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14ème
Saison
Chroniques 14.121
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14.125 Page
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LES TROIS SOEURS
de Anton
Tchekhov
mise
en scène: Alain Françon
|
****
Comédie Française
Tel:
08
25 10 16 80 (0,15 e/m)
|
« A Moscou ! A Moscou ! A Moscou !
» clament
en chur Macha (Elsa Lepoivre), Olga (Florence Viala) & Irina (Georgia
Scalliet) avec le doux projet dy retourner vivre prochainement alors
quelles se trouvaient en exil de la capitale depuis que feu leur père
avait rejoint la province russe, en raison de sa carrière militaire.
Après une année de deuil, il leur est, maintenant, à
toutes, nécessaire denvisager lavenir avec lesprit
du renouveau.
Mais à cet optimisme réjouissant, Anton Tchekhov va opposer
une inexorable descente de quatre années vers labdication totale
devant lespoir de vivre leur vie, ou plus exactement den
réaliser le rêve.
En effet, confrontées à lutopie de quitter un lieu
de désolation culturelle en saffranchissant des contraintes
du principe de réalité, les trois surs vont échouer,
chacune à sa manière, dans leurs objectifs conjugaux respectifs,
qui auraient pu constituer la première marche pour accéder
à la réalisation du bonheur.
De surcroît, lenseignement scolaire qui convenait parfaitement
à leur épanouissement intellectuel, napparaît
guère, dans ce contexte acculturé de lépoque,
comme un gage dautonomie professionnelle et morale.
Ainsi, tout leur environnement social étant conditionné
par la chose militaire, cest effectivement grâce à ces
réseaux relationnels quelles auraient pu sapprocher de
la sortie du labyrinthe psychologique qui leur faisait ressasser une rupture
dinfluence paternelle dans la continuité patrimoniale.
Cependant, dès trente ans, la jeunesse d'alors semble basculer
dans le trou noir de lexistence avec la perspective dune fin
de vie dans la résignation où lennui culminera en commun
dénominateur.
Bref, toutes les velléités de senivrer dun parfum
joyeux vont se trouver inhibées par un système de résistances
internes plus fortes que lenvie davoir envie.
Par la métaphore poétique et nostalgique, lauteur
semble faire uvre analytique, en associant ces trois surs, fort
différentes dans leurs personnalités, comme une seule et même
entité familiale impossible à dissoudre au contact des antagonismes
du monde extérieur.
En respectant ce statu quo dune existence cloîtrée
dans latavisme conjugué au féminin, tout devient alibi
pour se satisfaire dun sort triste comme les bouleaux de la
propriété condamnés par le diktat symbolique de Natalia
(Coraly Zahonero), la belle-sur, aussi arrogante que
conquérante.
Si enfin, lincendie dont lauteur embrase une grande partie
de la ville avoisinante, laisse partir en fumée toutes les constructions
ingénieuses de lhomme, il ne reste aux trois surs que
le fatalisme pour assurer la survie dans la renonciation, en clamant:
« Oh mes surs chéries, notre vie nest pas
terminée. Il faut vivre ! Un peu de temps encore et nous saurons pourquoi
cette vie, pourquoi ces souffrances
Si lon savait ! Si lon
savait !
»
Alain Françon devenu, en quittant la direction du Théâtre
de la Colline, le chantre dun retour aux sources de cette uvre
théâtrale, se met délibérément dans
lombre de Tchekhov, pour guider les comédiens du Français
vers lépure dune réelle mélancolie
dépressive en la confrontant à de multiples sautes dhumeur
positives et par conséquent, fallacieuses.
La réalisation de ce spectacle, à la mesure de sa récente
« Cerisaie », apparaît comme une découpe
magistrale dune société fascinée tant par la
régression affective que par le désenchantement.
Theothea le 25/06/10
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MALDOROR
d'après Lautréamont
mise en scène:
Pierre Pradinas
|
****
Maison de la
poèsie
Tel: 01 44 54 53 00
|
Dans la perspective dapprécier à La Maison de la
poésie un spectacle initié par Pierre Pradinas et Gabor Rassov
autour des chants de Maldoror, accompagnés de la musique des Pink
Floyd, il paraissait presque aller de soi que le comédien, en charge
de cette réalisation, allait effectuer une prestation hors normes.
Effectivement, en voyant surgir un mafioso digne simultanément,
à lui seul, des deux Blues Brothers, le syndrome lunettes noires rallume
instantanément à la conscience, le mauvais génie de
Gainsbarre au zénith de lalcool enfumé par des volutes
en transe.
Avec une maîtrise, so perfect, de toutes les fulgurances du mauvais
garçon en retour de lenfer, David Ayala, puisque telle est son
identité au civil, cueille « le vieil océan »
plein dénergie psychédélique pour initier un
véritable chemin de croix le menant au culte du
« pou » et à sa cohorte paranoïaque clamant:
« Je suis sale ».
Aussi, alors que le lecteur de microsillons sur scène donne le
relais aux plages polyphoniques dont le Pink Floyd conserve le secret
éternel, il sopère comme un décalage abyssal entre
la noirceur des propos, le cauchemard dune inhumanité en
déroute infinie, face aux appels harmoniques dun lyrisme planant
sous substances illicites.
Ce contraste quasi infernal en son essence, produit à rebours,
une catharsis totalement bénéfique à
lincompréhension des démons intérieurs, face à
lapocalypse.
Propulsé à la fois par la gnaque du comédien et les
vibrations électro-acoustiques de la symphonie, les six chants
composés par Lautréamont convergent, en définitive,
vers un centre de gravité, où lespoir dune inversion
du tragique sétablirait en point dancrage exclusif à
transformer en viatique.
David Ayala sen tire, sans une égratignure à lego,
alors que la mégalomanie de son personnage scénique éclate
en mille facettes à consumer, de mille feux, linsoutenable.
Un spectacle à donner le vertige exaltant, avec le sourire
grimaçant aux coins des lèvres.
Theothea le 15/06/10
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LE NOUVEAU
TESTAMENT
de Sacha
Guitry
mise
en scène: Isabelle
Rattier
|
****
Comédie des
Champs-Elysées
Tel: 01 53 23 99 19
|
Sacha Guitry est, de nouveau, à la mode sur les planches parisiennes
et à lorée de la période estivale, lauteur
y est à laffiche sous de multiples approches:
Celle den faire un précurseur éclairé des
murs conjugales contemporaines constitue, sans doute, lun des
plus valorisants points de vue.
Cependant concevoir une mise en scène traditionnelle à
légard du maître, à la fois juge et parti de sa
propre destinée de mari trompé, mais bien décidé
à prendre la femme par les cornes quelle a concoctées
à son époux, en y associant la direction dacteurs à
une vision davant-garde qui renvoie chacun des protagonistes mâles
ou femelles dans les cordes de lhumiliation publique, serait en soi,
un exercice fort périlleux, même à un siècle de
distance.
Ainsi en est-il, pour « Le nouveau testament » où
Sacha Guitry prophétise une époque à venir, où
lhypocrisie sociale aura, enfin, cessé dêtre le
vecteur de régulation sexuelle, puisqualors la règle
de la transparence aura imposé au couple son efficacité
pragmatique.
Toutefois à lépreuve de la réalité,
si la conception de lamour libre a considérablement
épuisé ses vertus, sous les assauts expérimentaux des
générations soixante-huitardes en suscitant, de fait, bien
des réserves sur le concept laxiste de la famille éclatée,
quoiqueffective au siècle actuel, doù vient ce
sentiment de malaise diffus face à une représentation conforme
à limage dun auteur qui, en 1911, était donc largement
en avance sur son temps ?
Sans doute est-ce le jeu de la condescendance qui, de nos jours, passe
fort mal, les feux de la rampe et il faut dire qu Olivier Lejeune y
est invité allègrement par Isabelle Rattier, proche de transformer
ce personnage complaisant au plus haut point avec lui-même, en
féministe de la première heure, tant cet apprenti-imposteur
y prône le libéralisme universel.
Mais voilà, linterprétation scénique de cette
remise en question morale, concerne exclusivement le comportementalisme
dautrui en feignant dignorer larrogance à
sauto-évaluer, en juge suprême.
Aussi de deux choses lune, soit lhumour emporte la pièce
au second ou énième degré de la conscience farceuse,
soit chacun en prend pour son grade de mauvaise conscience et, dans ce cas,
la mauvaise foi doit être partagée a parité entre tous
les partenaires, y compris lauteur et son interprète
principal.
A la comédie des Champs-Elysées, la réalisation actuelle
de « Le Nouveau testament » tient davantage de la
complaisance avec le malentendu que du discernement visionnaire et
prémonitoire des murs, aussi cette reprise dun
« Guitry » doit être prise pour ce quelle
propose:
Un plaisant divertissement estival à lintention du tourisme
fréquentant la capitale.
Theothea le 16/06/10
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LES INDIFFERENTS
de Camille Turlot &
Eric Szerman
mise
en scène: Stéphane Cottin
|
****
Théâtre de l'Oeuvre
Tel:
01
44 53 88 88
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Cest en chur que les
« indifférents » font miroir aux handicapés
confrontés aux normes que la vie se charge détablir autour
deux, sous forme de discrimination tout azimut.
Cest, en retour, sous le masque de stéréotypes, que
les « différents » se cherchent une communauté
de résistance à ce qui les empêchent dêtre
eux-mêmes.
« Tous ensemble, acceptons dêtre différents
puisque, de toutes évidences, tout le monde cest
nous. »
Portés par cette philosophie de lintégration, Camille
Turlot (livret / acteur) et Eric Szerman (musique) ont conçu une
comédie musicale ambitieuse qui, précédemment, a fait,
brillamment, ses classes au Théâtre Daniel Sorano de Vincennes.
Entourée de quatre camarades de jeu ( Virginie Bracq, Nelly
Célérine, Emmanuel Curtil & Fabrice Fara ) à forte
personnalités artistiques, la troupe sest parfaitement
rassemblée sous une perception à la fois universelle et intimiste
de la destinée humaine que la mise en scène de Stéphane
Cottin articule à laide de cabines mobiles aptes à
répertorier toutes les cases où la société tente
denfermer lindividu.
La qualité vocale des cinq partenaires emporte dans un tourbillon
poétique chacun des tableaux de la vie quotidienne qui ne sont pas,
sans rappeler lunivers des films de Jacques Demy.
Ainsi les pieds dans le réalisme et la tête dans
limaginaire, la « black », la
« grosse », le « bègue »,
le « travesti » et le « fumeur »
vont-ils endosser, par la caricature, tous les clichés qui séparent
lêtre humain de son semblable, à ceci près, que
chaque déviance relative pourrait, aussi, constituer la salvatrice
opportunité de se reconnaître dans une solidarité
collective.
Alors, quelle meilleure discipline que celle du chant choral pour
fédérer la bonne volonté sommeillant au sein de chaque
conscience frustrée dans son « idéal du moi »
?
Sur la scène du théâtre de luvre, la tessiture
des voix est un peu à létroit dans un volume sonore
restreint, mais, paradoxalement, la performance sen trouve rehaussée,
car la perception du moindre dérapage en serait
démultipliée.
Le piano a été installé sur la coursive latérale
du balcon, côté jardin et cest, donc, de ce promontoire
distancié quest accompagné le ballet lyrique des âmes
en peine face à un monde impitoyable.
Cest, en définitive, dans labandon de
lauto-complaisance que, peu à peu, sur une période de
six mois, les protagonistes découvriront la vertu bienfaisante
daccepter leurs failles existentielles, comme une chance dêtre
à la fois en paix avec soi-même ainsi quavec autrui.
Theothea le 18/06/10
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UNE HEURE TROIS-QUARTS
AVANT LES HUISSIERS
de
Serge Serout
mise en scène:
Daniel Colas
|
****
Théâtre des
Mathurins
Tel: 01 42 65 90 00
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A la lecture du synopsis, ces fameux huissiers auraient, a priori, tendance
à égarer le futur spectateur sur une thématique
immobilière qui ne correspond pas vraiment au sujet de la comédie
de Serge Serout.
En revanche ses neuf acteurs disposent réellement dune heure
trois quarts, pour deux heures effectives de représentation
échevelée.
A leur tête, un directeur de théâtre, prêt à
tout pour sauver sa prochaine production, censée maintenir sa petite
entreprise de spectacle hors du dépôt de bilan.
Commence alors entre ce démiurge gonflé à bloc et,
face à lui, lauteur (Jacques Marchand), le comptable (Patrick
Raynal), le producteur (Bernard Tixier) et lacteur (Yvan Varco) principal
du projet théâtral, un ballet surréaliste et exacerbé
où deux comédiennes (Sara Mortensen & Virginie Ledieu)
vont rivaliser, sans aucune retenue, pour obtenir le rôle titre de
Jeanne dArc, la pucelle alors que lassistante-secrétaire
(Eliza Maillot) elle-même, médusée par tant de culot
de part et dautre, va manifester de plus en plus ostensiblement sa
propre velléité de participer à ce jeu de dupes.
Dans une chevauchée extravagante, Daniel Colas, constamment sur
le gril, va, lui, sévertuer à ajuster les perspectives
de subventions avec les desiderata et autres dédits professionnels,
selon des scenarii artistiques à géométrie variable
destinés, soi-disant, à combler lattente du public, alors
quil sagirait davantage de satisfaire celle des libidos à
laffiche.
Quel programme délirant pour le théâtre des Mathurins,
prêt à se confronter à un été, très
show déjanté !
Néchappant pas aux clichés racoleurs et à un
texte redondant et bavard, la réalisation de cette spéculation
théâtrale autocélébrant les affres et utopies
du métier de saltimbanques est toutefois fort réjouissant,
à la mesure des caricatures brossées par des personnages en
folie, ma foi, fort bien contrôlés par la direction de Daniel
Colas, qui sur scène, mouille sa chemise plus quà son
tour.
Avec « Mission Florimont » au théâtre
Michel, et « Les Huissiers » aux Mathurins, les spectateurs
de lun devraient être tentés de séclater,
vice versa, dans la salle voisine.
Theothea le 28/06/10
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