Magazine du Spectacle vivant ...

   

 

   

Les    Chroniques    de

  

11ème  Saison     Chroniques   11.86   à   11.90    Page  188

 

      

   

      Magistral Boomerang des Rolling Stones

           

60ème Festival de Cannes

A la recherche d'un soixantième anniversaire... à fleur d'écran

           

Les  MOLIERES

Palmarès  &  compte-rendu  2007

   

Toutes nos  critiques   2006 - 2007

       

Les Chroniques de   Theothea.com   sur    

   

THEA BLOGS                    Recherche   par mots-clé                    THEA BLOGS      

ALEGRIA

de  Gilles Ste-Croix

mise en scène   Franco Dragone

****

Le Cirque du Soleil

Tel: 0 892 707 810 (0,34 /m)

 

   Photo   ©   Camirand   /  costume: Dominique Lemieux

     

Pas forcément facile de trouver le grandiose chapiteau blanc du fameux Cirque du Soleil, quand pour toute information d'orientation vous ne disposez que du nom d'une rue (André Campra) inexistante sur votre plan et qu'une précieuse indication du site web officiel vous a égaré par un séduisant: " Face au Stade de France ".

Et pourtant arrivé à destination et vu de l'enceinte du cirque, il est incontestable que l'ovale du Stade s'élève majestueusement à quelques encablures par-delà l'horizon des toits, mais telle une balise d'approche mais non comme l'objectif de référence.

L'esplanade Landy est un site spacieux, adapté pour cet événement de 200 représentations du 10 mai au 15 juillet 2007, bien desservi par les transports publics grâce à la toute proche station de RER Stade de France - Saint-Denis.

Après avoir offert aux parisiens la saison précédente son spectacle "Saltimbanco", le Cirque du Soleil a donc maintenant installé pour deux mois son chapiteau au coeur de La Plaine Saint-Denis, effectivement non loin du Stade de France pour y présenter " Alegria " créé dès 1994.

Conçu comme une ivresse baroque, ce show visuel s'affichant de prouesses contorsionnistes en défis trapézistes illustre une partition musicale où l'étrangeté des sons se marie avec celle de voix venues d'ailleurs immergeant le public dans un imaginaire fantasque d'elfes, de clowns et de vieux fous.

Régressant dans des temps anciens où la famille proche était l'horizon de chacun des villageois, l'esprit vagabonde dans des espaces artisanaux où chaque geste s'accomplit en souplesse au mieux de la perfectibilité.

Bouche bée, le spectateur signe un pacte avec des anges merveilleusement inconnus qui s'élèvent en haut du praticable par bonds et rebonds que d'autres torsadent au plus fort de l'élasticité des corps.

Rien n'arrête l'homogénéité des tableaux gymniques et acrobatiques qui s'enchaînent comme des perles que ces magiciens un peu sorciers feraient apparaître et disparaître a volonté selon un tempo que deux clowns ponctueraient mine de rien en de judicieuses respirations soulageant le concept de perfection.

Un spectacle minutieux dont la prestation musicale pourrait donner lieu en elle-même à un fabuleux concert tout en suscitant une émotion esthétique véritablement à hauteur de réputation du Cirque du Soleil.

Theothea le 25/06/07

DOMMAGE QU'ELLE SOIT UNE PUTAIN

de  John Ford

mise en scène   Stuart Seide

****

Théâtre des Amandiers

Tel: 01 46 14 70 00 

 

    Photo   LD.   PIDZ  

 

Dans la salle obscure de ce magnifique lieu théâtral, les spectateurs sont invités à s'asseoir de façon bi-frontale, apparemment conviés à un banquet ou peut-être à un procès.

Le dispositif scénique est lui aussi bi-frontal: une longue table sur des tréteaux entre deux pôles, l'un exprimant le lieu de l'intime des amours interdites, l'autre le lieu épiscopal, la conscience moraliste qui juge et réprouve.

Sommes-nous donc les otages ou les juges de cette confrontation de forces antagonistes, celles du désir plus fort que tout d'une sœur (Annabella) et d'un frère (Giovanni), jumeaux, qui se sont juré un amour éternel et celles du pouvoir ecclésiastique qui les condamne.

"Dommage qu'elle soit une putain", pièce écrite vers 1625 par John Ford, dramaturge anglais, mise en scène par Stuart Seide, est une pièce sur l'absolu intransigeant, le désir transgressif face à une société corsetée et codifiée.

Ce désir amoureux que Giovanni défiera quand l'inceste sera malgré tout découvert, sa sœur, acceptant d'épouser Soranzo quand elle attend un enfant de cette union fraternelle, est considéré comme une offense aux dieux et engendrera une apocalypse funèbre, entraînant la mort de tous les convives de ce banquet; et nous autres, spectateurs, après avoir été les juges d'une situation conflictuelle, subissons ce tragique final comme si nous faisions partie des blâmeurs et donc des punis.

Ni pardon, ni rachat, ni pitié, tout s'achève dans un bain de sang où la mort est l'aboutissement de l'intégrisme et la non acceptation des désirs illicites.

La jeune troupe de l'école de l'EPSAD imprime cette pièce d'une énergie toute en tension. Ils sont tous formidables. On remarquera en particulier Chloé André (Annabella) et Christophe Carassou (Soranzo) pleins de fougue et d'impétuosité.

Cat.S   le 01/07/07

EAUX DORMANTES

de  Lars Norén

mise en scène   Claude Baqué

****

Théâtre de l'Athénée

Tel: 01 53 05 19 19 

 

         Photo   LD.   Jean-Julien Kraemer  

       

Trois couples plus le frère de l'un des personnages, autiste qui vit dans un centre, tous assis en cercle dans des fauteuils d'acier, vêtus de noir, autour d'une table basse en verre, après un repas.

Dans cette sombre austérité, en un étouffant huit clos, un no man's land sépulcral, d'abord un très lourd silence, de longues minutes d'impertubable mutisme puis les langues se délient, se bousculent, les convives vont tenter de narrer leurs vacances ou tout au moins des bribes de discours vont s'effilocher, se réitérer et ils partiront dans des divagations sur le temps qui passe, la mémoire qui fout le camp, l'oubli de souvenirs pourtant récents.

L'avocat est parti en Bretagne avec sa femme, avant ils étaient à New-York mais c'est le trou noir pour Emma qui ne se souvient pas non plus du prénom de sa fille morte.

Un autre couple composé de journalistes est parti sur l'île du "Sacrifice de Tarkovski" où ils ont une maison mais le désir s'est émoussé, ils n'ont plus envie d'y retourner, Mattias et Judith sont allés en Provence en passant à Bergen-Belsen uniquement comme ça pour visiter le musée.

Ces personnes émettent des opinions mais surtout des doutes, et les propos anodins de première apparence se font questionnement, les fils se cassent et le monde réel s'effrite, le langage se fracture, les phrases se coupent pour devenir des sortes de monologues où chacun se remet en cause pour ne plus connaître sa véritable identité, quelle est sa part de responsabilité, des béances s'ouvrent, des fragments rhétoriques vont se répéter, comme pour mieux se remémorer le passé; ils vont se succéder et créent ainsi une cadence polyphonique à plusieurs voix pour oublier les horreurs de l'holocauste car ce sont tous des survivants, des enfants de rescapés des camps de la mort.

Ce contrepoint musical dirigé par Claude Baqué avec sept excellents comédiens Marion Bottolier, Pierre-Alain Chapuis, Michel Hermon, Serge Maggiani, Simona Maïcanescu, Marie Matheron et Nicolas Struve nous entraîne dans un vertige à la frontière vacillante du monde des vivants et celui des morts.

Sur scène, derrière un écran, le père franchit le cap de vie à trépas, comme la traversée du miroir des apparences. Ces eaux dormantes nous font glisser dans un monde funeste et les mots jetés en pâture, martelés, vociférés essaient de nous relayer au monde réel.

Cat.S   le 15/06/07

LA MOUETTE

de  Anton Tchékhov

mise en scène   Anne Bourgeois

****

Théâtre 14

Tel: 01 45 45 49 77 

 

       photo   LD.  Production / Presse 

                      

Une mouette abattue en plein vol devient le symbole des espoirs déçus ou comment des êtres en devenir se cognent aux vitres de la réalité et comment des êtres matures ont le désabusement de ceux qui ont failli…

Donc, une petite communauté d'artistes en villégiature au bord d'un lac…. Treplev, le fils d'Arkadina, une comédienne aguerrie veut démontrer qu'un nouveau théâtre est possible mais la mère s'en moque un peu trop bruyamment elle, la maîtresse d'un écrivain reconnu en mal d'inspiration, qui a une piètre opinion de lui-même mais qui est admiré par Nina, la jeune mouette qui tombera dans ses rets, victime de ses propres désirs. Cette dernière est aimée par Treplev qui est secrètement aimé par Macha, la fille de l'intendant du domaine et qui finira par épouser l'instituteur pour éteindre cette flamme....

Pièce sur les amours contrariés, les rêves brisés, la jeunesse qui fuit, la maladie qui ronge les corps, la mort qui pèse sournoisement.

Dans la vision de la Mouette par Anne Bourgeois, on ne s'appesantit sur la psychologie des personnages…. pas de pathos, pas d'intériorité ravagée, tous les personnages sont traités à égalité, comme des marionnettes tirées par une main extérieure, gesticulant de manière souvent saccadée pour mimer le temps qui passe sur chaque vie…. ainsi cette danse endiablée de la mère jusqu'au malaise pour défier sa jeunesse et s'illusionner sur sa propre réussite…

Ainsi les mouvements convulsifs de Trigorine, l'écrivain conscient de ses échecs, les hurlements hystériques de Treplev, qui se sent sous estimé, et ne parviendra pas à s'imposer, et cette bouleversante Macha, qui ne peut manifester son amour et sombre dans l'alcool mais qui ici, dans cette interpréation, reste comme étrangère à son destin, froidement manipulée par des ficelles, et donc sans le moindre ravage intérieur exprimé, traitée de manière bouffonne et manquant de chair...

Théatre de l'Absurde, qui traite la quête de l'idéal comme un rêve qui va fatalement se heurter à une réalité plus forte que soi …. Donc, une vaste pantomime d'êtres qui ne parviennent pas à franchir les parois de verre comme des mouches prises dans une bouteille et qui se débattent en vain, nous est présentée au Théâtre 14, un peu trop clownesque et désincarnée pour en ressentir une profonde émotion, nous restons assez insensible au sort de ces dix personnages si proches de nous, reliés entre eux par un musicien slave qui nous enveloppe d'airs de toundras russes.

Cat.S   le 30/06/07

LE MISANTHROPE

de  Molière

mise en scène   Lukas Hemleb

****

Comédie Française

Tel: 0 825 101 680 (0,15 /m) 

 

          Photo   LD.   Cosimo Mirco Magliocca 

                          

En cette fin juin 2007, soit près d'un mois après les générales à la Comédie- Française confiée désormais aux bons soins de Muriel Mayette, Le Misanthrope de Molière, revisité par Lukas Hemleb, n'apparaissait pas, à la première lecture des articles de presse, en parfum de sainteté parmi les représentants de la critique dramatique parisienne.

Et pourtant à y regarder de plus près, les condamnations pour crime de lèse- majesté envers cette pièce de référence majeure ne forment guère un bataillon en défensive pour l'orthodoxie de l'oeuvre.

En effet, depuis le vendredi 4 juin 1666 où sa première représentation fut donnée au Palais-Royal par la Troupe du Roi, les points de vue subjectifs sur Alceste se sont succédé en suscitant d'emblée " des polémiques sur ce personnage seul, libre et révolté face à la société superflue qui l'entoure " (Pierre Note).

En conséquence, à partir de cette création initiale et malgré les tenants des écoles qui depuis se disputèrent les prérogatives psychologiques ou sociétales autour de ce jeu de rôle sans concession, le soufre perdure dans la perception atrabilaire voire quasi caricaturale d'un être en errance de lui-même au beau milieu de ses congénères.

C'est sans doute pourquoi, souhaitant infléchir ces idées reçues, Lukas Hemleb s'est astreint à complexifier les relations des protagonistes en les rendant interdépendantes au sein d'influences multipolaires réagissant entre elles comme en temps réel.

Dégrafant ainsi les étiquettes réductrices des protagonistes, la prétention d'Oronte (Hervé Pierre), la pruderie d'Arsinoë (Clotilde de Bayser), la vanité des petits marquis Acaste (Clément Hervieu-Léger) et Clitandre (Loïc Corbery), le pessimisme d'Alceste, (Thierry Ancise), la coquette duplicité de Célimène (Marie-Sophie Ferdane) etc..., le metteur en scène introduisait ainsi délibérément la notion de relativité inhérente à la vie réelle et mettait par la même occasion en péril une lecture trop cartésienne de cette tragi-comédie.

Paradoxalement alors que les critiques s'élevaient donc comme "un seul homme" au vu de cette approche laxiste à l'égard d'une réalisation jugée par trop hystérisée, il s'avèrait néanmoins que tous s'employèrent à interroger ce parti-pris relativiste pour finalement, entre les lignes, se résoudre à lui accorder discrètement le sceau de pertinence au bénéfice d'une modélisation non stéréotypée.

Les réticences des commentateurs, si elles devaient subsister, se confirmaient au niveau du traitement scénique (Lumières de Xavier Baron / Scénographie de Jane Joyet / Sons de Vanessa Court), car pour évoluer d'une vision opaque à une intuition comportementale plus translucide, la réalisation a fait le pari d'une agitation fébrile s'affichant, sinon en pléonasme du texte, tout au moins en conflit avec sa quête d'absolu.

Présentement en alternance jusqu'au 20 juillet, cette réalisation sera reprise du 15 février à fin avril 2008.

Gageons que d'ici-là, l'acceptation de cette mise en perspective progressera jusqu'à faire des adeptes inconditionnels de cette version de Lukas Hemleb, s'avérant davantage altruiste que foncièrement misanthrope.

Theothea le 29/06/07

Recherche   par mots-clé