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13ème
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Chroniques 13.46
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13.50 Page
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LE JAZZ ET LA DIVA OPUS
II
de Caroline Casadesus,
Didier Lockwood
mise en scène
Alain Sachs
|
****
Théâtre de La
Gaité Montparnasse
Tel:
01 43 22 16 18
|
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Visuel affiche
/ Photo © Magali Bragard
|
En évoluant dune vie de couple à celle de famille,
la Diva et Le Jazz ont profité du passage dun Opus à
lautre pour transformer leur duo & co... en quatuor.
Voici donc les deux frères, David & Thomas Enhco, le premier
au piano et violon, le second à la trompette et guitare basse qui
rejoignent Caroline Casadesus, leur soprano de mère ainsi que Didier
Lockwood, leur jazzman de beau-père.
Si, en 2005, la tendre guerre était au programme du premier spectacle
entre les deux amoureux, cest désormais la bonne gestion du
territoire musical dévolu à chacun quAlain Sachs a en
charge dorganiser, certes avec beaucoup dhumour, mais en respectant
scrupuleusement les prérogatives de chacun.
Ainsi, entre les cloisons artistiques nécessairement factices,
chantent sans exclusive les harmoniques qui, avec habileté, vont
contraindre chacun des protagonistes à jouer leur propre rôle
ou plus précisément celui quil sinventerait au
sein dune famille recomposée, dautant plus si celle-ci
est musicienne.
Ainsi campés dans des personnages en phase avec leurs
personnalités respectives, cette malicieuse bande des quatre va donner
le change, avec une drôlerie classieuse, à ce phénomène
sociétal très en vogue où les spectateurs pourront,
le cas échéant, sy reconnaître, à ceci
près que le talent inné, lui, nest pas, loin sen
faut, la qualité la mieux partagée au monde.
Ceci dit, des jeunes hommes de vingt ans aussi doués et
émancipés soient-ils, restent toujours les enfants de leurs
parents, devant filer doux avec les principes pédagogiques et les
valeurs imposées dorigine dans une éducation paradoxale
où mère et beau-père auront chacun, mine de rien, tiré
la couverture du côté de leur discipline artistique de
prédilection.
Mais pour le plus grand bonheur du public et, en bonne intelligence, chacun
trouvera son compte et son contentement avec des « boeufs » qui
ne devront rien au bluff du savoir-faire jazzistique, ni moins des performances
lyriques.
Sous les lumières subtiles de Philippe Quillet, dieu quils
sont beaux à limage de leur mère et épouse, que
leur complicité farceuse semble inaliénable et hors
datteinte de quelques traumatismes freudiens restés non
résolus.
Que la magnificence du spectacle semble se répandre si aisément
entre émulation et amour partagés dans la parité.
Cependant, en illustration à cette image de réussite familiale
rassemblée autour de la musique sous la thématique de la
diversité, Didier Lockwood exprimera, avec sa désinvolture
coutumière, ce raccourci insolite mais sans doute fort significatif:
« Voici mère courage et ses deux enfants ».
Au-delà de toutes contingences, ces quatre artistes donnent au
public ce bonheur impalpable dont chacun pressent quil consiste à
sélever très haut, au-dessus de ses propres lacunes,
pour y rejoindre le grand Art.
Theothea le 16/12/08
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L'ILLUSION COMIQUE
de Pierre Corneille
mise en scène
Galin Stoev
|
****
Comédie Française
Tel:
08
25 10 16 80
|
 |
Photo © Cosimo Mirco
Magliocca
|
Si l'oeuvre de Pierre Corneille avait, jusqu'à nos jours, pu faire
illusion et si, par surcroît, celui-ci était un auteur comique,
cela se saurait depuis 1636 où alors, âgé de trente ans,
il rédigeait entre Médée et Le Cid, cette comédie
en cinq actes qui, après sa création, tomba dans l'oubli deux
siècles durant.
Ainsi "L'illusion comique" entra, sous une forme tronquée, au
répertoire de La Comédie Française en 1861; ensuite
Louis Jouvet la monta de manière fort spectaculaire en 1937 et voici
que la Salle Richelieu l'accueille à nouveau en 2008 sous l'égide
du metteur en scène bulgare, Galin Stoev ayant déjà
collaboré récemment par deux fois avec La Maison de
Molière.
Donc on le sait, Pierre Corneille n'est pas un joyeux drille prêt
à multiplier les farces et attrapes pour abuser un public enclin à
s'esclaffer.
En revanche, faire preuve d'un talent polymorphe pour amener le spectateur
dans un labyrinthe où le tragique s'entremêlerait avec la
comédie de moeurs jusqu'à se fondre en une même entité
virtuelle faisant apparaître la réalité sous une illusion
à front renversé; voilà bien le défi que le jeune
dramaturge eut, alors, envie de résoudre à sa propre mesure.
En effet, la mise en abîme du théâtre est, depuis toujours,
une tentation vertigineuse, inhérente à l'imaginaire que le
spectacle vivant peut, à merveille, susciter.
En présentant au regard médusé d'un père
(Pridamant) , l'amour contrarié de jeunes gens dont son propre fils
(Clindor) est un héros malgré lui, c'est au travers du filtre
de la prestidigitation que l'hallucination va pouvoir se dérouler
en temps réel.
Passion, rivalité et trahison s'y confronteront en un combat sans
merci jusqu'au meurtre inéluctable. Au final, le magicien (Alcandre),
grand ordonnateur de cette représentation du drame, aura beau jeu,
de dévoiler au père abasourdi, le stratagème exutoire
dont le théâtre est, à jamais, l'heureux
dépositaire.
La scénographie à deux têtes (Saskia Louwaard &
Katrijn Baeten) a imaginé et conçu une structure en dédale
où les composants se proposent en reflets, les uns aux autres.
Dirigés tels des comédiens d'un Conservatoire en pleine
leçon d'école, les sept acteurs (Alain Lenglet, Denis
Podalydès, Julie Sicard, Loïc Corbery, Hervé Pierre, Adrien
Gamba-Gontard, Judith Chemla) de la troupe du Français déclament
la versification, comme à la répétition, en feignant
les effets à couper ou à conserver au montage.
De l'extérieur vers l'intérieur de l'infrastructure, les
multiples cloisons s'offrent, d'abord opaques, en obstacle à la perception
psychologique des protagonistes; puis peu à peu, elles s'effacent
au profit d'une vision translucide de la situation relationnelle jusqu'à
ne laisser apparent sur scène que la silhouette des éléments
porteurs cadrant les corps et les personnalités, ainsi à nu.
Cette mise en scène a l'ambition de restituer, grâce à
l'incarnation articulée des vers Cornéliens, la force et la
puissance de l'illusion se jouant uniquement ici et maintenant car prête
à disparaître, ceux-ci aussitôt dits.
C'est pourquoi, à l'aune d'une maîtrise de
l'éphémère, davantage cérébrale que sensitive,
la réussite devra s'apprécier selon la prestation des acteurs,
sans cesse renouvelée de décembre 08 à juin 09.
Theothea le 10/12/08
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ON THE TOWN
de Leonard Bernstein
mise en scène
Jude Kelly
|
****
Théâtre du
Châtelet
Tel:
01 40 28 28 40
|
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Photo ©
Marie-Noëlle Robert
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Dès la première de « On The Town », lesprit
dallégresse sest emparé du Théâtre
du Châtelet, comme cela est attendu et apprécié de tous,
en périodes de fêtes de fin dannée.
Même si lhistoire de ces trois jeunes marins débarquant
dans le port de New York en ce mois de décembre 44 pour seulement
vingt-quatre heures de permission sur le sol américain, induit
lépée de Damoclès encore suspendue sur leur vie,
en raison du conflit mondial restant à conclure, leurs
pérégrinations « down Town » à la recherche
du coeur à conquérir sont, en soi, une ode au désir
dinsouciance, annonciateur des jours meilleurs.
Aux trois valeureux matelots, Ozzie (Tim Howar), Chip (Adam Garcia), Gabey
(Joshua Dallas), vont répondre trois personnalités féminines
bien trempées, Ivy (Sarah Soetaert), Hildy (Caroline O'Connor), Claire
(Lucy Schaufer) sachant apporter, au cours de leur incessante recherche de
Miss Métro placardée sur les murs, les dérivatifs
bénéfiques à la visite de « Big Apple » pleine
de joyeux rebondissements.
Initiée par leur ballet en un acte « Fancy Fee »,
lassociation de Léonard Bernstein avec Jérôme Robbins
contient tous les signes précurseurs du chef doeuvre absolu
que deviendra treize années plus tard, « West Side Story
».
Aussi, à linstar dune orchestration témoignant
de leitmotivs communs aux deux oeuvres, les décors de Robert Jones
osent, ici, emprunter des échafaudages similaires, fussent-ils abstraits,
alors que la chorégraphie de Stephen Mear dépeint, en touches
subtiles, le rappel des ballets originaux de Broadway.
La mise en scène de Jude Kelly à l'English National Opera
de Londres en 2005 arrive donc en création à Paris pour vingt
huit représentations nécessairement danthologie, puisque
la machine à remonter le temps semble s'approcher au plus près
des sources modernes dengouement pour la Comédie musicale, tel
quHollywood aura su la consacrer, à son tour, en ladaptant
au cinéma dans « Un jour à New York » de Stanley
Donen avec Gene Kelly et Franck Sinatra.
Grâce à 55 comédiens-chanteurs-danseurs accompagnés
de lorchestre Pasdeloup avec 50 musiciens en fosse dirigés par
David Charles Abell ou Samuel Jean, les 2h35 de spectacle sont entrecoupées
par un entracte où, à une exposition assez volubile mais
correctement surtitrée en français, succédera une
pléiade de ballets en manière de bouquet final.
Assurément consensuelle et à lintention de tous les
âges, cette réalisation chantée et dansée avec
enthousiasme pourrait annoncer toutes les vertus accordées actuellement,
à lAmérique du renouveau.
Theothea le 17/12/08
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SAINT ELVIS
de Serge Valletti
mise en scène
Olivier Werner
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****
Théâtre de l'Est
Parisien
Tel:
01 43 64 80 80
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Photo © David
Anémian
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Le rideau de fer du TEP s'ouvre sur un capharnaüm d'objets
hétéroclites jonchant le sol d'un garage, d'une chambre d'enfant
qui n'aurait pas grandi ou la salle d'un hôpital psychiatrique.
Les murs sont tapissés de tags, de graffitis, d'affiches, de peintures
d'Elvis Presley le représentant comme un saint auréolé,
sorte de retable à l'effigie du King; on est dans l'antre d'un fan,
un lieu de culte, de vénération à la divinité,
d'adulation à l'icône.
Un homme est à même le sol, allure dépressive, canette
de coca à la main, blouson chamarré ouvert sur poitrail arborant
une grosse chaîne et voilà donc cet inconnu idolâtre qui
irait jusqu'à se prendre, lui-même, pour le chanteur
légendaire, à moins que ce ne soit Elvis, en personne, qui
s'incarnerait devant nos yeux.
Un être à terre qui, dans une subite prise de pouvoir par
la parole, se mettrait à raconter des histoires en bondissant avec
la souplesse du chat et qui, en des élancements et des courses
zigzagantes, remplirait l'espace de mots débités à grande
vitesse au sein d'un langage chaotique, incohérent et délirant,
comme si, dans un brusque élan schizophrénique, l'envie d'accaparer
le terrain signifiait qu'il voulait être le maître du monde à
cet instant.
Cette exaltation volubile et cette fougue virevoltante s'appropriant la
personnalité d'Elvis ou son image médiatique sous l'effet
d'hallucinations incontrôlées, pourraient révéler
le trouble profond d'une société mythomane aisément
encline et prompte à s'emparer du rêve des autres.
Ainsi, d'une part idéalisé par Gladys (Claire Semet), sa
mère hyper présente qui, de manière inconditionnelle
prendrait son fils unique pour un mythe vivant, le protégerait en
le maintenant dans un comportement infantile au prorata du moindre de ses
caprices, et d'autre part manipulé par le colonel Parker (Anthony
Poupard), son impresario qui, attiserait le delirium tremens en aliénant
la star à ses chimères, Elvis ou son clone sombre
définitivement dans un égarement psychopathe où la
recrudescence de fantasmes grandiloquents le subliment paradoxalement en
"martyr" couronné de lumière divine car, en comblant son public
si heureux lorsqu'il chante, sa réincarnation sur scène est
devenue incontournable.
La logorrhée jubilatoire et prolixe de Serge Valletti est servie
avec brio par l'enthousiasme audacieux et l'engagement total d'Olivier Werner,
comédien de la troupe permanente de la Comédie de Valence ainsi
que le metteur en scène inspiré de cette création, vraiment
très Rock & Roll.
Cat.S / Theothea, le 15/12/08
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JACQUES ET SON
MAÎTRE
de Milan Kundera
mise en scène
Nicolas Briançon
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****
Théâtre 14
Tel:
01 45 45 49 77
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Photo © Lot
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A l'instar de Jacques et de son maître poursuivant ensemble le chemin
de la vie, Nicolas Briançon réitère au Théâtre
14, dix ans après, en prolongeant son malicieux duo avec Yves Pignot
dont il fut l'élève et que pour la deuxième fois il
met en scène avec en modèle pérenne, l'hommage que Milan
Kundera rend à Diderot grâce à ses variations
thématiques autour de "Jacques le Fataliste".
Cette mise en perspective de plusieurs récits romanesques où
s'enchevêtrent les destinées des uns et des autres va impliquer
une osmose de la pensée philosophique s'interrogeant sur la valeur
du libre arbitre dans toute action humaine.
C'est donc très naturellement sur le chemin des amours que les
protagonistes vont s'essayer à mettre du sens là où
les rencontres opportunes pourraient faire diversion sur le cours des
choses.
Cependant, cherchant à vérifier sur le terrain que "C'est
écrit là-haut: le maître donne les ordres, mais Jacques
choisit lesquels.", les deux compères vont se donner la réplique
au cours de pérégrinations fort divertissantes qui étayeront
la dialectique Hégélienne du "Maître et de l'esclave"
en souscrivant à la complémentarité sui generis mais
en conservant a contrario l'équilibre entre leurs pouvoirs mutuels.
C'est donc en complices implicites que ces clones apparentés à
Don Quichotte et Sancho Pança débarquent dans le relais où
l'aubergiste (Nathalie Roussel) aura beau jeu de leur associer quelques
partenaires mettant à l'épreuve l'éthique de l'Amour
par assauts successifs de malignité.
Mais c'est aussi par la mémoire, avec ses souvenirs plus ou moins
encombrants, ses expériences plus ou moins réussies que viendront
interférer les divagations poétiques accumulées dans
leurs valises par les deux compères, au fil du temps.
C'est ainsi qu'au bout de la nuit, de nouveau en partance, il leur faudra
dire une nouvelle fois: "En avant !"; mais "pour où ?" répondra
l'écho.
Jacques à son maître : "Que vous regardiez n'importe où,
en avant ! c'est partout"
Theothea le 18/12/08
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