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15ème
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UN FIL A LA PATTE
de Georges
Feydeau
mise en scène: Jérôme Deschamps
|
****
Comédie
Française
Tel: 08 25 10
16 80 (0,15e/mn)
|
Tel un véritable feu dartifices, la réalisation de
Jérôme Deschamps fera date dans le patrimoine de la Comédie
Française.
En effet, lors de sa retransmission télévisée en
février 2011, sa programmation de décembre à juin en
salle Richelieu était, dores et déjà,
« sold out ».
Sa reprise est donc assurée pour une saison supplémentaire,
voire davantage.
Le fil conducteur de sa mise en scène réside essentiellement
dans le choix des acteurs dont le timbre de voix, la physionomie, la
dégaine doivent se compléter en des tableaux sociétaux
où la bonne humeur est conviée à, demblée,
régaler les comédiens eux-mêmes et donc, par
conséquence inéluctable, le public.
Sur sa palette de peintre vaudevillesque, Jérôme Deschamps
a composé des personnages fantasques rehaussés par des costumes
(de Vanessa Sannino) tout autant affriolants que splendides.
Cest, ainsi, en multipliant les facettes désopilantes du
kaléidoscope scénographique que la pléiade des silhouettes
se croisent et sentrechoquent pour donner corps hystérique à
la mécanique implacable de Feydeau.
Ainsi campés dans une bande dessinée en 3D, la
« Lucette » amourachée de Florence Viala, le
« Général » dopérette de Thierry
Hancisse, le « Fontanet » puant de Serge Bagdassarian,
le « Bois dEnghien » écartelé
dHervé Pierre vont pouvoir se prêter au jeu de cache-cache
que la « Baronne » classieuse de Dominique Constanza,
le « Bouzin » notarial de Christian Hecq ainsi que le
dédoublement de Guillaume Gallienne dressent, à linsu
de tous y compris deux-mêmes, en inénarrable mascarade.
En effet, si largent mène le monde à gogo, Feydeau
lui donne la chance fallacieuse de sauvegarder les apparences sociales, en
lui permettant de tirer les ficelles de lamour, si possible à
bon escient.
Cependant, comme la passion atteint rarement les niveaux dabsolu
que les intentions, déclarées à la cantonade,
prétendraient cibler, alors, dans ce dédale de quiproquos où
chacun trompe ou se trompe, seul le rire impartial de lobservateur
peut, à juste titre, servir de valeur refuge.
Menant à lexcellence des configurations scabreuses, le respect
scrupuleux des didascalies de lauteur conforte Jérôme
Deschamps à saffranchir de tout psychologisme pour laisser place
au jeu millimétré recherché, répété
et finalisé en situation, dans un rapport exclusif aux planches.
Alors si, par surcroît, une conjonction miraculeuse entre la perspective
artistique dun rôle et le talent spécifique dun
pensionnaire rencontre, par géniale opportunité, létat
de grâce, voici Christian Hecq célébré par tous,
critiques et spectateurs confondus, en raison de ses gesticulations, mimiques
et contorsions à nulles autres pareilles dans sa transcendance de
« Bouzin », à la suite prestigieuse de Robert
Hirsch dans les années soixante.
Aussi, de la mise en scène mémorable de Jacques Charron
(avec entre autres Jean Piat, Georges Descrières, Jean-Paul Roussillon,
Jean-Laurent Cochet, Micheline Boudet, Denise Gence, Catherine Samie et donc
Jacques Charron & Robert Hirsch) jusquà la pâte joyeuse
et ludique de Jérôme Deschamps, un fil danthologie
sest, de toutes évidences, tissé pour le meilleur de
La Comédie Française.
Theothea le 23/02/11
La représentation
d' Un Fil à la
patte du mardi 22
février 2011
a été
retransmise en direct sur France
2 à partir de
20H35
depuis la Salle Richelieu
de
La Comédie
Française.
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RÊVE D'AUTOMNE
de
Jon Fosse
mise en scène: Patrice
Chéreau
|
****
Théâtre de la Ville
Tel: 01
42 74 22 77
|
|
photo
© Pascal Victor /
ArtComArt
|
Ils sont venus, ils sont tous là, la grand-mère, le père
et la mère, lui et son ex-épouse ( Marie Bunel ) ainsi que
leur enfant, alors que va survenir la maîtresse, tous déambulant
tels des fantômes dans cette salle désertée du Louvre,
qui nest autre que le cimetière indifférencié
dépeint par Jon Fosse.
Ce pourrait être lenterrement de La Mamma ( Michelle Marquais
) qui les réunisse, puisque celle-ci rôde dans les couloirs
en attendant lheure du salut, mais le jeune fils ( Alexandre Styker
) est aussi un trépassé à célébrer qui,
à la suite dun accident de la route est devenu, à leurs
regards effarés, spectre obsédant.
Mais, voici en zombi errant, son papa Pascal Greggory qui titube sur la
parquet de lillustre musée, à la recherche incertaine
dun autre soi-même alors que, par symétrie relative,
sapproche Valeria Bruni-Tedeschi assez désemparée mais
à peine surprise d y retrouver son ex-amant.
Commence alors une hésitante et laborieuse valse damour qui
se mêle de près à la danse de mort sans quaucun
des deux nait prise sur le partenaire comme sil échappait
à jamais à lattraction des corps.
Cest donc à ce moment que le couple Bulle Ogier - Bernard
Verley peut faire son entrée remarquée tant la configuration
familiale semble aller a volo.
La mère « Bulle » prend, ainsi, la situation
en mains expertes afin de placer chacun dans son rôle dévolu
mais ramant à contre-courant, elle aura bien du mal à faire
entendre la bonne parole, censée apaiser et unir tout son monde, à
lexception de cette bru de substitution dont proviendrait le mal
ambiant.
Dailleurs « faire connaissance » ,
« échanger » et « parler »
pourraient-ils encore sauver du naufrage général ?
Quant à son époux, délibérément aux
abonnés absents, celui-ci se contente dentériner la
décadence à laquelle chacun contribue dans une incapacité
universelle, mais si bien partagée, à comprendre
lhumanité.
Même pas misanthrope, Patrice Chéreau règle son ballet
autistique, tel lhorloger du temps qui sapproprierait passé,
présent et futur en une conscience latente du désespoir
infini.
Du Louvre au Théâtre de la Ville, le spectacle sest
emparé du décor prestigieux de la salle Denon pour en reproduire
à léchelle du plateau, selon fac-similé, la
virtualité dun musée des âmes en perdition, sous
le regard évanescent des tableaux de maître.
Un véritable trompe-lil de lesprit apte à
la méditation métaphysique autant que prosaïque.
Theothea le 16/12/10
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A VOIR ABSOLUMENT
de
Frédéric Tokarz
mise en scène:
Nicolas
Lartigue
|
****
Ciné 13 Théâtre
Tel: 01
42 54 15 12
|
« La presse est unanime », « A ne rater
sous aucun prétexte », « A voir
absolument » , « Courrez-y »
Daccord
!
Mais cest quoi lenjeu ?
Un spectacle exceptionnel ? Peut-être !
mais cest
dabord et avant tout, un appart, le coup de cur que tout le monde
cherche, la perle de la petite annonce quil faut saisir dans
linstant, avant tout autre postulant !
.
Le couple Alice ( Julia Maraval ) et Charles (Frédéric Tokarz)
a le bon profil de lacquéreur motivé au point davoir
franchi tous les obstacles afin dêtre positionné en tête
sur la liste préférentielle.
Cependant, in situ, la visite prend des allures de salle dattente,
voire dantichambre à une psychanalyse du vécu, en temps
réel.
En effet, de la précédente occupation des lieux, ne subsiste
quun divan trônant au milieu de lespace vital, sans laisser
dautre échappatoire que de sy interroger.
Première constatation, la représentante de lagence
locative se fait attendre, secundo dautres prétendants sont
en souffrance !
.
A quatre cobayes, ils vont sadonner au jeu des chaises musicales,
durant le temps imparti à la résistance psychologique de
chacun.
Dune part Mathieu (Philippe Hérisson) , en instance de divorce
douloureux et dautre part, Fanny (Emma Colberti), en quête
dautonomie conjugale vont ainsi compléter ce tableau des demandeurs
dasile résidentiel.
Sur le ton dune comédie dramatique en prise avec le déficit
de communication contemporain, chacun des quatre protagonistes cherchent
à travers les mensonges et vérités de ses alter ego,
cette part de sincérité quil pourrait saccorder
à lui-même.
Pouvoir sestimer soi-même dans lécoute et le
regard dautrui pourrait être le gain expérimental de cette
séance parabolique des dupes où les concurrents nauraient
guère envie de se projeter en défaite patentée
réciproque, quel que fût lattrait du produit immobilier
proposé.
Poignant, drôle et surréaliste, cette brève rencontre
fomentée par un hasard relativement objectif et quel que peu farceur,
est à mettre au compte des révélations heureuses et
successives du Ciné 13 Théâtre codirigé par
Salomé Lelouch sur la butte Montmartre.
Theothea le 17/12/10
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HENRI IV le bien aimé
de & mise en scène:
Daniel
Colas
|
****
Théâtre des Mathurins
Tel: 01 42 65
90 00
|
En 1610, le 400ème anniversaire de la mort dHenri IV a
donné lieu à diverses manifestations, comme lillumination
moderne de sa statue sur le Pont-Neuf à Paris et la publication de
quelques ouvrages ; de son côté Daniel Colas a choisi
décrire un pièce sur la dernière année
de ce souverain resté très populaire comme pacificateur des
Protestants, tolérant et bon vivant.
La pièce débute par lannonce de son assassinat et
par le rassemblement de son entourage autour du corps, comme un flash-back
de cinéma.
Puis nous retrouvons Henri IV (Jean-François Balmer), qui vient
de se lever, il parle à son jeune compagnon de guerre et daventures
Bassompierre (Xavier Lafitte) et lui annonce son opposition à son
mariage avec la jeune et jolie Charlotte de Montmorency, car il se la
réserve comme un mets de choix (elle a 16 ans et lui 56, mais il est
le roi) et lui accorde en remplacement un laideron richissime ; afin
déviter le scandale, le roi donne Charlotte à son neveu
Condé (Maxime dAboville), notoire « sodomite », ce
dernier ne devrait pas le gêner dans ses plans.
Au bout du compte, alors que la reine Marie de Médicis (Béatrice
Angenin) semporte contre son époux volage et surtout ridicule
avec ses costumes de jeune homme, Condé est apprivoisé par
sa jeune épouse et lemporte loin pour éviter les assauts
du roi.
Ce dernier, qui se rabiboche avec la reine, est assassiné peu
après. Sur cette trame historique, Daniel Colas dresse un portait
balancé de son héros : quelques bons mots sur la nécessaire
adaptation pour les homosexuels, sur louverture aux diverses religions,
sur la négociation meilleure que la guerre pour résoudre les
conflits, sur la vie de couple, mais aussi une critique implicite des abus
de la puissance royale.
Cette approche apparaît surtout dans la deuxième partie de
la pièce, car la première est beaucoup plus légère
avec les portes qui claquent et les personnages qui se succèdent.
La pièce est montée de façon conventionnelle, avec des
sièges de type curule pour le roi, des rideaux et un choix de beaux
costumes dépoque.
Jean-François Balmer est un peu âgé pour son rôle
mais en 1610 un homme de plus de cinquante ans est un réel
vieillard , il semporte avec violence tout en se montrant attendri
en évoquant Charlotte (Maud Baecker, très belle jeune femme,
qui ne dit mot
) ; Béatrice Agenin donne sa prestance à
une reine complexe, dévote et encore amoureuse, Maxime dAboville
nest pas dépourvu de magnétisme et les autres sont à
leur place.
Une pièce dhistoire montée comme un boulevard.
Jacques Portes, le 20/11/10 -
Blog
" Histoires de Théâtre " & Theothea.com
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KIKI VAN BEETHOVEN
de
Eric Emmanuel Schmitt
mise en scène:
Christophe
Lidon
|
****
Théâtre La Bruyère
Tel: 01
48 74 76 99
|
|
dessin
© Cat.S / Theothea.com
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Maintenant que Kiki a quitté laffiche du Théâtre
La Bruyère, Danièle Lebrun peut mettre bas le masque de Van
Beethoven derrière lequel, durant plus de trois mois, elle composait
chaque soir le portrait de huit personnages dont cinq femmes.
Pour cette vaillante comédienne qui privilégie lesprit
de troupe, ce one woman show concocté par Eric Emmanuel Schmitt
sapparentait, toutes proportions gardées, à une performance
similaire queffectuaient Eric Metayer et son équipe dans
« Les trente neuf marches » à la suite de
« Kiki », dans cette même salle.
Si ces deux spectacles ont trouvé leur aboutissement ( provisoire
?) en ce passage dannées 2010-11, serait-ce pour mieux
sépauler à nouveau au-delà de la prochaine
cérémonie des Molières, récompenses dont le
théâtre La Bruyère est traditionnellement friand.
Dailleurs, si pour la saison précédente, la
réalisation dEric Métayer a obtenu les Molières
de ladaptation et de la pièce comique, pourquoi Kiki ne briguerait
pas, à son tour, ceux de lauteur francophone, de la mise en
scène, de la scénographie et bien entendu de
linterprétation féminine?
Cest ainsi que jusquaux dernières représentations
de décembre, Danièle Lebrun tirait fort bien son épingle
de ce jeu à facettes, en passant allègrement de
lévocation dun rappeur de banlieue à celle dune
copine « fashion victim », en faisant le détour
périlleux par les camps de la mort à Auschwitz.
En effet, dans ses contes philosophiques et néanmoins
théâtraux, Eric-Emmanuel Schmitt a cet art inégalable
de brasser lair du temps pour le réinsuffler, de manière
kaléidoscopique, entre des êtres humains qui sentrecroisent
dans une fascination partagée pour lempathie universelle et
syncrétique.
En outre, que lattrait de la musique classique soit menacée
à travers la surdité emblématique de Beethoven à
linstar du délaissement pratiqué par la
contemporanéité à légard du latin et du
grec ancien, voilà bel et bien, un coin du voile imaginaire et pudique
que soulève lex-prof de philo sous le regard interrogateur du
masque symbolisant la culture ainsi maltraitée.
Sur scène, une superbe ombrelle multicolore protégeait,
telle une aura ou un talisman, la prestation de Danièle Lebrun, de
toutes les adversités métaphysiques.
Theothea le 06/01/11
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