Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

13ème  Saison     Chroniques   13.71   à   13.75    Page  220

 

           

Âge tendre troisième tournée

SAMEDI DE FETE EN 2008

SAPHO AU CAFE DE LA DANSE

DICK RIVERS  A  L'ALHAMBRA

     

61ème Festival de Cannes

Palme d'or, juste " Entre les murs " de mai 08

            

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LE FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS

de    James Mac Cain

mise en scène  Daniel Colas

****

Théâtre des Mathurins

Tel:  01 42 65 90 00 

 

   Photo ©  Cyprien Leym  

   

Il y a quelque chose de langoureux dans cette adaptation de Jean & Alice Curtelin que Daniel Colas va projeter dans les regards éperdus de Laura Presgurvic et Olivier Sitruk afin de visualiser, en quelque sorte, la mémoire kaléidoscopique du 7ème art ayant façonné la mythologie du roman de James M. Cain.

Convoqués au récit d’une tragédie grecque, les personnages y apparaissent dans l’intériorisation de leurs affects sans jamais se départir d’une fierté en accord avec le destin... semblant s’acharner à nourrir successivement des espoirs mensongers qui se plongeraient, à rebours, au coeur de la torture mentale.

Alors se présente l’Amour avec cette majuscule devant laquelle il est impossible de ne pas céder. Franck et Cora la reconnaissent dès le premier regard et n’auront de cesse, à partir de cet instant fondateur, de chercher à créer un sens rédempteur à leur vie jusque-là mal orientée.

En effet, Nick Papadakis le mari (Etienne Chicot), la femme et l’amant sont tous convaincus, au fond d’eux-mêmes, que la situation devrait dégénérer jusqu’à l’extrême afin de pouvoir transgresser leur mal-être respectif.

Le roman noir, à suspens renouvelé, peut, dès lors, débuter et parcourir les étapes du chemin de croix écrit dans le marbre de la morale philosophique expertisée par le procureur Kyle Sackett (Yvan Marco).

Ainsi, Le facteur sonne toujours deux fois, voire, le cas échéant, davantage, puisque c’est à la troisième tentative de la destinée que la justice humaine va, à tort, ordonner la sanction capitale censée rétablir un ersatz d’équité, bafouée précédemment à deux reprises, alors que l’enjeu financier d’une assurance-vie, comme preuve à charge ou à décharge, aura tendance à occulter toute autre considération.

La mise en scène de Daniel Colas installe la direction d’acteurs dans la durée psychologique en disposant ceux-ci au coeur d’un puzzle où s’enchaînent les modulations de décor sous l’auspice de pièces maîtresses, tels un bar, son enseigne lumineuse et ses deux pompes à essence.

Même l’entracte d’un quart d’heure pourra être mis au profit de la réflexion contradictoire, en connaissance de cause, car tous les spectateurs savent ou, à défaut, pressentent que l’issue du grand Amour sera tragique.

Effectivement, il y a bien quelque chose de grec dans cette histoire mythique, en référence à l’Amérique de 1929.

Theothea le 20/02/09

L'OPERA DE SARAH

   

de & mise en scène      Alain Marcel

****

Théâtre de l'Oeuvre

Tel: 01 44 53 88 88

 

     Photo ©  Eric Devert  

   

« Performance » est le premier mot qui vient à l’esprit à l’égard d’un comédien qui mouille sa chemise au figuré comme au propre, quoique changer celle-ci au cours des deux pauses qu’il s’octroie pour se désaltérer durant ce show proche des cent minutes, pourrait ne pas être un luxe inutile.

En effet Jérôme Pradon, puisque c’est de lui qu’il s’agit, effectue un véritable gymkhana entre six banquettes disposées, çà et là de guingois, sur la scène du Théâtre de l’Oeuvre, en marge d’un piano occupant déjà la moitié de l’aire du jeu.

Mais à quoi jouent-ils ces soixante personnages se succédant dans un tourbillon musical enivrant, voire presque saoulant, au fil d’une voix parfaitement posée sur les inflexions d’une comédie musicale d’un genre nouveau, celui d’un homme orchestre léguant sa place à  un homme Opéra ?

Assurément, à faire valser dans l’imaginaire, la plus grande des Divines d’avant l’époque du cinématographe, à travers les frasques de sa vie artistique vouée au scandale autant qu’au service de son talent incommensurable et par conséquent, à jamais inégalé.

Alain Marcel est le démiurge de ce faramineux projet en deux temps pour cent mille mouvements qui va, excusez du peu, ériger l’Amérique en un avant et un après Sarah Bernhard!

A l’accompagnement pianistique, Damien Roche assure la partition au plus près des emballements parisiens par vagues successives jusqu’au plébiscite anglais venant couronner en final, la première période de cet Opéra de Sarah.

En star des planches, l’immense comédienne semble revivre une carrière d’autant plus mythique que le balbutiement des archives sonores et photographiques est aux abois du témoignage, sans jamais toutefois pouvoir épuiser les fulgurances colportées à son sujet, à l’écrit, à l’oral et donc désormais, au Lyric.

Le trio Marcel-Roche-Pradon gravit au summum de l’exploit, la face brillantissime de cet astre spectaculaire d’avant l’ère médiatique, en laissant augurer l’apothéose de son second versant scènique.

Theothea le 18/02/09

AGNES SORAL AIMERAIT BIEN VOUS Y VOIR

de    Agnès Soral & Jacques Pessis

mise en scène  Jean-Luc Moreau

****

Théâtre du Petit Gymnase

Tel: 01 42 46 79 79

 

         Photo ©  Alec Medieff  

   

Agnès Soral avait l’intention de célébrer au Petit Gymnase les grands textes français, mais voilà que, dérangée par son portable et sa grande amie au bord du suicide, un dérapage bien contrôlé va amener la comédienne à ausculter, en direct, les relations homme-femme avec l’expertise d’une femme d’expérience.

Vêtue d’un tailleur rouge toréador, porté très près du corps, l’artiste débarque sur scène avec deux chaises transparentes et un intrigant pupitre d’orchestre sur lequel va trôner un recueil qu’elle consultera de temps à autre, pour assurer ses repères, durant les quatre-vingt minutes du spectacle.

Il y a du désappointement derrière la collectionneuse de mâles qui attirent sa concupiscence autant qu’ils repoussent son indépendance forcenée sans que jamais l’amoureuse ne cesse de s’accrocher vaille que vaille, à sa toile de Pénélope.

Entre deux âges, celui-ci d’une adolescence toujours prête à reprendre ses folles ardeurs et celui-là d’une cinquantaine en perspective effervescente, l’autocritique fuse à jets d’artifices dénoncés chez ses rivales pour mieux en flageller ses propres manquements à l’éthique compétitive.

Ayant, semble-t-il, tout essayé ce que l’hétérosexualité peut offrir en partage, le retour du boomerang se focalise désormais sur l’affection toujours prise en défaut de fiabilité car aucun homme, labelisé « Agnès », ne paraît avoir les compétences requises pour assouvir cette soif inextinguible.

Où est donc l’homme de sa vie ? Peut-être est-il, ce soir, dans la salle qu’elle s’empresse de faire rallumer autant qu’éteindre l'instant d'après, puisque personne ne s’annonce à la hauteur de cet espoir récurrent sans cesse déçu.

Il faut dire qu’elle a du talent à revendre et du savoir-faire professionnel assimilé jusqu’au bout de ses mots co-écrits avec Jacques Pessis et mis en scène par un Jean-Luc Moreau ne laissant aucun temps mort s’infiltrer entre la femme artiste et son public attentif, pour ne pas dire quasi « bouche bée ».

Cependant chaque fois qu’Agnès prend conscience d’avoir dépassé les bornes des bonnes convenances du langage, sa main droite vient frapper en réprimande celle de gauche en signe de désapprobation feinte.

En revanche, chaque fois qu’elle est sur le point de succomber aux charmes de Cupidon, un mal de genoux précurseur l’avertit de chaleurs au ventre la faisant devenir « animal » pour le meilleur à venir !...

Au final, durant les applaudissements chaleureux et complices, la belle se lance dans une chorégraphie à couper le souffle où effectivement son feeling et sa sensualité ne laissent rien à désirer tant que le fantasme d’une Agnès refermant, tout sourire, le rideau rouge du Théâtre.

Theothea le 26/02/09

L'INSPECTEUR WHAFF

de    Tom Stoppard

mise en scène  Jean-Luc Revol

****

Théâtre  Tristan Bernard

Tel: 01 45 22 08 40

 

         Photo ©   Claire Besse  

       

Au jeu de massacre du genre policier, Tom Stoppard ajoute celui de la critique théâtrale, faisant ainsi d’une pierre deux caricatures jubilatoires imbriquées telles des poupées russes dans une enquête infernale où le cadavre exquis s’invite en hallucination collective au jeu de rôles.

Fesson et Leonardilliot, deux noms valises dissimulant quatre critiques dramatiques ainsi référencés dans l’adaptation française de Jean-Luc Revol, sont, comme tous les soirs, en mission professionnelle mais représentés, en la circonstance, par des confrères sans grade, Lunule (Jacques Fontanel) et Deboulette (Eric Théobald).

Réunis dans une loge latérale d’avant-scène pour assister à la représentation de « La mystérieuse affaire du manoir de Muldoon », les deux chroniqueurs se bluffent mutuellement dans un numéro de snobisme mondain qui, au troisième acte, va les prendre à contre-pied.

En effet sur scène, un meurtre vient d’être perpétré au manoir dans une telle confusion inénarrable, que nos deux compères seront appelés à la rescousse du sac de noeuds qu’ils avaient contribué à fantasmer, en tant que spectateurs.

Au « tel est pris qui croyait prendre le coupable », chacun va en prendre pour son incompétence, mais cet imbroglio réjouissant est surtout l’occasion de croquer une société anglaise raffinée en proie à des rituels bizarroïdes, des tourments loufoques et des fantasmagories décalées au point de se croire, véritablement, à guignol.

Anne Bouvier (mention spéciale révélation), Pierre Deladomchamps, Viviane Marcenaro, Valérie Moureaux, Elrik Thomas & Jean-Luc Revol, qui signe une mise en scène totalement décapante et hilarante, sont au four et au moulin du meurtre annoncé qui autoriserait volontiers les « Monthy Pythons » à contrefaire l’inventivité légendaire d’« Agatha Christie ».

Theothea le 24/02/09

LE BUG

de    Richard Strand

mise en scène  Beata Nilska

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Théâtre  La Bruyère

Tel: 01 48 74 76 99

 

     Visuel  affiche  

   

C’est à la demande de Beata Nilska, la metteuse en scène ayant découvert, au cours d’un récent voyage aux Etats-Unis, cette pièce de Richard Strand, créée en 1990, que Mariane Groves a été conviée de la traduire en Français.

Sous son titre original, voici donc « Le Bug » au Théâtre La Bruyère, faisant passer la vie de l’entreprise, souvent fort prisée par les feux médiatiques, à ceux de la rampe.

Ainsi, l’ordonnancement du management étant confié exclusivement à l’informatique, c’est désormais par écrans interposés que tous les membres d’une société sont censés communiquer entre eux, se fiant totalement aux données fournies par les machines... qui pourraient devenir infernales au cas où un grain de sable intempestif, un bug pour parler franglais, viendrait s’y inviter.

Au secrétariat de direction, trois salariés « modèles » sont à la manoeuvre devant leurs claviers respectifs qui les isolent autant qu’ils les relient à l’organisme numérique tentaculaire.

Survient alors des tréfonds de la pyramide organisationnelle, un employé du service « assemblage » en proie à la terreur panique d’être muté à « Loinville », pressentant que le processus de réorganisation devrait s’abattre nécessairement sur lui.

Comme en ces temps de défiance, le sentiment de paranoïa est en passe de devenir le mieux partagé du monde, l’appréhension de Dennis Post (Arié Elmaleh) va se transmettre à ses collègues (Joséphine de Meaux, Eric Savin & Edith Vernes) sous forme de suspicion généralisée à l’ensemble du système gestionnaire.

Kafkaïen dans le fond, Orwellien pour la forme, c’est un humour distancié que l’auteur développe, présentement, sur les comportements relationnels autant que situationnels, ici posés en question existentielle.

Cependant, en optant pour une mise en scène plutôt réaliste, Beata Nilska contraint ses acteurs à trop se coltiner avec les ordinateurs, quelque peu au détriment d'une logique absurde en prise avec un imaginaire abracadabrant.

De même, la gestuelle hystérisée des interprètes n’est pas nécessairement le meilleur vecteur pour illustrer l’angoisse obsessionnelle ambiante.

Cependant, les comédiens peuvent maintenir une palette de nuances expressives qui, tout en rendant crédibles, les quiproquos bureautiques, parviennent à rendre sensible la métaphore sociétale.

La découverte du « Bug » porte donc bien ses fruits.

Theothea le 19/02/09

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