en retour de flamme.
Mais sont-ce des règles licites du jeu de société
lorsqu'un ex couple légitime s'autorise à inviter au banquet
de leur villégiature balnéaire, des partenaires de diversion
pris en tenailles au piège du sentiment passionnel ?
Pouvant apparaître "en pilote automatique" à quelques reprises
sur plus de deux heures de représentation, Daniel Colas orchestre
un malicieux moulin à paroles dont il semble distribuer le tour de
rôles:
Eva Darlan lui répond du tac au tac en cherchant sans cesse la
faille pour le déstabiliser; Linda Hardy roucoule comme un oiseau
s'inventant une cage dorée virtuelle; Yvan Marco, en bon camarade
associé, offre un exutoire sur lequel chacun peut trouver son compte
de compensation à ses propres frustrations.
Par esprit de synthèse universelle, l'essentiel sera, en
définitive, d'être persuadé qu'il est préférable
de prendre un bain de minuit à l'heure dite afin d'être apte
à profiter de l'instant présent.
Theothea le 23/10/08
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VICTOR HUGO MON AMOUR
de
Anthéa Sogno
mise en scène
Jacques Décombe
|
****
Comédie
Bastille
Tel: 01 48 07
52 07
|
 |
Photo
DR.
|
A l'heure de l'immédiateté fugace des courriels et textos
succédant aux fax, télégrammes et pneumatiques, une
correspondance de plus de 40.000 lettres sur cinquante années a de
quoi éveiller, au-delà de la référence suprême
qu'est la légende de Madame de Sévigné, un
éblouissement candide dont seul l'amour passion pourrait avoir le
secret.
En effet, de 1833 à 1883 Juliette Drouet et Victor Hugo ont
consumé une énergie épistolaire qui peut laisser
rêveur, tous les adeptes contemporains des apocopes ou autres
abréviations intempestives réduisant la pensée a minima
de sa trace visuelle.
A l'opposé, les deux amants mirent en scène scriptural,
jusqu'au plus profond des tourments de leur coeur, l'élan qui les
portait l'un vers l'autre sous conflagration cellulaire.
C'est pourquoi otages l'un de l'autre en une détention fougueuse
dont l'écriture suscitait des répliques à l'infini,
ils se répondaient en confidences sismiques sans jamais se départir
du jeu de rôles qu'il s'étaient distribués dès
leur rencontre initiale:
A lui, le génie et la gloire, à elle, la beauté et
le pouvoir absolu d'être sa Muse, et donc à eux, de consentir
à l'esclavage amoureux jusque dans ses conséquences les plus
cruelles.
C'est la généalogie de ce destin qu'Anthéa Sogno
a voulu appréhender au plus près, comme si elle s'approchait
du feu solaire avec le risque maximal de se brûler soi-même,
en extrayant les instants privilégiés où les maux induits
s'entrechoquent en mots choisis, c'est-à-dire au plus fort de leur
intensité.
Après la création estivale en Avignon off, voici donc
Anthéa qui s'approprie dans la ferveur automnale de La Comédie
Bastille, sa dialectique Drouet-Hugolienne élaborée avec le
désir ardent de se situer au plus près du noyau des forces
galvanisatrices.
On sait la comédienne douée pour incarner l'exaltation,
la sensualité, la flamme amoureuse mais elle sait aussi flirter avec
la palette des bleus à l'âme qui rendent son partenaire à
la fois complexe et vulnérable.
Dans un décor à dominante rouge grenat, si chère
aux prérogatives traditionnelles du Théâtre, Jacques
Decombe scénarise chaque cycle de correspondance entre Juliette et
Totor (Sacha Petronijevic) en champ & contre-champ qui se renvoient leur
missives en une succession de bouteilles à la mer ressemblant
intuitivement à un emboîtement de poupées russes, en
abîme.
Theothea le 24/10/08
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UNE CHAMBRE A SOI
de Virginia Woolf
mise en scène
Anne-Marie Lazarini
|
****
Théâtre Artistic
Athévains
Tel: 01 43 56
38 32
|
 |
Photo © Marion
Duhammel
|
De Virginia Woolf à Edith Scob, il y a le choix d'Anne-Marie Lazarini,
codirectrice du Théâtre Artistic Athévains, de donner
à l'écrivain féministe, cette silhouette vibrionnante
que la comédienne s'applique à copier-coller sur l'intonation
de chaque mot théâtralisé, selon le récit de "Une
chambre à soi".
Dans un magnifique décor de Bibliothèque, dû à
François Cabanat, bordée à cour et jardin d'une tenture
rouge théâtre, Edith Scob va en parcourir les rayonnages, consulter
les ouvrages, s'asseoir auprès des bureaux en salle de lecture,
s'efforçant du geste et du regard à figurer le descriptif de
chaque situation évoquée par l'auteur.
Avec sa voix haut perchée, articulant par salves et appuyant chaque
syllabe du texte, son personnage de composition semble vouloir capter l'attention
suprême du spectateur, en même temps que cet ininterrompu ballet
de marionnettiste en épuise les forces de concentration.
Toutefois, ce n'est pas en jetant du haut de l'échelle promenoir,
plusieurs exemplaires de recueils sinon misogynes tout au moins
ségrégatifs, que la direction d'actrice forcera la reconnaissance
attendue en un lieu où précisément le livre devrait
être conservé et mis en valeur.
Cependant cette personnalité baroque et atypique se débattant
tel un Don Quichotte au féminin réussit à transformer
le moulin à vent en carrosse pour âme aspirant à s'extraire
de sa chrysalide.
C'est par l'humour qu'Edith rejoint Virginia, là où "Oxbridge"
et "Fenham" se regardent en chiens de faïence, là où la
nourriture universitaire, au propre comme au figuré, n'était
pas, il y a encore quelques décennies, a parité des deux sexes.
Alors Virginia a beau jeu d'imaginer une soeur à Shakespeare, Edith
fera la démonstration in situ que Judith n'aurait jamais pu, à
l'époque et à talent égal, avoir la moindre chance
d'accomplir l'oeuvre littéraire de son frère virtuel.
C'est en effet dans l'indépendance matérielle, gage
indispensable à la liberté de l'esprit, que se trouve le
sésame de toute créativité.
C'est surtout en accédant aux mêmes excellences de la culture
et de l'éducation qu'homme et femme peuvent se compléter au
gré de leurs prédispositions naturelles.
Ainsi, en observant l'histoire des moeurs et de la littérature
au travers d'un rétroviseur thématique "Les femmes et le roman"
à l'occasion d'une conférence donnée aux étudiants
de Cambridge en 1928, Virginia Woolf fut alors motivée à publier
un an plus tard cet essai fondateur sur la création au
féminin:
Quoi de mieux en effet qu' "Une chambre à soi" pour signifier et
synthétiser l'espace intérieur nécessaire à tout
libre arbitre et à tout mûrissement de la pensée?
A l'appui du timbre et de la gestuelle, Anne-Marie Lazarini et Edith Scob
en donnent une clé d'accès; reste au spectateur d'en
découvrir les sortilèges du verrou symbolique !...
Theothea le 29/10/08
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LA MADELEINE
PROUST
de Lola Sémonin
mise en scène
Caroline Loeb
|
****
Théâtre Rive Gauche
Tel:
01 43 35 32
31
|
 |
Photo DR.
|
Si les Ch'tis ont Dany Boon, les Francs-Comtois ont assurément
Lola Sémonin; alors Bienvenue chez La Madeleine Proust à
"Derrière les Gras" dans le Jura, là où avec ou sans
accent, la mixité culturelle du rap et du slam aurait rejoint la
modernité écologique.
Pratiquant le grand écart poétique, la "pygmalionne" va
s'employer à faire vivre sur scène une jeune créature
imaginaire qu'elle surnomme judicieusement "Chameau" puisqu'il s'appelle
Kamel, lui qui l'aurait, un jour, rattrapé dans la rue pour lui rendre
son porte-monnaie qu'elle avait égaré.
Après des adieux deux années plus tôt à l'Olympia,
il aura fallu en effet la rencontre inopinée dans un troquet, d'un
jeune beur de banlieue ayant reconnu la comédienne: "Je lui ai dit:
Tu t'intéresses à la Madeleine, toi ? Il m'a répondu
: Evidemment, la Madeleine, c'est mes racines !" pour que germe l'ultime
réplique de son nouveau one-woman-show à tailler sur mesures
par Caroline Loeb et actuellement en résidence jusque fin 2008 au
Théâtre Rive Gauche.
Comme un pont entre deux générations, à l'instar
d'une autre Madeleine, épouse de Jean-Louis Barrault, alors au soir
de sa vie, c'est tel un revival d' "Harold et Maud" que revient Lola
Sémonin en vieille "dame indigne" à baskets, bravache des nouvelles
technologies autant que protectrice et complice d'un adolescent en
rébellion contre tous les carcans et faux-semblants.
Comme un viaduc entre deux cultures, c'est aussi en marionnettiste faisant
la nique à tous les tabous, a priori ou préjugés que
la Madeleine affronte rumeurs et médisances sur l'exploitation de
celle-ci ou l'instrumentalisation de celle-là, bien au-delà
de ses accointances avec Kamel, ce rebeu du neuf-trois, berbère d'origine
qui, en prenant souche dans une famille d'accueil du Haut-Doubs, aurait
flashé sur le paradis terrestre dont La Madeleine serait à
la fois l'hôtesse emblématique et la détentrice des
clés symboliques.
A 76 ans, pourquoi voudriez-vous donc qu'elle entame une carrière
de passéisme socioculturel ?
C'est bien d'ouverture sur le monde, de fraternité et de
tolérance que la comédienne de 57 ans, amoureuse s'il en fut
de sa région natale, nous conte, par delà sa fameuse blouse
campagnarde empruntée aux Vamps voire même sa classieuse robe
du soir en guise d'épilogue, les frasques et atermoiements liés
au décalage universel et intemporel entre l'être et le
paraître.
C'est au sein de ces brèves domestiques glanées au fil des
jours que la quête de sens pourrait prendre les couleurs du temps
retrouvé sans jamais toutefois se départir d'un sourire
distancié car "Nous avons les pieds de Damoclès sur nos têtes
!"
Theothea le 31/10/08
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LES POISSONS NE MEURENT
PAS D'APNEE
de Emmanuel
Robert-Espalieu
mise en scène
Christophe Lidon
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****
Théâtre Marigny
- Popesco
Tel: 01 53 96
70 20
|
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Photo © Fabienne
Rappeneau
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Les Beach Boys ont rendez-vous chaque soir avec deux bonnets qui n'ont
que leur couleur pour défendre chèrement leur ligne d'eau.
Bonnet rouge et bleu bonnet sont donc au bord du grand bassin, toujours
prêts à effectuer ces longueurs qui devraient les rendre
maître de l'eau chlorée.
Dans la superbe piscine Popesco du Petit Marigny, le grand rouge et le
petit bleu ont à découdre du territoire qui leur revient de
droit et c'est donc en tenue de combat, slip et bonnet assortis, que la serviette
de bain immaculée va les cueillir au premier remue-méninges
aquatique.
Cependant, politesse de circonstances, échange d'amabilités
et répartition des torts n'y gagneront rien; c'est en frères
ennemis que la lutte à mots nus, toutes nageoires dehors, se livrera
sans autre arbitre que le public, un tantinet voyeur.
C'est du lourd ! C'est du gros poisson que l'hameçon va accrocher
au bout de sa perche tendue à ces faux amis de la brasse coulée,
mais bien que le bleu soit la couleur dominante du milieu abyssal, c'est
paradoxalement le rouge qui va tenter la victoire par K.O.
Ayant été flouée par l'effet de surprise, la partie
adverse, un temps déstabilisée mais surtout bleue de rage,
va alors encaisser la rhétorique sophistique du nageur de fond pour
mieux faire surgir, en contre-attaque, sa palme d'or du fameux pied de nez
marin.
C'est ainsi que, jouant sur les mots autant que sur les intentions, l'auteur
Emmanuel Robert-Espalieu et le metteur en scène Christophe Lidon vont
réussir l'exploit de gagner, à eux quatre, le pari du Grand
Bleu :
En effet, Tom Novembre et Roland Marchisio, en apnée durant
soixante-dix minutes, vont descendre au plus profond de l'ivresse de la langue
pour en extraire son pouvoir de domination sur autrui, toutes catégories
orales confondues.
De surcroît, en mettant les rieurs de leur côté, ceux-ci
assurent l'impunité de l'absurde, celle de l'antiphrase, ainsi que
de l'antinomie alors qu'en véritables poissons dans l'eau, leur plongeon
surréaliste, dans une piscine vide de non-sens, pourrait servir de
modèle à tous les experts en manipulation.
Theothea le 01/11/08
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