Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

15ème  Saison     Chroniques   15.061   à   15.065    Page  266

 

                

     

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LA TENTATION D'EVE

direction  & chorégraphie:   

Marie-Claude Pietragalla & Julien Derouault

****

Théâtre Le Palace

Tel:  01 40 22 60 00

 

      photos ©  Pascal Eliott & Theothea.com  

     

En ce 2 février, Marie-Claude Pietragalla fête ses 48 ans en jouant et dansant l’éternel féminin sur la scène du Palace.

Mettant plus que jamais sa carrière sous les bons auspices du spectacle vivant, le monde du théâtre, du cinéma et de la musique vont, peu à peu, prendre le relais à la prédominance chorégraphique de son talent.

Cependant, pour l’heure faste, c’est donc en solo que l’artiste se mesure à l’histoire de la Femme, en se focalisant, de manière universelle, sur le féminin de l’être humain.

Tel Sisyphe, La Rolling Pietra entre sur scène en s’arcboutant et poussant, devant elle, une énorme pomme rouge scintillant avec laquelle la danseuse semble ne former qu’une seule et même entité, convoitée par les lumières du show.

Dans le dédale d’une galerie de tableaux délibérément stéréotypés, l’artiste se livrant couleur chair, en alternance aux costumes emblématiques de la caricature, la voici tour à tour, primitive, mère, guerrière, libertine, ménagère, golden girl qui, tel un pantin désarticulé mimerait les arcanes de l’inconscient collectif.

Sur une musique techno lancinante de Laurent Perrier, la danseuse s’approprie la gestuelle transformiste de rôles identitaires multiples dont la clef sensitive se dédoublerait au sein de la maîtrise du masque et de la marionnette.

Cette dernière valsant entre avorton et E.T., livrés corps et âme aux bras tourbillonnants et mains lapidaires de la génitrice, va se prêter à tous les caprices fantasmatiques de l’enfantement.

Toute à la fois muse, créatrice, comédienne, Marie-Claude Pietragalla arbore le masque mystérieux d’une tragédienne grecque qui, désormais, ne cessera de se fissurer de l’intérieur pour faire apparaître, en pleine lumière, le pitre parodique qu’elle n’avait jusqu’ici osé afficher en public.

Une actrice est née sous les feux de la rampe du Palace qui en sonne l’apothéose chorégraphique en même temps que l’avènement théâtral.

A l’instar de la tentation d’Eve, la page blanche à écrire va, ainsi, se faire désirer comme une pomme Gala à croquer à pleine dents. Que Vive La Pietra !...

Theothea le 02/02/11

AMOR AMOR

de  Federico Mora

mise en scène: Stéphan Druet

****

Théâtre Comédia

Tel: 01 42 38 22 22  

 

         photo ©  Theothea.com  

   

Depuis « Se dice de mi, en Buenos Aires » présenté l’été dernier au Festival de l’Hôtel Gouthière jusqu’à « Amor Amor à Buenos Aires » dédié à sa reprise au Théâtre Comédia, il y a un auteur, Federico Moria qui fait d’autant plus confiance au metteur en scène Stéphan Druet, qu’en fait, ils ne font qu’une seule et même personne !…

Sous l’étiquette branchée « musical chic et décalé » se révèle un spectacle haut en couleurs, en humour, en rythme et en outrances pudiques !

Dès le premier instant de représentation, nous voilà plongés au cœur d’un quartier populaire d’Amérique du sud, sachant d’emblée que l’esquive ne sera pas au programme de la soirée et qu’ au contraire, l’invitation au tango et aux mélopées d’Argentine va nous transporter bien au-delà de notre carcan rationaliste.

Alors, pour le jeu de rôles auquel nous allons assister, bien peu pertinent serait le spectateur qui se choisirait un préféré, car tous vont tirer leur épingle, même biseautée, de ce jeu, ô combien fantasque.

Caricaturaux à souhait, les personnages se dessinent à coup de répliques à l’emporte-pièce, coincées entre l’apparence du bon sens et le déni de la bienséance bafouée.

Comme aux 7 familles revisitées, il y aurait le père (Coco Dias), la mère (Mona Heftre), le fils (Sebastiàn Galéota) à la fois chéri et maudit, la grand-mère (Stéphane Eloy) ainsi que les deux tantes (Cécilia Filippi & Emma Fallet), tourbillonnant tous ensemble dans une valse sans fin autour d’une pute (Laura Lago) au grand cœur, elle-même courtisée par un bellâtre (François Briault) et sous la vigilance d’un garde du corps (Salem Sobihi) à la solde du travesti de retour at home… à moins, finalement, que ce ne soit l’inverse !…

Bref, ils sont tous là à virevolter dans le fantasme du sexe à tous les étages, depuis la nymphomane frustrée jusqu’au macho prétentieux en passant par les aficionados débordés par leur libido démoniaque.

Ajoutez quatre danseurs qui, en des chorégraphies ébouriffantes, brouillent les cartes d’un feu ne cessant de se rallumer, en tous points de la scène, à la moindre braise ambiguë ou sous la moindre intonation enflammée.

Excentrique, déjanté, délirant, tous les qualificatifs peuvent rivaliser pour rendre compte du talent impétueux de douze artistes accompagné de la participation exceptionnelle de Coco Dias.

Entre théâtre, cabaret et revue, l’intention de Stéphan Druet est d’objectiver et de transmettre sa passion sensitive à l’égard de la culture populaire des rues d’Argentine afin de pouvoir la faire apprécier sans tabou mais au énième degré souhaité par chacun.

A déguster sans réserve chaque soir au Comédia Théâtre.

Theothea le 07/02/11

ALLER CHERCHER DEMAIN

de  Denise Chalem

mise en scène: Didier Long

****

Petit Théâtre de Paris

Tel: 01 42 80 01 81  

 

          photo ©  Theothea.com  

   

Ce titre est suffisamment significatif de l’exploit quotidien consistant à réunir les conditions de la survie du lendemain en soins intensifs hospitaliers pour qu’il constitue en soi le programme thématique fixé par l’auteur.

Et pourtant, c’est drôle !… Un père (Michel Aumont) adepte de blagues juives, de contes yiddish et complètement gaga devant son canari, une collègue infirmière (Nanou Garcia) toujours disponible à s’affranchir des lois de la pesanteur ambiante, un amoureux transi (Philippe Uchan) qui, chassé par la porte, n’hésite pas à revenir par la fenêtre !…

Certes, mais c’est aussi grinçant !… Car les caractères vont s’entrechoquer, en se révélant moins sympas qu’à la première impression avant que l’exacerbation prenne le relais à la fuite en avant généralisée.

En toile de fond bien entendu, la pièce porte la problématique des soins palliatifs et de l’euthanasie comme fil conducteur d’une responsabilité à la fois intime, sociale et médicale, à assumer collectivement.

Cependant, il est aussi possible de considérer ce spectacle vivant, comme une juxtaposition de points de vue subjectifs face à la fin de vie, alors même que l’un d’entre eux, le principal, celui qui détiendrait la puissance de décision, serait en train de dérailler des simples valeurs humanistes.

En effet, quand peu à peu, l’unique objectif de vie envisagé par Nicole, l’infirmière chef va se résumer à ce qu’on lui « f… la paix » et qu’en définitive, Denise Chalem, la comédienne va faire table rase relationnelle, renvoyant dos à dos le prétendant et ses fleurs, ad vitam aeternam, le père et son sosie virtuel, et en allant jusqu’à suggérer à sa collègue de s’affranchir du mari encombrant, Denise Chalem, l’auteur semble agiter sous notre regard médusé, le panneau: « Attention ! danger vital ».

Si la pièce se conclut sur la métaphore d’une fenêtre ouverte afin d’aérer l’atmosphère, là où le spectateur, après avoir ri au divertissement de façade, ne pourrait s’empêcher de s’interroger sur son sentiment de trouble diffus, la mise en scène de Didier Long ne cherche surtout pas à mettre le pathos en exergue d’autant plus que les blagues au premier degré la maintiennent en orbite bon enfant et alors que le titre est porteur d'un espoir implicite: « Aller chercher demain».

Theothea le 11/02/11

LE NOMBRIL

de  Jean Anouilh

mise en scène: Michel Fagadau

****

Comédie des Champs Elysées

Tel: 01 53 23 99 19  

 

          photo ©  Theothea.com  

          

Dernière pièce écrite par Jean Anouilh, « Le nombril » est devenue également l’autre soir, la dernière mise en scène de Michel Fagadau, directeur de la Comédie et du Studio des Champs Elysées, disparu au matin du 10 février.

A la suite du succès, la saison précédente, de « Colombe » avec Anny Duperey, présente à la représentation du lendemain, Michel Fagadau avait souhaité continuer sur cette brillante lancée en réalisant ce qui constitue, désormais, une sorte de testament commun, à près de vingt-cinq années d’intervalle, partagé avec Anouilh.

Car cette comédie parle notamment de Théâtre, de ceux qui le font et plus spécialement de ceux qui l’écrivent et en offrent le spectacle vivant au public.

A Francis Perrin est donc dévolu le rôle de chef de troupe qui, dans l’incarnation de cette prestigieuse postérité, en assumerait, avec panache, l’occupation de la scène de bout en bout, tout en célébrant l’adage fondamental:

« The show must go on ».

Fort heureusement, ils sont tous là pour le conforter dans cette valeureuse mission de divertissement, haut de gamme.

A commencer par Francine Bergé qui n’aura de cesse de houspiller son époux le jugeant si peu à la hauteur de sa renommée.

Davy Sardou, en gendre cocu et Jean-Paul Bordes, en médecin douteux, excellent à provoquer sa stupéfaction devant la persistance de leur candeur feinte ou affichée.

Quant à Eric Laugérias, le rôle de tapeur revendiquant leur profonde amitié depuis l’enfance, aura le don de mettre l’auteur confiné au sein de l’appartement familial en raison d’une crise de goutte ravageuse, dans un état proche de l’exaspération chronique.

Ce n’est rien de dire que ses filles (Sarah Grapin & Perrine Tourneux), avec leur standing de vie élevé au niveau de l’inconscience généralisée, ne pourront guère satisfaire sa plénitude paternelle.

Et ce n’est pas le déménageur professionnel (Christian Bouillette) lui amenant, en compagnie d’un apprenti (Patrice Costa), des caisses d’ennui à mourir mais à surtout ne jamais déballer qui pourra faire revenir l’inspiration du maître en dramaturgie cynique, à moins que …

Bref, tout son monde, y compris sa maîtresse (Alexandra Ansidei), est bien là pour empêcher que tourne rond sa famille, habituée aux nécessités bourgeoises et autres mondanités que l’auteur est censé fustiger sur les planches.

Francis Perrin se fait donc le démiurge de cette rencontre du Théâtre avec lui-même, en poussant délibérément la caricature, juste au bord du précipice abyssal, avec la perspective du double héritage scénographique à faire fructifier sans limites.

Theothea le 16/02/11

UN TRAMWAY NOMME DESIR

de  Tennessee Williams

mise en scène: Lee Breuer

****

Comédie Française

Tel: 08 25 10 16 80 (0,15e/mn)  

 

          photo © Cosimo Mirco Magliocca 

   

Voici bel et bien un tramway qui divise les critiques en les incitant à prendre leur désir de Tennessee pour réalité tangible même si tous sont d’accord pour admettre qu’en accédant au répertoire de la Comédie Française, le chef d’œuvre de T. Williams y fait une entrée fracassante en tant que première œuvre extra-européenne.

En l’accompagnant d’un esthétisme japonisant, en lieu et place des chaleurs moites traditionnelles de La Louisiane, Lee Breuer impose une rupture davantage cérébrale qu’exclusivement formelle, contraignant tout un chacun à faire abstraction de la référence cinématographique écrit par Elia Kazan sur les tablettes de la mémoire collective avec Vivian Leigh et Marlon Brando, en étendard.

Bien entendu, l’histoire de Blanche Dubois venue en villégiature à la Nouvelle-Orléans chez sa sœur Stella et son beau frère Stanley reste, plus que jamais, égale à elle-même et son issue psychique n’aura pas d’autre échappatoire que celle, traditionnellement attendue.

Cependant, avec cette mise en scène culturellement distanciée, jamais le Tramway n’aura-t-il eu pareille opportunité de s’extraire du contexte romancé pour atteindre à l’épure des consciences en pleine lutte vitale.

En effet, le conflit d’emblée instinctif entre Blanche et Stanley va prendre, au sein du formalisme gestuel, sa véritable dimension de rupture schizophrénique entre soi et soi, libérant ainsi les forces de l’oralité dans leur pulsion de mort symbolique.

En faisant appel au point de vue subjectif de Blanche, la mise en scène permet à l’ensemble de ses partenaires d’échapper à toute autocensure et de se solidariser peu à peu en une seule et même entité, hostile et destructrice à l’égard de la victime devenue consentante.

Etrangement tout ce décorum oriental, placé comme en antithèse charnelle et torride, transforme le spectacle théâtral en une suite de tableaux qui, dans leur succession de plus en plus rapide, influe sur la persistance rétinienne, synchrone à celle d’une éthique d’un certain savoir-vivre nippon.

De cet imaginaire artistique se transcende un hyper-réalisme de la conscience en proie à tous les démons contradictoires.

Anne Kessler règne en souveraine charmeuse et vulnérable sur son interprétation éthérée, blanche comme neige mais quasi habitée par le fantôme d’Arielle Dombasle.

Françoise Gillard, Eric Ruf et tous les autres se relaient, tour à tour pour exciter et apaiser ce bel animal pris au piège, tels des toréadors, en quête de reconnaissance sociale.

Un spectacle de toutes beautés qu’il est nécessaire d’appréhender selon les règles de l’art abstrait, avant que de pouvoir l’apprécier selon les codes esthétiques de l’imagerie japonaise.

Theothea le 17/02/11

     

   

          photo ©  Theothea.com  

               

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