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ALEGRIA
de Gilles
Ste-Croix
mise en scène
Franco Dragone
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****
Le Cirque du Soleil
Tel: 0 892 707 810 (0,34 /m)
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Photo
© Camirand / costume: Dominique
Lemieux
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Pas forcément facile de trouver le grandiose chapiteau blanc du
fameux Cirque du Soleil, quand pour toute information d'orientation vous
ne disposez que du nom d'une rue (André Campra) inexistante sur votre
plan et qu'une précieuse indication du site web officiel vous a
égaré par un séduisant: " Face au Stade de France ".
Et pourtant arrivé à destination et vu de l'enceinte du
cirque, il est incontestable que l'ovale du Stade s'élève
majestueusement à quelques encablures par-delà l'horizon des
toits, mais telle une balise d'approche mais non comme l'objectif de
référence.
L'esplanade Landy est un site spacieux, adapté pour cet
événement de 200 représentations du 10 mai au 15 juillet
2007, bien desservi par les transports publics grâce à la toute
proche station de RER Stade de France - Saint-Denis.
Après avoir offert aux parisiens la saison précédente
son spectacle "Saltimbanco", le Cirque du Soleil a donc maintenant installé
pour deux mois son chapiteau au coeur de La Plaine Saint-Denis, effectivement
non loin du Stade de France pour y présenter " Alegria " créé
dès 1994.
Conçu comme une ivresse baroque, ce show visuel s'affichant de
prouesses contorsionnistes en défis trapézistes illustre une
partition musicale où l'étrangeté des sons se marie
avec celle de voix venues d'ailleurs immergeant le public dans un imaginaire
fantasque d'elfes, de clowns et de vieux fous.
Régressant dans des temps anciens où la famille proche
était l'horizon de chacun des villageois, l'esprit vagabonde dans
des espaces artisanaux où chaque geste s'accomplit en souplesse au
mieux de la perfectibilité.
Bouche bée, le spectateur signe un pacte avec des anges
merveilleusement inconnus qui s'élèvent en haut du praticable
par bonds et rebonds que d'autres torsadent au plus fort de
l'élasticité des corps.
Rien n'arrête l'homogénéité des tableaux gymniques
et acrobatiques qui s'enchaînent comme des perles que ces magiciens
un peu sorciers feraient apparaître et disparaître a volonté
selon un tempo que deux clowns ponctueraient mine de rien en de judicieuses
respirations soulageant le concept de perfection.
Un spectacle minutieux dont la prestation musicale pourrait donner lieu
en elle-même à un fabuleux concert tout en suscitant une
émotion esthétique véritablement à hauteur de
réputation du Cirque du Soleil.
Theothea le 25/06/07
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DOMMAGE QU'ELLE SOIT
UNE PUTAIN
de John
Ford
mise en scène
Stuart Seide
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****
Théâtre des Amandiers
Tel: 01 46 14 70
00
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Photo
LD. PIDZ
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Dans la salle obscure de ce magnifique lieu théâtral, les
spectateurs sont invités à s'asseoir de façon bi-frontale,
apparemment conviés à un banquet ou peut-être à
un procès.
Le dispositif scénique est lui aussi bi-frontal: une longue table
sur des tréteaux entre deux pôles, l'un exprimant le lieu de
l'intime des amours interdites, l'autre le lieu épiscopal, la conscience
moraliste qui juge et réprouve.
Sommes-nous donc les otages ou les juges de cette confrontation de forces
antagonistes, celles du désir plus fort que tout d'une sur
(Annabella) et d'un frère (Giovanni), jumeaux, qui se sont juré
un amour éternel et celles du pouvoir ecclésiastique qui les
condamne.
"Dommage qu'elle soit une putain", pièce écrite vers 1625
par John Ford, dramaturge anglais, mise en scène par Stuart Seide,
est une pièce sur l'absolu intransigeant, le désir transgressif
face à une société corsetée et codifiée.
Ce désir amoureux que Giovanni défiera quand l'inceste sera
malgré tout découvert, sa sur, acceptant d'épouser
Soranzo quand elle attend un enfant de cette union fraternelle, est
considéré comme une offense aux dieux et engendrera une apocalypse
funèbre, entraînant la mort de tous les convives de ce banquet;
et nous autres, spectateurs, après avoir été les juges
d'une situation conflictuelle, subissons ce tragique final comme si nous
faisions partie des blâmeurs et donc des punis.
Ni pardon, ni rachat, ni pitié, tout s'achève dans un bain
de sang où la mort est l'aboutissement de l'intégrisme et la
non acceptation des désirs illicites.
La jeune troupe de l'école de l'EPSAD imprime cette pièce
d'une énergie toute en tension. Ils sont tous formidables. On remarquera
en particulier Chloé André (Annabella) et Christophe Carassou
(Soranzo) pleins de fougue et d'impétuosité.
Cat.S le 01/07/07
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EAUX DORMANTES
de Lars
Norén
mise en scène
Claude Baqué
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****
Théâtre de l'Athénée
Tel: 01 53 05 19
19
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Photo LD. Jean-Julien
Kraemer
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Trois couples plus le frère de l'un des personnages, autiste qui
vit dans un centre, tous assis en cercle dans des fauteuils d'acier, vêtus
de noir, autour d'une table basse en verre, après un repas.
Dans cette sombre austérité, en un étouffant huit
clos, un no man's land sépulcral, d'abord un très lourd silence,
de longues minutes d'impertubable mutisme puis les langues se délient,
se bousculent, les convives vont tenter de narrer leurs vacances ou tout
au moins des bribes de discours vont s'effilocher, se réitérer
et ils partiront dans des divagations sur le temps qui passe, la mémoire
qui fout le camp, l'oubli de souvenirs pourtant récents.
L'avocat est parti en Bretagne avec sa femme, avant ils étaient
à New-York mais c'est le trou noir pour Emma qui ne se souvient pas
non plus du prénom de sa fille morte.
Un autre couple composé de journalistes est parti sur l'île
du "Sacrifice de Tarkovski" où ils ont une maison mais le désir
s'est émoussé, ils n'ont plus envie d'y retourner, Mattias
et Judith sont allés en Provence en passant à Bergen-Belsen
uniquement comme ça pour visiter le musée.
Ces personnes émettent des opinions mais surtout des doutes, et
les propos anodins de première apparence se font questionnement, les
fils se cassent et le monde réel s'effrite, le langage se fracture,
les phrases se coupent pour devenir des sortes de monologues où chacun
se remet en cause pour ne plus connaître sa véritable
identité, quelle est sa part de responsabilité, des béances
s'ouvrent, des fragments rhétoriques vont se répéter,
comme pour mieux se remémorer le passé; ils vont se succéder
et créent ainsi une cadence polyphonique à plusieurs voix pour
oublier les horreurs de l'holocauste car ce sont tous des survivants, des
enfants de rescapés des camps de la mort.
Ce contrepoint musical dirigé par Claude Baqué avec sept
excellents comédiens Marion Bottolier, Pierre-Alain Chapuis, Michel
Hermon, Serge Maggiani, Simona Maïcanescu, Marie Matheron et Nicolas
Struve nous entraîne dans un vertige à la frontière
vacillante du monde des vivants et celui des morts.
Sur scène, derrière un écran, le père franchit
le cap de vie à trépas, comme la traversée du miroir
des apparences. Ces eaux dormantes nous font glisser dans un monde funeste
et les mots jetés en pâture, martelés, vociférés
essaient de nous relayer au monde réel.
Cat.S le 15/06/07
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LA MOUETTE
de
Anton Tchékhov
mise en scène
Anne Bourgeois
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****
Théâtre 14
Tel: 01 45 45 49
77
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photo LD. Production / Presse
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Une mouette abattue en plein vol devient le symbole des espoirs
déçus ou comment des êtres en devenir se cognent aux
vitres de la réalité et comment des êtres matures ont
le désabusement de ceux qui ont failli
Donc, une petite communauté d'artistes en villégiature au
bord d'un lac
. Treplev, le fils d'Arkadina, une comédienne aguerrie
veut démontrer qu'un nouveau théâtre est possible mais
la mère s'en moque un peu trop bruyamment elle, la maîtresse
d'un écrivain reconnu en mal d'inspiration, qui a une piètre
opinion de lui-même mais qui est admiré par Nina, la jeune mouette
qui tombera dans ses rets, victime de ses propres désirs. Cette
dernière est aimée par Treplev qui est secrètement
aimé par Macha, la fille de l'intendant du domaine et qui finira par
épouser l'instituteur pour éteindre cette flamme....
Pièce sur les amours contrariés, les rêves brisés,
la jeunesse qui fuit, la maladie qui ronge les corps, la mort qui pèse
sournoisement.
Dans la vision de la Mouette par Anne Bourgeois, on ne s'appesantit sur
la psychologie des personnages
. pas de pathos, pas
d'intériorité ravagée, tous les personnages sont
traités à égalité, comme des marionnettes
tirées par une main extérieure, gesticulant de manière
souvent saccadée pour mimer le temps qui passe sur chaque vie
.
ainsi cette danse endiablée de la mère jusqu'au malaise pour
défier sa jeunesse et s'illusionner sur sa propre
réussite
Ainsi les mouvements convulsifs de Trigorine, l'écrivain conscient
de ses échecs, les hurlements hystériques de Treplev, qui se
sent sous estimé, et ne parviendra pas à s'imposer, et cette
bouleversante Macha, qui ne peut manifester son amour et sombre dans l'alcool
mais qui ici, dans cette interpréation, reste comme étrangère
à son destin, froidement manipulée par des ficelles, et donc
sans le moindre ravage intérieur exprimé, traitée de
manière bouffonne et manquant de chair...
Théatre de l'Absurde, qui traite la quête de l'idéal
comme un rêve qui va fatalement se heurter à une réalité
plus forte que soi
. Donc, une vaste pantomime d'êtres qui ne
parviennent pas à franchir les parois de verre comme des mouches prises
dans une bouteille et qui se débattent en vain, nous est
présentée au Théâtre 14, un peu trop clownesque
et désincarnée pour en ressentir une profonde émotion,
nous restons assez insensible au sort de ces dix personnages si proches de
nous, reliés entre eux par un musicien slave qui nous enveloppe d'airs
de toundras russes.
Cat.S le 30/06/07
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LE MISANTHROPE
de
Molière
mise en scène
Lukas Hemleb
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****
Comédie Française
Tel: 0 825 101 680 (0,15
/m)
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Photo LD. Cosimo Mirco
Magliocca
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En cette fin juin 2007, soit près d'un mois après les
générales à la Comédie- Française
confiée désormais aux bons soins de Muriel Mayette, Le Misanthrope
de Molière, revisité par Lukas Hemleb, n'apparaissait pas,
à la première lecture des articles de presse, en parfum de
sainteté parmi les représentants de la critique dramatique
parisienne.
Et pourtant à y regarder de plus près, les condamnations
pour crime de lèse- majesté envers cette pièce de
référence majeure ne forment guère un bataillon en
défensive pour l'orthodoxie de l'oeuvre.
En effet, depuis le vendredi 4 juin 1666 où sa première
représentation fut donnée au Palais-Royal par la Troupe du
Roi, les points de vue subjectifs sur Alceste se sont succédé
en suscitant d'emblée " des polémiques sur ce personnage seul,
libre et révolté face à la société superflue
qui l'entoure " (Pierre Note).
En conséquence, à partir de cette création initiale
et malgré les tenants des écoles qui depuis se disputèrent
les prérogatives psychologiques ou sociétales autour de ce
jeu de rôle sans concession, le soufre perdure dans la perception
atrabilaire voire quasi caricaturale d'un être en errance de lui-même
au beau milieu de ses congénères.
C'est sans doute pourquoi, souhaitant infléchir ces idées
reçues, Lukas Hemleb s'est astreint à complexifier les relations
des protagonistes en les rendant interdépendantes au sein d'influences
multipolaires réagissant entre elles comme en temps réel.
Dégrafant ainsi les étiquettes réductrices des
protagonistes, la prétention d'Oronte (Hervé Pierre), la pruderie
d'Arsinoë (Clotilde de Bayser), la vanité des petits marquis
Acaste (Clément Hervieu-Léger) et Clitandre (Loïc Corbery),
le pessimisme d'Alceste, (Thierry Ancise), la coquette duplicité de
Célimène (Marie-Sophie Ferdane) etc..., le metteur en scène
introduisait ainsi délibérément la notion de
relativité inhérente à la vie réelle et mettait
par la même occasion en péril une lecture trop cartésienne
de cette tragi-comédie.
Paradoxalement alors que les critiques s'élevaient donc comme "un
seul homme" au vu de cette approche laxiste à l'égard d'une
réalisation jugée par trop hystérisée, il
s'avèrait néanmoins que tous s'employèrent à
interroger ce parti-pris relativiste pour finalement, entre les lignes, se
résoudre à lui accorder discrètement le sceau de pertinence
au bénéfice d'une modélisation non
stéréotypée.
Les réticences des commentateurs, si elles devaient subsister,
se confirmaient au niveau du traitement scénique (Lumières
de Xavier Baron / Scénographie de Jane Joyet / Sons de Vanessa Court),
car pour évoluer d'une vision opaque à une intuition
comportementale plus translucide, la réalisation a fait le pari d'une
agitation fébrile s'affichant, sinon en pléonasme du texte,
tout au moins en conflit avec sa quête d'absolu.
Présentement en alternance jusqu'au 20 juillet, cette réalisation
sera reprise du 15 février à fin avril 2008.
Gageons que d'ici-là, l'acceptation de cette mise en perspective
progressera jusqu'à faire des adeptes inconditionnels de cette version
de Lukas Hemleb, s'avérant davantage altruiste que foncièrement
misanthrope.
Theothea le 29/06/07
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