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LE FANTÔME DE
L'OPERA
d' après Gaston Leroux
mise en scène:
Henri
Lazarini
|
****
Théâtre 14
Tel: 01
45 45 49 77
|
Sil ne devait rester quune seule qualité à la
création du « Fantôme de lOpéra »
au théâtre 14 qui est, grâce à Henri Lazarini,
adapté pour la première fois à lart
théâtral, les costumes de Jérôme Bourdin prendraient
lavantage sur toute autre considération.
Dabord, parce que leur ensemble en gris, noir et blanc est tout
à fait exceptionnel, mais aussi, en comparaison, parce que la direction
dacteurs ne parvient pas à la réussite de son projet.
En effet, supputant que les lignes de force de ladaptation
théâtrale pouvaient sappuyer exclusivement sur les
thématiques mythiques de lOpéra, à savoir la passion,
lobsession, lamour éternel, le génie, la folie
.,
Henri Lazarini omet de rendre tangibles ses personnages napparaissant
que comme des êtres étranges les uns aux autres.
Enchaînés dans un romantisme fantasque, ceux-ci semblent
se confondre avec cette atmosphère détrangeté
sans parvenir à faire exister leur faisceau relationnel.
La forme ayant été privilégiée au détriment
de la substance psychologique, le spectateur tangue à contre temps
des comédiens qui eux, saccrochent, tant mal que bien, à
leur expérience et à leur savoir-faire professionnels.
Cest donc sur pilote automatique, que par exemple, Emmanuel Dechartre
et Pascale Petit naviguent dans ce brouillard fantomatique mais pourtant
bel et bien esthétique que les changements de décors baroques
viennent ponctuer de leurs déplacements dûment
référencés.
Au demeurant, les intentions impressionnistes du metteur en scène
sont bien comprises, voire appréciées par le public,
lapplication consciencieuse des interprètes à se rendre
onirique ou cauchemardesque est estimé favorablement, le parti-pris
de jouer à cache-cache avec les terreurs de lenfance est
approuvé sans réserve, mais cependant, là où
le cinéma a réussi, à plusieurs reprises, à jongler
avec les fantasmes romanesques et aboutis de lauteur, Gaston Leroux,
le théâtre, lui, a besoin desprit quil lui faut
pouvoir incarner.
Cette perspective spécifique aux planches devrait rester,
désormais, grande ouverte au fantôme de lOpéra.
Theothea le 07/12/10
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CE QUI ARRIVE ET CE QU'ON
ATTEND
de
Jean-Marie
Besset
mise en scène:
Arnaud
Denis
|
****
Théâtre du Petit
Montparnasse
Tel: 01 43 22
77 74
|
Dix-sept années après sa création au théâtre
de la Gaîté-Montparnasse succédant elle-même aux
cinq après sa publication, « Ce qui arrive
»
change de trottoir pour être accueilli au Petit Montparnasse.
«
Ce quon attend » depuis, nest
certes pas la valeur, mais, bel et bien, lopportunité de
réunir deux pointures du Théâtre vivant.
En effet, si deux comédiennes faisaient déjà les
beaux jours de la réalisation initiale, Marie-France Pisier et Sabine
Haudepin, voici aujourdhui deux hommes qui méritaient de se
rencontrer au sommet, Jean-Marie Besset et Arnaud Denis.
En la circonstance et comme souvent à léchelle de
son jeune talent, ce dernier endosse ses deux casquettes à parts
entières, la mise en scène et linterprétation.
Mais ainsi, la véritable vedette de cette reprise, se trouve être
le temps qui passe
à attendre ce qui pourrait être le
gain profitable du désir sans cesse renouvelé
toute la
vie durant.
Sept personnages se disputeraient à qui mieux mieux le fruit du
mieux-être, du surplus dambition, dun sourire du destin
pour enfin être assuré de sériger en heureux élu
du mérite personnel.
Vanité des vanités, la frustration pourrait bien être
le seul résultat tangible de cet entrecroisement insatiable plaçant
les êtres humains en situation de conquête ainsi que de
compétition avec autrui comme de soi-même.
Décrocher la lune au propre comme au figuré serait,
effectivement, un passe-temps fort enthousiasmant sil ny avait,
au-delà de cette simple apparence, le souci obsessionnel, de
saffirmer en « décideurs » par crainte de
subir sa destinée en « soumis ».
Alors que ce soit pour la déléguée du ministre (Virginie
Pradal), larchitecte renommé (Jean-Pierre Leroux) ou celui en
pleine ascension (Adrien Melin), lami nostalgique (Jonathan Max-Bernard)
ou le partenaire cynique (Arnaud Denis), lépouse volontariste
(Blanche Leleu) ou lhuissier sans état dâme (Niels
Adjiman), linstant daprès pourrait, constamment, être
celui du désenchantement en puissance, cest-à-dire
implicitement celui de la motivation à tenter de nouveau sa chance
avec toujours lespoir de la réussite définitive et son
corollaire, le bonheur absolu.
Aussi, puisque la valeur nattendrait pas le nombre dannées,
beaucoup pensent que, demblée, Jean-Marie Besset aurait signé,
ici, sa meilleure pièce de théâtre.
Force néanmoins est de constater que lauteur a, par la suite,
récidivé
non sans succès !
Theothea le 03/12/10
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LES SOLILOQUES DE
MARIETTE
d'après " Belle du Seigneur " par Anne
Danais
mise en scène:
Anne
Quesemand
|
****
Théâtre du Petit
Montparnasse
Tel: 01
43 22 77 74
|
Comme le bon vin, il est des spectacles qui, par la force des choses,
ne peuvent que bien vieillir.
Ainsi, en est-il des Soliloques de Mariette quAnne Danais a
dabord porté, en elle, durant vingt-cinq ans avant de les
interpréter sur scène et alors quen prenant de
lâge, la comédienne naura que plus de
légitimité au rôle quelle sest, ainsi,
façonnée grâce à la réunion des extraits
de « Belle du Seigneur » concernant la bonne
dAriane.
Personnage secondaire du célèbre roman narrant, au cur
de la société bourgeoise durant les années quarante,
les tribulations des deux amants, Solal et Ariane, épouse dAdrien
Deune, la gouvernante y apparaît avec un regard subjectif et critique
à légard de la famille Deune quelle sert, pour
autant de son mieux.
Dès la première lecture, Anna Danais avait voulu
sapproprier cette destinée au service du dévouement
domestique, tant elle en ressentait intensément la composante
théâtrale, depuis ce poste dobservation constitué
par lensemble des tâches quotidiennes à y remplir avec
conscience laborieuse et morale.
Cette adéquation du personnage avec le désir de lincarner
a fini par séduire la metteuse en scène, Anne Quesemand dont
la direction a permis de transformer une simple lecture personnalisée
en une présence scénographique in situ dont les moindres attributs
agissent comme autant de « petites madeleines » en relation
avec la mémoire sensorielle.
De la toile cirée au moulin à café mécanique
en passant par la blouse et le tablier de fonction, une kyrielle de détails
vont contribuer à latmosphère dédiée et
ainsi agrémenter le monologue dune femme se parlant à
elle-même, sans maugréer mais qui sefforcerait de tenir
compagnie à sa propre pensée grâce au verbe
libéré de tout orgueil mal placé.
En effectuant lépluchage de pommes de terre, la réparation
du bol cassé, la couture du vêtement déchiré,
le repassage soigneux ou lastiquage des couverts en argent, viennent
les idées sur les uns et sur les autres, tous menacés de perdre
le bon sens commun
.
Comme par magie, le spectateur est happé, à son tour, dans
un processus de régression heureuse au sein dune période
pas si lointaine où il semblerait que la vie avait naturellement du
sens, sans quil fût nécessaire den conceptualiser
les tenants et les aboutissants.
Une leçon de vie favorisant le naturel dans son grand retour au
galop.
Theothea le 01/12/10
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LA CERISAIE
de Anton
Tchekhov
mise en scène:
Paul
Desveaux
|
****
Théâtre de
l'Athénée
Tel: 01 53 05
19 19
|
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photo
© Laurent Schneegans
|
Si la Cerisaie devait être une Comédie musicale, il faudrait
la confier à Paul Desveaux qui, avec la chorégraphe Yano
Latridès, prend la dimension de ce que pourrait être une
réalisation chorale.
Cette proposition théâtrale a pris son enivrant tournoiement
à la fin du cycle de Tchekhov à lAthénée,
en un voyage des comédiens avec futur proche en perspective chaotique
et menaçante.
Alors que tous ensemble, les acteurs de cette comédie
senchaînent à danser sur le volcan éveillé
quune fin de monde nostalgique pourrait embraser à la moindre
étincelle dissidente, Lioubov Andreevna ( Océane Mozas ) semble
effectuer un dernier tour de piste à la tête de sa famille
décomposée, en affichant la force intériorisée
dun passé indéfectiblement heureux.
Le nouveau riche Lopakhine (Christophe Grégoire), fils de moujik
émancipé, tire, de manière équivoque, les ficelles
du destin, sans être lui-même en mesure de maîtriser quelques
motivations contradictoires.
Tiraillée entre des ambitions personnelles légitimes et
des renoncements collectifs réalistes, la troupe sétourdit
des parfums prégnants de la cerisaie en fleurs, toujours si proche
dans les curs et pourtant déjà si lointaine dans les
esprits.
Sur la scène, côté cour précisément,
le squelette dun arbre indéterminé lance ses branches
dénudées, telles les flèches dun sémaphore
en perdition, alors que Charlotta Ivanovna ( Fany Mary) la magicienne effectue
des tours pendables devant lassistance médusée par tant
de faux-semblants ô combien troublants et, pourtant paradoxalement,
tellement porteurs despoirs.
La valse frénétique peut reprendre de plus belle à
la manière dun défi musical adressé à tous
les empêcheurs de tourner en rond, car La Cerisaie nappartient
effectivement quà ceux qui sen emparent avec enthousiasme
et conviction.
A chacun donc sa cerisaie, pourvu que daucuns acceptent
limaginaire sensible dautrui comme autant de facettes giratoires
dun kaléidoscope universel tourmenté par une humanité
en quête de sens.
Theothea le 06/12/10
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LES PEINTRES AU
CHARBON
de
Lee
Hall
mise en scène:
Marion Bierry
|
****
Théâtre Artistic
Athévains
Tel: 01 43 56
38 32
|
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photo
LOGOX © David Marchon
|
Au début des années trente, dans le nord de lAngleterre,
dans la cité minière dAshington, une association est
créée pour faire accéder les ouvriers à la culture,
dans le cadre dune initiative « déducation
ouvrière ».
Cinq mineurs qui, le soir, après avoir avoir passé plus
de dix heures au fond des mines et qui, harassés de fatigue, auront
le courage et la volonté de suivre des cours du soir, pour combler
des lacunes; un cours déconomie leur est proposé mais
cest un professeur dhistoire de lart de
luniversité de Newcastle qui va se présenter à
leur comité.
Quest-ce que lart, et plus exactement la peinture, peut leur
apporter ? Peut-elle, dans ce contexte, avoir un sens ? Peut-elle traduire
leurs difficultés, leur misère, leur vie tout simplement ?
Cette théorie de lart ne pourra leur convenir; en effet, quy
a-t-il de commun entre leur réalité vécue et cette
abstraction « philosophique » des chefs duvre
de la Renaissance ?
Alors, ils vont se mettre à la pratique, sessayer à
la matière, voir si les matériaux picturaux leur permettront
de sexprimer et réussir à traduire leur ressenti, les
émotions de leur dur labeur; peu à peu, en peignant un chien
devant sa niche, des fleurs sur une table, un mineur tirant son charbon ou
la nature en proie aux éléments, ils éprouvent cet
apprentissage comme nécessaire à leur propre vision et ils
vont prendre possession des pigments, avec une remise en questionnement
permanente deux-mêmes.
Ces hommes dune grande sensibilité, sont remarquablement
touchants, du fervent marxiste interrogateur (Eric Verdin, nominé
aux Molières 2004) au plus rigoureux dans ses principes et le maintien
des traditions (Jacques Michel), du bourru au cur tendre (Bernard Ballet)
au plus exalté et talentueux (Robert Bouvier déjà vu
à lArtistic Athévains dans St-François
dAssise), au ptit gars chômeur (Arthur Vlad) qui, sceptique
dans les possibilités de lart face aux luttes sociales ou à
la guerre qui se prépare, découvre en Picasso un maître
qui lui parle de sa propre colère.
Leur professeur (Thomas Cousseau), sympathique, se révèle
un élément essentiel à leur
cheminement; lui-même sera remis en question, son académisme
et sa technique pure en prendront un coup. Une collectionneuse (Odile Roire)
sintéressera à eux et proposera de devenir la
mécène de lun dentre eux qui, tiraillé,
voudrait vivre sa nouvelle passion mais, finalement, restera fidèle
au monde du travail et solidaire du groupe.
Justesse dun parcours initiatique qui va changer la perspective
des regards; les mineurs comprendront labstraction, ou aimeront lart
chinois dune confondante simplicité avec ses merveilleuses couleurs.
Eux, qui connaissaient surtout le noir charbon, découvriront, en Van
Gogh, le coloriste qui a su bouleverser leur âme, leur peintre de
prédilection.
Cette pièce de Lee Hall est dune grande tendresse humaniste,
et Marion Bierry, qui avait déjà créé
« la cuisine dElvis » écrite par cet auteur
anglais, a su lui rendre le même esprit dans une grâcieuse
mise en scène; pas de conflit ouvert entre les détenteurs
dune culture classique et les besogneux marginaux; au contraire, beaucoup
de respect pour ces mineurs qui, modestement, et grâce à la
conviction dun jeune professeur, parviendront à transcender
cette démarche de sensibilisation et à remettre en question
celui qui croyait tout leur apprendre.
Un hommage rendu à lart qui « rend possible des
choses qui ne létaient pas », sous forme de comédie
chorale pleine démotions et de drôleries, à lart
qui, malgré lâpre réalité, a le pouvoir
de changer les hommes.
Et si le spectateur ému les voyait aussi avec un autre il,
ces mineurs de fond ? Une belle leçon,en tout cas,de leur part
!
« On peint des moments. Ces petits moments minuscules qui fait
quon est vivants ».
Cat.S / Theothea.com le 12/12/10
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