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14ème  Saison     Chroniques   14.116   à   14.120    Page  251

 

                    

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ABBA GENERATION

     

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Théâtre de l'Alhambra

Tel:  01 40 20 40 25

 

        photo ©  Cat.S / Theothea.com 

   

Tel le papillon, « Abba Fever » créé en 2000 vient de se transformer en « Abba Génération », mais cette métamorphose ne fait qu’accroître l’incarnation du groupe « Abba » séparé définitivement depuis vingt ans.

Ainsi Lucie, Kathy, David et Robert continuent de se substituer exclusivement, pour le meilleur, à Agneta, Björn, Benny & Frida, quatre anglais a parité pour quatre Suédois, bien épaulés par Straton à la batterie, Crofts à la bass & Kirally à la guitare.

L’autre soir au Théâtre de l’Alhambra à Paris, au cœur d’une tournée internationale, les sept pasticheurs de l’ex-groupe mythique actualisaient la présence d’Abba, peut-être mieux qu’Abba ne l’aurait fait à l’époque.

Spectacle complet par excellence, où la chorégraphie se mêle au chant, comme au Music-Hall, mais où surtout les tubes planétaires s’enchaînent telles des perles inattendues sous les doigts de musiciens, encore plus feeling que nature.

Un enchantement que depuis « Waterloo », « Honey, Honey », « Money, Money », « Voulez-vous », « SOS », « Fernando », « I do, I do, I do », «  I have a dream », « Gimme, gimme », entre autres, n’ont jamais pu démentir qu’en sublimant « Dancing Queen ».

De la scène au cinéma, l’addiction est devenue un véritable effet placebo favorable à tout déficit d’optimisme, que de « Muriel » à « Mamma Mia ! », les spectateurs de tous les continents réclament à doses sans cesse renouvelées.

Encore faut-il que les interprètes aient l’intuition et l’humilité de se glisser dans le karma de personnages à la fois idéalisés et si proches de tout un chacun.

En l’occurrence, toutes nos félicitations à Lucie Thatcher et Katie Galston qui, en professionnelles aguerries, se jouent de la séduction ostentatoire avec la maestria d’artistes qu’elles sont jusqu’au bout des ongles. En effet, que celles-ci soient en mini-jupes comme en combinaison moulante et flashy, la musique reste, constamment, la reine d’un plateau en totale dévotion à « Abba », l’original.

Tout se passe comme si « Abba génération » était le lien d’une réincarnation en temps réel, assurant un effet de clonage abyssal.

Dans cette perspective, la valeur intrinsèque des sept interprètes présents sur la scène de l’Alhambra s’avère à la fois tacite et révélatrice de la prédominance du spectacle vivant sur tous ceux qui le servent.

Toutefois, en juste retour des choses, nous sommes tentés de penser qu’ il se pourrait qu’ « Abba Generation soit « au moins » aussi performant sur scène, pour ne pas dire plus, que le mythique groupe « Abba »!

Theothea le 11/05/10

JALOUSIE EN 3 MAILS

de   Esther Vilar  

mise en scène:  Didier Long  

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Théâtre  Montparnasse 

Tel:  01 43 22 77 74   

 

     photo affiche ©  Catherine Cabrol 

               

Dix années plus tôt, Didier Long mettait déjà en scène la pièce d’Esther Villar au Petit Théâtre de Paris, qui, à l’époque, se contentait du Fax comme système de communication entre Helen, Yana, et Iris, représentant trois générations charnières de la vie conjuguée au féminin.

Actualisées selon la technologie numérique, trois tailles d’ordinateur s’y retrouvent désormais au théâtre Montparnasse, le portable, l’ultra-portable et le poche afin de permettre un échange épistolaire d‘une forte intensité relationnelle, à l’intérieur d’un même immeuble à New York, par e-mails interposés.

Cette pièce thématique, développant de manière argumentée et contradictoire, la thèse selon laquelle le syndrome de jalousie s’organiserait en véritable drogue dure devenant, dès qu’on y aurait goûté, un besoin beaucoup plus puissant que la passion amoureuse elle-même se plaît à fantasmer, en échos multiples, autour d’un homme invisible, en l’occurrence l’époux d’Helen.

Au jeu des chaises musicales, cette proie masculine constituerait l’enjeu sociologique que les statistiques bichonnent dans la rareté, faisant de la gente féminine une potentialité consommatrice, de fait en manque prédéterminé.

Ainsi Nicole Croisille, Margot Faure et Emilie Chesnais se trouvent embarquées dans une même galère asynchrone où quand l’une chante, nécessairement les deux autres pleurent.

Cependant avec trois personnalités trempées à des âges différents, selon un art et une philosophie de la vie s’inspirant de la morale judéo-chrétienne jusqu’aux préceptes de l’hindouisme, en passant par le pragmatisme occidental, le crêpage de chignons va prendre des allures éminemment cérébrales pour lesquelles il faudra beaucoup de rouerie ou pas mal de perversité, c’est au choix, de la part de la destinée afin de déterminer la part du gâteau qui lui revient, de droit!

Le décor mobile tranche les diverses séquences chronologiques, en biaisant de manière latérale les trois pôles féminins en compétition, afin que le concept de séparation reste en permanence la motivation à avancer toujours plus loin, dans l’exacerbation jouissive du ressentiment.

La génération la plus endurcie par les contradictions de la vie amoureuse, parviendra-t-elle à convaincre ses consœurs moins expérimentées que le cercle infini engendré par la jalousie est le modus vivendi le plus enviable qu’il soit ?

Le moins que l’on puisse dire est que les trois comédiennes paraissent prendre un réel goût à ce parcours du Tendre, vice versa.

Theothea le 12/05/10

COMBAT DE NEGRE OU DE CHIENS

de   Bernard-Marie koltès

mise en scène:  Michael  Thalheimer

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Théâtre de la Colline

Tel:  01 44 62 52 52   

 

     photo ©  Elisabeth Carecchio 

     

Rarement cage de scène n’aura aussi bien porté son nom, car de ses entrailles jusqu’aux cintres, la tôle qui la ceint semble, telle une cheminée infernale en circuit fermé, circonscrire un univers mental dont il n’est guère possible de s’absoudre.

Olaf Altman la gratifie d’un jeu de passerelles en pentes raides qui en complexifie le réseau neuronal interne, de manière à attiser les conflits latents.

En quête d’un improbable équilibre à jamais perdu, Horn, le chef de chantier, et Cal, son ingénieur, sont prêts à en découdre avec l’ennemi invisible qui, probablement, ne serait autre que leur surmoi occidental.

Cependant, ceux-ci se trouvent au cœur de l’Afrique, en un territoire devenu hostile car s’il y a disparition d’un chien de compagnie, il pourrait fort bien également, y avoir mort d’homme indigène.

Comment donc négocier avec le mal absolu, alors que toutes les turpitudes de la vie remontent d’un seul coup, à fleur de conscience sans laisser la moindre chance à la rédemption de pouvoir y trouver le chemin de l’Amour ?

Aussi, Léone (Cécile Croustillac), dans le rôle de la maîtresse candide, ne saura à quel «  démon » se vouer, entre Horn (Charlie Nelson) le protecteur, Cal (Stefan Konarske) l’alter ego et Alboury (Jean-Baptiste Anoumon), porteur de la différence indicible et, présentement, à la recherche de son frère noir, subitement disparu.

Si le suicide pouvait se profiler en sortie du labyrinthe cérébral, nul doute que chacun y trouverait son compte, en s’immolant dans un gigantesque feu d’artifices aussi fallacieux que la vie, elle-même.

La pièce de Bernard-Marie Koltès donne l’opportunité à Michael Thalheimer d’imaginer l’omniprésence, en arrière-plan, d’un chœur noir, représentatif d’une menace autant indéterminée qu’inquiétante à l’instar de l’angoisse atavique obsessionnelle dont l’homme blanc serait censé relever le défi.

En fait, tout pourrait se passer entre soi et soi, puisque chacun des trois personnages européens semble se débattre, en vain, avec le fardeau accumulé par son histoire, sa culture et surtout sa prétention à maîtriser les forces irrationnelles.

La distribution est à la hauteur d’une direction d’acteurs époustouflante où la transgression des tabous règne en maître sur le plateau du Théâtre de la Colline.

Theothea le 02/06/10

FLOWERS IN THE MIRROR

de  Li Ju Chen

mise en scène:  Charles & Vincent Tordjman  

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Théâtre des Amandiers

Tel:  01 46 14 70 00   

 

     photo ©  Mario Del Curto 

   

Durant trois semaines au Théâtre des Amandiers, le printemps a été célébré sous la merveilleuse thématique des « Fleurs dans le miroir » que l’Opéra chinois de Sichuan a inspiré au metteur en scène occidental, Charles Tordjman accompagné de son fils Vincent.

Si, dans ce conte de Li Ju Chen, écrit en début de XIXème, devenu emblématique de la dynastie Qing, une déesse est contrainte de s’incarner dans le royaume des mortels, c’est au bénéfice d’une double quête initiatique: celle pour la Fée des fleurs de regagner par les études, son immortalité perdue, tout en se plaçant sous la protection paternelle et terrestre d’un lettré, Tang Ao, lui-même en rupture de famille et en exil du monde des vivants.

Ainsi, en orbite sur des trajectoires inverses et néanmoins parallèles, ces deux êtres se complètent dans une recherche taoïste où la connaissance du monde sensible apparaît vaine et illusoire: La vérité s’avérant n’être, en définitive, accessible que dans l’immersion assumée du chaos.

La scénographie, ayant été élaborée durant deux années aux confluences des deux univers artistiques destinés à s’interpénétrer en se découvrant mutuellement, les cultures chinoise et occidentale ont réussi, en l’occurrence, une œuvre maïeutique suscitant un spectacle fascinant, enthousiasmant et totalement abouti.

Dix-sept comédiens danseurs exécutent sous des gestuelles chorégraphiques pouvant s’apparenter à un ballet lunaire psychédélique, les quatre-vingt dix minutes de ce poème philosophique sidéral dont six musiciens dissimulés en coulisses accompagnent, au rythme d’instruments traditionnels, les voix chantées sur le registre strident du lyrisme chinois.

A titre exceptionnel, l’art ancestral du « Bianlian » , à savoir celui du changement instantané de masques par déplacements latéraux, à même le visage des artistes, y atteint une telle perfection de réalisation que l’ensemble de la troupe est incitée à effectuer une démonstration de leurs multiples savoir-faire techniques au cours de rappels orchestrés sous le regard médusé des spectateurs.

Theothea le 14/06/10

LE DONNEUR DE BAIN

de  Dorine Hollier

mise en scène:  Dan Jemmett

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Théâtre  Marigny 

Tel:  01 53 96 70 00   

 

     photo ©  Pascal Victor / ArtComArt 

Un mois après sa création, « Le donneur de bain » remplit, fort bien, la jauge du Théâtre Marigny, et ce, malgré un tollé critique assez paradoxal.

Si celle-ci s’accorde à reconnaître l’originalité du sujet, la haute qualité de la distribution, l’expérience du metteur en scène, la magnificence du décor, tout se passe comme si le point de vue rocambolesque, fantastique et extravagant prenait de cours les repères de l’opinion dramatique.

C’est tout au crédit de Pierre Lescure, le directeur du Théâtre Marigny, d’oser la diversité, en défrichant les sentiers non battus par la pléthore des spectacles contemporains et de mettre, ainsi, la notoriété de grands comédiens à l’épreuve de l’adversité et des « pollutions potentielles ».

En effet, si l’hygiène fait consensus dans nos sociétés policées, a contrario en fin de XIXème siècle, à une époque où la salle de bains n’avait pas encore trouvé sa raison d’être dans les appartements bourgeois, la classe aisée se différenciait du peuple, peu habitué à se laver, en ayant recours au service d’un « donneur de bains » .

Ce petit métier, complètement oublié de nos contemporains, pourrait s’apparenter à celui d’un visiteur privilégié ayant à la fois la charge du corps et de l’âme de son client, tant l’intimité y était similaire à celle qu’il est envisageable d’entretenir, de nos jours, avec un confesseur ou un psychanalyste.

En pratique, le donneur de bain venait à domicile, avec sa baignoire portative, muni des onguents afférents aux odeurs destinées à disparaître ainsi qu’aux parfums appelés à les supplanter.

Céleste (Barbara Schulz), demi-mondaine, fait profession de vendre ses charmes dans l’immeuble résidentiel qu’elle habite, en compagnie de Misty sa sœur (Marie Denarnaud), devenue, contre son gré, sa servante, avec aux étages, le voisinage d'un ministre de la justice véreux (Alain Pralon), d’un comédien désargenté (Dimitri Rataud), d’un aristocrate anglais dévoyé (Geoffrey Carey) et d’un savant fou (Bruno Wolkowitch), tous prêts à profiter au mieux d’une situation licencieuse.

Mais comment, donc, se débarrasser de la crasse comportementale et la différencier de l’Amour ou tout au moins de la sincérité des sentiments, alors que la Dame découvre qu’elle est enceinte et qu’il va lui falloir passer par les fourches caudines du rejet social ?

Le propos délibérément mélodramatique et le décalage distancié que cela implique dans l’écriture et la scénographie, sont à apprécier au diapason déjanté de l'allégorie morale.

De toutes évidences, au vu de la condescendance de certains commentaires critiques, le spectateur lambda s’avère plus disponible pour jouer le jeu de la parabole, en s’affranchissant des limites de la vraisemblance que ne le sont les gardiens du temple dramaturgique, se recopiant mutuellement dans leur refus d’applaudir à la performance.

Et pourtant, il tourne bien le manège désenchanté des amours infidèles en quête de reconnaissance par l’autre sexe, d’un peu de bonheur à extraire de la gangue des mauvais sentiments.

Le décor rotatif de Dick Bird fonctionne comme un colosse flamboyant mais désuet, faisant ses gammes libidineuses au rythme de l’orgue de barbarie, tourné par Charles Berling, le « donneur » faussement candide.

Barbara Schulz et Marie Denarnaud jouent leurs partitions lubriques, à l’instar de sœurs jumelles que rien n’opposerait si ce n’était leur conflit latent de séduction.

Alain Pralon et l’ensemble des autres partenaires excellent à forcer le trait de l’indignation exubérante au profit d’un spectacle à ne pas prendre au pied du verbe mais à préserver, selon l'élémentaire principe de précaution, de la nuisance de ses détracteurs.

Theothea le 03/06/10

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