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IIII
 
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Dick Rivers à l'Alhambra
Visuels
presse
©
Jérôme Macé - EMI
Les 2 et 3 décembre 2008, Dick Rivers se produisait à
l'Alhambra, nouvelle salle à taille humaine sise entre la Place de
la République et le canal Saint- Martin, idéalement conçue
pour des concerts en show case où, d'emblée, l'acoustique semble
envelopper l'assemblée, comme par magie.
Ce premier soir, à quelques minutes de son récital, le chanteur
se faufilait au balcon pour une interview avec une chaîne de la
télévision numérique. En attente du direct, masque
figé à la "Buster Keaton", l'artiste laissait néanmoins
entrevoir, par intermittences, quelques fulgurances de sourire comme si le
pathétique osait autoriser la joie de vivre à lui faire des
clins d'oeil fugaces...
Par bribes murmurées au micro d'un interlocuteur virtuel, "tout
à fait" se télescopait, en une ironie devinée, avec
"ruiné" et "tour de chant"...
Silhouette voûtée, tel un James Dean qui n'aurait pas connu
d'accident tragique, le rocker s'en repartait ensuite vers les coulisses
sous les applaudissements des privilégiés ayant assisté
à ces prémisses impromptues car désormais, le spectacle
était imminent.
Quelques entrechocs nets et secs des baguettes du batteur, les lumières
débutaient leur virevolte audacieuse et les cinq autres musiciens
pénétraient à leur tour sur la scène de l'auditorium
sous effervescence.
En costume, de noir vêtu des pieds jusqu'à la chevelure,
seule une cravate en lamé argenté paraissait concentrer la
mémoire résiduelle du blouson clouté, de la banane,
des chaînes dorées, des chaussures à bouts pointus et
autres accessoires que le rocker adulait d'antan.
En effet, pour ses retrouvailles avec le public parisien, aucun bling-bling
accroché à la panoplie! Exclusivement, une épure du
maestro donnée en partage!
Quatre années auparavant, c'est sur les planches de Chaillot que
l'artiste avait donné rendez-vous théâtral avec "Les
Paravents" de Jean Genet, cassant définitivement son image "fifties"
de rocker échappé des "Chats sauvages".
A l'instar de Jean-Pierre Mocky flirtant du cinéma aux musiques
pop via le spectacle vivant, Dick Rivers, la soixantaine venue, avait, ainsi,
souhaité ouvrir son éventail artistique.
Le voici donc parvenu en 2008, par-delà la musique Country qu'il
ne cessera jamais de célébrer, à un album concept
écrit par un jeune et talentueux compositeur, Joseph d'Anvers, par
ailleurs déjà en collaboration avec Alain Bashung, et dont
la présence effective était annoncée pour la
représentation du lendemain.
Les douze chansons peuvent ainsi évoquer les amours perdus, la
filiation, la solitude ou la vieillesse que la voix de Dick Rivers colore
d'une étrange plainte pleine de mélancolie faussement
désabusée.
"L'homme sans âge" donne le titre éponyme à cet album
dont la maturité musicale pourrait aisément donner des frissons
à ceux qui s'en laisseraient imprégner:
" J'ai pactisé avec le diable
vendu mon âme au plus offrant
j'ai voulu devenir un diable
je me suis offert le néant...
Puis j'ai regardé l'homme sans âge
emporter avec lui, l'enfant...
Je suis devenu ce que je ne suis plus
j'ai tout perdu, n'en parlons plus... "
Cependant, deux heures plus tard, au plus grand plaisir d'un public très
baby boomer et, suite au "pot pourri" ayant permis à Franck Ridacker,
en corps sensitif avec sa batterie, et Chris Spedding, en osmose inventive
avec sa guitare solo de revisiter les grandes figures du Rock&Roll, place
au chanteur pour des adieux jusqu'à le revoir en pareille inspiration
synergique!
Theothea le 03/12/08
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Sapho au Café de la Danse
Photo © Y.Zakovitch
A une semaine de Noël, Sapho donnait trois concerts au café
de la danse où, disposés en demi-cercle, sept musiciens, dont
quatre guitaristes, un violoniste, un batteur et un clavieriste l'entouraient
sur scène pour présenter son 16ème album intitulé
"Universelle".
En robe longue andalouse noire, la chanteuse attaquait, bille en tête,
ses deux heures de cession avec sa gestuelle du bras et de main
déterminée si spécifique, tout en allant chercher le
sol du regard pour mieux expulser la force stridente de sa voix chaude au
moment de redresser la silhouette.
Son atavisme de Janis Joplin sera soutenu par Yan Péchin qui lui
renvoie par flash, des fulgurances grimaçantes à rendre jalouses
les envolées vibrionnantes de Jimi Hendrick.
A la fois taureau, par rapport à elle-même, et toréador,
par rapport au public, l'artiste enchaîne la présentation des
nouveaux titres en contextualisant brièvement leurs origines à
travers un sourire malicieusement barré par sa mèche de cheveux
éternellement rebelle fendant son visage d'une improbable asymétrie
:
"Replay, Acre, Souris-moi, Fatima, Magicien, Différence, Mary Vivo,
Loulou, Gare guerre gare, Fred as tair, Francky goes, le monde est vaste..."
Au carrefour des musiques du monde que le blues et le flamenco croiseraient
du désir jamais inassouvi pour les mélopées orientales,
une orchestration calibrée fait la part de toutes les colorations
du combat humaniste.
Enfin devenue sa propre réalisatrice, l'artiste ose s'accorder
le luxe d'être en harmonie à la fois avec son ambition
féministe et l'authenticité de ses goûts musicaux.
En rappel final du premier de ces trois concerts exceptionnels, c'est
"It's a man's man's World" de James Brown que Sapho livrait avec cette chaleur
brute dont seule la soul music pouvait se prévaloir pour conclure
superbement cette soirée en en faisant converger toutes les bonnes
vibrations.
Theothea le 19/12/08
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Diane Dufresne aux Bouffes du Nord
Photo
©
Caroline Laberge
Du Châtelet aux Bouffes du Nord, cinq années sont passées
où l'impétueuse égérie, loin de France, a
chanté Kurt Weill et concocté "Effusions", son nouvel album
dont elle interprète quelques-unes des compositions dans un récital
piano/voix que Gérard Daguerre accompagne en maestro,
plébiscité depuis Barbara jusqu'à Charles Aznavour.
En l'occurrence, ce dernier au centre de la corbeille, honore de sa
présence ce deuxième des neuf concerts parisiens où
Diane Dufresne, telle une chasseresse du sentiment libidinal exacerbé,
va se poster d'abord, face au public, en statue irradiante, pour ensuite
émerger dans un rodéo à la conquête du temps et
de l'espace, tout en arpentant les ombres irisées de l'architecture
idéalement décatie.
A l'orchestre ce soir-là, Yves Duteil sera debout pour psalmodier
les rappels qui ne parviendront pas à obtenir le bonus d'une
vingtième chanson, laissant définitivement le dernier mot à
celle de Jacques Brel, "Les coeurs tendres".
En effet durant quatre-vingt minutes, la Diva Québécoise
aura distillé ce fameux univers baroque retrouvé par un coup
de baguette en crinoline, ayant relevé subitement la jarretière
afin de laisser apparaître jambières et autre french cancan,
alors que des fleurs dans les cheveux pouvaient ravir leur chouchou en des
subtilités mauve rougeâtre.
Sa voix écorchée, au plus fort de l'accent, montait en gamme
par vagues récurrentes jusqu'à parfaire la coupole du
théâtre d'une lumière acoustique d'où il serait
vertigineux de redescendre après le dernier adieu.
Au fil des titres du récital, ce fut comme un leitmotiv qui
enchaînait, pêle-mêle, leur libre association:
"Il n'y a pas de hasard", "noire soeur", "Le dernier aveu", "Je t'aime
plus que je t'aime", "Psy quoi encore", "Partager les anges", "L'été
n'aura qu'un jour" et donc "Oxygène". !..
Aussi, "Comme on fait son lit on se couche", "la fiancée du pirate",
"Partir pour la gloire" et ainsi de suite pour un "Hymne à la beauté
du monde" !...
A l'heure où Meryl streep incarne l'autodérision du retour
d'âge en s'exclamant "Mamma Mia !", où Tina Turner reprend la
route des arènes du rock revival avec une flamme de "crooneuse", Diane,
elle, célèbre la soixantaine à travers la métaphore
et le paradoxe créatifs, telle une fée de jouvence embrassant
la géniale sorcière de toujours.
Theothea le 07/11/08
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Entre "Balé de Rua" et
"Délirium" :
Nicole Croisille, Isabelle Georges
& Maria de Medeiros
Photo
©
Jean-François Leblanc 2006 - Cirque du Soleil Inc
En cette fin mars parisienne, Nicole Croisille célébrait
Claude Nougaro en une soirée unique au Casino de Paris pendant qu'en
lien avec les favelas, le "Balé de Rua" prolongeait au Trianon sa
fête du Brésil à l'instar d'une Maria de Medeiros qui
chantait le spleen de l'exil au café de la danse alors qu'Isabelle
Georges incarnait au 20ème Théâtre "La French Touch"
d'un show musical en deux exhibitions annonciatrices des trois que, hors
son chapiteau, le cirque du Soleil inaugurait à Bercy grâce
à son "Délirium".
Tous ces artistes possèdent en commun le sens du rythme qui parle
au corps au moment de mettre les mots sur des musiques qui, de la comédie
musicale intimiste jusqu'au grandiose conte onirique en passant par les
percussions de Sambas autant que par l'expression francophone des Brel,
Bécaud, Brassens, pourraient être branchées avec le
phrasé du chantre de la ville rose tout en embrassant un blues universel
qui, de Toulouse à Rio, transiterait au cur d'un syncrétisme
du "Nouga York".
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Photo
affiche Ld. presse
Ainsi, Nicole Croisille en tournée mondiale s'arrêtait-elle
à Paris pour un concert exceptionnel où l'hommage rendu à
Claude Nougaro à travers le jazz et la langue française
s'inscrivait en tête d'affiche à l'ombre de ses propres succès
mélodiques qui jalonnent depuis 45 ans sa carrière professionnelle
en compagnie d'Aldo Franck, son alter ego au piano. Ainsi d' "Amstrong, je
ne suis pas noire" à "Chabadabada", de Nougaro à Croisille,
d'un homme à une femme, un film de mémoire jazzy pouvait
s'actualiser en marche arrière accélérée tant
la chanteuse sur scène maîtrisait une forme physique
éblouissante que la présence effective de Claude Lelouch pouvait
contresigner authentique.
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Photo
©
Ali McKichan 2007
Héritière d'un tel dynamisme et autre expressionnisme du
même abattage, Isabelle Georges possède tous les dons.
Déjà petite, elle voulait être "un performer"; mais allez
oser annoncer cela aux parents aussi compréhensifs, soient-ils, alors
même que la France a tendance à classer ses artistes en chanteurs,
danseurs, comédiens ou interprètes sans concevoir qu'il est
possible de relever tout à la fois de l'ensemble de ces disciplines.
Gageure qu'Isabelle saura pourtant assumer en s'élevant au plus
haut des potentiels scéniques, tout en se faisant reconnaître
de manière internationale à l'égale des plus grandes
Liza Minelli, Barbara Streisand et autre Judy Garland.
Pour cette "French Touch" l'associant au pianiste Frédérik
Steenbrink, comme c'était déjà le cas pour "Une étoile
et moi", deux musiciens l'accompagnent à la batterie (Philippe Dallais)
ainsi qu'à la contrebasse, accordéon & guitare (Stéphane
Logerot). En une quinzaine de chansons s'effectue un parcours éclectique
où Jacques Brel côtoie James Brown, où Gersshwin
réplique à C. Porter, où "Une petite fille" de Claude
Nougaro rivalise avec les 2 minutes 35 de bonheur, si chères à
Sylvie Vartan et Carlos.
Du clown à la diva, sachant capter la lumière sur l'ensemble
de la palette, tout sied à Isabelle Georges aussi bien en robe fendue
qu'en jupe courte hauts-talons alors que ses longues jambes dynamiques n'en
finissent pas de propulser sa voix vers les plus émouvants des frissons.
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©
João Silveira Ramos
En prise avec des sensibilités du spectre davantage exacerbées,
vêtue sobrement d'un jean et corsage turquoise, sans guère plus
d'artifices que son aisance toute naturelle, l'actrice Maria de Medeiros
fait d'emblée autorité dès sa présence sur
scène en tant que chanteuse d'origine portugaise.
Dans la salle intimiste du Café de la danse, les chansons de son
récent album "A little more blue" résonnent comme un appel
à la Bossa Nova que des textes engagés et subversifs ont su,
durant la dictature militaire du Brésil, s'approprier sous des
écritures subtiles afin de contourner la censure.
Pleine de vivacité contenue, la comédienne introduit chacun
des titres par des extraits de poèmes ou quelques commentaires historiques
qui permettent de mieux appréhender la situation douloureuse de tout
exilé politique éloigné de ses références
culturelles et affectives.
De son concert à la Bastille se dégageait une atmosphère
d'écoute attentive que les spectateurs serrés les uns contre
les autres appréciaient avec une ardente estime à l'égard
de cette artiste dont les vibrations intérieures pouvaient se ressentir
comme élevées en sustentation par une excellente formation
de jazz composée de Pascal Salmon au piano, Emek Evei à la
contrebasse, et Edmundo Carneiro à la percussion.
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Photo
©
Rick Diamond 2006 - Cirque du Soleil Inc
Souhaitant être à l'avant-garde de l'engouement actuel envers
toutes les musiques percutantes, le cirque du Soleil s'investit, en
parallèle de ses spectacles thématiques sous chapiteaux, dans
la conceptualisation sophistiquée de spectacles multimédia
en "Arénas" où vont régner désormais les
"sonorités tribales urbaines".
Ainsi "Delirium", le premier de ce nouveau genre, sillonne l'Europe depuis
2006 sous la direction artistique de Carmen Ruest en occupant les plus vastes
salles polyvalentes par des écrans panoramiques gigantesques sur lesquels
se projettent en images composites, enregistrées ou captées
en direct, un véritable théâtre d'ombres et de lumières
qui sert de toile de fond à des tableaux vivants et acrobatiques où
la passion humaine est appelée à triompher sur scène
d'un monde virtuel.
En l'occurrence Bill, le héros isolé dans sa bulle technologique
va multiplier, à distance physique et numérique, les
expériences relationnelles avec l'univers qui l'entoure jusqu'à
découvrir peu à peu l'irremplaçable richesse contenue
dans une perception tangible du réel.
Avec cette fable éminemment contemporaine, le cirque du Soleil
en profite pour revisiter son patrimoine de création musicale d'où
sont extraites 21 uvres, réécrites afin de relater la
trame du conte, ainsi que remixées en techno-danse pour séduire
et apprivoiser l'énergie du public.
Six musiciens, douze danseurs, six chanteurs, huit acrobates et trois
acteurs impriment un souffle continu sur ce show époustouflant, très
proche de la comédie musicale.
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Photo
©
Stéphane Kerrad
C'était cependant au Trianon que se jouaient les dernières
cartouches d'un feu d'artifices quotidien qui durant plus de deux mois avait
embrasé la salle au charme désuet et fort prisé, sise
au pied de Montmartre.
Faisant suite à la révélation du "Balé de
Rua" en 2006 à Mogador, c'est en foule que le public s'y pressait
tout acquis aux rythmes effrénés ainsi qu'aux transgressions
de danses intrépides et sensuelles structurées notamment autour
de Sandra Mara Silva Gabriel, actuellement la seule présence
féminine du groupe pour une vingtaine d'artistes sur scène.
Les percussions frappaient et violentaient la cadence d'un show se parant
de tableaux costumés sous des faisceaux multicolores en pleine
frénésie.
Issu des danses de rue nord-américaines, de la capoiera et de la
samba, le "Balé de Rua" raconte une histoire afro-brésilienne,
celle d'un groupe issu des quartiers populaires d'une petite ville
du Minas Gerais, Uberlândia,
La Cie Balé de Rua est plus qu'un groupe de danse, c'est un idéal
de vie qui s'inscrit dans le programme gouvernemental mis en place dès
2005 par Gilberto Gil, ministre de la culture sous la présidence de
Lula.
Alors oui du "Balé de Rua" jusqu'à "Délirium",
profondément enchanté par Nicole Croisille, Isabelle Georges
et Maria de Medeiros, ce début de printemps acoustique s'avérait
bel et bien chaud, car emportés sous le martèlement des instruments
à percussion, les esprits pouvaient se laisser guider par des puissances
telluriques retentissantes qui s'éveilleraient tout autant sous la
création des grandes productions que grâce à l'émotion
indicible qu'exerce l'élan vital de chaque artiste en pleine
maîtrise de son feeling relié aux charismes respectifs.
Theothea le 02/04/08
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" D'INVITATION EN OBSESSION "
ETIENNE DAHO
Photo
©
Frédérique Veysset
Sorti dans les bacs quatre mois auparavant, l'album d'Etienne Daho
"L'invitation" célébré récemment par une "victoire
de la musique" est le meilleur émissaire qu'il soit, de l' "Obsession
Tour" qui, débutant à Longjumeau le 13 mars, débarquait
dès le lendemain avec sono et musiciens affûtés dans
la salle des fêtes d'Argenteuil avec déjà en perspective
son passage à l'Olympia pour plusieurs dates en juin.
Ce soir-là donc, tout nouveau tout beau, le cocktail entre certains
tubes d'anthologie se liant à ceux sur le point de le devenir, prenait
son envol fort savoureux, souvent poignant, presque mystique.
De "L'adoré" au "Boulevard des Capucines", le chanteur semble en
effet se dédoubler avec une distanciation assumée dans le regard
d'un père d'abord parti, ensuite disparu pour en célébrer
la reconnaissance éponyme puisque celui-ci s'appelait également
"Etienne Daho".
Là où d'autres auraient sombré, corps et âme,
dans les abîmes de la schizophrénie, l'artiste résout
l'indicible en reprenant à son compte les lettres écrites par
l'absent invétéré en des mots salvateurs à jamais:
" Tu sais quelle connerie ma jeunesse, mon silence / quelle erreur, quelle
perte de temps / si je n'ai pas su te dire à temps / que je pensais
à toi tout le temps / Mon guerrier, mon roi, mon petit prince... "
Ainsi d' "Etienne" à "Daho" et vice versa, la cicatrice se referme
sur une douleur transcendée par la re-création littéraire
pour qu'ainsi voguent, loin de leur terre natale, les maux affectifs...
Tanguant sur scène au tempo des mélopées des cordes
langoureuses tel un métronome épicurien, le chanteur semble
surfer sur un tapis de lumière diaphane alors que son visage sourit
aux anges vainqueur du démon dompté jusqu'à inverser
sa puissance de destruction.
A Argenteuil, alors qu'un énième rappel faisait dire à
l'artiste: " Si vous saviez comme c'est précieux de pouvoir se chercher
parmi vous... ", une voix venue du fond de la salle répondait dans
la complicité de l'écho: " Ne t'en fais pas, tu nous a
trouvés ".
Theothea le 18/03/08
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ÂGE TENDRE ET TÊTE DE BOIS
en Tournées
Photo
©
Theothea.com
Âge tendre et Tête de
bois en tournées
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Marie chante Laforêt aux Bouffes Parisiens
Photo
©
Fabienne
Billal
Samedi 24 septembre 2005, vingt et une heure passée d'une dizaine
de minutes, une petite flamme vacille là-bas au fond du plateau des
Bouffes Parisiens plongé soudain dans la pénombre, venant
accompagner l'entrée dans le grenier aux souvenirs d'une dame
épisodique dans le spectacle vivant et que bien peu ont eu l'occasion
de voir chanter sur scène depuis des lustres!...
Trente années en effet qu'elle a complètement abandonné
le tour de chant au profit d'une vie artistique guidée par des
opportunités dénuées de plan de carrière.
Cette toute dernière représentation hébergée
dans la prestigieuse salle de Jean-Claude Brialy vient de commencer son compte
à rebours, alors que s'avançant vers les feux de la rampe toute
vêtue de noir en une longue robe taille très haute, Marie va,
en ultime adieu à cette série de douze concerts sous jauge
maximale, chanter sa Laforêt:
Viens, viens.... Les vendanges de l'amour.... Ivan, Boris
et moi.... Maine Montparnasse.... Il a neigé sur Yesterday
!...
Alors comme des perles qui s'enfileraient à l'insu d'une mémoire
encombrée de souvenances écran, des refrains réapparaissent
en surface de mélodies ancrées dans une époque si lointaine
et pourtant tellement proche à la fois!...
Se lançant tel un toréador à tout nouvel assaut avec
une concentration immédiate et sans faille, la comédienne se
débarrasse avec un soulagement non feint à chaque intermède,
de tout pathos en surplus qui tenterait de se maintenir dans l'inconscient,
au-delà de l'interprétation de la chanson.
C'est ainsi que le spectacle s'avance sur un rythme binaire, où
l'alternative entre le relâchement des zygomatiques et l'émotion
jusqu'aux frissons, se fraye une harmonie contradictoire soulevant
l'interrogation critique:
En effet le plaisir d'entendre à nouveau tous ces succès
qui ont usé jusqu'à une improbable moelle, des milliers de
juxe-box à leurs heures de gloire, n'explique pas pourquoi
l'interprète emporte une adhésion similaire avec de nombreuses
compositions musicales peu connues mais plongeant pareillement le public
dans le ravissement général.
L'explication du phénomène serait confondante:
C'est la voix de Marie Laforêt qui est tout simplement magique!...
Troublant à nul autre pareil, son écorchement rauque en
vibratos déclenche avec l'énergie du désespoir comme
des effluves telluriques qui se succèdent dans un imaginaire lancinant
à jamais.
Comme si la chanteuse s'adressait depuis un outre-tombe irréel
dans le tremolo vivifiant du déchirement, armée d'un timbre
identifiable à sa moindre inflexion!...
Perspective ô combien paradoxale dont seule la distanciation par
l'auto-dérision serait en mesure de sauvegarder l'intégrité
de l'artiste.
Dans la proximité des premiers rangs de l'orchestre, en admirateur
inconditionnel de sa protégée, Laurent Ruquier initiateur du
projet et confiant dans l'engouement nostalgique du public pour ce retour
aux sources du baby-boom, se laisse volontiers griser par les vagues
d'applaudissements que l'ultime note de chaque chanson laisse exploser des
plus hautes galleries jusqu'à l'avant-scène.
"A votre santé!...", ce sera avec un bock de bière à
la main que la dame parée d'une coupe au carré gris argenté
fera son dernier rappel sous inspiration irlandaise, laissant le rideau de
fer du théâtre s'abaisser lentement comme dans un au revoir
nécessairement prochain pour cause de succès absolu.
Theothea le 26 septembre 05
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Marie Paule Belle au théâtre de Dix Heures
En revenant dix ans plus tard au Théâtre de Dix heures (jusqu'au
15 janvier 2005) qui fait office en l'occurrence de précieux talisman,
Marie-Paule Belle s'offre de nouveau au public comme sortie d'un bain de
jouvence!
La pianiste à la fois compositeur et interprète, projetée
telle une silhouette vivante en toile de fond de la scène intime,
se dédouble effectivement aux regards de ceux qui prisent "La Parisienne"
qu'elle proclame n'avoir jamais été pour mieux faire
apprécier la musicienne hors pair toujours méconnue par le
plus grand nombre!
Comme pour attiser cette reconnaissance toujours fragile, un superbe bouquet
de roses jaunes trône côté cour, en vase communiquant
avec les forces médiatiques que son imprésario Jacques Metgès
cherche à éveiller de leur attentisme!...
Côté jardin face au piano en se profilant de trois-quarts
au public, actualisant son répertoire avec de toutes nouvelles chansons
de Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia ses complices de toujours,
Marie-Paule s'offre crânement en tailleur noir cintré, aux ombres
et lumières de Jacques Rouveyrollis!...
Un humour à la fois caustique et romantique agrémente le
réalisme poétique sous-jacent des textes commentés
malicieusement en aparté par la chanteuse, faisant ainsi vibrer sa
voix en totale osmose avec leur intensité pendant que l'agileté
de ses doigts parcourt le clavier sur toute la gamme des coutures harmoniques!...
Délaissée par sa précédente maison de disques
après le succès pourtant honorable d'un cd. consacré
à Barbara, l'artiste semble n'avoir cure de cet aléa conjoncturel
pour mieux apprécier le retour sur sa scène fétiche
de la capitale, réunissant à son amusement davantage les anciennes
générations que celles du hip-hop!...
Et pourtant de l'enthousiasme et du talent à revendre, La Belle
qu'on se le dise, en possède plus que jamais!...
Theothea le 04/01/05
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Régine à l' Espace Pierre
Cardin...
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Jamais sans doute l'Espace Pierre Cardin n'aura-t-il autant
mérité sa réputation d'être entre les mains d'un
mécène de si grande qualité que rien ne semble trop
raffiné pour installer entre la scène et la salle un bien
être rare et si peu ostentatoire!...
Accueil attentionné au profit de sièges confortables,
voilà une soirée conviviale qui s'apprête à
célébrer une grande dame de la chanson française si
proche d'une gouaille pleine de malice et d'optimisme!...
Là voici Régine qui s'avance vers le devant de la scène
pour d'emblée faire un pied de nez au destin en évoquant sa
disparition si peu d'actualité "Un jour je quitterai tout"; ainsi
d'entrée de jeu tout est dit pour mieux se lancer sans réserve
dans un récital plein d'énergie positive avec un public toujours
prêt à accompagner le rythme de ses mains!...
Maillant chaque intermède de répliques pleines d'humour
philosophique inspirées par son ami Pierre Palmade afin de lier
les célèbres refrains imprégnés de souvenirs
comme autant de "petits papiers", c'est en meneuse de revue liftée
et fière de l'être que l'artiste assure un feeling nuancé
et intemporel!...
Se déplaçant à pas mesurés, ses gestes
décrivent et confirment une présence indéfectible sachant
souligner un éventuel trou de mémoire comme perchée
sur un trapèze d'où la pirouette serait encore plus
fascinante!...
D' "Azzuro" à "l'emmerdeuse" en passant par "les disputes"... "je
survivrai" malgré "ma bête noire"!
Et même si "le
bonheur c'est pas la joie", "il y a un pont" entre "le quotidien" et "la
boîte de nuit"
aussi "je viens danser"!
telle une profession
de foi en la vie, Régine conjugue avec délectation ses auteurs
de toujours comme les nouveaux venus, de Gainsbourg à Renaud et Marc
Lavoine en passant par le prolifique Claude Posternak pour une fête
en 26 pépites où la complicité scénique de Michel
Dussarat est complétée chaque soir par des invités
surprise!
Une mise en scène remarquable signée de Pierre Palmade en
collaboration avec Olivier Claverie où des bouquets de lianes
tentaculaires aux corolles d'éclairage tamisé contrastant avec
des chutes de lumière diaphane et colorée (création:
François Austerlitz), inondent en faisceaux changeants le parcours
d'une humanité en diaspora planétaire si chère à
la perception du monde proclamée par l'artiste.
Le sourire de Régine semble toujours très proche des larmes,
mais la toujours petite fille juive revendique une histoire universelle où
la bonne humeur se devrait de constituer une éthique contagieuse!...
D'ailleurs la grande Zoa ferme la marche avec son fameux boa pour mieux
célébrer cette nuit étoilée d'où la star
peut applaudir une reprise a capella, à l'unisson avec son public
ravi!...
Theothea le 29/09/04
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