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BAHRATI
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****
Palais des congrès
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Visuel
affiche photo © Production Bahrati
" Pyaar Zindagi Hai "
" L'Amour c'est La Vie "
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photo
© Cat.S -
Theothea.com
La Fête sur scène
&
La Fête dans la salle
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LE ROI S'AMUSE
de
Victor
Hugo
mise
en scène: François
Rancillac
|
****
Théâtre de l"Aquarium
Tel: 01 43 74
99
61
|
Un décor de boîte de nuit, clinquant, de pacotille, boules
à facettes, sol luisant, glaces amovibles, décor où
tout ne sera que reflet et illusion à limage décadente
dune société dépravée.
Des portes miroitantes, va soudain surgir une bande de jeunes, bruyants,
cuirs moulants, portables à la main, courtisans
désuvrés du roi François 1er qui, sensuel et arrogant
(Florent Nicoud), vit au rythme de conquêtes féminines successives
et veut à tout prix séduire une jeune biche effarouchée
entrevue à léglise, le dimanche.
Celle-ci portant le nom de Blanche, toute en virginité et innocence,
vit recluse par son père, lequel est en fait Triboulet, le bouffon
sarcastique du roi.
Blanche (Linda Chaïb), petite fille modèle dans sa robe à
volants et ses ballerines, une Alice légère au pays des horreurs,
sera enlevée de force et déshonorée par le souverain
libertin aux murs débridés.
Le hic, cest quelle en trouvera une certaine satisfaction,
intolérable pour son père qui voudra la venger, échafaudera
un plan et la fera tuer par erreur.
Triboulet, un Denis Lavant chapeauté à la Chaplin, explosif,
caoutchouteux, élastique, se tord, se contorsionne, jongle avec ses
sentiments, passe de la colère à laccablement
pathétique, de lamour fou pour sa fille à la noirceur
absolue, à la fois victime et bourreau et, dans sa démesure
excessive, incarne limage de cette société en dichotomie
qui passe de la lumière à lobscurité, de
lélégance à la vulgarité pour sombrer dans
une dépravation où tout nest que tromperies, reflets
dun pouvoir corrompu.
La cellule rougeoyante telle une vitrine de débauche et de passes,
les surfaces brillantes et lisses où tout glisse et rien na
de profondeur, les paravents chromés tels des miroirs mirages permettent
à François Rancillac, directeur de lAquarium, et metteur
en scène de cette pièce signée Victor Hugo ainsi
quà Raymond Sarti, le scénographe, de piéger aussi
le public qui sy reflète, voyeur réduit à
létat dimage réfléchissant létat
dun monde sans repères, déliquescent et délictueux.
Le drame féroce qui se joue sur scène est donc bien et toujours
celui du spectateur, traduit aussi dans les costumes (Sabine Siegwalt)
mêlant atours Renaissance et tenues moulantes modernes.
Un rythme effréné pendant deux heures et des acteurs
convaincants qui déménagent avec un feu follet virevoltant,
grimaçant et envahissant tout lespace.
Cat.S / Theothea.com le 01/12/10
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LULU
de
Frank
Wedekind
mise en scène:
Stéphane
Braunschweig
|
****
Théâtre de la
Colline
Tel:
01
44 62 52 52
|
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photo
© Elizabeth Carecchio
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De Nora à Lulu, Chloé Réjon trace un chemin de
femme-enfant qui sied à Stéphane Braunschweig, en quête
de continuité psychanalytique entre Ibsen et Wedekind.
Voilà que Nora qui, sémancipant radicalement au terme
dune lutte intérieure davec ses tuteurs traditionnels,
est désormais projetée dans une tragédie-monstre où
elle est censée imposer sa loi aux fantasmes de tout exotisme.
En effet, du masculin au féminin va se tisser une toile libidineuse
sur laquelle se projette en vrac toutes les pulsions du désir auquel
Lulu entend soumettre son bon plaisir.
« I can get no satisfaction » pourrait cependant se
psalmodier le leitmotiv ascendant des happenings successifs qui tentent
denchanter le lupanar fantasmagorique de la femme devenue fatale, plus
ou moins à son insu.
A linstar de Sacher Masoch, obéissant à la
nécessité littéraire de se soumettre au joug récurrent
dune posture féminine dominante, autoritaire et glaciale, Wedekind
théâtralise la transgression de linterdit en une fascination
totalitaire à légard du sexe se résolvant
inéluctablement dans lanéantissement.
Paradoxalement cette pulsion de mort à luvre universelle
et intemporelle dans les relations humaines, apparaît, ici, sous une
forme esthétique distanciée, ludique voire humoristique qui
pourrait constituer le vade mecum du bon vivant
sans illusion sur son
sort.
Toutefois, en faisant le choix de la version primitive réadaptée,
in extenso et brut de décoffrage, demblée censurée
à la publication en 1894, Stéphane Braunschweig a pris le parti
dune création de quatre heures incluant accomplissement et
déchéance qui, après lentracte, menace
dexténuer le spectateur tant celui-ci, dabord porté
par le nuage amoral des cycles luxuriants de limaginaire
débridé et joyeusement meurtrier, est confronté dans
un deuxième temps à labstraction morbide et sordide du
sexe réduit à son réalisme organique, voire
sanguinolent.
Des miroirs enjôleurs de Berlin aux bas-fonds de Londres, en passant
par les néons voluptueux de Paris, la scénographie de la tournette
sexuelle poursuit, ainsi, sa ronde lubrique mais essentiellement maléfique
jusquà en broyer, par force centrifuge les cinglant comme des
mouches, lensemble de ses prétendants au plaisir sans cesse
escompté mais toujours frustré.
Surplombant les planches de ce jeu théâtral, un portrait
de la belle hétaïre peint par lun de ses amants, artiste
transi damour exclusif et inconditionnel, sublime cet espoir de Nirvana
en toisant, goguenard, sa descente aux enfers.
Theothea le 19/11/10
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LA DOUCEUR DU
VELOURS
de
Christine
Reverho
mise en scène:
Panchika
Velez
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****
Théâtre des Mathurins
Tel: 01 42 65
90 00
|
Avec lauteur Christine Reverho ( « Petit déjeuner
compris » & « Chocolat piment ») et la
metteuse en scène Panchika Velez ( « Les Forains »,
« journal à quatre mains » & « Le
mec de la tombe d à côté ») au service
dun thème psychosocial intemporel et universel lié à
un titre suggestivement symbolique, la création théâtrale
de « La douceur du velours » aurait dû emporter
tous les suffrages.
En effet, ce huis clos dune jeune femme délirant à
partir de futilités apparentes, tout en ingurgitant des chips face
à des séries télé insipides, laisse deviner,
avec une évidence progressive et inéluctable, le drame
intérieur irrésolvable obligeant à son repli sur
elle-même, tout en se racontant des histoires de midinettes, en transe
récurrente.
En outre, comme son refuge de prédilection se cantonne au territoire
dun canapé quelle a acheté, en urgence, avant que
de sisoler du monde social, cet enfermement pourrait prendre des allures
de métaphore psychanalytique où ce divan en constituerait le
support de projection privilégié.
Cependant, puisqu il sagit dun « seule en
scène », le personnage du thérapeute virtuel devrait
être endossé par le public, car Camille est, bel et bien,
livrée à elle-même, quasiment en situation de non assistance
en personne en danger.
Toutefois le dilemme du spectateur est de se trouver à la fois
en relation découte et de compréhension, alors quen
même temps il assiste à un spectacle hystérisé
sans pouvoir intervenir sur les données dune réalité
objective, à la manière dun cauchemar
éveillé.
De ce hiatus, naît un sentiment de frustration où les soixante
quinze minutes du spectacle ressemblent à un enfer repeint en rose
bonbon, sans quil soit possible dexprimer à Camille
quelle ségare dans des affabulations la rendant
étrangère à elle-même et, avouons-le, peuvent
en contrepartie, inciter le spectateur à se placer en situation de
hors-jeu.
Linterprétation de la comédienne, Sophie de la
Rochefoucauld, est tout à fait en phase avec la direction de Panchika
Velez, dont lintention est déviter le pathos, tout en
montrant que la violence subie au quotidien peut sintérioriser
en une mascarade insupportable au regard extérieur.
Oui, les coups peuvent faire encore plus mal à la conscience humaine
repliée sur une féminité bafouée et tanguant
sur un canapé en perdition au cur de lisolement !
Mais pour que le spectacle vivant ait un impact pragmatique sur
lentendement, il est nécessaire que celui-ci entre en empathie;
il semblerait paradoxalement que douceur et velours aient, ici,
secrété quelques résistances.
Theothea le 26/11/10
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DERNIERE STATION AVANT
LE DESERT
de
Lanie
Robertson
mise en scène:
Georges
Werler
|
****
Théâtre du Petit
Saint-Martin
Tel: 01 42 02
32 82
|
Deux mois durant, cette pièce de Lanie Robertson fut à
laffiche du Petit Saint-Martin succédant à sa création
à Cachan, en janvier 2010.
Georges Werler, par ailleurs metteur en scène attitré de
Michel Bouquet, y tendait les rapports de force entre les personnages
jusquaux points de rupture où leurs consciences semblaient devoir
basculer dans le néant.
A posteriori, il apparaissait que, sur les cinq rôles
interprétés dans une tension absolue, deux étaient à
la fois, les victimes de leurs fantasmes mais surtout lincarnation
dun enjeu de dupes.
Les trois autres protagonistes jouaient aux équilibristes entre
vie et mort avec la libido de ces partenaires cobayes censés rapporter
gros à ceux qui, ainsi, choisissaient dexploiter les
conséquences jusquau-boutistes du conditionnement militariste.
Quune société ait besoin de manipuler les esprits
en les vidant de toute résistance critique afin de poursuivre ses
objectifs de domination sur ladversaire, cela est effectivement vieux
comme le monde, mais que cette même société constatant
les dégâts existentiels post-traumatiques quelle a
engendrés, ait le culot opportuniste de miser sur les affres du
déconditionnement « sauvage », voilà qui
en dit long sur les valeurs éthiques de la civilisation moderne.
Devant ce constat sans rédemption possible, il est aisé
de comprendre lassertion de lauteur: « Jaime
la pièce, je déteste avoir eu à
lécrire ».
La direction dacteurs était à la hauteur dune
fébrilité moite où les échanges de regard
exacerbé exprimaient la violence des mots autant que la sensualité
des gestes.
Le décor de cette station-service aux portes du désert,
soffrant virtuellement en rempart ultime des codes sociaux, occupait
lespace scénique avec une telle intensité que
limagination en transgressait, torride, tous les non-dits autant que
tous les hors-champs.
Le 20 novembre 2010 avait lieu la dernière représentation
de « Dernière Station avant le désert »
au Petit Saint-Martin, gageons que Vincent Grass, Emeric Marchand, Florence
Muller, Frédéric Pellegeay & Benjamin Penamara conserveront
la marque indélébile de cet happening supraréaliste.
Theothea le 24/11/2010
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