Les
Chroniques
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11ème
Saison
Chroniques 11.46
à
11.50 Page
180
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SALUT JOE
de &
mise en scène
Philippe Hensen
|
****
Cirque d'hiver Bouglione
Tel:
01 47 00 28 81
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Photo
© Presse Moteur!
Depuis début décembre 2006, le cirque d’hiver résonne
des sympathiques tubes chantés par Joe Dassin à une époque
où la variété hexagonale se fredonnait encore sur toutes
les lèvres : "Champs-Elysées", "L’Amérique",
"L’été indien", "Si tu t’appelles mélancolie"...
Cependant si ce spectacle "Salut Joe" réalisé et produit
par Philippe Hersen constitue bel et bien un hommage au célèbre
crooner charismatique tout de blanc vêtu, sa voix chaude sert ici de
tremplin à une nouvelle génération d’artistes pour
s’essayer à illustrer ces rengaines populaires en autant de
court-métrages vivants : "Le petit pain au chocolat", "Marie-Jeanne",
"Salut, les amoureux", "Les Dalton", "La bande à Bonnot", "Le moustique",
"Siffler sur la colline", "Taka, takata" etc...
Il faut dire que la mise en scène composite de cette comédie
musicale est très inventive en s’inspirant des chemins de traverse
que l’imaginaire collectif engendre selon chaque tonalité des couleurs,
modulations ou senteurs implicites drainées par des expressions
linguistiques bien choisies en des mots tellement évocateurs comme
: " Avec ta robe longue, tu ressemblais à une aquarelle de Marie Laurencin
", " Toute la vie sera pareille à ce matin aux couleurs de
l’été indien "...
Les images sonores se substituent alors dans le décor fantasmagorique
du cirque d’hiver en un prolongement du rêve éveillé
que ces refrains suscitent dans l’esprit bien longtemps après que
les poètes auront disparu... Pierre Delanoé, Claude Lemesle,
Jean-Michel Rivat, Franck Thomas et bien d’autres...
En s’immisçant à juste titre dans le show, piano, cuivres,
guitares, violons, batterie sauront se substituer aux éléments
live d’une formation orchestrale néanmoins fictive que la présence
des micros chant compensera au meilleur d’une bande son enregistrée
sans que l’on puisse suivre pas à pas le distinguo du playback
d’avec le son direct.
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !...
Et qu’importe en effet le mixage, car il n’est pas nécessaire au
spectateur de connaître les dessous des éventuels artifices
pour apprécier à sa juste valeur, le véritable engagement
artistique de ces trente jeunes musiciens, danseurs avec en vedettes à
part entière six ex-promus médiatiques de la star’ac :
Mario Barravecchia, Alexia Palombo, Carine Haddadou, Anne-Laure Sibon,
Houcine Camara et Pierre Mathyss qui sont bel et bien au rendez-vous d’une
soirée fervente, joyeuse et pleine d’entrain... à l’instar
précisément de ce que savait transmettre la personnalité
rayonnante de Joe Dassin... des étoiles plein les yeux.
Theothea le 12/01/07
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LA CANTATRICE CHAUVE
de
Eugène Ionesco
mise en scène
Jean-Luc Lagarce
|
****
Théâtre de L'Athénée
Tel: 0& 53 05 19
19
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Photo
© Christophe Berthelot
Quinze ans après la mise en scène de Jean-Luc Lagarce mort
du Sida en 1995 et dont les 50 ans virtuels se célébrent en
une année d'hommages à l'homme de spectacle qu'il fut, les
comédiens de sa " Cantatrice Chauve " ont initié un projet
théâtral hors du commun en remontant à l'identique cette
création originale de 1992.
Sous la responsabilité artistique de l'un d'entre eux, François
Berneur, les souvenirs de chacun ont été collectés de
manière à restituer pas à pas les consignes de la direction
d'acteurs originelle, considérablement aidée en cela par les
retrouvailles avec le décor miraculeusement intact.
Ainsi telle une psychanalyse permettant de faire resurgir l'ensemble d'un
contexte déstructuré, les conflits et attirances des personnages
purent retrouver les repères d'un cadre que précisément
Eugène Ionesco avait lui dynamité de l'intérieur.
Cette quête de l'auteur en but de révéler l'absurbe
transgressé par la démarche du metteur en scène exacerbant
la perception d'un décalage va se trouver ainsi réactualisée
et donc clonée par les protagonistes initiaux pris au jeu abyssal
de reconstituer un puzzle d'autant plus opaque qu'ils en étaient à
l'époque les marionnettes et non les observateurs.
Et pourtant non seulement cette expérience fonctionne, mais elle
agit tel un révélateur d'une volonté créatrice
qui trouve son véritable aboutissement dans la pérennité
du délire concerté.
Deux couples anglais copie conforme au détail vestimentaire près
mais dont la disparité morphologique renforce l'ensemble des
dysfonctionnements de perspective que la pièce va organiser de
manière récurrente, vont se côtoyer le temps d'une
soirée sur une pelouse d'un vert fluo dont une façade de maison
et une haie délimiteront l'imaginaire d'un espace clos mental. Si
le capitaine des pompiers devait mettre le feu à la bonne, tout malentendu
ou autre équivoque devront être mis au crédit d'un imbroglio
rituel dont plusieurs tentatives de fin seront mis à l'épreuve
des spectateurs.
Inutile donc de chercher à rationaliser l'intrigue, pourvu que
chacun trouve son compte de déraison avec la " Cantatrice chauve "
qui faisait un tabac au théâtre de la Huchette depuis 1950 et
dont Jean-Luc Lagarce avait fait exploser les ultimes inhibitions.
Theothea le 29/01/07
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TENEBRES
de Henning
Mankell
mise en scène
Brigitte Jacques-Wajeman
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****
Théâtre Ouvert
Tel: 01 42 55 55
50
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Photo © Willy
Vainqueur
Molière de la révélation théâtrale
féminine en 2002, Rachida Brakni a obtenu ses lettres de noblesse
avec Ruy Blas et Britannicus à la Comédie-Française
sous la direction déjà de Brigitte Jacques-Wajeman.
En ayant obtenu récemment le prix Jean-Jacques-Gautier, qui
récompense un jeune talent, pour Le Viol de Lucrèce de Shakespeare
à Bobigny, c’est la première fois, depuis qu’elle a repris
sa liberté de comédienne en 2004, qu’elle retrouve cette metteuse
en scène.
Cette dernière en choisissant «Ténèbres»
de Henning Mankell et en adoptant une scénographie inspirée
des photographies de Michel Séméniako parues dans son recueil
«Exil» révélant des formes spectrales captées
à l’aide de caméras thermiques, souhaite sensibiliser le spectateur
au destin de ces boat-people qui sont devenus «Les nouveaux
misérables» de la société occidentale.
Ainsi au Théâtre Ouvert, au fond de cette charmante impasse
presque rurale de la Cité Véron au coeur de Pigalle, l’ex
«Jardin d’Hiver» sert de cadre à une aventure ordinaire
au quotidien de ces migrants venus d’ailleurs et se dirigeant nulle part
au nom d’une clandestinité que n’assument ni le pays d’accueil forcé
ni ces voyageurs d’infortune.
Que ceux-ci soient incarnés par un père et une fille au
bord de l’inceste plus ou moins inconscient et voilà que dans un
appartement squatté toute une éducation socioculturelle patriarcale
vacille en un huis-clos où la paranoïa semble être le seul
sentiment affectif partagé en commun.
Très forte interprétation de cette tentative de communication
entre deux êtres qui viennent de perdre dans une traversée
d’enfer à la fois une épouse et une mère
précipitée dans les eaux glacées de
l’océan.
Maurice Bénichou est en charge de faire survivre ce personnage
paternel délirant qui, ne sachant plus à quel saint se vouer,
n’a d’autre horizon mental que la liste récurrente des courses
commandées à sa fille qui de facto le relie en permanence aux
dangers fantasmés du monde extérieur.
Cette lutte intestine fomentée à deux personnages contre
des fantômes indifférenciés va se dérouler sur
un ring imaginaire où les coups psychiques s’égrèneront
comme les cailloux du Petit Poucet à la recherche d’une mémoire
réparatrice mais dont il faudra se résoudre à éliminer
toutes traces physiques de manière à élaborer enfin
un projet de vie sur des identités reformatées.
A la suite de l’auteur suédois, Brigitte Jacques-Wajeman contraint
ainsi les ténèbres à dégorger leurs forces
maléfiques afin de mieux dégager celles de jouvence.
Theothea le 23/01/07
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CHOCOLAT PIMENT
de Christine
Reverho
mise en scène
José Paul &
Agnès Boury
|
****
Théâtre La Bruyère
Tel: 01 48 74 76
99
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Sous ce titre doux amer, Christine Reverho a fantasmé une comédie
réaliste où la puissance évocatrice d’une photographie
va donner lieu à une surprenante soirée d’anniversaire livrant
une suite de secrets de famille dissimulés l’un derrière
l’autre.
Au coeur de la spéculation affective, se trouve Paul (Jacques
Marchand), le père veuf depuis quelques années, à la
fois satisfait de retrouver Caroline (Lysiane Meis) et Stéphanie (Anne
Loiret), ses deux filles à chaque bougie supplémentaire sur
son gâteau mais qui préférerait s’exempter du rituel
convenu à cette occasion annuel.
Franck (Eric Savin) le gendre encore marié à Caroline,
plutôt sans gêne ainsi qu’ambitieux sans envergure va contribuer
à brouiller les repères d’affinité entre les deux soeurs,
tout en surfant sur les lieux communs et autres clichés du
comportement.
Aussi sur ce terrain de l’affrontement familial, celles-ci vont pouvoir
exprimer leurs sensibilités contrastées en cristallisant la
relation au père dans des souvenirs controversés par des
supputations extra-conjugales à l’égard des parents.
L’auteur qui, en l’occurrence, fera son entrée en scène
dans les cinq dernières minutes du spectacle au profit d’un personnage
totalement inattendu, va multiplier à l’intention du spectateur le
choix des possibles dans la compréhension psychologique des motivations
sociales ou intimes souvent refoulées.
Si l’égocentrisme de chacun devait être la clé du
mal être commun, ce serait sans compter sur la pudeur de tous quand
l’amour ne devient qu’une façade lézardée liée
au faux-semblant de l’affectivité.
Aussi sous l’effet du piment, le rire jaune contraint-il à
s’armer contre les bons sentiments, c’est donc à ce prix que José
Paul et Agnès Boury nous convient à déguster
l’amertume du chocolat, de très bon coeur.
Theothea le 25/01/07
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PIERRE & FILS
de Pierre
Palmade & Christophe Duthuron
mise en scène
Christophe Duthuron
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****
Théâtre des Variétés
Tel:
01 42 33 09 92
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Photo
© Anne Gayan
Après une interruption de trois semaines pour se recharger les
batteries, les deux Pierre remettent le couvert en deuxième partie
de saison théâtrale avec leur progéniture: «Pierre
& Fils».
Pour concocter cet indéniable succès public, Christophe
Duthuron sur recommandation de Pierre Richard, ayant été
associé d’emblée à l’écriture de Pierre Palmade,
est naturellement devenu leur metteur en scène pour le meilleur
d’une création & co que chaque représentation transcende
en hommage à la filiation.
En 10 tableaux spécifiques que les techniciens de plateau du
Théâtre des Variétés composent à vue durant
chaque intermède, se succèdent une dizaine de courts-métrages
vivants où les retrouvailles entre père et fils se conjuguent
de l’absurde à l’affectif sans que les lois du marché puissent
imposer leur veto.
En effet entre un père mythomane irresponsable et un fils jeune
cadre commercial psychorigide, les états d’âme vont se disputer
avec les valeurs morales sans que l’un des deux Pierre Malaquet puisse
dénier ou renoncer à l’autre.
Comme les deux faces d’une même amputation, c’est donc dans leur
pathologie complémentaire qu’ils vont élaborer ensemble un
projet fondateur sur lequel poser leur nouveau «Pierre».
Le regard vivace et le corps bondissant, Pierre Richard joue plus que
jamais sa partition visuelle dans la maladresse qualitative pendant qu’un
tiers, alter ego virtuel, s’affiche au-dessus de la mêlée en
observateur dubitatif renvoyant la balle à un Pierre Palmade dialecticien
cynique bien que médusé.
Les deux compères vont ainsi joyeusement tirer leur épingle
dans le jeu du partenaire pour se masquer au plus profond de la cacophonie
des sentiments.
Theothea le 24/01/07
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